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Articles avec #cimino (michael) tag

Le Canardeur (Thunderbolt and Lightfoot)

Publié le par Rosalie210

Michael Cimino (1974)

Le Canardeur (Thunderbolt and Lightfoot)

C'est avec beaucoup d'intérêt que j'ai découvert le premier film de Michael CIMINO qui est visible en ce moment sur Arte en même temps que le documentaire consacré à Jeff BRIDGES. Il y a deux choses que j'ai beaucoup aimé dans ce film, même s'il n'est pas parfait en raison notamment d'incohérences scénaristiques dans l'écriture des personnages et dans les situations. Je pense en particulier à la brute caractérielle jouée par George KENNEDY dont la place semble être dans un asile et qui représente un tel danger public qu'on se demande si ses associés ne sont pas des candidats au suicide. Quoique le vrai problème dans l'écriture du personnage de Red est la valse-hésitation permanente entre son côté grotesque voire cartoonesque (Thunderbolt qui esquive les balles qui pleuvent sur lui en rafale après que Red ait sorti son gun en un geste théâtral au beau milieu d'une église!) et sa psychopathie qui en fait un sinistre agent du chaos et de la mort. Une psychopathie teintée de frustration sexuelle laquelle s'exprime dans son voyeurisme mais surtout dans son déferlement de violence vis à vis de Lightfoot. Lightfoot joué par un tout jeune et déjà magnétique Jeff BRIDGES est le rayon de soleil du film. Une sorte de chien fou anar plein de générosité qui offre son amitié (et sans doute plus que son amitié, le sous-texte homosexuel est assez évident, notamment dans le passage où il se travestit pour les besoins du casse et devient une jeune femme plus que crédible, affriolante!) au vieux briscard Thunderbolt joué par Clint EASTWOOD. Celui-ci affiche un visage impassible comme à l'ordinaire mais une petite lueur dans l'oeil dit qu'il n'est pas dupe de l'ambiguïté de la relation avec son coéquipier et qu'il s'en amuse. Outre le buddy movie teinté d'homo-érotisme, l'autre aspect du film que j'ai aimé c'est le sentiment de liberté qu'il dégage. On reconnaît bien l'état d'esprit seventies avec quelques gentilles provocations ici et là (la femme nue qui aguiche Lightfoot, les parents qui infantilisent leur fille alors qu'elle s'envoie en l'air juste à côté, le personnage baba-cool de Lightfoot qui préfigure celui de "The Big Lebowski") (1998) mais c'est surtout la mise en scène de Michael CIMINO qui régale, sa science du cadre, sa manière de disposer les corps et de les faire se mouvoir dans les grands espaces. Il y a du "Easy Rider" (1969) dans ce road-movie où l'utopie libertaire finit par se prendre les pieds dans le tapis. Il est tout à fait vraisemblable que Kathryn BIGELOW s'en soit inspiré pour "Point Break" (1991) tant pour la relation entre les deux personnages que pour la combinaison libertaire des sports extrêmes qui se substitue au road-movie et du film de casse qui tourne mal.

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Clint Eastwood, la dernière légende

Publié le par Rosalie210

Clélia Cohen (2022)

Clint Eastwood, la dernière légende

Après avoir vu ce documentaire riche et éclairant - que l'on peut juger trop court mais qui fait quand même 1h17 soit plus que la moyenne standard de 52 minutes - j'ai déduit que Clint EASTWOOD était un pont, à l'image de celui qui illustre l'un de ses films les plus célèbres, "Sur la route de Madison" (1995). Un pont entre l'Amérique et l'Europe, entre la télévision et le cinéma, entre la country et le jazz (comme "The Blues Brothers" (1980), on y entend le thème de la série "Rawhide" (1959) dans laquelle il joua alors que "Bird" (1987) célèbre la musique de Charlie PARKER), entre le masculin et le féminin, facette de sa personnalité qui a été révélée au monde par "Sur la route de Madison" (1995) mais qui était déjà présente dans l'un de ses premiers films, "Breezy" (1973). Un pont aussi entre conservatisme et progressisme: connu pour ses idées républicaines et ses discours parfois réacs, Clint EASTWOOD n'a pas moins mis en scène dans ses films la plupart des minorités: des indiens ("Josey Wales, hors-la-loi") (1976), des afro-américains ("Bird") (1987), des Hmong ("Gran Torino" où d'ailleurs il tourne son image de réac raciste en dérision) (2008), des témoins de Jéhovah et des détenus en cavale ("Un monde parfait") (1993), des hippies ("Breezy") (1973), des transsexuels ("Minuit dans le jardin du bien et du mal") (1997). Enfin si le film s'intitule "Clint Eastwood, la dernière légende", c'est aussi parce qu'il fait le pont entre le cinéma classique hollywoodien (le film met en évidence l'influence d'acteurs tels que Gary COOPER et James CAGNEY sur son jeu) et le cinéma contemporain. A ce titre, l'un des moments les plus mémorables du documentaire est une archive dans laquelle Orson WELLES dit que Clint EASTWOOD était au début des années 80 l'un des réalisateurs les plus sous-estimés du monde. En effet de nombreuses images d'archives attestent qu'à l'image de Sergio LEONE, Clint EASTWOOD était alors dénigré par une critique snobinarde aussi bien comme acteur que comme réalisateur et ce jusqu'au festival de Cannes. L'homme a depuis fait taire les mauvaises langues et mis tout le monde d'accord. Même "Dirty Harry" (1971) a droit à une relecture intéressante. Outre le travail de Don SIEGEL qui a servi de modèle à Clint EASTWOOD pour son propre style de réalisation, le personnage apparaît dans certaines des scènes les plus violentes comme habité par la folie ce qui l'éloigne des super-héros surjouant leur virilité en dépit de ce que suggère la longueur du calibre qu'il utilise.

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Voyage au bout de l'Enfer (The Deer hunter)

Publié le par Rosalie210

Michael Cimino (1978)

Voyage au bout de l'Enfer (The Deer hunter)

"Voyage au bout de l'enfer" est un titre bien réducteur par rapport à celui d'origine "Le Chasseur de cerf" ("The Deer Hunter"). Qu'on l'apprécie ou non, le fait est qu'il s'agit d'un des plus importants films jamais réalisés non sur la guerre du Vietnam en particulier (dont la représentation confine à l'abstraction et donc à l'universalité) mais sur l'épreuve que constitue toute guerre et les conséquences qu'elle provoque chez l'être humain, à l'échelle individuelle mais aussi collective. Sa double structuration est pour beaucoup dans la portée du film: trois temporalités d'une heure à peu près chacune (avant, pendant, après) comme autant d'actes d'une pièce de théâtre et deux échelles: celle de la communauté, celle de l'individu. D'autre part, une bonne part de la fascination et de l'empreinte durable laissée par le film est liée au fait que Michael CIMINO dépasse son sujet en tournant le dos au réalisme au profit du symbolisme. A travers les gouttes de vin sur la robe de la mariée "tombant sous la feuille en gouttes de sang", la chasse au cerf ou la roulette russe (qui a donné lieu à des critiques à côté de la plaque étant donné que justement, ce jeu de la mort fonctionne comme une allégorie et non comme un documentaire), le film s'élève jusqu'à une méditation morale et philosophique sur la perte d'une certaine forme d'innocence (ou d'ignorance? On parle bien "d'oie blanche") et les rapports entre l'homme et la/sa nature (d'où un titre en VO tellement plus approprié que celui en VF!)

La première heure fait penser à l'ouverture du premier volet de la trilogie de "Le Parrain" (1972). Pas seulement à cause de la présence de John CAZALE dont ce fut le dernier film et Robert De NIRO même si ce dernier n'apparaît que dans le deuxième volet. C'est surtout le procédé qui présente des similitudes. Il consiste à nous présenter les personnages au sein d'une cérémonie de mariage dans un milieu d'immigrés, ici russes. Ce caractère immersif permet au spectateur de cerner la relation de l'homme à son environnement socio-culturel, communautariste (Angela, la mariée est qualifiée "d'étrangère" par la mère du marié, sous-entendu étrangère à la communauté), grégaire et en même temps minoritaire et défavorisée dans le pays qui l'a intégrée. Les trois personnages centraux sont trois jeunes ouvriers métallurgistes destinés à devenir de la chair à canon pour les USA: c'est le sort que les pays impérialistes, grands foyers d'immigration réservent à tous leurs déclassés. En même temps, Michael CIMINO réussit l'exploit (avec l'aide des acteurs), à bien distinguer les trois profils. On comprend presque immédiatement la différence entre Mike (Robert De NIRO), Nick (Christopher WALKEN) et Steven (John SAVAGE). La maîtrise de soi du premier allié à son sens des responsabilités ainsi qu'un certain décalage par rapport aux logiques de groupe (qui portent justement à l'immaturité et l'irresponsabilité) le fait paraître bien plus âgé que le reste de la bande, Stan (John CAZALE) étant le plus immature. Mais Stan ne part pas au Vietnam contrairement à Nick et Steven dont la ressemblance physique (sans parler du fait qu'ils se sont partagés la même femme, l'un en tant que père de son enfant, l'autre en tant que mari) laissent penser qu'il s'agit en fait des deux facettes d'une même personne.

Tout le reste du film découle de cette première heure. L'épreuve de la violence extrême montre que Nick et Steven n'ont pas l'étoffe nécessaire pour y résister, chacun se désintégrant sous nos yeux, physiquement et/ou psychiquement. Une perte d'intégrité irréparable qui montre leur incapacité à affronter la réalité sans le filtre du groupe. Mike en revanche non seulement parvient à rester maître de lui et à faire face à tout ce qui lui arrive, y compris le pire, mais continue à soutenir ses compagnons plus fragiles sans parvenir pour autant à les sauver car Michael CIMINO montre que chacun est responsable de lui-même et ne peut éternellement se reposer sur les autres. "The Deer Hunter" est un film complètement nietzschéen. Les faibles, c'est à dire ceux qui se fondent dans le troupeau par peur de la réalité et du face à face avec eux-mêmes sont éliminés alors que les plus forts (au sens de force morale) en sortent encore renforcés ("ce qui ne me tue pas me rend plus fort"). Une fois de retour, Mike s'affirme en tant qu'adulte autonome en se rapprochant de Linda (Meryl STREEP) avec laquelle il amorce une relation de couple, en fuyant le grégarisme c'est à dire en assumant sa solitude irréductible et en manifestant un rapport à la nature non violent et non dominant (son deuxième face à face avec un cerf, à mon avis l'un des moments les plus importants du film). Son rejet catégorique des jeux dangereux à bases d'armes montre également à quel point son expérience a transformé sa relation à la virilité. Un message de sagesse qui dépasse sa communauté et son époque pour s'adresser à tout un pays gangrené par la violence. Et on voit bien l'intelligence d'avoir rendu la guerre quasi-abstraite car aujourd'hui le Vietnam appartient à l'histoire mais pas le culte des armes érigé au rang de mythe fondateur de la construction des USA, par des hommes cherchant à faire plier la nature et les autres hommes à leurs fantasmes de toute-puissance. Comme le dit Jean-Pierre Bernajuzan "en renonçant à tirer Mike renonce de fait à la chasse. Et s’il renonce à la chasse, il renonce aussi à son fusil, il n’en aura plus besoin. En fait, il renonce aussi aux armes (...) et aux dégâts qu'elles provoquent".

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