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Articles avec #film d'histoire ou de memoire tag

Le joueur d'échecs (Schachnovelle)

Publié le par Rosalie210

Philipp Stölzl (2021)

Le joueur d'échecs (Schachnovelle)

"Le joueur d'échecs" est l'une des plus célèbres nouvelles écrite par Stefan Zweig. C'est aussi l'une de ses dernières oeuvres, écrite quelques mois avant son suicide à Petropolis au Brésil. Ce contexte se reflète dans le livre qui évoque la résistance d'un homme à la torture psychologique exercée sur lui par la gestapo. Enfermé dans un isolement total dans un dénuement absolu, sans personne à qui parler ni aucune notion du temps (conditions proches de celles vécues par Edmond Dantès dans "Le Comte de Monte-Cristo"), Monsieur B. échappe de justesse à la folie grâce à un manuel d'échecs qu'il réussit à voler et qui lui permet de remplir son esprit. Néanmoins il ressort profondément marqué de cette expérience traumatique.

Le film de Philipp STOLZL s'éloigne sensiblement du livre en ce qu'il créé un labyrinthe mental dans lequel le spectateur ne sait plus dans quelle dimension il se trouve. Les frontières entre rêve et réalité sont tellement brouillées que le voyage en bateau semble n'être qu'une hallucination de Joseph Bartok (le monsieur B. du livre). De même, on doute de plus en plus de l'existence de sa femme (personnage ajouté dans le film). Elle apparaît avec lui sur le bateau puis au cours du récit on découvre que Bartok est monté seul à bord. Elle réapparaît finalement à la fin sous les traits de l'infirmière d'un asile dans lequel Bartok est enfermé, suggérant qu'il n'a jamais pris de bateau pour New-York mais qu'il n'a quitté un enfermement que pour rentrer dans un autre. Rétrospectivement, il paraît logique que sa femme soit une hallucination car elle n'a pas changé d'un iota entre les scènes se situant avant l'Anschluss et celles du bateau alors que Bartok n'est plus le même homme. Et ce n'est pas une question de présence ou d'absence de moustache: l'homme est physiquement et psychiquement détruit par ce qui est décrit comme un interminable calvaire où la maltraitance physique et psychique ne cesse de s'accentuer. De ce point de vue, le film est très efficace mais en ajoutant le personnage de cette femme dont le souvenir hante Bartok et en minorant le rôle des échecs dans sa résistance, il donne au récit une tournure et un final plus convenu, sentimental voire mélodramatique là où le récit d'origine repoussait les limites des capacités de résilience de l'homme jusqu'à le dépouiller de son humanité. Une réflexion philosophique sur la destruction de la civilisation humaniste européenne là où le film en reste à une simple tragédie individuelle.

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Une enfance allemande - Ile d'Amrum, 1945 (Amrum)

Publié le par Rosalie210

Fatih Akin (2025)

Une enfance allemande - Ile d'Amrum, 1945 (Amrum)

Une oeuvre inhabituelle dans la filmographie de Fatih AKIN par son minimalisme ainsi que par le choix de filmer à hauteur d'enfant. Cela s'explique par le fait qu'il s'agit d'un hommage à un ami, le cinéaste et acteur Hark BOHM que l'on voit d'ailleurs apparaître dans les toutes dernières images du film. Hark BOHM avait écrit ses souvenirs d'enfance mais il était trop faible pour réaliser lui-même le film (il est décédé en novembre 2025).

"Une enfance allemande" raconte le basculement du monde de Nanning, 12 ans, fils d'un officier de la wehrmacht prisonnier des anglais qui s'est réfugié avec sa mère, sa tante et ses petits frères et soeurs dans leur maison de vacances sur l'île allemande d'Amrum en mer du Nord pour fuir les bombardements. Un basculement lié au choix de situer l'histoire dans les tous derniers jours de la guerre, entre le suicide d'Hitler et la capitulation de l'Allemagne. Ces événements se répercutent sur sa famille qui passe d'un statut privilégié au rejet de la part des autochtones de l'île dont beaucoup d'habitants ont des liens avec les USA. Nanning apprend que bien qu'originaire de Hambourg, ses racines sont à Amrum et qu'il a un oncle réfugié à New-York mais cet oncle qui était fiancé à une juive a été renié et trahi par ses parents, nazis convaincus. L'ironie de l'histoire est que cet oncle aurait été bien utile pour les aider quand l'île n'accepte plus que les dollars. De façon plus générale, l'endoctrinement de la mère qui s'accroche avec ferveur au III° Reich au point de dénoncer la main qui les nourrit, une fermière (jouée par Diane KRUGER) trop heureuse, à l'image de la majeure partie des habitants de l'île de voir la guerre finir se retourne cruellement contre eux à la fin.

Peut-être que si le film est si placide, c'est parce que Nanning est dépeint comme le gentil garçon qui veut faire plaisir à tout le monde: à sa mère en lui offrant du pain blanc avec du beurre et du miel, à son oncle nazi pour lequel il remet son uniforme des jeunesses hitlériennes, à Tessa la fermière, à son grand-père Arjan, aux réfugiés allemands venus de Pologne qui pourtant ne lui font pas de cadeau* et même à son oncle Theo qu'il voit en rêve mais qui lui dit que même s'il n'a rien fait, il lui rappelle trop le souvenir de ses parents pour qu'un réparation soit possible. Le récit aurait été sans doute plus dur avec un enfant endoctriné se retournant contre ses parents coupables d'avoir été vaincus mais ce n'est pas l'histoire de Hark BOHM qui fort heureusement pour lui a conservé son intégrité morale. Cependant Fatih AKIN ne parvient pas tout à fait à traduire la souffrance de celui qui comprend qu'il n'est pas accepté ou rejeté pour ce qu'il est mais pour ce qu'il représente et que la guerre continue son oeuvre de destruction bien après l'arrêt des combats. Il n'en reste pas moins que cette chronique d'enfance ancre la grande histoire dans une réalité géographique originale et une sociologie complexe, aux antipodes de l'utopie nazie ayant tenté de faire croire à l'existence d'une société allemande (aryenne) unifiée et soudée.

* L'Allemagne de 1945 est dépeinte comme fracturée. Les pénuries de produits de première nécessité entraînent des rivalités entre les iliens et les continentaux et entre les réfugiés selon leurs origines géographiques et sociales.

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La Disparition de Josef Mengele (Das Verschwinden des Josef Mengele)

Publié le par Rosalie210

Kirill Serebrennikov (2025)

La Disparition de Josef Mengele (Das Verschwinden des Josef Mengele)

Kirill SEREBRENNIKOV m'évoque des souvenirs épuisants et au final assez peu concluants. Encore que "La Fievre de Petrov" (2021) avait fini quand même par emporter le morceau mais dans la douleur. Quant à "Leto" (2018), j'avais eu du mal à y voir autre chose que de l'art pour l'art et il ne m'a guère laissé de souvenirs.

Rien de tel avec "La disparition de Josef Mengele". C'est peut-être parce qu'il s'agit de l'adaptation du livre de Olivier Guez ou alors par son caractère de film historique et biographique ou encore par son aspect philosophique étant donné qu'avec Adolf Hitler, Josef Mengele est sans doute celui qui incarne le plus aux yeux du monde la figure du mal absolu chez l'être humain. C'est aussi lié évidemment au fait qu'il a jamais eu de comptes à rendre à la justice des hommes, ayant préféré la fuite et l'exil jusqu'à sa mort en 1979 et l'identification formelle de ses restes qui a eu lieu en 1985 et a été confirmée au début des années 90. C'est justement les méandres de cette fuite sur trois décennies que raconte le film. Et c'est passionnant. Car le film va au-delà de l'homme. Il évoque d'une manière remarquable le système idéologique et social qui l'a fait naître, l'a formé et dans lequel il a continué à se vautrer jusqu'à la fin. On assiste en effet avec un certain effroi à l'impunité de ce criminel pouvant se balader dans les années 50 entre l'Argentine et la RFA grâce à son réseau familial, amical et social qui maintient la fiction "du monde d'avant" comme si le nazisme était encore au pouvoir. D'une certaine manière, c'est l'amnésie de l'Allemagne et au-delà, du monde entier obnubilé par la guerre froide qui est pointé du doigt* (le massif taillé en forme de croix gammée au vu et au su de tout le monde ne choquant personne au fin fond de l'Argentine de l'époque). Le procès Eichmann en 1960 marque cependant un tournant dans la prise de conscience du caractère spécifique de la Shoah. Ayant échappé de peu à l'enlèvement lui aussi, il n'est plus alors qu'un criminel en fuite, obligé de changer plusieurs fois de pays (après l'Argentine, le Paraguay puis le Brésil) et d'identité (après "Gregor", ce sera "Peter" et enfin "Pedro") et dont la déchéance sociale est totale puisqu'il termine son existence seul, confiné dans un "trou à rats" et enfermé dans son délire oscillant entre endoctrinement idéologique, déni et victimisation ("pourquoi moi, c'est trop injuste, il y avait plein de méchants à Auschwitz, je n'ai fait que mon devoir bla bla bla"). Au moins on est satisfait de voir que dès les années 50, là où son entourage rempli de morgue ne cesse de lui conseiller de prendre du bon temps à Munich, l'homme est intranquille voire paranoïaque, voyant des ennemis potentiels partout (et si un groupe de juifs en tenue traditionnelle se pointe alors c'est la panique totale!) Une fébrilité qui s'accompagne de scènes de furie furieuse dignes de Hitler dans son bunker dès que le bonhomme se heurte au réel. On soulignera l'argument opposé systématiquement à son fils dès que celui-ci lui pose des questions: "tu ressembles à ta mère, tu es le fils de ta mère", (ah ben oui pense-t-on, t'étais trop occupé ducon à sauver ta peau pour t'en occuper!) Cette conscience torturée culmine dans une scène où il se retrouve poursuivi par les fantômes des êtres qu'il a charcuté à Auschwitz, période dont le film ne pouvait faire l'économie. Mais comment la montrer sans l'édulcorer mais sans non plus verser dans un voyeurisme écoeurant? Kirill SEREBRENNIKOV choisit le film dans le film sous forme de flashbacks en couleurs (comme si Auschwitz avait été la plus belle période de sa vie ce qui a sans doute été le cas puisque c'est celle où il a pu déployer tout son "potentiel"**) et l'épure (le pire ne sera pas montré, juste suggéré ou seulement évoqué mais en même temps, les images montrées sont suffisamment concrètes pour que l'on comprenne sensoriellement à la monstruosité du personnage). On pense alors à la portée de la séquence inaugurale en forme "d'arroseur arrosé" qui reprend le même dispositif que dans le bloc des expériences à Auschwitz: sauf que les restes humains analysés sur la table d'un laboratoire par des étudiants de toutes origines (dont des jumeaux noirs), ce sont désormais les siens.

J'ajoute que August DIEHL est particulièrement brillant dans le rôle principal, dans le sillage d'un Bruno GANZ (car lui aussi a exploré les deux côtés de la barrière en ayant incarné un objecteur de conscience prêt à mourir pour ses convictions dans "Une vie cachee") (2019).

* Un thème déjà abordé dans l'excellent "Le Labyrinthe du silence" (2014).

** On pense beaucoup à "La Zone d'interet" (2021), l'environnement du camp étant montré comme un Eden.

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Downton Abbey III: le grand final (Downton Abbey: The Grand Finale)

Publié le par Rosalie210

Simon Curtis (2025)

Downton Abbey III: le grand final (Downton Abbey: The Grand Finale)

Avec le décès de Maggie SMITH en 2024 qui était l'âme de la saga, je pensais que Julian FELLOWES et son équipe arrêteraient les frais. Et bien non, cela ne les a pas arrêtés. Ca m'a fait un pincement au coeur d'ailleurs de la revoir lors d'une scène nostalgique dans laquelle Mary voit surgir les fantômes des disparus, de Dan STEVENS à Jessica BROWN FINDLAY. Ce "Grand Final" qui je l'espère met un point final à quinze années d'une saga s'étalant sur une série de six saisons et trois films (dont trois saisons et trois films de trop) est donc un hommage à l'actrice jouant la comtesse douairière et veut marquer un passage de témoin entre les générations. Plusieurs personnages prennent leur retraite (Carson, Mrs Patmore, Robert Crawley) et confient les clés du château, de l'armoire à argenterie ou de la cuisine aux jeunes générations. Mais c'est trop peu pour remplir 2h de film. Alors comme pour les précédents opus, on multiplie les anecdotes avec le scandale du divorce de Mary qui la met au ban de la bonne société ou des histoires de succession à n'en plus finir ou encore un escroc dont est victime Harold (Paul GIAMATTI), le frère de Cora (Elizabeth McGOVERN) mais que Tom (Allen LEECH) devenu un super-héros démasque en deux secondes. Un seul filon m'a paru intéressant mais il est bien mal exploité: celui qui voit le grand retour de Thomas Barrow (Rob JAMES-COLLIER) avec son nouveau compagnon, Guy Dexter (Dominic WEST) et un dramaturge ayant réellement existé Noël Coward (Arty Froushan). Peut-être que ça parle à un anglais ou à un américain cinéphile mais je ne pense pas qu'en France beaucoup de monde sache qui est Noël Coward qui était homosexuel à une époque où celle-ci était criminalisée en Angleterre. J'ai moi-même découvert son existence grâce au film de Robert WISE, "Star !" (1968). Il aurait donc fallu appuyer sur le champignon et oser casser les codes là où le film reste corseté dans un ordre ancien qui commence à sentir le sapin dans les années 30 (on peut même dire que l'odeur devient fétide avec un film comme "Les Vestiges du jour" qui évoque la collusion de certains de ces grands aristocrates anglais avec le nazisme) (1993). On peut toujours rêver mais Dominic WEST aurait par exemple pu monter sur les tables, danser et chanter "Shame, shame, shame" comme dans "Pride" (2014), ça aurait été plus fun!

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Le Guépard (Il Gattopardo)

Publié le par Rosalie210

Luchino Visconti (1963)

Le Guépard (Il Gattopardo)

Fastueuse fresque historique de près de trois heures racontant l'unification italienne et le triomphe de la bourgeoisie du point de vue d'un grand aristocrate sicilien, "Le Guépard" n'est pas parfait, sans doute trop long et trop chargé mais comporte son lot de fulgurances. La première scène du film m'a semblé particulièrement réussie. Elle montre le rituel religieux sans doute ancestral auquel s'adonne la famille Salina perturbé par l'irruption d'un soldat qui meurt dans leur jardin. Un événement d'abord suggéré hors-champ par des cris et des clameurs que tente de couvrir la voix du prêtre et l'impassibilité du patriarche mais qui finit par envahir l'image. Tout est dit en une scène: vouloir nier le vent de l'histoire (c'est à dire du changement) qui souffle aux fenêtres et fait s'envoler les rideaux est une entreprise vouée à l'échec. La deuxième réussite du film est l'écriture du personnage du prince Salina et son interprétation par un impérial Burt LANCASTER (brillant transformiste du cinéma particulièrement à l'aise dans les rôles d'autorité). A l'inverse de nombre d'aristocrates européens (anglais notamment), il s'avère être un prince éclairé et pragmatique qui fait des compromis avec le nouveau monde pour assurer l'avenir de son clan ce que résume bien l'une des phrases clés du film "Il faut que tout change pour que rien ne change". Sa décision de marier son fougueux neveu Tancrède (Alain DELON) à la fille du maire de la résidence d'été des Salina plutôt qu'à sa propre fille Concetta en est l'illustration la plus éclatante avec celle de se rallier à l'unité italienne. A l'endogamie porteuse de déclin (tant sur le plan génétique que sur celui des finances, deux aspects évoqués par Salina), il préfère la richesse et le sang neuf. C'est pourquoi le choix de Claudia CARDINALE qui incarne Angelica est particulièrement pertinent. La scène où elle éclate de rire lors d'un repas met bien en valeur sa fraicheur et son naturel par contraste avec une assemblée qui semble composée de morts-vivants. Cependant, le prince Salina apparaît aussi comme un homme en fin de course, hanté par la mort et mélancolique du monde qu'il a perdu, celui qui advient étant montré comme particulièrement vulgaire (la fameuse phrase évoquant les lions et les guépards remplacés par des chacals et des hyènes, une comparaison discutable évidemment, liée à la personnalité de Luchino VISCONTI mais que l'on retrouve chez d'autres cinéastes italiens alors que la France n'a pas cette nostalgie de l'Ancien Régime et pour cause).

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Lili Marleen

Publié le par Rosalie210

Rainer Werner Fassbinder (1981)

Lili Marleen

Ce que j'aime chez Rainer Werner FASSBINDER, c'est qu'il n'a pas de réponse toute faite à donner à propos des sujets délicats qu'il aborde dans ses films. Comme dans "Le Mariage de Maria Braun" (1979), "Lili Marleen" qui se déroule juste avant puis pendant la seconde guerre mondiale et s'inspire d'une histoire vraie est rempli d'ambivalences, à commencer par la chanson-titre. Les nazis ne savent d'ailleurs pas comment l'appréhender: tantôt ils tentent de se l'approprier à la gloire du régime, tantôt de l'interdire, effrayés par sa tonalité mélancolique et une puissance d'évocation sur les soldats qui les dépasse puisqu'elle touche tous les camps de par son universalité. Puissance que Rainer Werner FASSBINDER suggère à l'aide de gros plans fixes et hiératiques sur des visages de jeunes militaires absorbés par l'écoute de la chanson. Des plans qui m'ont rappelé la séquence finale de "Les Sentiers de la gloire" (1957) qui montrait également comment la musique adoucissait les moeurs et faisait communier les ennemis. La chanson est finalement à l'image de son interprète, une petite chanteuse de cabaret qui fait penser bien évidemment à Marlene DIETRICH d'autant qu'elle finit par en porter les habits androgynes incarnée par l'égérie de Rainer Werner FASSBINDER, Hanna SCHYGULLA. Utilisant une fois de plus les codes du mélodrame à la Douglas SIRK tout en étant y distillant une subtile distanciation ironique Rainer Werner FASSBINDER fait de son héroïne le jouet de décisions sur lesquelles elle n'a pas de prise. Ballotée d'un camp à l'autre, entre le riche père de son amant juif, un avocat suisse membre d'un réseau de résistance qui la rejette et un haut dignitaire nazi qui lui fait des avances, Willie se retrouve tiraillée entre une passion amoureuse interdite et les avantages que lui procure son succès auprès du régime qui lui donnent une illusion de puissance. Pas étonnant qu'elle se plaigne de maux de tête et qu'elle soit tenté par le suicide. Robert, son amant en peu falot (Giancarlo GIANNINI) apparaît quant à lui certes également passionnément épris mais également totalement soumis à son père: pas plus que Willie il ne maîtrise son destin, dicté par l'endogamie patriarcale. Le thème mélodramatique de l'amour impossible devient ainsi le reflet de systèmes politiques et sociaux aliénants qui broient les individus.

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La mélodie du bonheur (The Sound of Music)

Publié le par Rosalie210

Robert Wise (1965)

La mélodie du bonheur (The Sound of Music)

Ce film est tout simplement magnifique! Oubliez les critiques français pisse-froid qui font la fine bouche devant une comédie musicale qu'ils jugent trop sucrée à leur goût. Il existe aujourd'hui beaucoup d'oeuvres du genre qui ont mal vieilli. Et si la présence de Robert WISE à la réalisation et de Julie ANDREWS dans le rôle principal est pour une bonne part dans la réussite du film, elle ne suffit pas à expliquer sa mégie intacte alors que "Star !" (1968) avec les mêmes aux commandes n'a pas passé l'épreuve du temps. La différence est dans le scénario, dans les mouvements de caméra, dans la photographie. Là où "Star !" sent la naphtaline et le carton-pâte sans parler d'une héroïne aussi exaltante qu'un poireau, "La mélodie du bonheur" est une oeuvre cinématographique qui nous emporte dès les premières images dans un tourbillon de liberté avec le célèbre plan aérien survolant les montagnes autrichiennes dans lequel Maria à l'unisson tournoie sur elle-même dans un pré! Cette introduction suffit à la définir et on n'est guère surpris d'apprendre que les nonnes du couvent où elle effectue son noviciat s'interrogent sur la pertinence de sa vocation. La mère supérieure particulièrement perspicace et connaissant grâce à "Mary Poppins" (1964) les talents cachés de Julie ANDREWS décide donc de l'envoyer s'occuper des sept nains, euh non, enfants de la famille von Trapp ^^. Pas de surnaturel au programme mais le même charme, la même spontanéité et la musique pour magie qui fait au rigide (en apparence) veuf joué par Christopher PLUMMER le même effet enchanteur que la "Ratatouille" (2007) sur Anton Ego (ou le piano sur Gerd Wiesler dans "La Vie des autres") (2006).

Comme tout conte réussi, "La mélodie du bonheur" n'est pas exempte de cruauté. Il y a d'abord une marâtre en la personne de la baronne (Eleanor PARKER) qui voit à juste titre une rivale en Maria et se dresse un temps entre elle et le reste de la famille, même si son rôle est un peu trop vite évacué. Il y a surtout le vent mauvais de l'Histoire et les conséquences de l'Anschluss. Au nom des mêmes principes que le personnage du fabuleux "Une vie cachee" (2019) auquel j'ai beaucoup pensé par son contraste Paradis/Enfer, von Trapp choisit le bannissement du jardin d'Eden (son manoir avec le jardin et le lac nocturne enchanteur qui fait penser à "L'Annee derniere a Marienbad") (1961) alors que lui et sa famille deviennent des fugitifs traqués. Le couvent revient alors dans le jeu en tant que refuge et ange gardien ce qui n'enlève rien au suspense insoutenable de la scène funèbre du cimetière passé au peigne fin par les nazis entre ombre et lumière.

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Le mariage de Maria Braun (Die Ehe der Maria Braun)

Publié le par Rosalie210

Rainer Werner Fassbinder (1979)

Le mariage de Maria Braun (Die Ehe der Maria Braun)

"Le mariage de Maria Braun" est l'un des films les plus célèbres de Rainer Werner Fassbinder. Il s'inscrit dans une trilogie de films sur l'histoire de son pays entre la fin des années 70 et le début des années 80 cherchant le juste équilibre entre distance critique (la raison) et mélodrame (l'émotion). C'est notamment frappant dans la mise en scène qui multiplie les barrières qu'elles soient visuelles avec des sur cadrages (murs, portes, fenêtres, mots du générique qui recouvrent l'écran, cloisons à la gare, dans le train, au bureau) ou sonores (bruits agressifs et parasites, radio invasive qui couvre à moitié les propos des personnages) avec un jeu sur le premier plan et l'arrière-plan.

De fait, le film à l'image de son héroïne puissante et entravée à la fois est rempli d'ambivalences.

Maria ne sait pas à quel sein se vouer. Elle croit être libre et fidèle à son amour perdu tout en désirant mener sa barque comme elle l'entend et finit par comprendre qu'elle n'est qu'un objet transactionnel entre hommes et ce qu'ils symbolisent (le nazisme puis son fantôme à travers son époux Herman, l'impérialisme américain à travers Bill le G.I., le capitalisme incarné par Oswald son patron franco-allemand).

Le destin de Maria permet ainsi à Fassbinder de faire la critique de son pays. La trajectoire historique est claire: le film s'ouvre sur un portrait d'Hitler presque aussitôt décroché d'un mur par un bombardement à la fin de la guerre et se referme sur celui de plusieurs chanceliers de la RFA vus en négatif sauf le dernier, Helmut Schmidt, celui du présent (du tournage du film). L'après-guerre est un champ de ruines, allusion à "Allemagne année zéro" et à "Le temps d'aimer et le temps de mourir" (Douglas Sirk étant l'un des maîtres de Fassbinder). La reconstruction n'est qu'une parenthèse dans laquelle les femmes se croient maître d'un jeu aux dés pipés (notamment par le fantôme d'un passé mis trop vite sous le tapis) avant d'être renvoyées à la cuisine (où Maria dans un geste d'un absolu nihilisme fait comme Chantal Akerman dans "Saute ma ville") par les hommes de pouvoir: politiques, militaires, industriels. Le film s'achève ironiquement sur la victoire de la RFA à la coupe du monde en 1954 commentée à la radio, le sport étant  d'après la remarque de George Orwell en 1945 "la guerre sans les fusils": effet de boucle garanti!

Hanna Schygulla, flamboyante et fétichisée à l'extrême fait penser à la Lola de Jacques Demy (celle du film au titre éponyme mais aussi celle de "Model Shop") en "sainte putain". D'un côté la femme romantique qui s'accroche à un idéal qui lui tient lieu de sens existentiel. De l'autre l'arriviste s'abîmant dans les fausses valeurs de la réussite matérielle avant de réaliser que cet idéal à qui elle a finalement tout sacrifié n'est en réalité que le cadavre oublié du nazisme dans le placard, ce "passé qui ne passe pas" et qui la conduit dans une impasse. La boucle est bouclée.

 

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Pentagon Papers (The Post)

Publié le par Rosalie210

Steven Spielberg (2017)

Pentagon Papers (The Post)

Lors du ciné-club accompagnant la projection de "West Side Story" (1960) à la Cinémathèque, le remake réalisé par Steven SPIELBERG en 2019 a été évoqué. Frederic BONNAUD qui prétend ne pas l'avoir vu a dit que Steven SPIELBERG aimait bien comprendre de l'intérieur le fonctionnement des films ce que l'on ressent particulièrement bien sur "Ready Player One" (2018) qui nous projette à l'intérieur de "Shining" (1980). Je pense que c'est une démarche assez similaire qui l'a conduit à réaliser "Pentagon Papers" qui se pose en digne héritier de "Les Hommes du President" (1976), même si les faits décrits se déroulent un an avant. Même époque, même journal, un scandale d'État impliquant l'administration américaine, un bras de fer entre le président Nixon et la presse d'investigation. Les similitudes sautent aux yeux et en citant directement le film de Alan J. PAKULA dans les dernières minutes jusqu'à reprendre les mêmes cadrages, Spielberg ne cache pas ce qu'il doit au film de Alan J. PAKULA. Mais il choisit un traitement différent.

Le film de Alan J. PAKULA était contemporain de son sujet, qu'il traitait en quelque sorte "à chaud" en détaillant avec réalisme et souci du détail les méthodes de travail des journalistes d'investigation. Celui de Spielberg, réalisé plus de 40 ans après est une oeuvre historique qui raconte la genèse du Washington Post comme contre-pouvoir en mettant l'accent sur le rôle pionnier du rédacteur en chef, Ben Bradlee (joué par Jason ROBARDS dans le film de Alan J. PAKULA et par Tom HANKS dans celui de Steven SPIELBERG) et surtout sur la prise de risque considérable de la propriétaire du Washington Post, Katharine Graham surnommée "Kay" (jouée par Meryl STREEP). La grande Histoire, écrite par des vainqueurs dont on ne connaît que trop le profil a effacé les femmes comme elle a invisibilisé les minorités. "Pentagon Papers" remet les pendules à l'heure avec le portrait magistral de cette "fille de" et "épouse de", programmée pour remplir un rôle décoratif et cirer les pompes des puissants et que les circonstances vont pousser à prendre les rênes. Le plan où suite à la victoire de la presse à la Cour Suprême, Kay descend l'escalier sous les applaudissements nourris d'un public exclusivement féminin contraste avec le reste du film où elle apparaît systématiquement isolée dans un monde phallocrate qui lui conteste sa place. Kay comme la plupart des femmes a d'ailleurs intégré ce paramètre dans son logiciel et semble toujours douter de sa légitimité. C'est bien entendu tout l'enjeu du film et Spielberg n'hésite pas à mettre dans la bouche de la femme de Ben Bradlee, une ménagère effacée conforme aux standards de l'époque les mots qu'il pense et qui vont ouvrir les yeux à celui-ci: "Kay est à un poste qu'elle ne pensait jamais occuper. Plein de gens pensent qu'elle ne devrait pas l'occuper. Quand on te dit sans cesse que tu n'es pas à la hauteur, que ton opinion compte moins, quand tu es transparente, qu'à leurs yeux, tu n'existes pas, que tu vis ça depuis toujours, c'est dur de ne pas penser que c'est vrai. Alors prendre cette décision, risquer sa fortune et l'entreprise à laquelle elle a consacré sa vie, je trouve ça courageux."

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La rose de Versailles (Versailles no Bara)

Publié le par Rosalie210

Ai Yoshimura (2025)

La rose de Versailles (Versailles no Bara)

Comme Silvia Stucchi et son livre-hommage "La Dame au ruban bleu: cinquante années avec Oscar", le studio MAPPA célèbre avec trois ans de retard l'anniversaire du chef d'oeuvre de Riyoko IKEDA en produisant une nouvelle adaptation sous forme d'un long-métrage d'animation d'environ deux heures. Celui-ci est un condensé des 10 volumes du manga s'appuyant également sur les adaptations du Takarazuka, revue théâtrale japonaise 100% féminine produisant des spectacles musicaux. Le film comporte donc de nombreux passages chantés. Il bénéficie également des techniques et des graphismes les plus modernes en terme d'animation. Clairement, ce remake, sorti sur Netflix le 30 avril 2025 cherche à séduire la nouvelle génération. Pourtant il n'arrive pas à la cheville de la deuxième partie de la série de 1979 produite par le studio TMS et réalisée par Osamu DEZAKI qui donnait à l'histoire une profondeur tragique et une esthétique cinématographique avec un travail incroyable sur la lumière et le regard (et ce avec les moyens limités d'une diffusion TV) sans parler de la mise en valeur du graphisme du merveilleux duo Shingo ARAKI/Michi HIMENO. Le numéro 250 d'Animeland qui vient de sortir leur consacre à tous de copieux articles à la hauteur de leurs talents conjugués. Le film du studio MAPPA reste quant à lui à la surface des personnages qui sont édulcorés: il n'y a plus de suicide, plus de mariage forcé, plus de tentative de viol, plus d'infanticides, plus de climat incestueux, plus d'ambiguïté sexuelle, plus de maladie mortelle. La grande Histoire est presque complètement escamotée alors qu'elle est dans le manga et dans la série un ressort essentiel de l'intrigue. Celle-ci, découpée à la hache et dépouillée de sa charge politique et de ses personnages secondaires est réduite aux relations sentimentales et aux fanfreluches. Seuls les questionnements et la révolte d'Oscar, reflet de la personnalité de Riyoko IKEDA donne un peu de substance à un contenu certes soigné mais inoffensif.

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