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Articles avec #animation tag

In Waves

Publié le par Rosalie210

Phuong Mai Nguyen (2026)

In Waves

La France est une plaque tournante incontournable du cinéma d'animation mondial. Elle est bien connue pour accueillir des talents venus du monde entier qu'elle finance via le CNC et forme dans ses écoles d'excellence comme les Gobelins et La Poudrière où a étudié la réalisatrice de "In Waves" d'origine vietnamienne Phuong MAI NGUYEN. Parmi les grandes réussites de cet écosystème, on peut citer "Persepolis" (2007), "La Tortue rouge" (2016) en co-production avec les studios Ghibli ou encore "Flow, le chat qui n'avait plus peur de l'eau" (2022).

"In Waves" est l'adaptation d'une bande dessinée autobiographique de AJ Dungo publiée chez Casterman en 2019. Celui-ci y raconte son amour pour Kristen, une jeune surfeuse californienne qui l'initie à ce sport avant d'être frappée par un cancer des os qui finit par l'emporter. Les vagues du titre ne se réfèrent pas qu'à la passion commune d'AJ et Kristen pour le surf, elles prennent une coloration mémorielle en reliant passé et présent, vie et mort et surtout émotionnelle, AJ étant en proie à des vagues de douleur ou de désespoir face à perte de celle qu'il aimait. Les vagues symbolisent aussi les hauts et les bas de la vie et la structure même du film adopte une narration par vagues qui déferlent sur le récit. C'est particulièrement flagrant lorsque la pratique spirituelle ancestrale du surf pratiqué par les autochtones hawaïens "déborde" sur l'histoire d'AJ lorsqu'il apprend que Kristen doit être opérée: l'émotion le submerge comme les vagues submergent la plage où se tiennent les hawaïens. Récit initiatique et récit de deuil, "In Waves" a aussi la qualité de faire admirablement ressortir l'environnement et l'origine des personnages. Il capture l'atmosphère de Los Angeles (où se pratique le surf et d'où sont originaires les personnages) et de New-York (où AJ vient présenter ses dessins) ainsi que leurs origines bigarrées, latino et asiatiques, à l'image d'un sport à qui AJ et la réalisatrices rendent ses véritables racines et sa dimension sacrée.

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Toy Story 5

Publié le par Rosalie210

Andrew Stanton, McKenna Harris (2026)

Toy Story 5

Les critiques font la fine bouche et il est vrai que ce cinquième opus de la saga Toy Story que l'on n'attendait pas forcément avec impatience n'atteint pas l'excellence des trois premiers. Notamment à cause d'éléments redondants avec les précédents films. C'est inhérent à l'essoufflement du studio qui s'est aggravé depuis près d'une dizaine d'années (à mes yeux leur dernier grand film est "Coco") (2017). Mais si on le compare aux autres films d'animation destinés à la jeunesse, alors "Toy Story 5" continue de remporter le match haut la main.

Contrairement à ce que la presse française a souvent mis en avant, le film ne condamne pas la tech en soi. Il ne se contente pas non plus d'une morale bêta du genre "si les écrans sont bien utilisés, tout va bien". Il démontre que les jouets électroniques sont les maillons d'une même chaîne consumériste devenue folle, accélérant le processus d'obsolescence et d'oubli. La bonne idée de cet opus est donc d'ajouter une nouvelle génération de jouets à celles qui existent déjà. Après les jouets en bois et les jouets en plastique de plus en plus bourrés d'électronique (on découvre ainsi la dernière génération de "Buzz l'éclair" qui peut se transformer en drone), les jouets électroniques de la petite enfance à piles sont encore bien plus vite périmés et oubliés. Notamment Rouleau-Pote, un jouet d'apprentissage de la propreté dont la durée d'utilisation n'a pas dépassé quelques mois et qui lorsque ses piles sont rechargées est tout étonné de découvrir que sa maîtresse (âgée de 9 ans) est devenue propre! C'est donc la fuite en avant consumériste et paradoxalement la précarité accrue des jouets actuels par rapport aux anciens qui n'étaient pas des auxiliaires éducatifs (ou prétendus tels) mais des compagnons qui est mise en avant.

Un autre thème important est la pression du groupe et le conformisme. Cette problématique est intemporelle mais réactualisée par la société de surveillance et de traçabilité permise par le numérique. Parce que Bonnie aime toujours les jouets anciens, elle est perçue comme ringarde et exclue par les autres enfants. Ses parents qui cherchent à bien faire lui offrent la dernière tablette à la mode pour qu'elle se normalise ce qui décuple paradoxalement l'effet de meute à son encontre. Par ce biais, Pixar évoque le fléau du (cyber)harcèlement envers les êtres différents. D'ailleurs la mission que se donne Jessie qui est le jouet central du film est de trouver à Bonnie une amie partageant sa singularité. Mission qui fédère tous les jouets quelle que soit leur âge et leur nature.

Alors évidemment, "Toy Story 5" aborde aussi l'atomisation de la société avec des enfants qui s'isolent les uns des autres en ayant les yeux rivés sur leur écran et plaide pour la sauvegarde de l'imaginaire ce qui est une manière de pratiquer une introspection sur la nature du studio. Ce n'est pas tant le support le problème que la volonté qu'il y a dedans: laisser à l'enfant toute latitude pour inventer son propre scénario ou bien le guider à partir d'un programme formaté. C'est la perte du sens de l'effort au profit de la satisfaction immédiate à cause de la béquille technologique qui est le problème et le studio n'a pas attendu 2026 pour en parler. Plus le temps passe et plus "Wall-E" (2008) qui montrait des humains obèses et infantilisés ayant abandonné une terre dévastée, sous perfusion permanente de junk food, aveuglés par la réalité virtuelle et ayant désappris à marcher s'avère visionnaire (et à l'époque aucun critique ne reprochait au studio de contribuer à rendre la terre inhabitable...)

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Jim Queen

Publié le par Rosalie210

Marco NGUYEN et Nicolas ATHANÉ (2026)

Jim Queen

Vous avez aimé Philippe KATERINE en schtroumpf aux JO de 2024? Alors vous allez l'adorer dans le rôle de la prostate en 2026 et ce même si ce n'est qu'un caméo. C'est l'un des nombreux gags du film d'animation "Jim Queen", un film pop certes parfois confus (surtout quand on ne connaît pas les codes du milieu gay) mais hilarant, au rythme enlevé et bourré d'humour trash. Le pitch? Une pandémie touche les gays. Son nom, l'hétérose qui comme son nom l'indique convertit malgré lui celui qui en est atteint à l'hétérosexualité. Celle-ci est représentée comme un standard de beaufitude avec les molécules en forme de ballon de foot et une épidémie de hits de Patrick SEBASTIEN. Il n'y a pas que dans "Le Sens de la fete" (2016) que faire tourner les serviettes est le summum du ringard. La satire n'épargne pas davantage les gays et leurs querelles de chapelles. Certaines très connues et ayant déjà fait l'objet de films comme "Cruising, La chasse" (1980) sur les cuir SM ou "Priscilla, folle du desert" (1994) et "Hedwig and the angry inch" (2001) sur les drag queens. D'autres moins connus comme les bears qui sont évidemment représentés dans le film d'animation par des ours ou les fétichistes des chaussures de sport. Jim Parfait est quant à lui une montagne de muscles qui incarne la norme dominante du milieu gay urbain axée sur le culte du corps et des réseaux sociaux. Sa maladie va l'obliger à descendre de son piédestal pour faire équipe avec Lucien qui est son exact opposé, un éphèbe gracile sur-couvé par sa mère ministre, Christine Bayer, allusion probable à Christine Boutin dont les méthodes répressives donnent lieu à une scène tordante. Evidemment les charlatans sont légion, notamment un certain docteur "Ra(g)oult" adepte de la "chloroqueer"! Un excellent moment.

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Gankutsuou

Publié le par Rosalie210

Mahiro Maeda (2004)

Gankutsuou

J'avais beaucoup entendu parler de cette série qui tente une approche originale et au départ franchement séduisante du roman d'Alexandre Dumas "Le comte de Monte-Cristo". Approche originale au niveau du genre puisque le roman historique est transposé dans un univers de space opera rétro-futuriste dans lequel les vaisseaux spatiaux et les mecha (armures mécanisées façon Goldorak) cohabitent avec les costumes dandy, l'opéra et les calèches du XIX° siècle. Approche originale au niveau de l'esthétique. Les effets 3D, typique du début des années 2000 ont aujourd'hui mal vieilli mais en revanche le choix d'un style collage proche de Klimt (lui-même inspiré par les estampes japonaises) avec les motifs des costumes et chevelures qui semblent se fondre dans un décor éblouissant de dorures donne un cachet unique à cet anime même si cela se fait au détriment au mouvement et de la fluidité. Enfin au niveau narratif, la décision de changer de point de vue et de faire de Albert le personnage principal donne une certaine fraîcheur à l'histoire en la recentrant sur la jeune génération plutôt que sur celle du comte. Hélas, ce changement permet aux poncifs des mangas de rattraper rapidement cette version. Albert et ses amis qui ont une vingtaine d'années dans le roman deviennent des adolescents de 14-15 ans et le récit devient celui du passage à l'âge adulte célébrant les valeurs d'amitié, de courage, de détermination et d'esprit de sacrifice dans un esprit très shônen. On y ajoute des combats de mecha, des triangles amoureux (Andrea-Albert-Eugénie, Edmond-Mercédès-Fernand), une touche de gore, une autre de yaoi (amours homosexuelles masculines destiné au public féminin souvent entre un blond et un brun qui sont ici Franz d'Epinay et Albert mais l'ajout du travesti Peppo avec lequel Albert a une aventure est un autre exemple). Passé à la moulinette de ces stéréotypes, le récit finit par perdre toute crédibilité tant il devient incohérent et décousu. On pense au comte transformé en vampire criminel depuis qu'il a noué un pacte faustien avec le diable (pauvre abbé Faria!) mais qui reste adoré par son entourage maso. On pense à Mercédès transformée en horrible arriviste sans personnalité et qui se fait insulter par son propre fils et tirer dessus par son mari. On pense à Eugénie qui à l'opposé du roman de Dumas devient une amoureuse éplorée qui a besoin d'être sauvée par Albert (le récit est yaoi mais efface en revanche toute trace de lesbianisme). On pense à Andrea Cavalcanti, transformé en bishonen androgyne pervers et incestueux à la manière de Helmut Berger dans "Les Damnés" et ainsi de suite.

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Pompoko (Heisei tanuki gassen Ponpoko)

Publié le par Rosalie210

Isao Takahata (1996)

Pompoko (Heisei tanuki gassen Ponpoko)

"Pompoko" traite d'un sujet cher aux studios Ghibli, celui des relations entre l'homme et la nature. L'histoire s'inspire d'un programme de construction urbaine à Tama près de Tokyo dans les années 60 qui a entraîné déforestation, arasement des collines et destruction des lieux de vie des animaux. Cependant les tanuki (des blaireaux aux airs de ratons-laveurs), comme les renards, autre catégorie décrite dans le film ne sont pas que des animaux, ce sont aussi des Yokai c'est à dire des esprits capables de se métamorphoser en à peu près n'importe quoi. Le film est une variante du combat du pot de terre contre le pot de fer et repose sur les différentes tentatives de résistance imaginées par les Tanuki pour ralentir le chantier voire faire fuir les humains de leur milieu de vie. Certaines sont très drôles, d'autres poétiques avec une véritable folie visuelle mais toutes sont vouées à l'échec, le boom économique l'emportant largement sur les vieilles traditions au fur et à mesure que l'urbanisation recouvre l'ancienne société rurale japonaise que l'on aperçoit à la fin du film lors d'une séquence nostalgique célébrant l'harmonie entre les dieux, les hommes et la nature. On ressent alors combien les films de Isao TAKAHATA croisent ceux de Hayao MIYAZAKI: cette campagne japonaise shintoïste est exactement celle de "Mon voisin Totoro" (1988) alors que la crise économique que vit le Japon depuis trente cinq ans entraîne une déprise urbaine faisant revenir au bercail les esprits (c'est le cadre de "Le Voyage de Chihiro" (2001) qui se déroule dans un parc d'attractions abandonné du même genre que celui que l'on voit être inauguré dans "Pompoko"). A travers les capacités d'adaptation variables des tanuki et des renards à la société moderne, c'est aussi notre aliénation qui est évoquée.

Le film de Isao TAKAHATA souffre cependant d'un problème de rythme lié à mon avis au manque de caractérisation des Tanuki. Bien qu'ils portent des noms, appartiennent à différentes générations et à deux groupes ennemis qui finissent par s'allier contre l'envahisseur on a du mal à les différencier les uns des autres d'autant qu'ils ne cessent de changer d'apparence. Le spectateur a donc affaire à des groupes au final assez indistincts et ne peut véritablement s'identifier à aucun personnage ce qui rend le film moins percutant que ce qu'il aurait pu être.

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El sueño de la sultana (Sultana's dream)

Publié le par Rosalie210

Isabel Herguera (2023)

 El sueño de la sultana (Sultana's dream)

Hiatus entre le fond et la forme. Les graphismes du film, splendides, relèvent du travail d'orfèvrerie, alternant entre plusieurs techniques pour souligner les différentes dimensions du récit. Le fond en revanche est assez lourdingue. "Sultana's dream" se déroule dans un milieu ultra bobo (l'héroïne est réalisatrice de films d'animation et tout le temps en voyage, sa mère est océanographe, son père réalisateur vit à Rome) et ressemble au parfait bréviaire de la féministe militante. Il est question d'un manifeste écrit en 1905 par la princesse indienne Rokeya Sakhawat Hossain décrivant un monde dominé par les femmes "Ladyland" une sorte de "Jacky au royaume des filles" (2013) mais où les relations hommes-femmes sont inexistantes puisque les hommes vivent cloîtrés pendant que les femmes gèrent tout. Cette essentialisation des genres est problématique. L'homme est vu systématiquement comme un sombre prédateur et la femme comme pacificatrice et dotées de toutes les qualités. Reconnaître que l'écrasante majorité des violences sexuelles sont commises par les hommes sur les femmes ce n'est pas pour autant passer sous silence la complexité des êtres humains, tous ceux qui n'entrent pas dans cette binarité, les hommes victimes d'autres hommes voire de femmes qui peuvent dans un certain nombre de cas être également prédatrices. C'est dommage car la diabolisation des hommes et l'idéalisation des femmes recouvre des questions également abordées dans le film comme celle de l'insécurité chronique des femmes dans les espaces publics d'orient comme d'occident. L'héroïne, Inès dont le père est absent a été victime d'agression sexuelle dans son enfance et voit tout à travers ce prisme. Sa relation amoureuse avec un indien est marquée par l'échec dès son apparition et son lesbianisme est montré comme une évidence. S'affranchir des assignations n'est pas au programme d'un film qui les renforce et désigne l'autre comme un ennemi à éliminer du paysage.

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Sauvages

Publié le par Rosalie210

Claude Barras (2024)

Sauvages

"Sauvages" est le deuxième long-métrage de Claude BARRAS qui avait fait sensation il y a huit ans avec "Ma Vie de courgette" (2015). "Sauvages" n'a pas eu le même succès, largement éclipsé par le triomphe de "Flow, le chat qui n'avait plus peur de l'eau" (2022) sorti deux semaines après le film de Claude BARRAS. Il est d'ailleurs assez facile de cerner pourquoi "Sauvages" ne peut rivaliser avec le film de Gints ZILBALODIS ou avec le chef-d'oeuvre de Hayao MIYAZAKI, "Princesse Mononoke" (1997) alors que ces deux films recoupent largement la même préoccupation écologique. "Flow, le chat qui n'avait plus peur de l'eau" est un film muet qui donne à voir et à ressentir sans expliquer et encore moins asséner puisque les humains en sont absents. "Princesse Mononoke" outre sa dimension spirituelle évite le manichéisme et montre que les questions sociales ne recoupent pas toujours les questions écologiques. C'est un monde où "chacun a ses raisons". Dans "Sauvages", le stigmate associé aux peuples autochtones est retourné contre les entreprises de déforestation qui ravagent la biodiversité et mettent en péril les peuples autochtones. Mais si cela correspond effectivement à une réalité dans laquelle un gouvernement absent ou corrompu laisse les mains libres à des compagnies aux pratiques mafieuses n'hésitant pas à tirer sur ceux qui se dressent sur leur chemin, cela est néanmoins montré sans nuances. La population de l'île de Bornéo n'est pas représentée sinon sous la forme de quelques ouvriers et soldats et la question du développement est à peine abordée. En face, outre les indiens et animaux, principalement représentés par des enfants et des peluches vivantes pacifiques et bienveillantes sauf en situation de légitime défense on a la sempiternelle activiste écolo occidentale bien-pensante venue les aider (comme s'ils ne pouvaient pas se débrouiller tout seuls!). La nature est donc montrée comme toute mignonette et bienveillante à l'image de personnages manichéens. En bref, malgré une animation réussie, l'écriture est trop simpliste et didactique pour convaincre.

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L'Homme qui plantait des arbres

Publié le par Rosalie210

Frédéric Back (1987)

L'Homme qui plantait des arbres

"L'Homme qui plantait des arbres" est un très beau film d'animation du réalisateur québécois Frédéric Back réalisé il y a près de 40 ans mais qui n'a jamais autant paru d'actualité. D'une certaine manière, il fait écho aux préoccupations écologiques et pacifistes des premiers films de Hayao MIYAZAKI qui lui sont contemporains mais sans le fantastique. Encore que le livre de Jean Giono publié en 1953 dont le film est l'adaptation se demande si le modeste berger Elzéar Bouffier n'a pas accompli l'oeuvre de dieu alors que quatre ans plus tard Maurice Druon révèle que Tistou qui grâce à ses pouces verts peut faire pousser les plantes en un clin d'oeil est un ange. Quant aux Totoro qui ont ce même pouvoir, ce sont des esprits de la forêt que seuls les enfants peuvent voir. Ce petit dialogue entre les oeuvres et les cultures me semble fructueux par le fait de relier enfance, nature, spiritualité et animation. Celle de "L'Homme qui plantait des arbres" réalisée au crayon fait penser à une suite de croquis, d'abord monochromes pour évoquer le désert, la mort, la désolation et les passions tristes pour terminer par une explosion de couleurs évoquant la peinture impressionniste lorsque tout renaît. La critique du monde industriel et du bellicisme se lit en creux dans l'attitude de Elzéar Bouffier qui sème des glands dans le désert pendant des décennies jusqu'à reboiser son environnement en se tenant à l'écart des vicissitudes du monde, frappé par deux guerres mondiales successives. "L'Homme qui plantait des arbres" est donc une oeuvre de reconstruction par la reconnexion avec la nature qui n'est pas sans rappeler un autre film, "L'homme qui murmurait a l'oreille des chevaux". (1998)

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The Garden of Words (Koto no ha no niwa)

Publié le par Rosalie210

Makoto Shinkai (2013)

The Garden of Words (Koto no ha no niwa)

"The Garden of words" ("Le jardin des mots" en VF) m'a fait penser à "L'homme qui marche" de Jiro Taniguchi de par son caractère contemplatif, sa lenteur et la poésie mélancolique de ses images d'un réalisme sidérant. La pluie, comme un rideau protecteur créé une bulle de temps suspendu à l'écart de la frénésie de la ville. Elle invite à la contemplation. De fait elle provoque une rencontre entre deux solitudes vivant un peu en marge de la société. Un lycéen de 15 ans qui sèche les cours les matinées pluvieuses en poursuivant son rêve de devenir cordonnier. Et une mystérieuse jeune femme qui ne parvient plus à se rendre au travail. Le lycéen s'installe sous un petit pavillon dans le parc de Shinjuku Gyoen pour dessiner des chaussures, la femme pour manger du chocolat et boire de la bière. Ce rituel se répète chaque matinée pluvieuse. Takao et la jeune femme, Yukino sans chercher à nouer un lien se retrouvent en effet au même endroit et au même moment si bien qu'ils finissent par mieux se connaître. Takao propose même à Yukino de lui fabriquer une paire de chaussures. Ce qui est pour elle qui traverse une crise existentielle comme une planche de salut. Néanmoins, la réalité finit par rattraper les personnages avec la fin de la saison des pluies. On sort alors du domaine de l'art et de la contemplation pour entrer dans celui plus terre-à-terre des relations sociales. Les situations respectives de Takao et de Yukino (différence d'âge et de statut) ne permettent pas à ceux-ci de continuer sur le même mode que leurs tête à tête dans le jardin. L'un doit se construire et l'autre se reconstruire et chacun doit le faire de son côté. On aurait aimé que le personnage de Yukino souffrant du syndrome de l'imposteur soit davantage développé mais en 45 minutes, on doit se contenter d'un aperçu. De toutes manières, en dépit de son titre, ce ne sont pas les mots qui comptent le plus dans le film mais les silences et les non-dits ainsi que le plaisir de ce petit espace de liberté hors du temps dans un monde de contraintes et d'impossibilités.

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Suzume (Suzume no tojimari)

Publié le par Rosalie210

Makoto Shinkai (2021)

Suzume (Suzume no tojimari)

L'oeuvre de Makoto SHINKAI est hantée par la catastrophe du 11 mars 2011 et ses conséquences. Mais contrairement à "Your name." (2016) où celle-ci restait suggérée, elle est nommée explicitement dans "Suzume". Ce titre fait référence à l'héroïne, une adolescente de 16 ans dont on découvre à l'aide de flashbacks qu'elle est une survivante de la catastrophe. Ce passé est montré dès les premières images où l'on voit une petite fille de quatre ans appeler sa mère dans ce qu'on découvre être des ruines. Suzume a conservé un vestige de cette époque qui est une chaise d'enfant fabriquée par sa mère dont il manque un pied. A l'image de cette chaise, la vie de Suzume, élevée par sa tante surprotectrice qui lui a tout sacrifié est restée bancale. Sa rencontre avec un jeune homme du nom de Sota va tout bouleverser. Comme dans ses précédents films, Makoto SHINKAI a recourt au fantastique pour évoquer les tourments de son pays. Sota est un verrouilleur: il parcourt le pays pour refermer les portes cachées dans les ruines. Ces ruines et ces portes constituent autant de symboles d'anciennes catastrophes: l'une d'elles est dissimulée dans un parc d'attractions abandonné, comme dans "Le Voyage de Chihiro" (2001). Une autre, située au fond d'un tunnel menace de faire revivre à Tokyo le traumatisme du séisme du Kanto. Seules des forces surnaturelles, les "pierres de voûte" peuvent maintenir ces portes fermées. Lorsqu'elles font défaut, la porte s'ouvre, libérant un ver géant en forme de colonne de fumée qui menace de s'abattre au sol, provoquant une nouvelle catastrophe. Suzume sans le savoir libère une pierre de voûte qui prend la forme d'un petit chat qui s'enfuit après avoir jeté un sort à Sota, l'enfermant dans la chaise à trois pieds de Suzume. Celle-ci munie de sa chaise désormais vivante se lance alors dans un périple à travers le Japon pour rattraper le chat qui veut "libérer" d'autres portes. Un récit à deux dimensions se met alors en place. D'un côté, un récit d'apprentissage et d'émancipation en forme de road-movie. De l'autre, une "recherche du temps perdu" où il s'agit de se souvenir du traumatisme enfoui dans le trou noir des pages caviardées d'un journal intime. Se souvenir pour consoler, réparer et repartir de l'avant. Un miroir tendu à un Japon plutôt désireux d'enfouir les mauvais souvenirs que de s'y confronter.

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