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Articles avec #fantastique tag

Vincent doit mourir

Publié le par Rosalie210

Stéphan Castang (2022)

Vincent doit mourir

Film hybride qui mélange d'un côté les codes de la série B cheap (les "figurants-zombie" mécaniques, certaines incohérences et grosses ficelles du scénario qui se contente de poser un climat anxiogène sans creuser plus loin) et de l'autre la belle performance de Karim LEKLOU qui comme dans "Le Roman de Jim" (2023) transcende le matériau filmique par son humanité. Je pourrais reprendre la dialogue final de "The Truman Show" (1998): "alors rien n'était vrai? Toi tu étais vrai". Dommage que le flou artistique qui règne sur les agressions par le regard empêche de construire un univers totalement convaincant. La violence est aléatoire, dépolitisée, sans racines et finalement inoffensive pour le spectateur. L'histoire d'amour entre Vincent et Margaux (Vimala PONS) qui fait bifurquer le récit vers la comédie romantique se combine mal avec le survival paranoïaque. Certes leur relation est "contaminée" par l'agressivité ambiante mais reste suffisamment "mignonne" pour offrir un refuge qui contredit ce que le film tente de nous montrer: le délitement irréversible du lien social. "Vincent doit mourir" sabote ainsi en cours de route sa proposition forte au profit d'une romance mainstream "nous contre le reste du monde" ce qui est beaucoup plus vendeur et rassurant.

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Toy Story 5

Publié le par Rosalie210

Andrew Stanton, McKenna Harris (2026)

Toy Story 5

Les critiques font la fine bouche et il est vrai que ce cinquième opus de la saga Toy Story que l'on n'attendait pas forcément avec impatience n'atteint pas l'excellence des trois premiers. Notamment à cause d'éléments redondants avec les précédents films. C'est inhérent à l'essoufflement du studio qui s'est aggravé depuis près d'une dizaine d'années (à mes yeux leur dernier grand film est "Coco") (2017). Mais si on le compare aux autres films d'animation destinés à la jeunesse, alors "Toy Story 5" continue de remporter le match haut la main.

Contrairement à ce que la presse française a souvent mis en avant, le film ne condamne pas la tech en soi. Il ne se contente pas non plus d'une morale bêta du genre "si les écrans sont bien utilisés, tout va bien". Il démontre que les jouets électroniques sont les maillons d'une même chaîne consumériste devenue folle, accélérant le processus d'obsolescence et d'oubli. La bonne idée de cet opus est donc d'ajouter une nouvelle génération de jouets à celles qui existent déjà. Après les jouets en bois et les jouets en plastique de plus en plus bourrés d'électronique (on découvre ainsi la dernière génération de "Buzz l'éclair" qui peut se transformer en drone), les jouets électroniques de la petite enfance à piles sont encore bien plus vite périmés et oubliés. Notamment Rouleau-Pote, un jouet d'apprentissage de la propreté dont la durée d'utilisation n'a pas dépassé quelques mois et qui lorsque ses piles sont rechargées est tout étonné de découvrir que sa maîtresse (âgée de 9 ans) est devenue propre! C'est donc la fuite en avant consumériste et paradoxalement la précarité accrue des jouets actuels par rapport aux anciens qui n'étaient pas des auxiliaires éducatifs (ou prétendus tels) mais des compagnons qui est mise en avant.

Un autre thème important est la pression du groupe et le conformisme. Cette problématique est intemporelle mais réactualisée par la société de surveillance et de traçabilité permise par le numérique. Parce que Bonnie aime toujours les jouets anciens, elle est perçue comme ringarde et exclue par les autres enfants. Ses parents qui cherchent à bien faire lui offrent la dernière tablette à la mode pour qu'elle se normalise ce qui décuple paradoxalement l'effet de meute à son encontre. Par ce biais, Pixar évoque le fléau du (cyber)harcèlement envers les êtres différents. D'ailleurs la mission que se donne Jessie qui est le jouet central du film est de trouver à Bonnie une amie partageant sa singularité. Mission qui fédère tous les jouets quelle que soit leur âge et leur nature.

Alors évidemment, "Toy Story 5" aborde aussi l'atomisation de la société avec des enfants qui s'isolent les uns des autres en ayant les yeux rivés sur leur écran et plaide pour la sauvegarde de l'imaginaire ce qui est une manière de pratiquer une introspection sur la nature du studio. Ce n'est pas tant le support le problème que la volonté qu'il y a dedans: laisser à l'enfant toute latitude pour inventer son propre scénario ou bien le guider à partir d'un programme formaté. C'est la perte du sens de l'effort au profit de la satisfaction immédiate à cause de la béquille technologique qui est le problème et le studio n'a pas attendu 2026 pour en parler. Plus le temps passe et plus "Wall-E" (2008) qui montrait des humains obèses et infantilisés ayant abandonné une terre dévastée, sous perfusion permanente de junk food, aveuglés par la réalité virtuelle et ayant désappris à marcher s'avère visionnaire (et à l'époque aucun critique ne reprochait au studio de contribuer à rendre la terre inhabitable...)

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Les Lèvres rouges

Publié le par Rosalie210

Harry Kumel (1970)

Les Lèvres rouges

Même si "Les lèvres rouges" met magnifiquement en valeur Delphine SEYRIG qui trouve avec cette réinterprétation du mythe de la sanglante comtesse Bathory* le parfait miroir inversé de son rôle de fée des lilas, le film fait très série B. Son aspect kitsch incluant un érotisme seventies à la David Hamilton n'est guère compensé par un scénario décousu et une interprétation inégale. Delphine SEYRIG vampirise la caméra et croque tous crus les autres acteurs (John KARLEN et Andrea RAU sont comment dire, hum, très datés) Mais on ne peut pas retirer au film un réel travail atmosphérique, une colorimétrie recherchée et quelques plans réellement intrigants comme celui où Stefan, le jeune marié à l'apparence très lisse téléphone à sa "mère", laquelle s'avère être une vieille "tante" au visage proche de "l'homme mystère" de "Lost Highway" (1996). C'est d'ailleurs cette parenté entre le film de Harry KUMEL et celui de David LYNCH qui m'a le plus intéressé à savoir l'impression de naviguer dans un cauchemar éveillé saturé de couleurs primaires, ce qui rend beaucoup plus compréhensible d'ailleurs les incohérences du scénario. "Les lèvres rouges" utilise cet onirisme pour explorer toute une palette de fantasmes et de non-dits autour du sado-masochisme et de l'homosexualité (féminine comme masculine) mais il le fait très maladroitement. Heureusement, le pouvoir d'envoûtement de Delphine SEYRIG compense en partie ces faiblesses.

* Comtesse hongroise du XVII° siècle qui aurait torturé et tué des dizaines voire des centaines de jeunes filles par pur plaisir sadique avant de se baigner dans leur sang pour conserver une éternelle jeunesse.

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Qui donc a rêvé?

Publié le par Rosalie210

Liliane de Kermadec (1965)

Qui donc a rêvé?

Un pur bonheur de cinéphile que ce court-métrage expérimental et surréaliste de Liliane de KERMADEC d'une durée de 23 minutes mais tellement dense que je l'ai regardé deux fois de suite sur HENRI, la plateforme de la Cinémathèque pour en saisir toute la richesse. Sur le plan littéraire, la référence est claire: il s'agit d'une adaptation très libre de "Alice de l'autre côté du miroir" de Lewis Caroll. On y trouve un collage des fragments de l'oeuvre originale librement transposés: la traversée du miroir, la course à la Reine, la boutique de la brebis, la Reine rouge et la Reine blanche, le cavalier blanc, le banquet et le couronnement. Sur le plan cinématographique, l'influence de Alain RESNAIS et plus particulièrement de "L'Annee derniere a Marienbad" (1961) est assez frappante, tant par la présence de Delphine SEYRIG et son immobilité de statue de cire que par le tournage partiel dans les espaces géométriques et démesurés du parc de Sceaux. On pense aussi aux oeuvres ultérieures de Jacques DEMY et Agnes VARDA. Le premier y a certainement puisé des idées pour "Peau d'ane" (1970), la fée des Lilas bien sûr mais aussi les femmes-fleurs et le télescopage des mondes et des époques avec des engins du monde moderne des années 60 (2CV, cosmonautes, alunissage). La seconde y a sans doute trouvé une inspiration pour ses propres installations de miroirs sur "Les Plages d'Agnes" (2007). Mais surtout les deux réalisatrices inscrivent leur combat féministe dans les arts plastiques comme le faisait Annette Messager avec ses installations: "Qui donc a rêvé?" est rempli de tissus, de pelotes de laine, de broderies, de points au crochet et de travaux d'aiguille faits par la Reine blanche alors que le chevalier blanc, incarnation du patriarcat chute et rechute lourdement au sol (comme Rochester dans "Jane Eyre) parce que son armure est lestée par une batterie de cuisine en fer-blanc: "combien de soldats à l'ombre de la reine volent dans un ciel d'été sur un petit plateau à thé". Impossible de ne pas faire un parallèle avec une autre oeuvre habitée par Delphine SEYRIG, celle de Chantal AKERMAN avec ses ménagères au bord de l'explosion ("Saute ma ville" (1968) et bien sûr "Jeanne Dielman 23, Quai du Commerce 1080, Bruxelles") (1975). Dans le film de Liliane de KERMADEC, la petite Alice est donc sans cesse tiraillée entre les deux mondes réservés traditionnellement aux filles: celui d'une représentation narcissique en forme de piège ("miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle?"; "Je veux être reine") et celui de la réalité de l'aliénation domestique ("vous êtes ma prisonnière"). Sa course perpétuelle dans le parc, sur une barque ou bien dans la scène la plus aérienne et la seule en couleurs du film, sur un char à voiles peut être interprétée comme des tentatives d'échappée de ces deux destins.

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Audrey Rose

Publié le par Rosalie210

Robert Wise (1977)

Audrey Rose

Impossible de ne pas penser à "L'Exorciste" (1972) en regardant "Audrey Rose", tant les points communs sont nombreux. Néanmoins, le film de Robert WISE prend le contrepied de celui de William FRIEDKIN en refusant de céder aux effets spectaculaires ce qui a sans doute joué dans son échec commercial, même s'il ne suffit pas à lui seul à l'expliquer. Sa structure narrative qui commence par nous plonger dans un drame familial nimbé de mystère avant de bifurquer sans préavis dans le film de procès où l'on tente de "prouver" ce qui par nature ne peut l'être, une croyance spirituelle peut paraître maladroite sans parler d'une fin quelque peu expédiée.

Le film n'en reste pas moins passionnant et a acquis au fil du temps un statut mérité d'oeuvre culte. Evidemment la présence d'Anthony HOPKINS au générique, un an avant "Magic" (1978) n'y est pas pour rien. C'est lui qui révèle la faille au sein d'une famille dont Robert WISE montre dans les premières images du film l'extrême banalité apparente. Enfin ce ne sont pas tout à fait les premières images car avant elles, il y en a eu d'autres, celles de l'accident ayant coûté la vie à Audrey Rose et à sa mère. Il faut un certain temps avant de les raccorder au personnage joué par Anthony HOPKINS et à la famille qu'il semble suivre à la trace. Comme dans la plupart de ses rôles, il dégage une aura inquiétante, entre douceur et folie et jusqu'à la fin, le spectateur ne parviendra jamais tout à fait à savoir s'il cherche à protéger Ivy ou bien à la vampiriser en cherchant à travers elle sa fille disparue.

Mais ce qui ne permet pas au spectateur de trancher, c'est que Elliott Hoover, son personnage est entravé par la société américaine qui le prend pour un fou dangereux puis tente de trouver une explication rationnelle en utilisant Ivy comme cobaye, avec l'assentiment du père. Car ce qui est très intéressant aussi, c'est la manière dont l'irruption d'Elliott et les crises d'Ivy font exploser les faux-semblants au sein du couple des parents. Alors que la mère, d'abord effrayée se montre de plus en plus à l'écoute parce qu'elle est proche de sa fille et que seul Elliott parvient à l'apaiser, le père, beaucoup plus distant rejette frontalement l'intrus qui est pour lui un rival et donne au contraire carte blanche aux institutions judiciaires et médicales avec des résultats pour le moins peu probants. "Audrey Rose" rejoint ainsi "L'Exorciste" (1972) dans le constat d'un malaise dans la civilisation américaine dont le cartésianisme rejette dans l'ombre tout ce qui lui échappe, là où la spiritualité, qu'elle soit chrétienne ou comme ici bouddhiste tente d'apporter des réponses à la souffrance psychique et notamment aux questions relatives au deuil et à la mort.

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Sinners

Publié le par Rosalie210

Ryan Coogler (2025)

Sinners

"Sinners" n'a pas volé ses prix aux Oscar. C'est le digne héritier (contrairement au narcissique et vide "Marty Supreme") (2025) des grands cinéastes-historiens du refoulement des tares originelles de l'Amérique tels que Martin SCORSESE ou Stanley KUBRICK. Il se situe dans une longue tradition, celle du Southern Gothic, un genre littéraire et cinématographique né dans le Sud des États-Unis qui utilise les codes de l'horreur classique (fantômes, châteaux en ruine, malédictions) pour parler de vérités sociales et historiques douloureuses et profondes: l'esclavage, la ségrégation raciale, les lynchages, le Ku Klux Klan. La manière dont le passé infuse le présent et détermine le futur est déterminante dans le film comme elle l'était dans "Gangs of New York" (2002) où l'on voyait pousser les gratte-ciel sur un sol gorgé du sang des rivalités territoriales ayant eu lieu durant la guerre de Sécession ou dans "Shining" (1980) dans lequel les fantômes de l'Amérique coloniale, violente et patriarcale sur lequel était construit l'hôtel Overlook revenaient hanter voire posséder les personnages, abolissant toute notion du temps. Comme la majorité des vampires de "Sinners", Jack Torrance sacrifiait son humanité et sa créativité pour l'immortalité en rejoignant le camp des prédateurs dominants là ou son fils Danny doté du don de voir le passé choisissait de fuir et de préserver sa liberté.

Et bien "Sinners" fonctionne exactement de la même façon avec son lieu unique saturé d'un lourd passé, gorgé de fantômes qui ne demandent qu'à être convoqués. On en apprécie que mieux la petite remarque de l'un des frères jumeaux (tous deux joués par Michael B. JORDAN qui n'a pas volé sa statuette lui aussi), constatant que le sol en bois de la scierie qu'ils achètent pour en faire un cabaret de blues a été "lessivé" par le vendeur du lieu qui n'est autre qu'un membre éminent du Ku Klux Klan. Mais ce "white washing" ne peut lessiver la terre qui se trouve sous le plancher. Convoqué par la puissante musique blues de Sammie et de sa guitare, voilà que dans une scène de transe parmi les plus saisissantes du film on voit apparaître sur ce même plancher des danseurs tribaux africains, des joueurs de guitare électrique, des DJ et même des acteurs de l'opéra traditionnel chinois en référence à la présence dans le public du cabaret d'un couple de commerçants immigrés chinois: le passé, le présent et le futur communiquent et communient dans un seul et même espace-temps.

Mais les vampires blancs rodent autour du cabaret et cherchent à entrer. Comme dans tout film de vampire qui se respecte, ils ne peuvent le faire que s'ils y sont invités. Il va falloir donc ruser, exploiter la moindre faille et ils ne vont pas tarder à la trouver. Leur cheval de troie est littéralement "la plaie de l'Amérique", la même que celle au coeur du film de Paul Thomas ANDERSON, "Une bataille apres l'autre" (2025) à savoir la fille métisse. Dans "Sinners", on ne comprend pas tout de suite le lien entre cette jeune fille et le monde noir qu'elle côtoie. Jusqu'à ce qu'elle révèle que son père était mulâtre et que pour refuser l'entrée du cabaret aux blancs, les membres du cabaret précisent "qu'elle appartient à la famille". C'est là qu'on touche du doigt le génie du réalisateur, Ryan COOGLER qui a pris au mot le racisme des USA pour lesquels "une seule goutte de sang noir fait de vous un noir". C'est par cette faille (le passing*) vue comme "l'anomalie à éliminer" que le film va basculer d'un affrontement binaire (y compris musical dans une séquence banjo qui rappelle beaucoup "Delivrance") (1972) en quelque chose de beaucoup plus complexe car cette jeune fille est la première à se faire mordre et à réussir quand même à entrer dans le cabaret. A partir de là, les frontières se brouillent: le passing propage le virus de l'intérieur tandis que ceux qui s'aventurent dehors rejoignent l'armée des ombres, qu'elles soit blanches, noires ou asiatiques. La fracture binaire ne passe plus entre "eux" (les vampires, les blancs) et "nous" (les humains, les noirs) mais au sein même des familles et des fratries gémellaires, menaçant au final d'engloutir la nation toute entière.

C'est sur les ruines de ce mensonge mortifère pour toute une nation que Ryan COOGLER reconstruit une autre lecture de l'Amérique, hybride, débarrassée par une violente catharsis de sa lèpre raciste (le massacre des membres du KKK, emportés avec l'anéantissement du cabaret de Blues). Les survivants du massacre sont devenus des porteurs de mémoire. Protégé par son génie musical et la réalité plurielle du Blues (musique de la souffrance noire sur des instruments blancs), Sammie a déjoué la prédation des vampires. Il en reste marqué à vie par une vilaine griffure au visage mais il n'a pas été mordu. Et l'âme des jumeaux continue à le protéger. Par un jeu de transvasement mystique que l'on voit aussi dans le très beau "Hamnet" (2025), la connexion spirituelle entre eux est si forte qu'elle défie la mort et le mal: au lieu d'être mordu et vidé de son sang, le jumeau humain parvient à déverser son âme dans son frère, créant un être hybride ayant appris à dompter sa "soif de mordre". Enfin, ultime ironie du sort, le métissage que l'idéologie raciste voit comme une tare absolue, celle de l'impureté est précisément ce qui permet à la jeune fille mordue de survivre. Contrairement aux autres vampires qui sont calcinés dès le lever du soleil, seule sa part monstrueuse est détruite, lui permettant de survivre débarrassée de sa part d'ombre.

"Sinners" est le film de la véritable "Renaissance d'une nation".

* Le passing (de l'anglais passing for white, "passer pour blanc") est un concept sociologique et historique né aux États-Unis. Il désigne la capacité d'une personne appartenant à un groupe racial ou social discriminé (généralement métisse ou noire de peau claire) à être perçue comme blanche par la société, générant un réflexe de survie et une tragédie identitaire. L'un des exemples les plus célèbres au cinéma est le personnage de Sarah Jane dans "Mirage de la vie (1959).

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Alter Ego

Publié le par Rosalie210

Bruno Lavaine et Nicolas Charlet

Alter Ego

Sur le papier, le pitch avait l'air alléchant. Et la BA, très drôle donnait envie. Mais l'enjeu était de savoir si à partir de l'idée loufoque de départ, le reste allait suivre. Le fait est que même si "Alter ego" relève davantage de l'humour grinçant que du vaudeville, il parvient d'une part quand même à trousser quelques scènes poilantes et surtout à nous surprendre. Car non, tout n'est pas révélé dans la bande annonce, loin de là. D'ailleurs dès les premières scènes, sous le comique de situation (les deux sosies dont personne ne remarque la ressemblance sauf Alex) et de caractère (Axel le winner sportif, polyvalent et bête de sexe versus Alex le loser pas fichu de monter correctement une tente) perce un malaise qui ne fait que s'amplifier tout au long du film. Un malaise lié en partie à la montée de la paranoïa chez Alex qui espionne son alter ego avec des jouets d'enfant mais surtout au cadre étouffant de la vie de banlieue. Le double devient la métaphore du conformisme puisque Axel est le miroir d'Alex mais "en mieux" entendez par là qui a mieux réussi: il a des cheveux, un large sourire, une confiance en lui à toute épreuve, une femme mannequin vraisemblablement russe. Il a la même maison de celle d'Alex mais avec une cave contenant des milliers de bouteilles de vin et le même job mais qu'il réorganise à la manière américaine pendant qu'Alex se placardise tout seul. Les réalisateurs maximisent l'effet miroir avec les maisons mitoyennes séparées par une simple haie ou les bureaux qui se font face, sauf que le comportement d'Alex qui part de plus en plus en vrille pour trouver la faille de son alter ego instille un suspense et une tension croissante. La fin que ne renierait pas un Quentin DUPIEUX bascule dans le registre du polar horrifique teinté d'absurde en nous dévoilant les dessous peu reluisants de la vie du beau mâle alpha aux apparences si parfaites. Laurent LAFITTE fait un grand numéro dans son double rôle, parvenant à créer depuis le phrasé jusqu'à la posture corporelle deux personnages si distincts qu'on a du mal à croire nous aussi qu'il s'agit du même acteur. On s'amuse aussi de quelques personnages pas piqués des vers: le collègue un peu benêt d'Alex, Denis (Marc FRAIZE) et la moustache de sa supérieure jouée par Zabou BREITMAN.

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Pompoko (Heisei tanuki gassen Ponpoko)

Publié le par Rosalie210

Isao Takahata (1996)

Pompoko (Heisei tanuki gassen Ponpoko)

"Pompoko" traite d'un sujet cher aux studios Ghibli, celui des relations entre l'homme et la nature. L'histoire s'inspire d'un programme de construction urbaine à Tama près de Tokyo dans les années 60 qui a entraîné déforestation, arasement des collines et destruction des lieux de vie des animaux. Cependant les tanuki (des blaireaux aux airs de ratons-laveurs), comme les renards, autre catégorie décrite dans le film ne sont pas que des animaux, ce sont aussi des Yokai c'est à dire des esprits capables de se métamorphoser en à peu près n'importe quoi. Le film est une variante du combat du pot de terre contre le pot de fer et repose sur les différentes tentatives de résistance imaginées par les Tanuki pour ralentir le chantier voire faire fuir les humains de leur milieu de vie. Certaines sont très drôles, d'autres poétiques avec une véritable folie visuelle mais toutes sont vouées à l'échec, le boom économique l'emportant largement sur les vieilles traditions au fur et à mesure que l'urbanisation recouvre l'ancienne société rurale japonaise que l'on aperçoit à la fin du film lors d'une séquence nostalgique célébrant l'harmonie entre les dieux, les hommes et la nature. On ressent alors combien les films de Isao TAKAHATA croisent ceux de Hayao MIYAZAKI: cette campagne japonaise shintoïste est exactement celle de "Mon voisin Totoro" (1988) alors que la crise économique que vit le Japon depuis trente cinq ans entraîne une déprise urbaine faisant revenir au bercail les esprits (c'est le cadre de "Le Voyage de Chihiro" (2001) qui se déroule dans un parc d'attractions abandonné du même genre que celui que l'on voit être inauguré dans "Pompoko"). A travers les capacités d'adaptation variables des tanuki et des renards à la société moderne, c'est aussi notre aliénation qui est évoquée.

Le film de Isao TAKAHATA souffre cependant d'un problème de rythme lié à mon avis au manque de caractérisation des Tanuki. Bien qu'ils portent des noms, appartiennent à différentes générations et à deux groupes ennemis qui finissent par s'allier contre l'envahisseur on a du mal à les différencier les uns des autres d'autant qu'ils ne cessent de changer d'apparence. Le spectateur a donc affaire à des groupes au final assez indistincts et ne peut véritablement s'identifier à aucun personnage ce qui rend le film moins percutant que ce qu'il aurait pu être.

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Histoires de fantômes chinois (Sien lui yau wan)

Publié le par Rosalie210

Siu-Tung Ching (1987)

Histoires de fantômes chinois (Sien lui yau wan)

Quiconque s'intéresse au cinéma de Hong-Kong et de façon plus générale à la culture asiatique sera comblé par ce classique devenu culte qui ressort en version restaurée le 10 décembre avec les deux autres volets de la trilogie. "Histoires de fantômes chinois" se situe au croisement exactement de deux grandes traditions du film chinois. D'une par le genre du wu xia pian, inspiré des films de sabre japonais mais qui mute à Hong-Kong en devenant beaucoup plus esthétique, chorégraphié et aérien. Le jeu sur les voiles, rubans et autres draperies (du côté du bien) combiné à des branches, chevelures, langue géante ou tentacules (du côté du mal) dans le film est étourdissant. Et de l'autre, une plongée dans le très riche répertoire des créatures surnaturelles asiatiques dont on pouvait avoir un aperçu dans l'exposition "Enfer et fantômes d'Asie" au musée du quai Branly en 2018. S'y ajoute une histoire d'amour impossible entre le héros et une femme-fantôme (tous deux sublimés à l'écran) et des éléments burlesques, notamment dans la manière dont le héros parfaitement candide parvient à échapper d'un cheveu aux monstres qui hantent le temple où il passe la nuit. Monstres de carton-pâte animés par la technique du stop-motion. L'ensemble forme ce que l'on appelle la "Ghost kung-fu comedy" et on comprend le choc que cela a dû représenter à l'époque pour le spectateur occidental habitué au cinéma hollywoodien de voir débarquer ce cinéma à grand spectacle basé sur des codes exotiques, même si le film s'inspire aussi de l'épouvante à l'occidentale, "Evil Dead" (1981) en particulier avec sa cabane hantée dans les bois embrumés. Et les incantations religieuses faisant fuir les démons, de même que la lumière du soleil leur brûlant la chair ne sont pas sans rappeler le folklore autour des vampires (crucifix, ail, aube).

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El sueño de la sultana (Sultana's dream)

Publié le par Rosalie210

Isabel Herguera (2023)

 El sueño de la sultana (Sultana's dream)

Hiatus entre le fond et la forme. Les graphismes du film, splendides, relèvent du travail d'orfèvrerie, alternant entre plusieurs techniques pour souligner les différentes dimensions du récit. Le fond en revanche est assez lourdingue. "Sultana's dream" se déroule dans un milieu ultra bobo (l'héroïne est réalisatrice de films d'animation et tout le temps en voyage, sa mère est océanographe, son père réalisateur vit à Rome) et ressemble au parfait bréviaire de la féministe militante. Il est question d'un manifeste écrit en 1905 par la princesse indienne Rokeya Sakhawat Hossain décrivant un monde dominé par les femmes "Ladyland" une sorte de "Jacky au royaume des filles" (2013) mais où les relations hommes-femmes sont inexistantes puisque les hommes vivent cloîtrés pendant que les femmes gèrent tout. Cette essentialisation des genres est problématique. L'homme est vu systématiquement comme un sombre prédateur et la femme comme pacificatrice et dotées de toutes les qualités. Reconnaître que l'écrasante majorité des violences sexuelles sont commises par les hommes sur les femmes ce n'est pas pour autant passer sous silence la complexité des êtres humains, tous ceux qui n'entrent pas dans cette binarité, les hommes victimes d'autres hommes voire de femmes qui peuvent dans un certain nombre de cas être également prédatrices. C'est dommage car la diabolisation des hommes et l'idéalisation des femmes recouvre des questions également abordées dans le film comme celle de l'insécurité chronique des femmes dans les espaces publics d'orient comme d'occident. L'héroïne, Inès dont le père est absent a été victime d'agression sexuelle dans son enfance et voit tout à travers ce prisme. Sa relation amoureuse avec un indien est marquée par l'échec dès son apparition et son lesbianisme est montré comme une évidence. S'affranchir des assignations n'est pas au programme d'un film qui les renforce et désigne l'autre comme un ennemi à éliminer du paysage.

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