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L'Etre aimé (El ser querido)

Publié le par Rosalie210

Rodrigo Sorogoyen (2026)

L'Etre aimé (El ser querido)

C'est le premier film de Rodrigo SOROGOYEN que je vois. Sans être emballée par le sujet du père démiurge face à sa fille qui n'est "rien" sans lui et subit sa tyrannie ni par certains personnages inutiles comme celui de Marina FOIS,  j'ai trouvé la forme intéressante. Pas les plans en noir et blanc qui m'ont semblé être de la pure coquetterie, mais tous les dispositifs qui font monter la pression. D'abord l'ouverture dans laquelle père et fille qui ne se sont pas vus depuis 13 ans se retrouvent autour d'un déjeuner, faite de gros plans en champs et contre-champs. Elle est construite comme une prise unique, longue, intense et immersive et laisse le champ libre d'abord à la gêne et l'émotion, puis au projet de film commun avant que la tension ne monte autour d'un moment du passé lié au cinéma dont père et fille n'ont pas gardé du tout le même souvenir. Cela est de mauvais augure pour la suite. Et cette suite, c'est le tournage d'une scène du film dans laquelle des généraux et une famille de colons vivant au Sahara occidental déjeunent ensemble. Très vite, la situation dégénère. Esteban (Javier BARDEM) vitupère sur ses acteurs qui ne mangent pas avec assez s'appétit, qui rient et se déconcentrent avant de s'acharner sur Emilia (Victoria LUENGO) jusqu'à provoquer la rupture d'avec sa chef-opératrice. Cette rupture donne lieu encore une fois à une scène tendue dans une chambre d'hôtel où on a peur qu'il ne s'en prenne physiquement à la cheffe-opératrice. La scène finale autour d'un sandwich ne cherche pas à dissiper le malaise. Elle montre juste deux douleurs qui ne peuvent pas être apaisées, sans hiérarchie aucune cette fois. Et puis tout redevient comme avant: le père se volatilise de nouveau, la fille retrouve sa colocation et son boulot de serveuse. Le film ne s'appelle pas pour rien "Désert".

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L'Objet du délit

Publié le par Rosalie210

Agnès Jaoui (2026)

L'Objet du délit

L'Objet du délit est le premier film de Agnes JAOUI sans Jean-Pierre BACRI. Encore que le film lui soit dédicacé. A travers l'histoire de la production des Noces de Figaro de Mozart, la réalisatrice fait un état des lieux du mouvement #MeToo dans le spectacle. Le sujet s'y prête: "Les Noces de Figaro" est l'adaptation de la pièce de théâtre de Beaumarchais, "Le Mariage de Figaro" qui en dénonçant les abus de pouvoirs, qu'ils soient liés à la classe sociale ou au genre annonçait la Révolution Française. Encore que l'on sait ce qu'il advint des femmes qui osèrent revendiquer plus de droits et de libertés. Par ailleurs on sait aussi que Agnes JAOUI adore le chant lyrique qu'elle pratique elle-même. Elle réalise donc un film choral malheureusement un peu brouillon où elle tente de mélanger ces deux aspects. D'un côté elle montre un producteur (Patrick MILLE) qui se moque royalement de l'opéra mais veut se glisser dans le lit de Mirabelle, la metteuse en scène (Claire CHUST vue dans la série "Scenes de menages") (2009), une influenceuse de mode choisie cyniquement comme "rabatteuse" de jeunes sur les réseaux sociaux. Même si elle est dépeinte comme peu fute fute, le sexisme qui s'abat sur elle ne lui laisse aucune chance d'imposer sa vision: on lui coupe la parole, on se trompe sur son prénom etc. Ce qui n'empêche pas certaines de ses idées de faire beaucoup rire comme celle des phallus géants sur scène. Par ailleurs, les plus ardentes à dénoncer les abus sexuels sur la scène sont celles qui en sont souvent les principales victimes: les techniciennes et les comédiennes sans pouvoir social comme Cora (Eye HAIDARA) qui joue Chérubin et Sophie (Tiphaine DAVIOT) bien qu'elle ait été imposée par son père, un mécène du spectacle pour le rôle de Suzanne. Face à elles, de bons et lourds croquemitaines alias le chef d'orchestre Igor (Daniel AUTEUIL) qui vit dans la terreur depuis qu'une ancienne cantatrice menace de balancer dix noms d'hommes l'ayant agressé dans le passé et le comte Almaviva alias Piazzoni (Vincenzo AMATO) un vieux beau à la fois sexiste et raciste et qui devient donc la bête noire de Cora. Mais Agnes JAOUI joue elle-même une néo Catherine DENEUVE (on rappelle dans la film sa célèbre phrase polémique sur "la liberté d'importuner") c'est à dire une vieille diva qui possède tout autant de pouvoir que ces hommes et se sent plus proche d'eux que de la jeune génération. Sa présence brouille donc les frontières et aborde des thèmes comme la cancel culture sans que l'on sache exactement où elle place le curseur de ce qui est acceptable et de ce qui ne l'est pas. Cora en revanche le sait parfaitement et rappelle que l'on ne peut pas imposer des contacts physiques à quelqu'un sans son consentement: on sent bien l'expérience acquise lors des tournages de cinéma. Le résultat est plutôt bon mais comme je le disais un peu brouillon et un peu trop long aussi.

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Marty

Publié le par Rosalie210

Delbert Mann (1955)

Marty

J'ai eu un double choc en regardant ce film. Le premier, c'est de voir Ernest BORGNINE dans un rôle principal à contre-emploi. Que ce soit dans le film noir ou dans le western, il a toujours été utilisé comme second rôle et crapule de service parce qu'il avait "la tête de l'emploi". Le second, c'est quand j'ai recherché dans ma tête quel était le dernier acteur que j'avais vu dans un contre-emploi qui m'avait fait un tel choc. Et je suis tombée sur Jean YANNE dans "Le Boucher" (1970). Alors je me suis dit que ce n'était peut-être pas tout à fait un hasard si Stephane AUDRAN jouait le rôle d'une institutrice solitaire. Parce que Marty est lui aussi boucher, lui aussi célibataire endurci et rencontre lors d'un bal Clara, une professeure de sciences exclue tout comme lui du marché matrimonial.

Là où les deux films divergent cependant, c'est que si la communauté joue un rôle important chez Claude CHABROL vis à vis du qu'en-dira-t-on, ce sont surtout les pulsions sombres de l'être humain qui l'intéressent alors que le film de Delbert MANN est une passionnante étude de moeurs. La rencontre avec Clara agit comme le révélateur chimique de l'hypocrisie du petit milieu italo-américain du Bronx dans lequel vit Marty. Avant cette rencontre, Marty fait l'objet de pressions sociales et familiales parce qu'à 34 ans, son célibat est perçu comme une anomalie. Ces pressions conjuguées à ses complexes (il se perçoit comme laid et repoussant) et à l'humiliation de précédents rejets l'enferment dans une spirale de défaitisme. Arrive alors la scène de bal et de rencontre où à la faveur d'un concours de circonstances, il découvre son alter ego féminin. Il est d'ailleurs probable que Robert ZEMECKIS pensait à ce film quand il a décidé de marier Doc à une Clara institutrice et passionnée de sciences dans "Retour vers le futur III" (1990)*. Marty s'extrait en effet de son milieu pour vivre ce moment rare où un autre être vibre à la même fréquence que lui dans une succession de scènes où le temps est comme suspendu. Mais celui-ci le rattrape et tombe le masque en ignorant sa fiancée puis en la dénigrant. On découvre alors des motivations cachées peu reluisantes: peur de la solitude, préjugés, conformisme. Clara est jugée trop vieille (elle a 29 ans), trop intello, trop exogame (elle n'est pas italienne). L'émancipation de Marty n'en est que plus belle. En tant qu'étude de moeurs sociologique "Marty" est un jalon qui mènera aux thèses que développe Virginie Despente dans "King Kong Théorie" sur le marché de l'amour et son fonctionnement comme une structure de pouvoir, d'exclusion et de standardisation. En sortir comme le font Marty et Clara, c'est aussi sortir de la valorisation par le regard de l'autre, accepter de ne pas être un homme ou une femme "conformes" aux attentes de la société et s'extraire de sa violence symbolique.

* Et aussi, peut-être inconsciemment a-t-il également inspiré Agnès Jaoui pour "Le Goût des autres" où l'on voit aussi un homme s'extraire de son milieu pour l'amour d'une actrice qui est aussi sa prof d'anglais et qui s'appelle encore une fois Clara.

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Péché Mortel (Leave Her to Heaven)

Publié le par Rosalie210

John M. Stahl (1945)

Péché Mortel (Leave Her to Heaven)

Un film noir explosant de couleurs, un visage d'ange dissimulant un coeur de démon, le paradis et la chute réunis en un même plan: "Péché mortel" est le film de tous les contrastes avec son esthétique de mélodrame flamboyant mais son intrigue virant au thriller psychologique au fur et à mesure que la névrose de l'héroïne se déploie et dévore tout sur son passage. L'amour s'y avère être un désir de possession vénéneux et au final mortel. Gene TIERNEY y déploie son immense pouvoir de fascination, celui-là même qu'un an plus tôt elle exerçait dans "Laura" (1944) mais cette fois, derrière l'image glamour se cache une psychopathe au visage de cire et aux yeux revolver. Bien avant que sa pathologie ne devienne criminelle, sa haine de l'altérité et de la vie s'exprime avec force dans son visage fermé et son attitude raide face à la convivialité du cercle familial et amical réuni par son mari. Celui-ci est un faible (joué d'ailleurs par un acteur inconsistant, Cornel WILDE), incapable de prendre la mesure de la folie de celle qu'il a épousé. La jalousie monstrueuse d'Ellen qui prend sa source dans la relation oedipienne avec son père défunt qu'elle reproduit sur son époux (dont elle ne cesse au début du film de souligner combien il le lui rappelle) aboutit à des scènes chocs qui aujourd'hui encore font leur effet: celle du lac, celle de l'escalier et enfin celle où elle provoque sa propre mort pour parachever son oeuvre de terre brûlée, maintenant jusqu'au bout sa main agrippée à celle de son mari comme pour l'entraîner avec elle en enfer.

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Une certaine rencontre (Love with the Proper Stranger)

Publié le par Rosalie210

Robert Mulligan (1963)

Une certaine rencontre (Love with the Proper Stranger)

Superbe découverte que ce film du début des années 60, audacieux tant par son sujet que dans sa forme. Les deux aspects sont d'ailleurs indissociables. Influencé visiblement par la nouvelle vague française, Robert MULLIGAN tourne dans les rues de New-York et réalise des séquences d'une vérité brute sur la vie des immigrés italiens à cette époque qui tentent de reconstituer leur vie de village dans les interstices que leur laisse la ville. Robert MULLIGAN filme un New-York ouvrier qui n'existe plus, celui des hangars, des ateliers de confection et des terrasses suspendues. Celui des terrains de jeux et de sociabilité coincés entre les grillages sous la voie rapide collée à l'East River avec de l'autre côté les cheminées fumantes des usines de Long Island et son panneau "Pepsi-Cola". C'est dans cette géographie âpre mais vraie où l'on sent presque le souffle glacé du vent faire grelotter les personnages que prend place un sujet osé pour l'époque, celui de la grossesse non désirée et de l'avortement clandestin. Contrairement au schéma hollywoodien classique, l'histoire commence quand le bébé est déjà en route après une aventure d'un soir. Les parents apprennent à se connaître dans la dèche et l'adversité en se confrontant à leurs familles respectives. Une fois encore, Natalie WOOD endosse l'imaginaire de l'altérité avec cette jeune fille italienne qui cherche à s'émanciper de sa famille conservatrice et notamment de ses trois frères possessifs. Personnage très moderne pour l'époque, elle refuse le mariage de convenance et s'apprête à avorter dans des conditions sordides, filmées frontalement par un réalisateur qui ne recule pas devant l'horreur (comme le montrera "L'Autre") (1972). C'est ce qui fait basculer Rocky (Steve McQUEEN) qui était jusque là plutôt immature et détaché dans une action de sauvetage qui l'amène à se hisser enfin à la hauteur d'Angie à qui il avoue plus tard son admiration. On est loin, très loin du couple conventionnel et ce n'est pas la fin, filmée dans la rue, caméra à l'épaule au milieu de la foule qui nous contredira.

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Etty

Publié le par Rosalie210

Hagai Levi (2026)

Etty

Une critique uniformément dithyrambique comme celle qui entoure la sortie de "Etty" est un signal d'alerte alarmant. Aucun ne pointe en effet le problème fondamental de cette série: celui de la décontextualisation c'est à dire d'absence de dimension tragique sans laquelle le parcours spirituel de Etty n'a aucun sens. Il était tout à fait possible de refuser la reconstitution historique et de lui préférer la dystopie uchronique comme dans "Les Fils de l'homme" (2006) pour rendre Etty Hillesum et son bouleversant journal plus proche de nous. Mais il aurait fallu alors faire un vrai travail de construction d'univers, lisible et cohérent. Seulement voilà, les mécanismes du fascisme et la machine de guerre nazie n'intéressent pas Hagai LEVI, pas plus que la persécution des juifs hollandais. Ce qui l'intéresse c'est le huis-clos psychanalytique et la névrose bourgeoise. Les premiers épisodes se résument presque entièrement à des gros plans du visage d'Etty en intérieur ou en extérieur roulant sur son vélo pendant que l'arrière-plan n'est qu'un bruit de fond. Ce qui occupe le centre du récit, ce n'est pas la guerre, la faim, le froid ou la violence, c'est le désir que lui inspire son chiropracteur. A partir de l'épisode 3, on entre enfin dans le vif du sujet mais on ne voit du nazisme que la "persécution administrative". Les bourreaux restent des éléments polis de fond d'écran et les victimes se plient aux ordres en faisant tout aussi poliment la queue. Le tout sur des images de la ville d'Amsterdam d'aujourd'hui, parfaitement sûre, propre, pimpante et fonctionnelle. Les gens flânent, les Thalys passent au loin mais on nous parle de "guerre", de "couvre-feu", de "camp", de "déportation". On voit des étoiles jaunes sur un tissu mais jamais sur les personnes elles-mêmes et c'est "au flair" que les juifs se font repérer (notons le mauvais goût de cette idée). L'acte de la tonte comme entreprise de deshumanisation collective est transformé en mesure individuelle volontaire de prophylaxie préventive contre les poux du camp et on le fait faire dans un salon de coiffure du XXI° siècle. Etc. etc. Sous couvert de modernité, on nous sert une vision très lisse où le fascisme n'est plus un système de terreur et d'anéantissement mais une série de restrictions administratives que seul le jeu des acteurs tente de dramatiser un peu. Etty est ainsi dépouillée de toute sa grandeur. Elle apparaît comme une privilégiée égocentrique à qui ses amants ou ex-amants offrent des passe-droit et qui se paie le luxe de tergiverser. C'est sûr que c'est plus facile dans le cadre confortable d'un salon que dans la boue d'un camp de concentration dont on ne verra d'ailleurs jamais la couleur. Car bien évidemment, l'adaptation s'arrête avant. Pourtant Etty Hillesum a continué à écrire au coeur même de l'horreur mais comme l'adaptation de Hagai LEVI est déjà incapable de restituer l'atmosphère de son antichambre, elle s'arrête net quand il n'y a plus aucun écran pour faire barrage. C'est dommage car les acteurs, Julia WINDISCHBAUER et Sebastian KOCH (que l'on connaît pour "La Vie des autres" (2006) ou "Black Book") (2006) sont excellents et la relation entre Etty et son praticien devient au fil des épisodes de plus en plus émouvante. Sebastian KOCH arrive en particulier à parfaitement retranscrire la déchéance de son personnage qui de mentor, devient l'enfant malade pour lequel Etty est prête à tout sacrifier. Cette intensité de jeu manque hélas terriblement de support. Maintenant que les survivants de la Shoah ne sont plus là pour porter la mémoire des défunts, on découvre que notre époque n'est tout simplement pas digne d'eux.

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Tendres passions (Terms of Endearment)

Publié le par Rosalie210

James L. Brooks (1983)

Tendres passions (Terms of Endearment)

Vilipendé en France à sa sortie puis réhabilité, couvert d'oscars, "Tendres Passions", le premier film de James L. BROOKS, futur producteur des Simpsons raconte les destins croisés d'une mère et de sa fille sur plus de vingt ans. Une mère possessive et angoissée et une fille qui pour fuir son orbite se marie très jeune et se retrouve rapidement embourbée dans la routine d'une mère au foyer de trois enfants qui déménage au fil des promotions de son mari. Celui-ci la trompe et elle finit par en faire de même. Pendant ce temps, la mère qui crève de solitude finit par rompre la glace avec son extravagant voisin, un ex-cosmonaute qui profite de son aura pour mener la vida loca.

C'est fou comme certains acteurs se "forgent" un destin. En voyant Jack NICHOLSON renoncer aux gamines pour une femme d'âge mûr au caractère bien trempé (Shirley MacLAINE), j'ai eu l'impression de voir une première version de "Tout peut arriver" (2004). En voyant le personnage de Debra WINGER mourir d'un cancer à l'hôpital, j'ai repensé à Joy s'éteignant de la même manière dix ans plus tard dans "Les Ombres du coeur" (1993) avec la même préoccupation: assurer l'avenir de ses enfants.

Néanmoins pour être tout à fait honnête, j'ai préféré l'aspect comédie du film à savoir la relation entre Garrett le tombeur qui fuit les engagements et Aurora la grand-mère pimbêche et coincée qui redécouvre le désir. La scène de la plage qui ressemble à une version senior de "L'Affaire Thomas Crown" (1968) est délicieuse. J'ai été moins emballée par le couple formé par Jeff DANIELS qui joue un conjoint transparent et très conventionnel et Debra WINGER qui n'a d'autre espace pour exprimer sa frustration que dans l'adultère puis la maladie. De James L. BROOKS mon film préféré reste "Pour le pire et pour le meilleur" (1997) qui scelle les retrouvailles avec Jack NICHOLSON.

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Las Vegas Parano (Fear and loathing in Las Vegas)

Publié le par Rosalie210

Terry Gilliam (1997)

Las Vegas Parano (Fear and loathing in Las Vegas)

Dans ses premiers films, Terry Gilliam a utilisé l'imaginaire comme échappatoire à un réel au choix ennuyeux ("Bandits, bandits...") (1980), angoissant ("Les Aventures du baron de Munchausen") (1988) ou cauchemardesque ("Brazil") (1985). Mais à partir de "Fisher King" (1991) il a aussi montré un imaginaire lui-même cauchemardesque, en raison de failles psychiques chez les personnages. "La Vegas Parano" offre la synthèse de ces deux courants: le réel s'y avère aussi anxiogène que l'imaginaire est halluciné. Adaptation du roman de Hunter S. Thompson publié en 1972, "Las Vegas Parano" a popularisé l'écriture "gonzo" (de l'argot américain désignant le dernier homme debout après une nuit d'ivresse) qui dénonce la prétendue objectivité du journalisme en lui offrant son exact opposé: un "taré" (en réalité sous substances psychotropes) qui vient mettre la pagaille dans des événements ou des lieux officiels pour soi-disant en révéler la véritable nature. On mesure l'inflation de l'égo d'une telle posture, inflation portée par un double de papier, Raoul Duke dont le point de vue sous acide devient l'alpha et l'omega du monde. C'est sans doute ce côté pirate et punk qui a séduit Johnny DEPP. Il a en effet noué une étroite amitié avec l'écrivain jusqu'à sa mort en 2005. Johnny DEPP a donc été logiquement adoubé par Hunter S. Thompson pour jouer Raoul Duke à l'écran. "Las Vegas Parano" raconte la folle virée de trois jours de Duke et de son avocat, le docteur Gonzo (Benicio DEL TORO) à Las Vegas dans le but officiel de couvrir une course de moto. On voit bien comment la folie de Las Vegas peut nourrir les délires sous substances de Duke et de Gonzo et le film devient ainsi une succession de "trips" franchement malaisants et crades, tant sur le plan matériel (les chambres d'hôtel saccagées, tartinées de liquides divers et variés jusqu'à ressembler à des décharges à ciel ouvert) que moral (les femmes agressées). Gonzo se comporte en psychopathe prêt à sortir le couteau pendant que Duke est un pantin grimaçant à la volubilité exaspérante.

Alors de deux choses l'une: soit Las Vegas exerce sur vous son pouvoir de fascination et dans ce cas, ce film et leurs protagonistes serviront à vous en dégoûter (et Hunter S. Thompson aura atteint son but). Soit vous faites partie comme moi de ceux qui n'ont pas besoin qu'on en rajoute pour rejeter ce "rêve américain" fait de néons, de bruit, de vide et de désespoir et ce sera Raoul Duke et Gonzo que vous rejetterez tant les deux hommes sont abjects avec ceux qui sont plus faibles qu'eux, les petits mains notamment (serveuses, femmes de chambre, pompistes). Le nihilisme, la méchanceté, l'égo démesuré, le mépris peuvent bien avoir fasciné cet ado rebelle attardé qu'a été Johnny DEPP. Moi je lui préfère et de loin l'étrangeté empreinte de tendresse envers l'innocence bafouée d'un David LYNCH. Et j'ajoute que le temps où sous prétexte de "génie artistique" on tolérait des comportements de prédateur est heureusement révolu.

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Autofiction (Amarga Navidad)

Publié le par Rosalie210

Pedro Almodovar (2026)

Autofiction (Amarga Navidad)

Pedro ALMODOVAR serait-il en panne d'inspiration? En tout cas son dernier opus "Autofiction" ne fera pas partie de ses oeuvres les plus impérissables, quel que soit son futur sort à Cannes. Cela tient à plusieurs facteurs:

- Un casting dont l'aspect le plus saillant est le caméo de Rossy DE PALMA.

- Une mise en abyme dans laquelle il filme cette panne d'inspiration et qui donc repose donc sur beaucoup de vide.

- Des personnages peu sympathiques, que ce soit Raul l'écrivain qui vampirise la vie de ses collaborateurs ou son personnage principal, Elsa qui passe son temps à se plaindre de migraines et qui est servi comme une reine, y compris à l'hôpital.

- Même le point fort de Pedro ALMODOVAR, à savoir insérer dans ses films de magnifiques séquences dansées ou chantées sonne faux ici. Le striptease de Bonifacio n'est pas sexy, il est juste obscène, les chansons ne sont pas agréables à écouter. On frôle l'autoparodie ou bien une volonté délibérée de sabotage. C'est sans doute la deuxième option qui est la plus probable: en filmant un metteur en scène sans scrupules qui s'aliène son entourage, il montre que l'oeuvre qu'il réalise est au final laide et stérile.

Peut-être que Pedro ALMODOVAR qui a toujours échoué à obtenir la Palme d'or s'est dit qu'il fallait servir au festival de Cannes le cinéma cérébral qu'il aime: la mise en abyme, le créateur en crise, la porosité entre le vrai et le faux, les jeux de miroirs. Le résultat est un exercice de style maîtrisé ce qui est quand même le minimum pour un cinéaste de cette envergure mais froid et sec.

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L'Abandon

Publié le par Rosalie210

Vincent Garenq (2026)

L'Abandon

A partir d'un sujet encore brûlant et propice à toutes les récupérations politiciennes (au point de brouiller nombre de critiques qui peinent à distinguer ce qu'elles pensent réellement du film des enjeux qu'il soulève), le réalisateur, Vincent GARENQ a fait un travail de documentation dont on peut saluer la rigueur. Il a notamment écrit le scénario en collaboration avec la soeur de Samuel Paty et s'est éloigné du livre de Stéphane Simon beaucoup plus accusatoire vis à vis des institutions pour se focaliser sur une mécanique infernale dans laquelle le professeur mais aussi l'ensemble de son établissement s'est retrouvé englué. On voit globalement une communauté dépassée par la violence et la rapidité de la vidéo virale et mensongère sur les réseaux sociaux, incapable d'y faire face avec des outils qui ne sont pas prévus pour ça. Une gardienne de loge qui reçoit des insultes, une principale (Emmanuelle BERCOT) à qui on demande de rédiger des protocoles administratifs inadaptés à la menace d'une intrusion terroriste et un professeur complètement sidéré par une fatwa numérique qui le prend pour cible. Ni l'un ni l'autre ne parviennent malgré les excuses, les tentatives d'explication et d'apaisement à arrêter cette spirale mortifère. "L'Abandon" est donc celui d'un homme laissé à son sort mais aussi celui d'une collectivité dont on mesure avec effroi la terrible impuissance. S'y ajoute les dysfonctionnements entre les différentes polices et un individualisme au sein même de l'établissement avec des collègues pas toujours solidaires. Antoine REINARTZ fait ressentir le désarroi et la solitude de son personnage qui semble se ratatiner et se liquéfier un peu plus chaque jour. Sa vulnérabilité de piéton qui n'a qu'une capuche pour se dissimuler et la bonne volonté de ses collègues véhiculés pour le protéger sur les trajets entre le domicile et le collège est précisément ce qui frappe l'esprit. Un manque de protection élémentaire lié à une sous-estimation dramatique de la gravité de la situation par l'Etat qui s'avèrera fatal.

Si le film est donc une réussite en soi, il adopte un point de vue qui laisse en suspens nombre de questions brûlantes: le poids de la mémoire coloniale, les inégalités, la question de la manière dont la laïcité est enseignée ou encore la mécanique mentale du terroriste. L'objet peut-être de films futurs?

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