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Un été chez grand-père (Dōngdōng de jiàqī)

Publié le par Rosalie210

Hou Hsiao-Hsien (1984)

Un été chez grand-père (Dōngdōng de jiàqī)

Il faut profiter de la ressortie de "Un été chez grand-père" au cinéma en copie numérique restaurée pour découvrir ou redécouvrir l'un des fleurons de la filmographie de HOU Hsiao-Hsien. Le film (sorti en France pour la première fois en 1988 mais sa distribution avait été confidentielle) appartient au même courant que le magnifique "Un temps pour vivre, un temps pour mourir" (1985), celui des chroniques d'enfance autobiographiques qu'il a réalisé au milieu des années 80. Par son atmosphère mais aussi son intrigue (deux enfants dont la mère est malade et qui sont envoyés chez leurs grands-parents à la campagne durant l'été), on devine l'influence que ce film a eu sur "Mon voisin Totoro" (1988). "Un été chez grand-père" est certes dépourvu du bestiaire fantastique shintoïste du film de Hayao MIYAZAKI mais il épouse le point de vue des enfants, un garçon d'une douzaine d'années qui se fait rapidement sa place auprès d'une petite bande de garçons de son âge et sa petite soeur, âme solitaire et silencieuse, rejetée par les garçons qui trouve un ange gardien en la personne de la "folle" du village. D'autres personnages gravitent autour d'eux comme leur jeune oncle et sa petite amie ainsi que deux voyous qui détroussent les passants endormis. Les grands-parents en revanche sont plutôt lointains, en particulier le patriarche, médecin de son état, qui regarde avec mépris les amis de fortune de Tung-tung et Ting-ting parce qu'ils sont issus des classes populaires (incluant la petite amie de son fils qu'il chasse de la maison quand il apprend qu'elle est enceinte). "Un été chez grand-père" est un film d'atmosphère épuré où il ne se passe pas grand-chose en surface mais qui infuse en profondeur.

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The Killer

Publié le par Rosalie210

John Woo (1989)

The Killer

J'ai découvert l'existence de "The Killer" il y a près de 10 ans lorsque j'ai assisté une conférence sur les influences du film "Sparrow" de Johnnie To, un autre cinéaste hongkongais. Parmi ces influences figure "Le Samouraï" de Jean-Pierre Melville dont le moineau devient le titre du film de Johnnie To. Et c'est ce même "Samouraï" à qui John Woo a voulu rendre hommage en donnant au tueur à gages élégant le même prénom que celui joué par Alain Delon dans le film de Jean-Pierre Melville: Jeff* ("Ah-Jong" pour les locaux). Cependant, autant le polar de Jean-Pierre Melville est froid, sec et épuré, autant celui de John Woo est baroque, grandiloquent et sentimental. Comme dans d'autres films asiatiques, le mélange des genres y est constant et brutal avec des scènes de fusillade sanglantes filmées au ralenti, remarquablement découpées et chorégraphiées avec virtuosité (quel sens de l'espace!) alternant avec d'autres mélancoliques et introspectives ou d'un romantisme flamboyant. Quel que soit le genre, on remarque que Woo n'a pas peur de faire couler des torrents de sang et de larmes. Mais la conclusion est identique au film de Melville: la relation entre la chanteuse et le tueur à gages est vouée à l'échec.

Dès les premières images dans une église catholique qui sera aussi le théâtre du dénouement, le sujet du film est posé: il sera question de rédemption. Celle de Jeff (Chow Yun-fat) qui veut raccrocher les gants. Le personnage est à lui tout seul un tueur professionnel redoutable, un chevalier blanc jusque dans son costume, un homme qui obéit à un code d'honneur et un personnage christique. Son parcours va lui faire rencontrer un autre homme d'honneur, l'inspecteur Li Ying (Danny Lee) avec qui il va nouer une amitié, les deux hommes se surnommant "Mickey et Dumbo". Comme les pickpockets gentlemen de "Sparrow", les actions de Jeff sont altruistes: il s'agit de sauver les victimes collatérales des fusillades entre gangs comme une petite fille qui faisait des pâtés de sable sur la plage ou encore une chanteuse blessée à la tête et menacée de cécité.

Nul doute que "The Killer" a inspiré à son tour nombre de cinéastes, américains pour la plupart. A commencer par Tarantino avec le personnage de Samuel L. Jackson dans "Pulp Fiction" qui renonce à la violence après avoir été touché par la grâce. Ou encore la saga "Matrix" qui n'a jamais caché ce que ses scènes d'action chorégraphiées comme des ballets devaient aux maîtres asiatiques. Ou enfin Michael Mann dans "Heat" dans lequel un flic et un tueur nouent un lien d'estime et de respect mutuels.

 

* Il existe d'ailleurs un documentaire de référence sur la filiation entre le héros melvillien et les cinéastes asiatiques, "In the mood for Melville". 

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Yi Yi (一 一, Yī yī)

Publié le par Rosalie210

Edward Yang (2000)

Yi Yi (一 一, Yī yī)

"Yi Yi" est le dernier film de Edward YANG et le plus connu chez nous car il a reçu le prix de la mise en scène à Cannes. Comme "Mahjong" (1996) et "Confusion chez Confucius" (1994) deux films inédits en France ayant bénéficié d'une sortie au cinéma le 16 juillet, "Yi-Yi" a droit à une ressortie sur grand écran également en version restaurée depuis le 6 août.

Edward YANG, décédé prématurément d'un cancer en 2007 ce qui explique qu'il n'a pu réaliser qu'une poignée de longs-métrages est l'un des chefs de file de la nouvelle vague du cinéma taïwanais, survenue au début des années 80 alors que Taïwan comme les autres dragons asiatiques était en plein boom économique et s'apprêtait à basculer de la dictature à la démocratie à partir de 1987. Ses films se caractérisent par leur absence d'exotisme, leur caractère de théâtre urbain et leur structure narrative complexe, faite de multiples récits et personnages entremêlés sans que pour autant le spectateur ne s'y perde.

"Yi-Yi" est une chronique familiale qui bénéficie d'une mise en scène virtuose qui travaille énormément les différents plans/nappes du récit cinématographique pour enrichir son propos. Dès l'introduction, on sait qu'on baigne dans un grand film. Alors qu'on assiste à un mariage tout ce qu'il y a de plus traditionnel, une ex vient faire un esclandre, accusant la mariée de s'être fait mettre enceinte pour lui voler son petit ami, créant par là même une dissonance sonore dans le rituel de la cérémonie. On peut ajouter également le cadre de la photographie des nouveaux mariés qui se retrouve posé par mégarde à l'envers. Dissonances sonores en décalage avec la photographie qui poursuivront ce couple tout au long du film.

Comment souvent dans les films qui savent où ils vont et ce qu'ils veulent dire, cette introduction est programmatique. La dissonance sonore se retrouve aussi dans le couple de NJ, le beau-frère du marié. Malgré l'ambiance feutrée qui règne dans sa famille, les éclats de voix d'une dispute au-dehors laissent entendre qu'entre sa femme et lui, la communication est coupée. Tous les personnages de la famille que l'on va suivre sont ainsi plongé dans une grande solitude existentielle et ont une face cachée, un désir de repartir à zéro et de suivre une autre voie à la manière de "Smoking/No Smoking" (1993). C'est NJ, le père de famille qui retrouve son premier amour lors d'une parenthèse à Tokyo, son épouse qui part en retraite dans un monastère bouddhiste, sa fille, Ting-Ting, une adolescente qui s'éprend du petit ami de sa meilleure amie pour qui elle joue l'entremetteuse. Pour tous au final, c'est la désillusion qui l'emporte. Le cadet, l'espiègle Yang Yang, un enfant de 8 ans tente de juguler les angoisses existentielles en prenant en photo "ce que les adultes ne peuvent voir".

Comme les autres films que j'ai vu de Edward YANG, la question identitaire est omniprésente. L'élément déclencheur de l'éclatement de la famille de NJ n'est-il pas l'accident de la grand-mère qui la plonge dans le coma durant presque tout le film? Or ces doyennes présentes au sein des foyers asiatiques ne représentent-elles pas les gardiennes des traditions? L'acculturation est également manifeste lorsque Yang Yang préfère à la nourriture asiatique un repas au Mc Donald ou lorsqu'on observe la décoration des chambres en arrière-plan: des acteurs américains (Cary GRANT et Audrey HEPBURN qui a même façonné un des personnages de "Confusion chez Confucius") (1994), une affiche de DC Comics (Batman et Robin) mais aussi Astro le petit robot (Edward YANG était fan de Osamu TEZUKA) et Pikachu: une partie de l'intrigue se déroule d'ailleurs à Tokyo et rappelle à quel point Taïwan est tiraillé entre l'occidentalisation et un héritage asiatique complexe symbolisé par un japonais lumineux mais auquel hélas la société pour laquelle travaille NJ tourne le dos. La perte de repères et les contradictions de la société taïwanaise ne sont pas pour rien dans l'échec des différentes voies alternatives empruntées par les protagonistes. Ainsi l'ex de NJ l'a perdu en raison de l'intense pression sociale qu'elle a exercée sur lui pour parvenir à la réussite matérielle et le jeune homme que Ting-Ting convoite préfère se venger du prof qui a séduit sa petite amie et en même temps la mère de celle-ci. Les deux histoires sont construites en écho l'une de l'autre avec une scène identique, l'une montrée, l'autre racontée.

En dépit de cette tonalité douce-amère, le film n'est pas triste. Les échecs sont considérés comme des expériences qui entérinent au final la validité des choix accomplis et c'est l'apaisement et la sérénité qui l'emportent, y compris face à la perspective de la mort.

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Confusion chez Confucius (Du li shi dai)

Publié le par Rosalie210

Edward Yang (1994)

Confusion chez Confucius (Du li shi dai)

Après avoir vu "Mahjong" (1996), j'ai enchaîné le lendemain avec son cousin "Confusion chez Confucius" (1994) du réalisateur taïwanais Edward YANG lui aussi inédit en France. Une sortie nationale est prévue pour ces deux films le 16 juillet en version restaurée suivie le 6 août de la ressortie de son dernier film, celui qui l'a révélé en France suite à son prix de la mise en scène à Cannes, "Yi yi" (2000) également en version restaurée.

Edward YANG est décédé prématurément d'un cancer en 2007 ce qui explique qu'il n'a pu réaliser qu'une poignée de longs-métrages. Il est l'un des chefs de file de la nouvelle vague du cinéma taïwanais, survenue au début des années 80 alors que Taïwan comme les autres dragons asiatiques était en plein boom économique et s'apprêtait à basculer de la dictature à la démocratie à partir de 1987. Ses films se caractérisent par leur absence d'exotisme, leur caractère de théâtre urbain et leur structure narrative complexe, faite de multiples récits et personnages entremêlés sans que pour autant le spectateur ne s'y perde.

Il n'en va pas de même des personnages de "Confusion chez Confucius" qui comme le titre l'indique, nagent en pleine confusion entre traditions chinoises et modernité occidentale. A la manière d'une BD faite de scénettes sitcom (Edward YANG se projette dans un personnage d'écrivain un peu geek qui arbore un T-Shirt Astro en hommage à Osamu TEZUKA qu'il admire) et avec des cadrages compartimentés à la Michelangelo ANTONIONI (un mélange culturel que personnellement je trouve savoureux), le film est une satire du boom économique taïwanais et des troubles identitaires qu'il engendre au sein de sa jeunesse "dorée". Outre la dichotomie orient/occident omniprésente dans la sphère économique (publicitaires et artistes en quête de notoriété contre écrivain misanthrope), dans celle des valeurs (femmes d'affaires émancipées contre mariages arrangés) et celle de la culture avec Qiqi qui arbore une coiffure et une allure la faisant ressembler à l'Audrey HEPBURN de "Vacances romaines" (1953) alors que d'autres comme Birdy ressemblent à des geek japonais, il existe un clivage plus subtil à nos yeux entre les personnages d'origine taïwanaise et ceux d'origine chinoise qui s'expriment en mandarin. Le film est une sorte de farandole montrant différentes combinaisons possibles et finalement souvent impossibles entre des personnages instables qui ne cessent de tout remettre en question tant ils ne sont sûr de rien. Car contrairement à ce que disait Confucius, l'argent ne permet pas de mieux vivre parce qu'il corrompt les relations humaines. Cela n'empêche pas quelques beaux moments, notamment une magnifique scène filmée à contre-jour entre Molly la chef d'entreprise de publicités et son assistante Qiqi qui laisse poindre un sentiment sincère.

Malgré toutes ces qualités, "Mahjong" qui se situe dans la même veine m'a paru infiniment plus abouti car plus approfondi dans son approche des personnages et plus humaniste alors que la caricature domine dans "Confusion chez Confucius" ce qui peut parfois donner l'impression d'une frénésie qui tourne à vide.

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Woman, Demon, Human (Rén guǐ qíng)

Publié le par Rosalie210

Huang Shuqin (1987)

Woman, Demon, Human (Rén guǐ qíng)

Considéré comme le premier film féministe chinois, "Woman, Demon, Human" est semi-autobiographique: la réalisatrice se dépeint à travers l'héroïne, Qiuyun qui veut percer dans un domaine artistique dominé par les hommes. Mais Huang Shuqin s'inspire également de Pei Yanling, célèbre actrice d'opéra chinoise qui interprète les scènes d'opéra du film.

L'histoire joue sur les masques et les identités dans un monde très genré. Comme au Japon avec le Takarazuka, Pei Yanling s'est spécialisée dans l'interprétation de rôles masculins. Le film met en lumière son interprétation légendaire de l'histoire de Zhong Kui, le chasseur de démons devenu très populaire à partir du VIII° siècle lorsqu'un empereur chinois malade se réveilla guéri après avoir vu en rêve Zhong Kui dévorer un esprit qui le tourmentait*. Le film s'ouvre d'ailleurs sur la métamorphose de Qiuyun en cet être laid et repoussant.

Evoquant trois périodes de la vie de Qiuyu (enfance, adolescence, âge adulte) avec des ellipses, le film se caractérise par sa beauté mais aussi par une cocasserie assez irrésistible: les personnages à la manière du "Molière" de Ariane Mnouchkine jouent au sein d'un théâtre itinérant dans les campagnes, au milieu des dingos de tous poils et des bébés braillards. L'héroïne aussi déterminée que douée réussit un accomplissement dans la voie artistique en dépassant le clivage des genres et les canons de beauté grâce à Zhong Kui mais échoue à s'épanouir dans sa vie privée, elle qui a été abandonnée enfant par sa mère, partie avec un autre homme.

* L’histoire de Zhong Kui est une célèbre légende chinoise : talentueux lettré parti à la capitale passer les examens impériaux avec son ami Du Ping, Zhong Kui arrive en tête, mais l’empereur lui retire le titre de zhuangyuan qui lui revenait de droit, son extrême laideur le rendant impropre, selon lui, à exercer une fonction publique. Choqué, Zhong Kui se suicide en se fracassant la tête sur les marches du palais, ce qui le condamne à l’enfer. Mais le roi des Enfers le nomme roi des démons, en charge de les chasser et les éliminer. Pour remercier Du Ping qui a organisé ses funérailles, il revient dans son village lui donner sa sœur cadette en mariage.

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Black Dog (Gou zhen)

Publié le par Rosalie210

Guan Hu (2025)

Black Dog (Gou zhen)

Avis mitigé sur ce film chinois qui pèche par un scénario très mal ficelé, défaut en partie compensé par sa splendeur visuelle. Il y a beaucoup de longueurs, dont une fin interminable, de nombreuses répétitions et des développements annexes inutiles (le cirque et l'histoire d'amour sont particulièrement mal exploités). L'histoire s'en trouve éparpillée à l'extrême ce qui nuit au propos essentiel, à savoir la réintégration difficile d'un repris de justice dans sa communauté alors même que la ville dont il est originaire est en voie de désertification avancée. Sa population a en effet migré vers les villes de l'est plus prospères, l'histoire se situant au moment des JO de Pékin en 2008. Une déprise urbaine symbolisée par de somptueux paysages désertiques (la ville se situant aux confins du désert de Gobi), les nombreux bâtiments vides et promis à la démolition et surtout par le retour du "règne animal" à travers les hordes de chiens errants abandonnés par leurs maîtres, bientôt rejoints par ceux du zoo. Seuls les vieux et quelques paumés dont Lang qui est sous contrôle judiciaire et n'a pas le droit de quitter la ville sont restés sur place. L'idée de placer l'intrigue dans ce décor de western digne d'une fiction post-apocalyptique à la Mad Max créé une atmosphère assez fascinante auquel participe le mutisme du personnage principal même s'il est parfois à la limite de la parodie. Le lien autant affectif que symbolique qui se noue entre Lang et le chien noir qui donne son titre au film apporte les seuls moments d'émotion dans un film qui sinon tend vers l'abstraction.

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Guang

Publié le par Rosalie210

Quek Shio Chuan (2011)

Guang

Parmi la dizaine de courts-métrages que j'ai pu voir dans le cadre d'un cycle consacré à l'autisme au cinéma, "Guang" a été mon préféré à égalité avec "Ya Basta" (2010). Le réalisateur malaisien de "Guang", Quek Shio Chuan a d'ailleurs sept ans après réalisé un long-métrage à partir de ce court-métrage comme l'ont fait par exemple Fanny LIATARD et Jeremy TROUILH avec "Gagarine" (2020). L'histoire de "Guang" est lumineuse. Elle raconte l'histoire de deux frères (celui du réalisateur étant lui-même autiste) dont le plus âgé est autiste. Son cadet lui met la pression pour qu'il trouve un emploi et l'aide à partager les frais du quotidien. Mais Wen Guang ne parvient pas à suivre le chemin qu'a balisé son frère pour lui tant il a en tête autre chose. Cet autre chose qui est une obsession autistique c'est de trouver un verre émettant un son bien particulier pour enrichir sa collection. Si bien qu'au lieu d'aller à son entretien d'embauche, le voilà en train de fouiller les poubelles à la recherche de la perle rare. On comprend la colère de son frère quand il apprend comment Wen Guang a saboté ses efforts. Mais c'est sans compter sur la chute du film, d'une beauté renversante. L'une des plus belles façons de montrer que ce n'est pas celui que l'on croit qui est le plus limité dans sa vie.

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Have a Nice Day

Publié le par Rosalie210

Liu Jian (2017)

Have a Nice Day

Une curiosité que ce film d'animation chinois, simple mais percutant qui rappelle beaucoup sur la forme le style pop de Quentin Tarantino: mélange de violence et d'humour noir, ballet de mafieux et d'aspirants mafieux autour d'un sac de billets dérobé à un malfrat (comme dans "Jackie Brown") et même plan iconique en contre-plongée d'ouverture du coffre d'une voiture dans lequel se trouve un type pas mal amoché. L'humour masque quand même la terrible vacuité de la petite société chinoise dépeinte complètement atomisée en individus transformés par l'appât du gain en bêtes féroces. Le film comporte un morceau de bravoure assez épatant: une vidéo détournant des affiches de propagande maoïste en version pop art capitaliste dans laquelle deux des personnages lancés à la course au fric rêvent de "lendemains qui chantent" dans un Shangri-la de pacotille. Ils n'iront pas plus loin que la chambre 301 d'un hôtel minable. Quant à la plupart des autres personnages après s'être entre-déchirés comme des fauves lâchés dans une arène, ils finiront leur course folle dans un grand carambolage. Laissons le mot de la fin à l'élément déclencheur de l'intrigue, Xiao Zhang, un jeune employé du BTP qui arrondit ses fins de mois en convoyant les fonds de son patron mafieux avant de s'enfuir avec la caisse. Il a besoin de cet argent pour payer en Corée l'opération de ravalement de façade de sa fiancée défigurée par une opération de chirurgie (in)esthétique qui a mal tourné en Chine. Par ailleurs il proclame son admiration au tueur à gages venu lui faire la peau. Bref, peu de substance sous la coquille et on appréciera aussi bien l'ironie du titre que du passage sur l'acquisition de la liberté en Chine qui se mesure à ce qu'il est possible ou non d'acheter selon le taux de remplissage de son portefeuille.

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A Touch of Sin (Tiān zhù dìng)

Publié le par Rosalie210

Jia Zhangke (2013)

A Touch of Sin (Tiān zhù dìng)

J'ai du mal à accrocher en général aux films choraux qui racontent des histoires parallèles en n'accordant de ce fait à chacune qu'une durée limitée. Cela me laisse sur un sentiment de frustration car il n'y a pas assez de temps pour développer l'intrigue et les personnages de chaque histoire et de ce fait, ceux-ci sont subordonnés à l'idée d'ensemble. En dépit de quelques tentatives d'entrecroisement, "A Touch of Sin" relève en effet de cette structure et peut se décomposer en quatre courts-métrages sur un même thème, celui de la violence des rapports économiques et sociaux en Chine depuis que celle-ci est devenu l'épicentre de la mondialisation. Le réalisateur, Jia Zhangke a essayé de mêler documentaire et fiction en s'inspirant de quatre faits divers ayant défrayé la chronique et en les inscrivant dans un genre cinématographique d'action populaire. Avec un bonheur inégal.

Le premier et le troisième segment sont à mes yeux les plus réussis. Le premier bénéficie d'un personnage charismatique d'une taille imposante et reconnaissable à son grand manteau vert qui fait penser aux cache-poussière des héros de western (et il a même une moto en guise de cheval sans parler du fait qu'il lance dans les airs à plusieurs reprises une tomate, gimmick qui fait irrésistiblement penser à "Scarface" d'Howard Hawks). Son expédition punitive s'inscrit dans le registre du vigilante movie du type "Justice sauvage" sauf qu'il s'agit ici d'éliminer les chefs de village corrompus et leurs sous fifres serviles, les voies pacifiques s'étant révélées être des impasses. Le troisième segment a pour protagoniste principale une femme et se développe dans le sous-genre de série B du "rape and revenge movie" qui a par exemple abouti à des films mainstream tels que le diptyque "Kill Bill" de Quentin Tarantino ou "Elle" de Paul Verhoeven. En effet dans ces films, les femmes subissent d'abord la violence des hommes avant que par un effet boomerang elles ne retournent cette violence contre eux. Une violence physique mais aussi économique puisque le client du sauna frappe sa victime à coups de billets de banque: on ne peut être plus clair! 

En revanche les deuxième et quatrième segments sont plus faibles. Les motivations mal définies du travailleur migrant laissent sceptiques face à tant de violence déployée pour voler de l'argent. Cela ne suffit pas à en faire un "personnage". Idem avec le quatrième protagoniste, très veule et passif qui n'arrive pas à trouver sa place dans la jungle économique et sociale qui l'exploite. L'histoire se base sur un scandale très connu, celui des vagues de suicide dans les filiales chinoises de l'entreprise taïwanaise Foxconn qui sous-traite toute l'informatique mondiale (de Apple à Microsoft en passant par Nintendo). Mais ce thème est à peine effleuré au profit de celui, plus cinématographique du bordel de luxe où le jeune homme, employé comme hôte d'accueil se heurte à l'impossibilité de construire une relation dans le monde de la prostitution. Cet épisode est particulièrement mal raccordé aux autres.

"A Touch of Sin" est donc une expérimentation intéressante, qui donne lieu à de grands moments de cinéma et suscite la réflexion mais il ne parvient pas toujours à se hisser à la hauteur de ses ambitions qui consiste à allier à la fois la précision du documentaire et le caractère populaire et spectaculaire du "wu xia pian" (film de sabre chinois, le titre du film se référant à "A Touch of Zen" de King Hu visible en ce moment sur Arte Replay).

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So Long, My Son (Dì jiǔ tiān cháng)

Publié le par Rosalie210

Wang Xiaoshuai (2019)

So Long, My Son (Dì jiǔ tiān cháng)

Il y a des films d'1h30 qui semblent interminables. Et d'autres comme celui-ci dont on ne voit pas passer les 3h. Dense, virtuose et poignant, le film de WANG Xiaoshuai mêle inextricablement grande et petite histoire en racontant le parcours de deux familles chinoises sur les quatre décennies qui ont fait passer la Chine du maoïsme au capitalisme mondialisé. Et ce qui rend son film passionnant bien qu'un peu déroutant au début, c'est qu'il privilégie une narration émotionnelle sur la chronologie des faits. Autrement dit, les événements racontés ne le sont pas de façon linéaire mais plutôt selon un système d'échos et de rimes qui forment chacun le morceau d'un puzzle qui n'est reconstitué qu'à la fin. Système formel qui humanise l'histoire beaucoup mieux que ne l'aurait fait une reconstitution chronologique*.

En effet ce qui ressort de manière particulièrement aigüe dans ce film qui travaille le temps long de façon admirable, ce sont les notions de culpabilité et de responsabilité. Ou comment des actes commis à un instant T auront des répercussions pour tout le reste de l'existence. Les deux familles dont le film raconte l'histoire sont liées l'une à l'autre mais ne sont pas égales, pas plus au temps du communisme (ou l'une est la supérieure hiérarchique de l'autre même si leurs conditions d'existence sont égales) qu'au temps du capitalisme débridé (où la première s'est enrichie alors que la deuxième s'est précarisée). Derrière la façade amicale, ce qui se joue entre ces deux familles est une relation de type bourreau/victime avec des actes aux conséquences dont on peut mesurer les effets délétères 5,10 ou 20 ans plus tard. La scène de la noyade dans le lac de barrage qui ouvre le film et revient plusieurs fois ensuite est un instant T de basculement de l'existence qui plonge la famille dominante dans les affres de la culpabilité et la famille dominée dans la tragédie de la perte et du deuil impossible. C'est alors qu'un acte commis au nom de la doxa du régime politique en place (empêcher la naissance d'un deuxième enfant en vertu de la doctrine de l'enfant unique) se met à ronger celle qui l'a commis jusqu'à la détruire de l'intérieur. Les correspondances créées par le montage font comprendre qu'à la tentative de suicide de la mère privée de descendance correspond la tumeur qui abrège la vie de celle qui s'en sent responsable.**

En dépit de la tonalité mélancolique et par moments tragique du film, le réalisateur ne tombe jamais dans le mélo larmoyant. Chaque scène délicate est tournée de façon pudique, soit à l'aide de rideaux qui cachent, soit en éloignant la caméra du drame en train de se jouer, ce qui fait d'autant mieux ressortir le vide de la perte (ce que l'on voit surtout ce sont les longs couloirs d'hôpitaux ou l'immensité du barrage dans lesquels s'agitent de minuscules silhouettes, symboles d'un régime qui écrase et déshumanise.) Et l'interprétation est remarquable, particulièrement celle du couple formé par Yaojun (Wang JINGCHUN) et Liyun (YONG Mei) qui ont été à juste titre primés à Berlin. La scène où ils arborent un pauvre sourire forcé sur leur visage triste parce qu'ils sont sommés de se réjouir pour le prix qu'ils ont reçu en tant que "couple modèle du planning familial" m'a fait penser à celui de Lillian GISH dans "Le Lys brisé" (1919).

* C'est la limite d'un film comme "La Famille" (1987) de Ettore SCOLA qui raconte l'histoire d'une famille sur un siècle de façon linéaire avec un plan de couloir faisant la transition entre deux époques. Le procédé est lassant tant il est répétitif et finit par ressembler à un catalogue.

** Cette question de la responsabilité individuelle face aux ordres d'un système inique voire criminel ne se pose pas seulement dans les régimes autoritaires qui imposent le devoir d'obéissance et pratiquent le lavage de cerveau (les rouages qui acceptent de servir le système y adhèrent la plupart du temps et sont même plutôt zélés ce qui est le cas de Haiyan dans le film). Dans "Sicko" (2007) qui dépeint les dérives du système de santé américain, on voit d'anciens employés de groupes d'assurances privés qui sont hantés par le fait d'avoir reçu des primes pour avoir fait faire des économies à leur société c'est à dire avoir trouvé le moyen qu'elles refusent de payer les soins de leurs clients, entraînant la plupart du temps leur décès prématuré.

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