Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Articles avec #yang (edward) tag

Taipei Story (Qīngméi zhúmǎ)

Publié le par Rosalie210

Edward Yang (1985)

Taipei Story (Qīngméi zhúmǎ)

"Taipei Story", le deuxième film de Edward YANG avec HOU Hsiao-Hsien dans le rôle principal n'est sorti chez nous qu'en 2017, soit 32 ans après sa réalisation. Comme pour d'autres pépites du patrimoine mondial, le salut est venu de la fondation Martin SCORSESE qui l'a restauré.

Ce film, typique de la nouvelle vague taïwanaise peut être assez déconcertant pour un spectateur non averti. Il est lent, contemplatif, sans véritable intrigue et ne donne pas les clés pour comprendre immédiatement les personnages et les enjeux. Il faut donc s'armer de patience mais cela en vaut la peine. La crise d'identité perceptible dans d'autres films de Edward YANG est ici centrale, même si elle habite aussi la décoration (objets Pepsi ou Charlot, photos de Catherine DENEUVE, Alain DELON, Romy SCHNEIDER ou Marilyn MONROE). Le film ressemble à un grand trou noir, celui de la colonisation japonaise puis du rêve américain qui auraient aspiré la vie des personnages et n'auraient laissé que du vide. C'est d'ailleurs sur un appartement vide que s'ouvre le film, celui que l'on pense être destiné à la vie de couple entre Chin et Lung. Sauf que lui s'apprête à partir pour l'Amérique, laissant Chin l'habiter seule. Enfin, habiter est un bien grand mot. Durant tout le film, Chin erre entre son appartement qui l'isole, la boutique de tissus de la famille de Lung où s'est réfugié le père endetté de Chin avec sa femme et sa jeune soeur à la dérive, un bâtiment désaffecté que squatte cette même soeur cadette (qui ne semble pas savoir elle non plus où elle habite!) et sa bande ou encore une entreprise où Chin n'a pas davantage sa place puisque la personne pour laquelle elle travaille, Mme Mei s'est évaporée elle aussi en Amérique, provoquant son licenciement. Et lorsqu'elle réapparaît avec un projet de data center incluant Chin, c'est dans un bâtiment tout aussi vide et froid que les précédents, suggérant que si Chin retrouve enfin un ancrage matériel, le vide émotionnel est quant à lui immense. Lung ne sera pas en effet du voyage. Sa trajectoire est celle d'un pathétique loser qui de son propre aveu rate tout ce qu'il entreprend. Comme les autres personnages, il n'a pas de foyer et traîne d'un lieu à l'autre, ne parvenant pas à choisir entre un présent condamné dans le tissu à Taipei et un futur dans le commerce aux USA que Chin souhaite construire avec lui parce qu'il a échoué à réaliser son rêve dans le baseball. C'est surtout un homme du passé, d'un Taipei moribond, celui des petits commerces alors que le Taipei de Chin bascule dans la froideur high-tech et les enseignes lumineuses où les personnages ne sont plus que des pions, où l'identité locale est avalée par celle de l'Amérique mais aussi celle du Japon (pays où vit l'ex de Lung).

Voir les commentaires

Un été chez grand-père (Dōngdōng de jiàqī)

Publié le par Rosalie210

Hou Hsiao-Hsien (1984)

Un été chez grand-père (Dōngdōng de jiàqī)

Il faut profiter de la ressortie de "Un été chez grand-père" au cinéma en copie numérique restaurée pour découvrir ou redécouvrir l'un des fleurons de la filmographie de HOU Hsiao-Hsien. Le film (sorti en France pour la première fois en 1988 mais sa distribution avait été confidentielle) appartient au même courant que le magnifique "Un temps pour vivre, un temps pour mourir" (1985), celui des chroniques d'enfance autobiographiques qu'il a réalisé au milieu des années 80. Par son atmosphère mais aussi son intrigue (deux enfants dont la mère est malade et qui sont envoyés chez leurs grands-parents à la campagne durant l'été), on devine l'influence que ce film a eu sur "Mon voisin Totoro" (1988). "Un été chez grand-père" est certes dépourvu du bestiaire fantastique shintoïste du film de Hayao MIYAZAKI mais il épouse le point de vue des enfants, un garçon d'une douzaine d'années qui se fait rapidement sa place auprès d'une petite bande de garçons de son âge et sa petite soeur, âme solitaire et silencieuse, rejetée par les garçons qui trouve un ange gardien en la personne de la "folle" du village. D'autres personnages gravitent autour d'eux comme leur jeune oncle et sa petite amie ainsi que deux voyous qui détroussent les passants endormis. Les grands-parents en revanche sont plutôt lointains, en particulier le patriarche, médecin de son état, qui regarde avec mépris les amis de fortune de Tung-tung et Ting-ting parce qu'ils sont issus des classes populaires (incluant la petite amie de son fils qu'il chasse de la maison quand il apprend qu'elle est enceinte). "Un été chez grand-père" est un film d'atmosphère épuré où il ne se passe pas grand-chose en surface mais qui infuse en profondeur.

Voir les commentaires

Yi Yi (一 一, Yī yī)

Publié le par Rosalie210

Edward Yang (2000)

Yi Yi (一 一, Yī yī)

"Yi Yi" est le dernier film de Edward YANG et le plus connu chez nous car il a reçu le prix de la mise en scène à Cannes. Comme "Mahjong" (1996) et "Confusion chez Confucius" (1994) deux films inédits en France ayant bénéficié d'une sortie au cinéma le 16 juillet, "Yi-Yi" a droit à une ressortie sur grand écran également en version restaurée depuis le 6 août.

Edward YANG, décédé prématurément d'un cancer en 2007 ce qui explique qu'il n'a pu réaliser qu'une poignée de longs-métrages est l'un des chefs de file de la nouvelle vague du cinéma taïwanais, survenue au début des années 80 alors que Taïwan comme les autres dragons asiatiques était en plein boom économique et s'apprêtait à basculer de la dictature à la démocratie à partir de 1987. Ses films se caractérisent par leur absence d'exotisme, leur caractère de théâtre urbain et leur structure narrative complexe, faite de multiples récits et personnages entremêlés sans que pour autant le spectateur ne s'y perde.

"Yi-Yi" est une chronique familiale qui bénéficie d'une mise en scène virtuose qui travaille énormément les différents plans/nappes du récit cinématographique pour enrichir son propos. Dès l'introduction, on sait qu'on baigne dans un grand film. Alors qu'on assiste à un mariage tout ce qu'il y a de plus traditionnel, une ex vient faire un esclandre, accusant la mariée de s'être fait mettre enceinte pour lui voler son petit ami, créant par là même une dissonance sonore dans le rituel de la cérémonie. On peut ajouter également le cadre de la photographie des nouveaux mariés qui se retrouve posé par mégarde à l'envers. Dissonances sonores en décalage avec la photographie qui poursuivront ce couple tout au long du film.

Comment souvent dans les films qui savent où ils vont et ce qu'ils veulent dire, cette introduction est programmatique. La dissonance sonore se retrouve aussi dans le couple de NJ, le beau-frère du marié. Malgré l'ambiance feutrée qui règne dans sa famille, les éclats de voix d'une dispute au-dehors laissent entendre qu'entre sa femme et lui, la communication est coupée. Tous les personnages de la famille que l'on va suivre sont ainsi plongé dans une grande solitude existentielle et ont une face cachée, un désir de repartir à zéro et de suivre une autre voie à la manière de "Smoking/No Smoking" (1993). C'est NJ, le père de famille qui retrouve son premier amour lors d'une parenthèse à Tokyo, son épouse qui part en retraite dans un monastère bouddhiste, sa fille, Ting-Ting, une adolescente qui s'éprend du petit ami de sa meilleure amie pour qui elle joue l'entremetteuse. Pour tous au final, c'est la désillusion qui l'emporte. Le cadet, l'espiègle Yang Yang, un enfant de 8 ans tente de juguler les angoisses existentielles en prenant en photo "ce que les adultes ne peuvent voir".

Comme les autres films que j'ai vu de Edward YANG, la question identitaire est omniprésente. L'élément déclencheur de l'éclatement de la famille de NJ n'est-il pas l'accident de la grand-mère qui la plonge dans le coma durant presque tout le film? Or ces doyennes présentes au sein des foyers asiatiques ne représentent-elles pas les gardiennes des traditions? L'acculturation est également manifeste lorsque Yang Yang préfère à la nourriture asiatique un repas au Mc Donald ou lorsqu'on observe la décoration des chambres en arrière-plan: des acteurs américains (Cary GRANT et Audrey HEPBURN qui a même façonné un des personnages de "Confusion chez Confucius") (1994), une affiche de DC Comics (Batman et Robin) mais aussi Astro le petit robot (Edward YANG était fan de Osamu TEZUKA) et Pikachu: une partie de l'intrigue se déroule d'ailleurs à Tokyo et rappelle à quel point Taïwan est tiraillé entre l'occidentalisation et un héritage asiatique complexe symbolisé par un japonais lumineux mais auquel hélas la société pour laquelle travaille NJ tourne le dos. La perte de repères et les contradictions de la société taïwanaise ne sont pas pour rien dans l'échec des différentes voies alternatives empruntées par les protagonistes. Ainsi l'ex de NJ l'a perdu en raison de l'intense pression sociale qu'elle a exercée sur lui pour parvenir à la réussite matérielle et le jeune homme que Ting-Ting convoite préfère se venger du prof qui a séduit sa petite amie et en même temps la mère de celle-ci. Les deux histoires sont construites en écho l'une de l'autre avec une scène identique, l'une montrée, l'autre racontée.

En dépit de cette tonalité douce-amère, le film n'est pas triste. Les échecs sont considérés comme des expériences qui entérinent au final la validité des choix accomplis et c'est l'apaisement et la sérénité qui l'emportent, y compris face à la perspective de la mort.

Voir les commentaires

Confusion chez Confucius (Du li shi dai)

Publié le par Rosalie210

Edward Yang (1994)

Confusion chez Confucius (Du li shi dai)

Après avoir vu "Mahjong" (1996), j'ai enchaîné le lendemain avec son cousin "Confusion chez Confucius" (1994) du réalisateur taïwanais Edward YANG lui aussi inédit en France. Une sortie nationale est prévue pour ces deux films le 16 juillet en version restaurée suivie le 6 août de la ressortie de son dernier film, celui qui l'a révélé en France suite à son prix de la mise en scène à Cannes, "Yi yi" (2000) également en version restaurée.

Edward YANG est décédé prématurément d'un cancer en 2007 ce qui explique qu'il n'a pu réaliser qu'une poignée de longs-métrages. Il est l'un des chefs de file de la nouvelle vague du cinéma taïwanais, survenue au début des années 80 alors que Taïwan comme les autres dragons asiatiques était en plein boom économique et s'apprêtait à basculer de la dictature à la démocratie à partir de 1987. Ses films se caractérisent par leur absence d'exotisme, leur caractère de théâtre urbain et leur structure narrative complexe, faite de multiples récits et personnages entremêlés sans que pour autant le spectateur ne s'y perde.

Il n'en va pas de même des personnages de "Confusion chez Confucius" qui comme le titre l'indique, nagent en pleine confusion entre traditions chinoises et modernité occidentale. A la manière d'une BD faite de scénettes sitcom (Edward YANG se projette dans un personnage d'écrivain un peu geek qui arbore un T-Shirt Astro en hommage à Osamu TEZUKA qu'il admire) et avec des cadrages compartimentés à la Michelangelo ANTONIONI (un mélange culturel que personnellement je trouve savoureux), le film est une satire du boom économique taïwanais et des troubles identitaires qu'il engendre au sein de sa jeunesse "dorée". Outre la dichotomie orient/occident omniprésente dans la sphère économique (publicitaires et artistes en quête de notoriété contre écrivain misanthrope), dans celle des valeurs (femmes d'affaires émancipées contre mariages arrangés) et celle de la culture avec Qiqi qui arbore une coiffure et une allure la faisant ressembler à l'Audrey HEPBURN de "Vacances romaines" (1953) alors que d'autres comme Birdy ressemblent à des geek japonais, il existe un clivage plus subtil à nos yeux entre les personnages d'origine taïwanaise et ceux d'origine chinoise qui s'expriment en mandarin. Le film est une sorte de farandole montrant différentes combinaisons possibles et finalement souvent impossibles entre des personnages instables qui ne cessent de tout remettre en question tant ils ne sont sûr de rien. Car contrairement à ce que disait Confucius, l'argent ne permet pas de mieux vivre parce qu'il corrompt les relations humaines. Cela n'empêche pas quelques beaux moments, notamment une magnifique scène filmée à contre-jour entre Molly la chef d'entreprise de publicités et son assistante Qiqi qui laisse poindre un sentiment sincère.

Malgré toutes ces qualités, "Mahjong" qui se situe dans la même veine m'a paru infiniment plus abouti car plus approfondi dans son approche des personnages et plus humaniste alors que la caricature domine dans "Confusion chez Confucius" ce qui peut parfois donner l'impression d'une frénésie qui tourne à vide.

Voir les commentaires

Mahjong (Ma jiang)

Publié le par Rosalie210

Edward Yang (1996)

Mahjong (Ma jiang)

Première immersion dans la filmographie du réalisateur taïwanais Edward YANG par le biais de la Cinémathèque avec ce splendide film resté jusqu'ici inédit en France. Bonne nouvelle, comme "Confusion chez Confucius" (1994), lui aussi inédit, une sortie nationale est prévue pour le 16 juillet en version restaurée suivie le 6 août de la ressortie de son dernier film, celui qui l'a révélé en France suite à son prix de la mise en scène à Cannes, "Yi yi" (2000), lui aussi en version restaurée.

Edward YANG, décédé prématurément d'un cancer en 2007 ce qui explique qu'il n'a pu réaliser qu'une poignée de longs-métrages est l'un des chefs de file de la nouvelle vague du cinéma taïwanais, survenue au début des années 80 alors que Taïwan comme les autres dragons asiatiques était en plein boom économique et s'apprêtait à basculer de la dictature à la démocratie à partir de 1987. Ses films se caractérisent par leur absence d'exotisme, leur caractère de théâtre urbain et leur structure narrative complexe, faite de multiples récits et personnages entremêlés sans que pour autant le spectateur ne s'y perde. "Mahjong" est d'ailleurs un titre qui annonce tout à fait la tonalité de ses films. Le jeu fondé sur le principe de combinaisons multiples entre éléments différenciés est utilisé de façon métaphorique pour désigner les nombreux personnages, la complexité identitaire de Taïwan entre traditions chinoises dévoyées et américanisation bling-bling et le mélange des genres, "Mahjong" étant à la fois un film de gangsters et une désopilante comédie burlesque.

"Mahjong" qui se déroule à Tapei se focalise sur un gang de jeunes et la faune internationale qui gravite autour d'eux, appâtée par les opportunités d'enrichissement facile liées au boom économique de Taïwan. Tout ce petit monde se retrouve pour une scène d'exposition magistrale au "Hard Rock Café" après une très belle scène nocturne électrisante en voiture. Au centre du récit, une française, Marthe (jouée par Virginie LEDOYEN qui avait alors environ une vingtaine d'années et qui a expliqué lors de la présentation du film à la Cinémathèque comment elle avait rencontré Edward YANG, séquence que l'on peut voir sur Youtube) qui se retrouve ballotée durant tout le récit entre d'un côté un destin confortable auprès de ses congénères parvenus et un autre plus rock and roll mais tout aussi vénal au contact de jeunes taïwanais privés de repères essayant de se frayer un chemin dans la frénésie capitaliste de Taipei. Le portrait du chef de bande, Red Fish est particulièrement fouillé et apparaît aussi comme une victime de parents compromis jusqu'au cou dans le système (un père endetté et recherché qui se cache, une mère ayant prospéré sur la corruption initiée par le père). Dévoyant émotions et valeurs, la marchandisation des corps au coeur du film selon la règle tacite que tout le monde est à tout le monde et la fausse croyance selon laquelle tout s'achète et tout se vend se transforme en ronde complètement dingue qui fait beaucoup pour l'aspect comique du film, même si celui-ci est fondamentalement sombre. Sombre mais jamais caricatural. Derrière cette frénésie de panier de crabes, les émotions affleurent quand même. Le père dépressif de Red Fish trouve l'apaisement mais est renié par son fils ce qui les condamne tous deux alors que Marthe, contrairement à son homologue chinoise échappe aux tourbillons qui cherchent à l'aspirer, avançant en funambule le long d'une ligne de crête avec comme guide le seul membre non corrompu de la bande à Red Fish.

Voir les commentaires