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La mélodie du bonheur (The Sound of Music)

Publié le par Rosalie210

Robert Wise (1965)

La mélodie du bonheur (The Sound of Music)

Ce film est tout simplement magnifique! Oubliez les critiques français pisse-froid qui font la fine bouche devant une comédie musicale qu'ils jugent trop sucrée à leur goût. Il existe aujourd'hui beaucoup d'oeuvres du genre qui ont mal vieilli. Et si la présence de Robert WISE à la réalisation et de Julie ANDREWS dans le rôle principal est pour une bonne part dans la réussite du film, elle ne suffit pas à expliquer sa mégie intacte alors que "Star !" (1968) avec les mêmes aux commandes n'a pas passé l'épreuve du temps. La différence est dans le scénario, dans les mouvements de caméra, dans la photographie. Là où "Star !" sent la naphtaline et le carton-pâte sans parler d'une héroïne aussi exaltante qu'un poireau, "La mélodie du bonheur" est une oeuvre cinématographique qui nous emporte dès les premières images dans un tourbillon de liberté avec le célèbre plan aérien survolant les montagnes autrichiennes dans lequel Maria à l'unisson tournoie sur elle-même dans un pré! Cette introduction suffit à la définir et on n'est guère surpris d'apprendre que les nonnes du couvent où elle effectue son noviciat s'interrogent sur la pertinence de sa vocation. La mère supérieure particulièrement perspicace et connaissant grâce à "Mary Poppins" (1964) les talents cachés de Julie ANDREWS décide donc de l'envoyer s'occuper des sept nains, euh non, enfants de la famille von Trapp ^^. Pas de surnaturel au programme mais le même charme, la même spontanéité et la musique pour magie qui fait au rigide (en apparence) veuf joué par Christopher PLUMMER le même effet enchanteur que la "Ratatouille" (2007) sur Anton Ego (ou le piano sur Gerd Wiesler dans "La Vie des autres") (2006).

Comme tout conte réussi, "La mélodie du bonheur" n'est pas exempte de cruauté. Il y a d'abord une marâtre en la personne de la baronne (Eleanor PARKER) qui voit à juste titre une rivale en Maria et se dresse un temps entre elle et le reste de la famille, même si son rôle est un peu trop vite évacué. Il y a surtout le vent mauvais de l'Histoire et les conséquences de l'Anschluss. Au nom des mêmes principes que le personnage du fabuleux "Une vie cachee" (2019) auquel j'ai beaucoup pensé par son contraste Paradis/Enfer, von Trapp choisit le bannissement du jardin d'Eden (son manoir avec le jardin et le lac nocturne enchanteur qui fait penser à "L'Annee derniere a Marienbad") (1961) alors que lui et sa famille deviennent des fugitifs traqués. Le couvent revient alors dans le jeu en tant que refuge et ange gardien ce qui n'enlève rien au suspense insoutenable de la scène funèbre du cimetière passé au peigne fin par les nazis entre ombre et lumière.

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Deux sur la balançoire (Two for the Seesaw)

Publié le par Rosalie210

Robert Wise (1962)

Deux sur la balançoire (Two for the Seesaw)

Le générique était prometteur avec sa silhouette trimballant sa solitude quelque part entre Manhattan et Brooklyn sur un air de jazz mélancolique. Mais dès la scène de rencontre passée, la mise en scène s'enferme dans un huis-clos bavard en tête à tête dû en grande partie au fait que le scénario est adapté d'une pièce de théâtre. Sur deux heures, c'est bien long. Surtout pour évoquer des atermoiements amoureux sur l'air de "j'y vais, j'y vais pas, ah ben si, ah ben non, pourquoi pas?" Et bis repetita. Désolé, mais même avec les meilleurs acteurs du monde, Robert MITCHUM et Shirley MacLAINE qui dégagent tous deux un charisme dingue, même avec un réalisateur chevronné comme Robert WISE qui utilise avec brio la compartimentation des espaces jusqu'à un effet de (faux) split screen, même avec une belle photographie en noir et blanc, il m'a été difficile de me passionner pour ce bavardage qui tourne en rond entre un homme "qui n'aime pas assez" et une femme "qui aime trop". La différence d'âge et de milieu est évoquée, le contraste de tempérament est évident entre la remuante Shirley et l'impassible Mitchum mais l'absence quasi complète d'environnement social rend ces obstacles assez abstraits. Même la modernité du langage, débarrassé de la pudibonderie du code Hays n'arrive pas à faire décoller le film censé raconter une histoire d'amour mais qui apparaît étrangement éteint.

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La Malédiction des hommes-chats (The Curse of the Cat People)

Publié le par Rosalie210

Gunther V. Fritsch et Robert Wise (1943)

La Malédiction des hommes-chats (The Curse of the Cat People)

Un joli titre n'ayant strictement rien à voir avec le film. La traduction "la malédiction du peuple chat" passe mieux car elle peut faire allusion aux femmes dotées de pouvoirs surnaturels. Le maître d'oeuvre du film est le scénariste et producteur Val LEWTON qui après les flop commerciaux des deux premiers films de Orson WELLES reçut la mission de renflouer la RKO avec des films d'horreur à petits budget et de courte durée inspirés de ceux d'Universal. Mais Val LEWTON et son équipe qui comptait notamment le réalisateur Jacques TOURNEUR et Robert WISE qui était alors seulement monteur surent créer un univers fantastique original, féminin, poétique, onirique et gothique dans lequel régnait une atmosphère d'angoisse impalpable. "La malédiction des hommes-chats" doit ainsi son titre au fait d'être conçu comme une suite de "La Feline" (1942) avec les mêmes acteurs (dont Simone SIMON) et c'est le premier long-métrage de Robert WISE, ce dernier ayant remplacé au bout de 18 jours Gunther von FRITSCH qui ne parvenait pas à tenir les délais.

Néanmoins "La malédiction des hommes-chats" qui se place à hauteur d'enfant a son identité propre et a dû beaucoup inspirer Tim BURTON pour "Vincent" (1982), "Edward aux mains d'argent" (1990) ou encore "Sleepy Hollow - La legende du cavalier sans tete" (2000). Comment ne pas penser également à "La Nuit du chasseur" (1955) et à "Du silence et des ombres" (1962) avec son bestiaire enchanté (pour l'un) et son fantôme protecteur (pour l'autre). L'ombre de Charles Dickens plane également avec sa demeure quasi hantée par une vieille femme un peu inquiétante et sa fille adulte qu'elle refuse de reconnaître, lui préférant la petite Amy. On comprend qu'elle préfère se mettre en danger avec ces femmes étranges plutôt que de rester avec des parents qui ne pensent qu'à la faire rentrer dans le rang. Il faut dire que les enfants sont des éponges et qu'un secret de famille (directement issu du film de Jacques TOURNEUR) plane sur la maison. Un bien beau film.

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La Tour des ambitieux (Executive Suite)

Publié le par Rosalie210

Robert Wise (1954)

La Tour des ambitieux (Executive Suite)

J'ai plusieurs fois souligné deux qualités du cinéma de Robert WISE: sa gestion du temps réel et sa maîtrise du montage. On peut en souligner une troisième: des séquences d'introduction surprenantes et marquantes. Celle, célèbre du survol de Manhattan, telle une jungle urbaine en ouverture de "West Side Story" (1960). Ou encore les cadrages penchés de la boîte jazzy où débute l'action de "Je veux vivre !" (1958). "La Tour des ambitieux" recourt quant à elle à la caméra subjective. On suit un personnage dont on ne verra jamais le visage descendre d'une tour jusqu'à ce qu'il s'effondre en pleine rue, terrassé par une crise cardiaque, au milieu des passants. Une fin triviale pour celui dont on apprend qu'il n'était autre que le président d'une puissante société de meubles, la Tredway Corporation qui menait son staff à la baguette. Place à la guerre de succession entre sous-directeurs dont le film brosse chacune de leurs personnalités à la façon d'une comédie humaine dans une boîte de sardines, de Shaw préoccupé avant tout d'efficacité (c'est à dire de rentabilité) à Walling, l'ingénieur idéaliste entravé dans son désir de fournir des produits de qualité en passant par Caswell le spéculateur roublard et Julia, l'héritière éplorée sans parler des mous et des girouettes souvent manipulés dans l'ombre par leurs épouses ou leurs maîtresses. Grand film d'acteurs, "La Tour des ambitieux" fait particulièrement briller dans des registres différents William HOLDEN (dont je ne connaissais jusqu'ici que les rôles pour Billy WILDER) au discours final d'anthologie, Barbara STANWYCK (également vue chez Billy WILDER) et Louis CALHERN (tellement associé pour moi à "Quand la ville dort") (1949). Tiré d'un livre très documenté sur le fonctionnement interne d'une entreprise puisque son auteur avait officié durant un quart de siècle comme administrateur de société avant de devenir auteur, le film met en lumière le basculement de la mentalité de l'artisan (celle du personnage incarné par William HOLDEN) à celle du financier pour qui seul le chiffre d'affaire compte. Il suffit d'appliquer cette lecture à un domaine que tout le monde connaît, le cinéma hollywoodien pour saisir à quel point elle s'est avérée juste, hélas.

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Le Coup de l'escalier (Odds Against Tomorrow)

Publié le par Rosalie210

Robert Wise (1959)

Le Coup de l'escalier (Odds Against Tomorrow)

Film noir de haute tenue qui a été une source d'inspiration pour Jean-Pierre MELVILLE (tout comme "Je veux vivre !") (1958), "Le Coup de l'escalier" possède un titre original bien plus évocateur "Odds against tomorrow" que l'on pourrait traduire par "jouer son va-tout". De toutes manières, le code Hays imposait au genre un canevas qui ne laissait aucun doute quant à son issue. Mais dès les premières secondes sous le signe des vents mauvais soufflant entre les buildings, on devine l'élément qui va faire dérailler le "coup": le racisme. Le "cerveau" de l'entreprise, un ancien flic révoqué pour corruption nommé Burke (Ed BEGLEY) n'est pas très clairvoyant en attelant ensemble un ex-taulard vétéran de guerre et natif de l'Oklahoma rempli d'amertume (Robert RYAN) et un chanteur de jazz afro-américain criblé de dettes de jeu (Harry BELAFONTE). Car l'hostilité entre les deux hommes est aussi absurde qu'immédiate. Robert WISE montre comment les préjugés divisent et détruisent des hommes qui pourtant appartiennent au même camp, celui des laissés pour compte de l'Amérique et qui auraient donc tout intérêt à coopérer. Négligeant le casse en lui-même, Robert WISE préfère filmer le quotidien des deux hommes marqué par la malchance et la défaite. Et en maître du temps, leur interminable attente, faite de petits riens en réalité très signifiants comme la poupée abandonnée que regarde Johnny et qui lui rappelle sa petite fille. Cette manière de privilégier les temps morts à l'action a dû effectivement fasciner Jean-Pierre MELVILLE, auteur de polars stylisés et minimalistes.

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Star !

Publié le par Rosalie210

Robert Wise (1968)

Star !

"Star !" est la deuxième comédie musicale réalisée par Robert WISE mettant en scène Julie ANDREWS, trois ans après l'énorme succès de "La Melodie du bonheur" (1965). Mais "Star !" fut un échec retentissant. Cette énorme superproduction de la Fox de près de 3 heures destinée à en mettre plein la vue et les oreilles et dont les codes ne semblaient pas avoir beaucoup évolué depuis "Le Magicien d'Oz" (1938) n'était plus en phase avec l'époque, celle de la contre-culture et des premiers films du nouvel Hollywood. A côté "West Side Story" (1960) apparaissait comme un summum de modernité! Outre son côté désuet, "Star !" souffre d'un autre handicap: celui d'être la success story d'une star du music-hall inconnue chez nous, Gertrude Lawrence que Robert WISE n'a pas voulu idéaliser, c'est tout à son honneur mais dont on ne retient au final pas grand-chose si ce n'est son ego surdimensionné. On ne compatit guère à ses petits malheurs tant la dame surjoue en permanence la diva. Seule son amitié indéfectible avec le dramaturge Noël Coward (Daniel MASSEY) lui donne un peu d'humanité mais celui-ci est dépouillé de toute identité propre à cause du puritanisme des studios visant un public familial.

Il n'en reste pas moins que le film offre un spectacle total d'un grand professionnalisme. L'abattage de Julie ANDREWS, artiste complète qui est de tous les plans et se donne sans compter ne peut qu'être saluée. Les premiers pas de son personnage dans le music-hall anglais constitue la meilleure part du film car tous les numéros musicaux, légèrement miteux y sont parasités par une folie burlesque réjouissante (lancers de tomates, destruction du décor, chutes inopinées...) alors que ceux de Broadway sont certes somptueux mais beaucoup plus kitsch et convenus. La reconstitution d'époque est soignée et l'idée de Robert WISE d'alterner entre des images d'actualités d'époque en noir et blanc et format 1 33 et du grand spectacle en couleur et format large est maline, compensant en partie le fait qu'en 30 ans, Gertrude ne vieillit pas d'un iota (elle change juste de coiffure et de style vestimentaire). Enfin, comme dans "Mary Poppins" (1964), Julie ANDREWS brille particulièrement lorsqu'elle est en duo. Blake EDWARDS qui donnera un second souffle à sa carrière saura s'en souvenir pour "Victor Victoria" (1982). Sauf qu'en 1968, Blake EDWARDS avait déjà fait exploser le décor et entrer le mouvement hippie dans "La Party" (1968), donc plus question de passer sous silence l'homosexualité du partenaire dont il fait un pilier de son joyau musical et burlesque.

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Je veux vivre ! (I Want to Live !)

Publié le par Rosalie210

Robert Wise (1958)

Je veux vivre ! (I Want to Live !)

"Je veux vivre" est un film terrible sur la peine de mort aux USA qui démontre une fois encore le regard critique et humaniste de Robert WISE. Comment a-t-on pu dire qu'il n'y avait pas de liens entre ses films? Je lui trouve d'évidentes affinités avec "Nous avons gagne ce soir" (1948): une "misfit" se débattant au coeur d'un système vicieux l'ayant prise au piège, quelques témoins compatissants et 35 minutes finales d'un suspense insoutenable dans le couloir de la mort confinant à la torture avec l'usage brillant du temps réel. On finit par oublier les casseroles que traîne Barbara Graham, sa vie chaotique (exposée au début du film avec de saisissants cadrages obliques sur fond de musique jazz) et se ficher de savoir ou non si elle est coupable du crime dont on l'accuse (apparemment l'affaire réelle qui a inspirée le récit n'était pas très claire). Après un procès biaisé et malhonnête, la manière dont les institutions américaines jouent avec sa vie en prolongeant son attente est révoltante et on se dit qu'aucun être humain, quoi qu'il ait fait ne mérite un tel traitement. Si Susan HAYWARD en fait trop dans son rôle de femme de mauvaise vie dans le premier tiers du film, son jeu devient de plus en plus dépouillé au fur et à mesure que l'échéance approche. Robert WISE montre les préparatifs de l'exécution avec une précision clinique glaçante. Le tribunal médiatique est présent à l'exécution, lui qui a tout fait pour enfoncer Barbara Graham dans l'opinion publique et influé sur la décision des jurés. Face à tant d'inhumanité et de voyeurisme sordide, le spectateur s'identifie au journaliste Ed Montgomery qui après avoir aboyé avec la meute, défend Barbara presque seul contre tous (le film est basé sur leur correspondance). Un loup solitaire que sa surdité place à l'écart de la foule et de ses pulsions les plus sombres.

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Le Jour où la Terre s'arrêta... (The Day the Earth Stood Still)

Publié le par Rosalie210

Robert Wise (1951)

Le Jour où la Terre s'arrêta... (The Day the Earth Stood Still)

Grand film de science-fiction réalisé dans le contexte de la guerre froide mais qui résonne toujours avec notre actualité plus conflictuelle et menaçante que jamais. Le minimalisme des effets spéciaux et des éléments extra-terrestres (formes épurées de couleur claire) sont à saluer car ils ne parasitent pas le propos du film avec des effets kitsch qui auraient mal vieillis. La science-fiction s'efface devant le vrai sujet du film qui est une critique de la société américaine et plus généralement des pays industrialisés utilisant les avancées technologiques pour se détruire mutuellement. Klaatu l'extra-terrestre est un nouveau messie (il se fait appeler "Carpenter" soit le métier du père de Jésus) ayant ce qui manque le plus aux humains, une hauteur de vue lui permettant de regarder avec mépris ceux-ci se perdre dans leurs querelles de puissance "enfantines". Il comprend également qu'il lui faut contourner ceux qui tiennent les rênes du pouvoir pour s'adresser aux catégories ayant le plus de chance d'écouter son message de paix et de changer le monde: femme, enfant, scientifique humaniste (dont les propos résonnent de façon troublante avec les attaques actuelles contre la science). Son bras droit armé, le robot Gort n'agit lui-même que pour neutraliser les armes et la violence. La démonstration de force que Klaatu impose à la terre ne vise pas à étaler sa puissance mais une fois encore, à ramener l'homme à sa juste place face aux forces de l'univers qui le dépassent. Face à eux, Robert WISE met en lumière comme dans "Nous avons gagne ce soir" (1948) grâce notamment à son talent de monteur les pulsions primitives des foules et la stupidité du mâle américain se sentant menacé dans ses privilèges. Le tout est souligné par la musique du grand Bernard HERRMANN qui n'avait pas encore acquis la renommée que lui vaudra sa collaboration avec Alfred HITCHCOCK. Comme le souligne la Cinémathèque qui lui consacre une rétrospective, il y avait bien "une âme dans la machine": autrement dit Robert WISE n'était pas qu'un technicien doué mais manifestait dans ses films une véritable indépendance d'esprit.

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Nous avons gagné ce soir (The Set-Up)

Publié le par Rosalie210

Robert Wise (1948)

Nous avons gagné ce soir (The Set-Up)

Vu dans le cadre de l'ouverture de la rétrospective consacrée à Robert WISE à la Cinémathèque, une démonstration magistrale de mise en scène qui tient le spectateur en haleine. Donnant l'impression d'être tourné en temps réel et faisant ainsi figure de premier chef d'oeuvre du genre avant des classiques comme "Le Train sifflera trois fois" (1951), ce film court mais dense contient en son sein une séquence d'anthologie, celle du combat de boxe opposant le vétéran Bill Thompson (Robert RYAN dont le passé de boxeur joue à plein dans la crédibilité qu'il donne à son personnage) au jeune Tiger Nelson (Hal FIEBERLING). Faisant démonstration de sa science du montage, Robert WISE alterne les plans larges et rapprochés du ring dans lequel Bill Thompson joue son honneur avec ceux d'une arène surchauffée par des spectateurs-voyeurs alléchés par l'odeur du sang, filmés au plus près et de plus en plus pris par le spectacle ce qui fait monter la mayonnaise avec une redoutable efficacité. Mais le prologue et l'épilogue ne sont pas en reste. Le prologue dans les vestiaires laissant la salle hors-champ a un très fort pouvoir de suggestion comme si Bill Thompson attendait son tour pour l'échafaud* puisqu'il est considéré comme fini et qu'il est trahi à son insu par son entraîneur qui fait un deal avec la mafia pour truquer le match et emporter la mise. L'épilogue est quant à lui est cruel et plein d'ironie: le pays de l'Oncle Sam vend du rêve (l'enseigne "Dreamland" accolée à la salle de boxe) mais est montré comme une jungle corrompue dans laquelle l'intégrité se paie au prix fort.

"Nous avons gagné ce soir" est donc l'un des meilleurs si ce n'est le meilleur film de boxe jamais réalisé. Il a inspiré Martin SCORSESE pour "Raging Bull" (1980) et à l'évidence Quentin TARANTINO pour le personnage de boxeur joué par Bruce WILLIS dans "Pulp Fiction" (1994). Il était temps que l'oeuvre de Robert WISE soit reconnue à sa juste valeur d'autant que de l'aveu même de la Cinémathèque, elle a été moins bien conservée que celle de réalisateurs plus prestigieux.

* L'errance nocturne et angoissée de l'épouse de Bill, jouée par Audrey TOTTER fait d'ailleurs penser au premier film de Louis MALLE qui s'intitule justement "Ascenseur pour l'echafaud" (1957).

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West side story

Publié le par Rosalie210

Jérôme Robbins et Robert Wise (1961)

West side story

Devenu aujourd'hui un classique, West Side Story fut pourtant un électrochoc de modernité à sa sortie au début des années 60 comme le chantait alors notre Cloclo national ("Cette année-là [...] West side battait tous les records.") Alors que la comédie musicale américaine des années 50 était démodée, elle trouva un second souffle avec cette adaptation de Roméo et Juliette sur fond de guerre des gangs Jets/Sharks.

Le drame social tragique et ses thèmes toujours actuels (pauvreté, délinquance juvénile, racisme, immigration, quartiers-ghettos, inégalités hommes/femmes) se substitue à l'onirisme sans totalement rompre avec lui. En effet l'histoire d'amour Tony/Maria peut être interprétée comme une forme d'évasion de la sordide réalité dans laquelle ils vivent. Une réalité d'où les parents sont absents. Les jeunes sont livrés à eux-même et n'ont que leur bande pour repère et un territoire restreint pour royaume, un territoire qu'ils défendent bec et ongle contre leurs rivaux. La similarité d'univers avec La fureur de vivre frappe l'esprit et pas seulement à cause de Natalie Wood. Des adultes démissionnaires, des rebelles qui se battent au couteau pour un motif dérisoire et qui sont prisonniers de l'effet de groupe ("chicken" c'est à dire poule mouillée est l'insulte qui sanctionne toute défaillance vis à vis du code d'honneur de ces bandes de jeunes.)

L'époustouflante première scène muette en forme d'ouverture d'opéra pose le contexte socio-spatial du film. Après un générique reprenant les principaux thèmes musicaux sur fond coloré, la caméra survole New-York et lorsqu'elle arrive dans le West side, elle effectue des plans de plus en plus rapprochés (comme les emboîtements d'échelles en géographie) d'une chorégraphie aérienne signée Robbins (on pense à la capoeira) sur la cèlèbre musique de Bernstein.
La suite est moins remarquable sur le strict plan cinématographique (évolution dans des décors figés autour d'une caméra beaucoup plus statique) mais la musique (titres cultes comme "Maria", "America", "Tonight"...) la mise en scène, les décors, costumes, lumières et l'interprétation, Natalie Wood en tête emportent tout sur leur passage.

Jacques Demy synthétisera de façon remarquable l'évolution de la comédie musicale américaine dans Les Demoiselles de Rochefort en rendant à la fois hommage à Gene Kelly et à West side story (la scène d'ouverture est une citation du film de Wise et Robbins sans parler de la présence dans la distribution de George CHAKIRIS.)

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