"La vie secrète de Walter Mitty" est l'avant-dernier des quatre films qu'ont tourné Danny KAYE et Virginia MAYO alors sous contrat exclusif avec la MGM. C'est Samuel GOLDWYN qui a formé leur duo avec une optique d'efficacité qui s'est arrivée payante. Tous ont été des succès au box-office et "La vie secrète de Walter Mitty" est devenu leur film le plus célèbre faisant d'eux d'énormes stars d'Hollywood. Mais force est de constater qu'ils n'ont pas passé l'épreuve du temps et sont aujourd'hui largement oubliés, contrairement aux frères Marx par exemple qui ont été dirigés à plusieurs reprises par le même réalisateur, Norman Z. McLEOD, spécialiste des films burlesques et surréalistes tournés en studio. Pour ma part, j'ai trouvé le film daté et longuet. La performance de Danny KAYE qui ressemble à un one man show (l'acteur venait du music-hall) est d'une réelle virtuosité mais aujourd'hui, ses grimaces et imitations d'accents fatiguent plus qu'elles ne font sourire car elles semblent non seulement exagérées mais gratuites. Pour résumer, il apparaît aujourd'hui comme un cabotin hystérique et grotesque qui ne sert en aucune façon le scénario. Quant à Virginia MAYO, elle peine à dépasser le statut de pin-up sophistiquée. L'ensemble apparaît trop souvent forcé et artificiel. Les rêves de Walter Mitty où il fait la roue devant une belle demoiselle se pâmant d'admiration devant lui apparaissent ridicules et cassent le rythme, surtout quand ils sont musicaux. Bref "La vie secrète de Walter Mitty" est typiquement basé sur une recette de studio qui aujourd'hui est complètement démodée.
Un auto-remake dont je ne connaissais pas l'existence, contrairement aux deux versions de "L'Homme qui en savait trop" de Alfred HITCHCOCK, de "Elle et lui" de Leo McCAREY ou encore de "Grande Dame d'un jour"/"Milliardaire d'un jour" de Frank CAPRA. "Si bemol et fa dièse" est en effet la copie conforme plan par plan de "Boule de feu" (1941) réalisé seulement cinq ans auparavant par Howard HAWKS. Mais cette version est le premier film en couleurs du réalisateur et il faut souligner que la photographie de Gregg TOLAND est vraiment superbe, faisant particulièrement bien ressortir le rouge pétard dont se pare l'héroïne ou le jaune des vitraux de la pension. Si les acteurs* n'ont ni le charme, ni le peps du duo original composé de Gary COOPER et de Barbara STANWYCK, le vrai plus de ce remake, c'est son caractère musical avec de grands noms du jazz dans leurs propres rôles tels que Louis ARMSTRONG, Charlie BARNET ou Lionel HAMPTON. Le linguiste du premier film est en effet devenu musicologue mais il s'agit toujours d'un grand dadais naïf dont l'érudition est inversement proportionnelle à son expérience de la vie. Entouré par des pairs plus âgés, ils accueillent sans le savoir un loup dans leur bergerie sous les traits d'une chanteuse de cabaret qui recherchée par la police en raison de sa relation avec un gangster a trouvé chez eux une planque idéale. Il n'en reste pas moins qu'en dépit de ses couleurs chatoyantes et de ses numéros musicaux, le film manque de rythme et devient même franchement poussif sur la fin, ne parvenant pas à faire oublier l'original.
*Le dernier des quatre films tournés entre 1945 et 1948 par Danny KAYE et Virginia MAYO, un duo d'acteurs créé par le producteur Samuel GOLDWYN et qui était bien évidemment sous contrat exclusif avec la MGM.
Ce film est tout simplement magnifique! Oubliez les critiques français pisse-froid qui font la fine bouche devant une comédie musicale qu'ils jugent trop sucrée à leur goût. Il existe aujourd'hui beaucoup d'oeuvres du genre qui ont mal vieilli. Et si la présence de Robert WISE à la réalisation et de Julie ANDREWS dans le rôle principal est pour une bonne part dans la réussite du film, elle ne suffit pas à expliquer sa mégie intacte alors que "Star !" (1968) avec les mêmes aux commandes n'a pas passé l'épreuve du temps. La différence est dans le scénario, dans les mouvements de caméra, dans la photographie. Là où "Star !" sent la naphtaline et le carton-pâte sans parler d'une héroïne aussi exaltante qu'un poireau, "La mélodie du bonheur" est une oeuvre cinématographique qui nous emporte dès les premières images dans un tourbillon de liberté avec le célèbre plan aérien survolant les montagnes autrichiennes dans lequel Maria à l'unisson tournoie sur elle-même dans un pré! Cette introduction suffit à la définir et on n'est guère surpris d'apprendre que les nonnes du couvent où elle effectue son noviciat s'interrogent sur la pertinence de sa vocation. La mère supérieure particulièrement perspicace et connaissant grâce à "Mary Poppins" (1964) les talents cachés de Julie ANDREWS décide donc de l'envoyer s'occuper des sept nains, euh non, enfants de la famille von Trapp ^^. Pas de surnaturel au programme mais le même charme, la même spontanéité et la musique pour magie qui fait au rigide (en apparence) veuf joué par Christopher PLUMMER le même effet enchanteur que la "Ratatouille" (2007) sur Anton Ego (ou le piano sur Gerd Wiesler dans "La Vie des autres") (2006).
Comme tout conte réussi, "La mélodie du bonheur" n'est pas exempte de cruauté. Il y a d'abord une marâtre en la personne de la baronne (Eleanor PARKER) qui voit à juste titre une rivale en Maria et se dresse un temps entre elle et le reste de la famille, même si son rôle est un peu trop vite évacué. Il y a surtout le vent mauvais de l'Histoire et les conséquences de l'Anschluss. Au nom des mêmes principes que le personnage du fabuleux "Une vie cachee" (2019) auquel j'ai beaucoup pensé par son contraste Paradis/Enfer, von Trapp choisit le bannissement du jardin d'Eden (son manoir avec le jardin et le lac nocturne enchanteur qui fait penser à "L'Annee derniere a Marienbad") (1961) alors que lui et sa famille deviennent des fugitifs traqués. Le couvent revient alors dans le jeu en tant que refuge et ange gardien ce qui n'enlève rien au suspense insoutenable de la scène funèbre du cimetière passé au peigne fin par les nazis entre ombre et lumière.
A force de tomber sur des avis radicalement divergents sur "La vie de Chuck" je me suis décidée à me faire une opinion par moi-même. Je suis restée sur ma faim, trop de choses plombent le film à mes yeux: voix-off omniprésente et pontifiante, pathos (fallait-il une telle accumulation d'accidents, de maladies, de suicides autour du héros?), naïveté du propos et complications scénaristiques inutiles avec sa structure en trois chapitres à rebours du récit qui casse le rythme. Le résultat est un assemblage de fragments inégaux qui en dépit d'éléments récurrents censés les relier m'a paru artificiel et bancal. La dimension métaphysique est assénée sans subtilité, à l'opposé de ce qu'avait réussi à faire Stanley KUBRICK avec une autre oeuvre de Stephen King. Tout ce dispositif m'a tenu à distance d'un personnage trop lisse pour emporter une adhésion qui aurait été nécessaire afin de s'approcher du conte philosophico-fantastique à la Frank CAPRA vers lequel lorgne le film. Le seul moment qui m'a paru fonctionner à la manière d'un alignement de planètes, c'est la scène de danse du deuxième fragment. Alors là oui, on croit que l'instant peut durer une éternité, que Chuck possède une sorte de grâce, qu'il est connecté aux étoiles. Mais la troisième partie apporte une réponse décevante, convenue, sans mystère voire infantile à des questionnements autrement mieux traités dans d'autres films (que "Life of Chuck" y fasse référence comme "Billy Elliot" (2000), "Retour vers le futur" (1985) ou "Forrest Gump" (1994) ou non comme "Melancholia") (2011). Au final, le film ressemble à la montagne qui accouche d'une souris. Il prétend nous expliquer la vie et le monde mais au final il tombe dans l'insignifiance.
"Star !" est la deuxième comédie musicale réalisée par Robert WISE mettant en scène Julie ANDREWS, trois ans après l'énorme succès de "La Melodie du bonheur" (1965). Mais "Star !" fut un échec retentissant. Cette énorme superproduction de la Fox de près de 3 heures destinée à en mettre plein la vue et les oreilles et dont les codes ne semblaient pas avoir beaucoup évolué depuis "Le Magicien d'Oz" (1938) n'était plus en phase avec l'époque, celle de la contre-culture et des premiers films du nouvel Hollywood. A côté "West Side Story" (1960) apparaissait comme un summum de modernité! Outre son côté désuet, "Star !" souffre d'un autre handicap: celui d'être la success story d'une star du music-hall inconnue chez nous, Gertrude Lawrence que Robert WISE n'a pas voulu idéaliser, c'est tout à son honneur mais dont on ne retient au final pas grand-chose si ce n'est son ego surdimensionné. On ne compatit guère à ses petits malheurs tant la dame surjoue en permanence la diva. Seule son amitié indéfectible avec le dramaturge Noël Coward (Daniel MASSEY) lui donne un peu d'humanité mais celui-ci est dépouillé de toute identité propre à cause du puritanisme des studios visant un public familial.
Il n'en reste pas moins que le film offre un spectacle total d'un grand professionnalisme. L'abattage de Julie ANDREWS, artiste complète qui est de tous les plans et se donne sans compter ne peut qu'être saluée. Les premiers pas de son personnage dans le music-hall anglais constitue la meilleure part du film car tous les numéros musicaux, légèrement miteux y sont parasités par une folie burlesque réjouissante (lancers de tomates, destruction du décor, chutes inopinées...) alors que ceux de Broadway sont certes somptueux mais beaucoup plus kitsch et convenus. La reconstitution d'époque est soignée et l'idée de Robert WISE d'alterner entre des images d'actualités d'époque en noir et blanc et format 1 33 et du grand spectacle en couleur et format large est maline, compensant en partie le fait qu'en 30 ans, Gertrude ne vieillit pas d'un iota (elle change juste de coiffure et de style vestimentaire). Enfin, comme dans "Mary Poppins" (1964), Julie ANDREWS brille particulièrement lorsqu'elle est en duo. Blake EDWARDS qui donnera un second souffle à sa carrière saura s'en souvenir pour "Victor Victoria" (1982). Sauf qu'en 1968, Blake EDWARDS avait déjà fait exploser le décor et entrer le mouvement hippie dans "La Party" (1968), donc plus question de passer sous silence l'homosexualité du partenaire dont il fait un pilier de son joyau musical et burlesque.
Rêverie autour du mythe de Marcello MASTROIANNI réincarné par sa fille Chiara MASTROIANNI, "Marcello Mio" aurait pu être un beau film. Mais il sonne creux. Il s'agit d'un cinéma de niche qui ne parlera qu'à ceux qui connaissent sur le bout des doigts la filmographie de l'acteur italien. Les autres se sentiront exclus de cette suite de scénettes pour initiés quelque peu prétentieuses et bourrées de références collées les unes aux autres sans véritable souci de continuité. On ne voit pas très bien où Christophe HONORE veut en venir tellement ça part dans tous les sens. L'impression dominante est qu'il a voulu se faire plaisir en superposant une imagerie gay/transgenre sur une icône du cinéma à qui on avait collé une image de "latin lover". Il n'y avait pas besoin de le faire façon "Jean-Paul Gaultier". Marcello MASTROIANNI était autrement plus troublant que les militaires que la caméra gourmande de Christophe HONORE passe en revue endormis dans des poses alanguies et cela vaut aussi pour les reconstitutions des films dans lesquels il a joué: ils font plus que pâle figure avec l'original. Et s'il est plaisant de revoir Stefania SANDRELLI, on se passerait bien de l'autofiction narcissique autour des membres starifiés de la famille du défunt n'ayant pas de rapport direct avec lui (Melvil POUPAUD et Benjamin BIOLAY) ou ne représentant qu'une petite période de sa vie (Catherine DENEUVE). Ce n'est pas la seule faute de goût dans le film. Faire pousser la chansonnette à des acteurs ou actrices ayant une voix de crécelle donne envie de se boucher les oreilles. Et la scène où Catherine DENEUVE se montre grossière face au nouveau propriétaire de l'appartement où elle a vécu, sans raison apparente, donne du showbiz une image odieuse.
"Gainsbourg (Vie heroique)" (2009) (que j'aimerais bien revoir d'ailleurs) montrait dans plusieurs séquences comment l'auteur-compositeur-interprète se voyait, sa tête étant remplacée par un chou ou par une marionnette artisanale un peu grotesque accentuant les proéminences de son nez et de ses oreilles. Il faut dire que l'homme était croqué par un réalisateur également dessinateur de BD. "Better Man" qui est consacré au parcours agité d'un autre auteur-compositeur-interprète, Robbie WILLIAMS le représente sous la forme d'un chimpanzé numérique tout au long du film. Une manière de souligner son sentiment d'inadaptation, notamment dans les situations de groupe (les autres personnages étant tous humains) et de contourner la problématique de la ressemblance du comédien avec son modèle. C'est aussi un moyen de représenter les démons qui le poursuivent. A chaque fois qu'il croit enfin s'en sortir, les visages simiesques correspondant aux moments les moins glorieux de sa vie, de ses débuts dans un boys band dans lequel il se sentait exposé comme une bête de foire à ses excès "sexe, drogue et pop-rock and roll" reviennent le narguer. Autre caractéristique du film, il s'agit d'une comédie musicale dans laquelle les tubes du chanteur sont utilisés pour illustrer les moments importants de sa vie. Celle-ci est racontée de façon chronologique, de ce point de vue, on est dans une narration parfaitement balisée. J'ai apprécié l'énergie dégagée par les morceaux chantés et dansés ainsi que leur esthétique. Certains sont très réussis, comme "Rock DJ" qui se déroule sur Regent Street et donne un cachet british à un film dont tous les codes sont pourtant ceux du blockbuster américain ou "She's the one" qui ressemble à un ballet féérique. J'aime les chansons de Robbie WILLIAMS dont j'ai apprécié de découvrir les paroles sous-titrées en français. Néanmoins le film épouse un rythme survolté (trop selon moi) et n'évite pas le pathos. Ainsi le final vendu comme émouvant m'a surtout paru politiquement correct et profondément gênant.
Je n'avais pas très envie d'aller voir "L'Amour Ouf" et je n'ai pas vraiment aimé le résultat. Certes, il y a d'excellentes idées de mise en scène, une photographie qui décoiffe, une envie de cinéma XXL à l'américaine qui n'est pas fréquente dans le cinéma français, une interprétation qui "déchire", surtout de la part des deux jeunes acteurs Mallory WANECQUE et Malik FRIKAH qui peuvent légitimement espérer rafler un prix révélation lors de la prochaine cérémonie des César car ils portent la moitié du film sur leurs épaules. Adele EXARCHOPOULOS et Vincent LACOSTE sont également excellents (en revanche je trouve le jeu de Francois CIVIL trop limité). Oui mais le résultat ne m'a pas convaincu. C'est trop: trop long, trop tape-à-l'oeil, trop m'as-tu vu, trop kitsch avec certains plans frôlant le grotesque (le coeur et le chewing-gum qui battent, le baiser sur fond de coucher de soleil cliché à mort). Et ce n'est pas assez à la fois parce que Gilles LELLOUCHE veut faire une sorte de cinéma total qui brasse un peu tous les genres (drame romantique, teen movie, film de gangsters, comédie musicale, film de procès, film social, comédie "buddy movie" avec Raphael QUENARD et Jean-Pascal ZADI...) mais n'arrive pas bien à les amalgamer et surtout à les creuser. Dans certains films, les contraires s'attirent et s'enrichissent mutuellement mais dans celui-ci, c'est comme s'ils se repoussaient. Peut-être parce que cela manque de dialogues un tant soit peu consistants. On a donc au final une maîtrise insuffisante et un manque de profondeur criant.
Très chouette, cette comédie musicale bariolée, énergique et colorée de Chantal Akerman, panaché de pop culture des années 80 et de nouvelle vague des années 60 qui annonce "Vénus Beauté institut" (qui s'en est inspiré de façon évidente). Côté années 80, les couleurs, les looks, les styles musicaux m'ont fait penser à la couverture de l'album de Lio "Pop Model" sorti la même année et que j'avais reçu pour mon anniversaire. Lio justement joue dans le film mais paradoxalement, ne chante pas. Côté nouvelle vague, deux références sautent aux yeux. Les comédies musicales aux couleurs pimpantes de Jacques Demy mettant en scène des commerçants derrière les vitres de leurs magasins sauf que années 80 oblige, ceux-ci travaillent désormais dans une galerie commerciale de studio qui fait penser à un décor de sitcom (surtout lors des scènes du bar tenu par Myriam Boyer). Je me demande même si le générique n'est pas une citation de celui de "Les parapluies de Cherbourg" avec une chorégraphie de jambes traversant le sol de la galerie en diagonale. Sans parler de l'un des personnages dont le coeur balance entre la jeune fille en fleurs un peu sage (Lio à contre-emploi comme une Audrey Tautou avant la lettre) et l'incendiaire femme fatale du salon de coiffure (Fanny Cottençon). Et "Baisers volés" de François Truffaut avec Delphine Seyrig dans le rôle d'une vendeuse de vêtements et de chaussures qui fait furieusement penser à Fabienne Tabard. Mais une Fabienne Tabard avec vingt ans de plus, mélancolique, fatiguée et marquée (son personnage est une ancienne déportée) mais prête à s'enflammer de nouveau pour un ancien amour auquel elle a renoncé pour un mariage "raisonnable" avec M. Schwartz (Charles Denner dont c'était le dernier film apparaît lui aussi bien fatigué). Elle apporte un peu de profondeur à un film qui sinon apparaît comme une bulle de légèreté avec ses marivaudages incessants commentés par un choeur de shampouineuses cancanières sur un air irrésistible (on oubliera en revanche leurs équivalents masculins, totalement ridicules). Belles idées de mise en scène utilisant les bacs à shampoings et les cabines d'essayage et une fin qui symboliquement s'échappe de son décor factice pour entrer dans le monde réel lorsque l'une de ces vies semble enfin sortir du carcan imposé pour s'accorder avec son désir.
Mais que c'est daté "Chorus line" ai-je pensé en le revoyant! Les années 80 étaient en effet friandes de films d'auditions, adaptées ou pas de spectacles de Broadway: "Fame" (1980), "Flashdance" (1983), "Que le spectacle commence" (1979) etc. "Chorus line" est le plus basique de tous puisqu'il se contente de filmer en quasi huis-clos le face à face entre le metteur en scène (Michael DOUGLAS) et la sélection de jeunes artistes, alignés en rang d'oignon sur la scène entre lesquels il doit faire son ultime choix (et à la fin, il n'en restera que huit!) Pour trancher, il tente de sonder chacun, obtenant en échange des confessions qui deviennent la plupart du temps des numéros chantés et dansés dont certains, très réussis. L'ennui c'est que le dispositif est long et répétitif, hormis au début et à la fin. La sous-intrigue censée apporter un peu de piment à l'histoire est complètement anémique et ne fait que renforcer un schéma alors non seulement prédominant mais absolument pas questionné. Celui du pouvoir sexuel d'un mâle dominant sur un cheptel interchangeable, lequel reproduit une hiérarchie patron/secrétaire ou réalisateur/actrice dont on connaît désormais tous les ressorts. Les danseurs de "Chorus line" ont été sélectionnés parce qu'ils sont bons mais aussi parce qu'ils répondent à des standards de mannequin ou de poupée blonde avec une touche ethnique pour le politiquement correct. On peut deviner dès le départ qui gagnera et qui sera recalé parce que trop vieille, trop poilu, trop petite, ayant une voix de crécelle ou refusant tout simplement de donner ce que le metteur en scène en position de dieu tout puissant attend de lui.
"Etre critique, ce n'est pas donner son avis, c'est se construire comme sujet travers les films que l'on voit" (Emmanuel Burdeau)
"La cinéphilie est moins un rapport au cinéma qu'un rapport au monde à travers le cinéma" (Serge Daney)