Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Articles avec #comedie musicale tag

Dirty Dancing

Publié le par Rosalie210

Emile Ardonilo (1987)

Dirty Dancing

Comme pour "Thelma & Louise" (1990) on voit aujourd'hui "Dirty Dancing" (1987) avec de nouvelles lunettes, celles qui prennent enfin le regard et le désir féminin au sérieux. Les deux films, écrits par des femmes et non-conventionnels dans leurs codes narratifs ont partagé aussi la même galère pour avoir eu le droit d'exister. "Dirty Dancing" a eu un parcours encore plus marginal que le film de Ridley SCOTT puisqu'après avoir été refusé à Hollywood, c'est une société pionnière dans le marché de la vidéo, Vestron Pictures qui l'a produit pour une somme dérisoire avec l'idée de le garder une semaine en salles pour qu'il soit ensuite exploité en VHS. A sa sortie, si le film est devenu instantanément un phénomène planétaire, logiquement porté par la gente féminine, il a été recouvert d'une épaisse couche de mépris de la part de l'intelligentsia patriarcale de l'époque qui ne se dissipe qu'aujourd'hui.

"Dirty Dancing" est donc un film subversif et éminemment politique sous ses airs de comédie romantique inoffensive pour midinettes (ou plutôt nymphettes comme aurait dit Bernard PIVOT). Toute l'histoire est vue par le regard de Bébé alias Frances (Jennifer GREY choisie pour son physique atypique dans la lignée d'une Barbra STREISAND), jeune bourgeoise juive new-yorkaise qui va découvrir la liberté dans un club de vacances pourtant tout ce qu'il y a de plus "collet monté". C'est sans compter sur la curiosité de Bébé qui sous ses airs de jeune fille bien comme il faut est le véritable moteur de l'action du film. En allant voir ce qui se passe dans les "backrooms", elle découvre un personnel déchaîné pratiquant une danse suggestive interdite de scène. Le leader charismatique du groupe, Johnny Castle qui semble indissociable de sa partenaire de danse, Penny (Cynthia RHODES) lui tape aussitôt dans l'oeil. Et pour cause, il est joué par Patrick SWAYZE dont l'alliage rare de romantisme, de sensibilité, de grâce et de puissance physique le place dans la même catégorie qu'un Bernard GIRAUDEAU ou qu'un James SPADER ou même un Colin FIRTH lorsqu'ils étaient jeunes à savoir celle du parfait candidat pour une version live des chevaliers du Zodiaque, designés par le génial duo Shingo ARAKI et Michi HIMENO (^^). A partir de là, plus rien ne peut arrêter la tornade "BB" qui va sortir de son coin pour aller renverser la table ou plutôt la barrière de classe de par son désir affranchi, le même que celui qui anime "Lady Chatterley" (2006).

La petite révolution "Dirty Dancing" consiste:

- A substituer la sororité à la rivalité stéréotypée, celle-là même que dénoncent les actrices dans le film de Delphine SEYRIG, "Sois belle et tais-toi" (1976).

- A refuser que la vie des femmes pauvres comme Penny soient broyées par les grossesses non désirées et les avortements clandestins (le film se situe dans les années 60 où il était interdit et a été tourné pendant les années Reagan où celui-ci avait employé le mot "meurtre" pour évoquer l'IVG).

- A arracher le masque de respectabilité de l'étudiant bourgeois modèle, Robbie (Max CANTOR) en révélant son hypocrisie et son comportement prédateur attribués par le père de Bébé à Johnny, bouc-émissaire et coupable idéal dont l'estime de soi est trop faible pour qu'il puisse se défendre contre les biais de classe. Du moins jusqu'à la scène cathartique (et quelque peu autobiographique si l'on pense à l'enfance de Patrick SWAYZE où il devait se défendre à coups de poings contre les moqueries liées à sa pratique de la danse classique) où il règle son compte à Robbie.

- A aider à l'inverse Johnny à sortir de sa soumission économique et sociale, matérialisée par le moment où il refuse l'argent du mari bourgeois qui lui demande de "divertir" son épouse en dehors des cours. Une rébellion qui l'amène à sortir de la clandestinité et à s'affirmer dans la célèbre dernière scène où lui et son groupe viennent danser en pleine lumière autour de Bébé devenue reine de ce nouveau territoire libéré qui récupère son vrai prénom au passage, Frances. Pas n'importe quel prénom, un hommage direct à Frances Perkins, la première femme de l'histoire américaine à avoir siégé dans un cabinet présidentiel en tant que secrétaire au Travail sous Franklin D. Roosevelt, et l'une des principales architectes des réformes sociales du New Deal.

Le vrai sujet de "Dirty Dancing" est donc celui d'une petite révolution intime, collective et sociale: en quelques jours, l'été de Bébé fait vaciller l'ordre bourgeois, dynamite les assignations de genre, pulvérise le mépris de classe et réécrit les règles du désir. C'est ce qui le rend si éternellement jouissif.

Quarante ans plus tard, la Louise de Gustave Kervern dans "Voilà, c'est fini" (prix Jean Vigo 2026, sortie prévue le 24 mars 2027) répond en miroir inversé à Bébé. Retrouvez mon analyse croisée dans les pages de ce blog:

Lien:

https://cinepassion.over-blog.com/2026/07/personne-ne-met-louise-dans-un-coin.sauf-elle-meme-barrieres-de-classes-et-illusions-touristiques-a-travers-les-trajectoires-corporelles-de-bebe-dirty-dancing-emile-ardolino-1987-et-de-louise-voila-c-est-fini-gustave-kervern-2027.html

Voir les commentaires

Disco Dancer

Publié le par Rosalie210

Babbar Subhash (1982)

Disco Dancer

Le disco à la sauce Bollywood, une recette que j'avais découverte dans un numéro de Blow Up récent consacré à ce style musical en relation avec l'exposition "Disco, I'm coming out" de la cité de la Musique. Arte a visiblement voulu offrir sa trouvaille en intégralité au public dans le cadre de son "summer of disco" du 28 juin au 9 août 2026.

"Disco Dancer" qui a été un succès dans nombre de pays à sa sortie en 1982 se distingue surtout par sa bande son composée par Bappi Lahiri. Il a importé des standards disco occidentaux de l'époque et il les a revisités à la sauce indienne. Arte a mis en avant dans "Blow Up" "Auva, Auva", transposition indienne synthé-pop de "Video killed the radio star" des Buggles mais on en découvre d'autres comme "Jimmy Aja" qui reprend la structure rythmique et mélodique du tube disco français "T'es OK" de Ottawan. Le titre phare "I'm a disco dancer" est lui-même une hybridation entre des choeurs occidentalisés et une orchestration traditionnelle indienne. Une démarche qui rappelle celle de la période yé-yé en France où les standards américains étaient massivement importés et francisés pour être interprétés par les idoles de l'époque comme Richard Anthony ou Johnny Hallyday. Sheila a même étendu cette appropriation dans les années 70 au disco avec son groupe, les B. Devotion, donnant à la France nombre de tubes disco flanqués d'une esthétique futuriste et d'un groupe afro-américain.

Sans ses fulgurances sonores, le film serait irregardable aujourd'hui tant il est prisonnier de la lourdeur des codes narratifs et du kitsch visuel bollywoodien. Ceci étant c'est justement le contraste entre le mélodrame familial larmoyant et l'exubérance joyeuse des chorégraphies disco sous les boules à facettes qui a contribué à rendre le film culte. Adil/Jimmy qui revient à Mumbai pour se venger de l'homme d'affaires véreux responsable de l'emprisonnement et de la mort de sa mère a même un petit avant-goût de Assane Diop/Lupin. Le spectacle, l'artifice et la ruse deviennent des armes redoutables contre l'ennemi de classe. La subversion est dans les deux cas externe par l'adhésion des foules et interne par la séduction de la fille en sous-marin.

Voir les commentaires

Staying Alive

Publié le par Rosalie210

Sylvester Stallone (1983)

Staying Alive

"Staying alive", ça pique quand même pas mal les yeux aujourd'hui:

- Intrigue bateau: une success story à l'américaine où tous les moyens sont bons pour parvenir à l'apothéose finale.

- Des personnages clichés. Les femmes de Tony Manero? Une cruche, Jackie (Cynthia RHODES) qui accepte toutes les humiliations que lui inflige Tony et une garce, Laura (Finola HUGHES) dont Tony veut se servir comme cheval de Troie pour "pénétrer" les secrets des dieux non pas de l'Olympe mais de Broadway.

- Une esthétique kitsch à mort avec torse nu mettant en valeur les muscles en sueur, justaucorps flashy, danse façon cours de gym et poses façon statues grecques, musique dégoulinante de Frank STALLONE, le frère de Sylvester STALLONE qui réalise le film et qui montre sa bobine une fraction de seconde comme chez Alfred HITCHCOCK. Si vous trouvez que l'affiche a quelque chose de "Rambo" (1982), ce n'est pas fortuit!

Mais au-delà de tout ce qui fait de "Staying alive" une oeuvre qui a mal vieilli, ce qui me frappe le plus, c'est la rupture culturelle avec le film dont il est censé être la suite, "La Fievre du samedi soir" (1977). Là où le disco années 70 célébrait la fête, la collectivité, la transgression, l'esthétique aérobic des années 80 établit un culte de l'ego dans un monde de compétition acharnée où tous les coups sont permis pour gagner. Bref les années Reagan dans toute leur splendeur, vues sans aucun recul critique. Mais comme Sylvester STALLONE garde certains aspects du film original (quelques hits des The BEE GEES qui constituent la meilleure partie du film, quelques plans documentaires sur New-York), on ressent parfois la dissonance entre une musique qui invite à se lâcher et une esthétique qui à l'inverse prône la discipline et le contrôle de soi (c'est tout le sens de la séquence finale).

Voir les commentaires

Sweet Charity

Publié le par Rosalie210

Bob Fosse (1969)

Sweet Charity

Un sacré dépoussiérage de la comédie musicale américaine avec cette transposition de "Les Nuits de Cabiria" (1957) à New-York, pas complètement aboutie mais franchement prometteuse. L'abattage de Shirley MacLAINE (certes dans un énième rôle de pute au grand coeur) est impressionnant et les numéros musicaux sont étonnants et novateurs. Il faut dire que c'est le premier film de Bob FOSSE dont on sent déjà le caractère iconoclaste qui fera merveille trois ans plus tard dans son chef-d'oeuvre, "Cabaret" (1972). Il organise une sorte de festival pop un peu foutraque autour de son héroïne, véritable coeur d'artichaud, "amoureuse de l'amour" dont la spécialité est de "se faire des films" avec des amants qui la jettent, parfois littéralement, après lui avoir brisé le coeur et parfois vidé son porte-monnaie. Tellement d'ailleurs qu'elle finit par rencontrer et passer une nuit avec un véritable acteur de cinéma, italien de surcroît, clin d'oeil évident aux origines de l'histoire! Bob FOSSE jongle avec les références comme "West Side Story" (1960) ou "Elle et lui" (1957) et brasse les styles dont un passage franchement psychédélique avec Sammy DAVIS Jr. en gourou hippie, un autre de style égyptien ou encore "The Big Spender" et sa chorégraphie presque robotique (en 1969!) où les entraîneuses ressemblent à des mannequins en vitrine. Le principal point faible du film réside dans l'aspect falot des prétendants et en particulier d'Oscar qu'on se coltine durant la moitié du film au moins. Cela entraîne forcément des longueurs tant on a l'impression que la pauvre Charity s'épuise contre un mur. Autre problème, de structure cette fois, le film contient des pépites mais sans véritable cohérence d'autant qu'il est découpé selon un format théâtral rigide et un peu désuet.

Voir les commentaires

Avec le sourire

Publié le par Rosalie210

Maurice Tourneur (1936)

Avec le sourire

J'ai rarement vu un film célébrant l'arrivisme le plus immoral aussi joyeux et aussi charmant. Entre les mains des deux Maurice (Maurice TOURNEUR et Maurice CHEVALIER), l'espionnage, la délation, le mensonge, le chantage, le coup monté, l'opportunisme, la trahison sont des talents qui permettent de se hisser au sommet de la société là où l'honnêteté devient profondément rébarbative et ennuyeuse. Je me dis que leur carrière aux USA n'y est sans doute pas pour rien. Le premier plan qui montre Victor en va-nu-pieds marchant sur la route vers nous fait fortement penser au Vagabond de Charles CHAPLIN. Mais la comparaison s'arrête là. Victor trouve rapidement son alter ego féminin en la personne de Gisèle (Marie GLORY) aussi arriviste et dénuée de scrupules que lui mais qui n'a pas son envergure ce qui ralentit un peu un film mené sinon tambour battant. En revanche Victor est un redoutable séducteur à qui rien ne résiste, l'archétype du roublard magouilleur plein d'ingéniosité parti de rien (il ne sait même pas écrire!) et qui termine dans la fonction prestigieuse de directeur d'Opéra. On rit beaucoup devant les situations vaudevillesques exploitées par Victor pour s'élever et le talent de Maurice CHEVALIER fait le reste. La séquence où il chante "Le chapeau de Zozo" sur quatre tons différents pour expliquer à Gisèle comment plaire à tous les publics est brillante car il y expose le secret de son succès et par là même, la manière dont la société fonctionne. A savoir un talent pour décoder les attentes d'autrui et s'en servir, ce que l'on appelle l'empathie cognitive. Bref, c'est une vraie leçon de marketing appliqué au milieu artistique, la séduction étant utilisée comme un levier de pouvoir plus efficace que le talent brut ou la recherche de vérité artistique. Maurice CHEVALIER qui avait su "vendre" une image du français irrésistible aux yeux des étrangers (comme le montre la géniale séquence de "Monnaie de singe" (1931) dans laquelle les frères Marx tentent de se faire passer pour lui afin de débarquer aux USA) savait de quoi il parlait et cette leçon de réussite, cynique mais réaliste reste tout aussi valable aujourd'hui.

Voir les commentaires

La vie secrète de Walter Mitty (The Secret Life of Walter Mitty)

Publié le par Rosalie210

Norman Z. McLeod (1946)

La vie secrète de Walter Mitty (The Secret Life of Walter Mitty)

"La vie secrète de Walter Mitty" est l'avant-dernier des quatre films qu'ont tourné Danny KAYE et Virginia MAYO alors sous contrat exclusif avec la MGM. C'est Samuel GOLDWYN qui a formé leur duo avec une optique d'efficacité qui s'est arrivée payante. Tous ont été des succès au box-office et "La vie secrète de Walter Mitty" est devenu leur film le plus célèbre faisant d'eux d'énormes stars d'Hollywood. Mais force est de constater qu'ils n'ont pas passé l'épreuve du temps et sont aujourd'hui largement oubliés, contrairement aux frères Marx par exemple qui ont été dirigés à plusieurs reprises par le même réalisateur, Norman Z. McLEOD, spécialiste des films burlesques et surréalistes tournés en studio. Pour ma part, j'ai trouvé le film daté et longuet. La performance de Danny KAYE qui ressemble à un one man show (l'acteur venait du music-hall) est d'une réelle virtuosité mais aujourd'hui, ses grimaces et imitations d'accents fatiguent plus qu'elles ne font sourire car elles semblent non seulement exagérées mais gratuites. Pour résumer, il apparaît aujourd'hui comme un cabotin hystérique et grotesque qui ne sert en aucune façon le scénario. Quant à Virginia MAYO, elle peine à dépasser le statut de pin-up sophistiquée. L'ensemble apparaît trop souvent forcé et artificiel. Les rêves de Walter Mitty où il fait la roue devant une belle demoiselle se pâmant d'admiration devant lui apparaissent ridicules et cassent le rythme, surtout quand ils sont musicaux. Bref "La vie secrète de Walter Mitty" est typiquement basé sur une recette de studio qui aujourd'hui est complètement démodée.

Voir les commentaires

Si bémol et fa dièse (A Song is Born)

Publié le par Rosalie210

Howard Hawks (1947)

Si bémol et fa dièse (A Song is Born)

Un auto-remake dont je ne connaissais pas l'existence, contrairement aux deux versions de "L'Homme qui en savait trop" de Alfred HITCHCOCK, de "Elle et lui" de Leo McCAREY ou encore de "Grande Dame d'un jour"/"Milliardaire d'un jour" de Frank CAPRA. "Si bemol et fa dièse" est en effet la copie conforme plan par plan de "Boule de feu" (1941) réalisé seulement cinq ans auparavant par Howard HAWKS. Mais cette version est le premier film en couleurs du réalisateur et il faut souligner que la photographie de Gregg TOLAND est vraiment superbe, faisant particulièrement bien ressortir le rouge pétard dont se pare l'héroïne ou le jaune des vitraux de la pension. Si les acteurs* n'ont ni le charme, ni le peps du duo original composé de Gary COOPER et de Barbara STANWYCK, le vrai plus de ce remake, c'est son caractère musical avec de grands noms du jazz dans leurs propres rôles tels que Louis ARMSTRONG, Charlie BARNET ou Lionel HAMPTON. Le linguiste du premier film est en effet devenu musicologue mais il s'agit toujours d'un grand dadais naïf dont l'érudition est inversement proportionnelle à son expérience de la vie. Entouré par des pairs plus âgés, ils accueillent sans le savoir un loup dans leur bergerie sous les traits d'une chanteuse de cabaret qui recherchée par la police en raison de sa relation avec un gangster a trouvé chez eux une planque idéale. Il n'en reste pas moins qu'en dépit de ses couleurs chatoyantes et de ses numéros musicaux, le film manque de rythme et devient même franchement poussif sur la fin, ne parvenant pas à faire oublier l'original.

*Le dernier des quatre films tournés entre 1945 et 1948 par Danny KAYE et Virginia MAYO, un duo d'acteurs créé par le producteur Samuel GOLDWYN et qui était bien évidemment sous contrat exclusif avec la MGM.

Voir les commentaires

La mélodie du bonheur (The Sound of Music)

Publié le par Rosalie210

Robert Wise (1965)

La mélodie du bonheur (The Sound of Music)

Ce film est tout simplement magnifique! Oubliez les critiques français pisse-froid qui font la fine bouche devant une comédie musicale qu'ils jugent trop sucrée à leur goût. Il existe aujourd'hui beaucoup d'oeuvres du genre qui ont mal vieilli. Et si la présence de Robert WISE à la réalisation et de Julie ANDREWS dans le rôle principal est pour une bonne part dans la réussite du film, elle ne suffit pas à expliquer sa mégie intacte alors que "Star !" (1968) avec les mêmes aux commandes n'a pas passé l'épreuve du temps. La différence est dans le scénario, dans les mouvements de caméra, dans la photographie. Là où "Star !" sent la naphtaline et le carton-pâte sans parler d'une héroïne aussi exaltante qu'un poireau, "La mélodie du bonheur" est une oeuvre cinématographique qui nous emporte dès les premières images dans un tourbillon de liberté avec le célèbre plan aérien survolant les montagnes autrichiennes dans lequel Maria à l'unisson tournoie sur elle-même dans un pré! Cette introduction suffit à la définir et on n'est guère surpris d'apprendre que les nonnes du couvent où elle effectue son noviciat s'interrogent sur la pertinence de sa vocation. La mère supérieure particulièrement perspicace et connaissant grâce à "Mary Poppins" (1964) les talents cachés de Julie ANDREWS décide donc de l'envoyer s'occuper des sept nains, euh non, enfants de la famille von Trapp ^^. Pas de surnaturel au programme mais le même charme, la même spontanéité et la musique pour magie qui fait au rigide (en apparence) veuf joué par Christopher PLUMMER le même effet enchanteur que la "Ratatouille" (2007) sur Anton Ego (ou le piano sur Gerd Wiesler dans "La Vie des autres") (2006).

Comme tout conte réussi, "La mélodie du bonheur" n'est pas exempte de cruauté. Il y a d'abord une marâtre en la personne de la baronne (Eleanor PARKER) qui voit à juste titre une rivale en Maria et se dresse un temps entre elle et le reste de la famille, même si son rôle est un peu trop vite évacué. Il y a surtout le vent mauvais de l'Histoire et les conséquences de l'Anschluss. Au nom des mêmes principes que le personnage du fabuleux "Une vie cachee" (2019) auquel j'ai beaucoup pensé par son contraste Paradis/Enfer, von Trapp choisit le bannissement du jardin d'Eden (son manoir avec le jardin et le lac nocturne enchanteur qui fait penser à "L'Annee derniere a Marienbad") (1961) alors que lui et sa famille deviennent des fugitifs traqués. Le couvent revient alors dans le jeu en tant que refuge et ange gardien ce qui n'enlève rien au suspense insoutenable de la scène funèbre du cimetière passé au peigne fin par les nazis entre ombre et lumière.

Voir les commentaires

La vie de Chuck (The Life of Chuck)

Publié le par Rosalie210

Mike Flanagan (2025)

La vie de Chuck (The Life of Chuck)

A force de tomber sur des avis radicalement divergents sur "La vie de Chuck" je me suis décidée à me faire une opinion par moi-même. Je suis restée sur ma faim, trop de choses plombent le film à mes yeux: voix-off omniprésente et pontifiante, pathos (fallait-il une telle accumulation d'accidents, de maladies, de suicides autour du héros?), naïveté du propos et complications scénaristiques inutiles avec sa structure en trois chapitres à rebours du récit qui casse le rythme. Le résultat est un assemblage de fragments inégaux qui en dépit d'éléments récurrents censés les relier m'a paru artificiel et bancal. La dimension métaphysique est assénée sans subtilité, à l'opposé de ce qu'avait réussi à faire Stanley KUBRICK avec une autre oeuvre de Stephen King. Tout ce dispositif m'a tenu à distance d'un personnage trop lisse pour emporter une adhésion qui aurait été nécessaire afin de s'approcher du conte philosophico-fantastique à la Frank CAPRA vers lequel lorgne le film. Le seul moment qui m'a paru fonctionner à la manière d'un alignement de planètes, c'est la scène de danse du deuxième fragment. Alors là oui, on croit que l'instant peut durer une éternité, que Chuck possède une sorte de grâce, qu'il est connecté aux étoiles. Mais la troisième partie apporte une réponse décevante, convenue, sans mystère voire infantile à des questionnements autrement mieux traités dans d'autres films (que "Life of Chuck" y fasse référence comme "Billy Elliot" (2000), "Retour vers le futur" (1985) ou "Forrest Gump" (1994) ou non comme "Melancholia") (2011). Au final, le film ressemble à la montagne qui accouche d'une souris. Il prétend nous expliquer la vie et le monde mais au final il tombe dans l'insignifiance.

Voir les commentaires

Star !

Publié le par Rosalie210

Robert Wise (1968)

Star !

"Star !" est la deuxième comédie musicale réalisée par Robert WISE mettant en scène Julie ANDREWS, trois ans après l'énorme succès de "La Melodie du bonheur" (1965). Mais "Star !" fut un échec retentissant. Cette énorme superproduction de la Fox de près de 3 heures destinée à en mettre plein la vue et les oreilles et dont les codes ne semblaient pas avoir beaucoup évolué depuis "Le Magicien d'Oz" (1938) n'était plus en phase avec l'époque, celle de la contre-culture et des premiers films du nouvel Hollywood. A côté "West Side Story" (1960) apparaissait comme un summum de modernité! Outre son côté désuet, "Star !" souffre d'un autre handicap: celui d'être la success story d'une star du music-hall inconnue chez nous, Gertrude Lawrence que Robert WISE n'a pas voulu idéaliser, c'est tout à son honneur mais dont on ne retient au final pas grand-chose si ce n'est son ego surdimensionné. On ne compatit guère à ses petits malheurs tant la dame surjoue en permanence la diva. Seule son amitié indéfectible avec le dramaturge Noël Coward (Daniel MASSEY) lui donne un peu d'humanité mais celui-ci est dépouillé de toute identité propre à cause du puritanisme des studios visant un public familial.

Il n'en reste pas moins que le film offre un spectacle total d'un grand professionnalisme. L'abattage de Julie ANDREWS, artiste complète qui est de tous les plans et se donne sans compter ne peut qu'être saluée. Les premiers pas de son personnage dans le music-hall anglais constitue la meilleure part du film car tous les numéros musicaux, légèrement miteux y sont parasités par une folie burlesque réjouissante (lancers de tomates, destruction du décor, chutes inopinées...) alors que ceux de Broadway sont certes somptueux mais beaucoup plus kitsch et convenus. La reconstitution d'époque est soignée et l'idée de Robert WISE d'alterner entre des images d'actualités d'époque en noir et blanc et format 1 33 et du grand spectacle en couleur et format large est maline, compensant en partie le fait qu'en 30 ans, Gertrude ne vieillit pas d'un iota (elle change juste de coiffure et de style vestimentaire). Enfin, comme dans "Mary Poppins" (1964), Julie ANDREWS brille particulièrement lorsqu'elle est en duo. Blake EDWARDS qui donnera un second souffle à sa carrière saura s'en souvenir pour "Victor Victoria" (1982). Sauf qu'en 1968, Blake EDWARDS avait déjà fait exploser le décor et entrer le mouvement hippie dans "La Party" (1968), donc plus question de passer sous silence l'homosexualité du partenaire dont il fait un pilier de son joyau musical et burlesque.

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 > >>