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Articles avec #film de guerre tag

Le joueur d'échecs (Schachnovelle)

Publié le par Rosalie210

Philipp Stölzl (2021)

Le joueur d'échecs (Schachnovelle)

"Le joueur d'échecs" est l'une des plus célèbres nouvelles écrite par Stefan Zweig. C'est aussi l'une de ses dernières oeuvres, écrite quelques mois avant son suicide à Petropolis au Brésil. Ce contexte se reflète dans le livre qui évoque la résistance d'un homme à la torture psychologique exercée sur lui par la gestapo. Enfermé dans un isolement total dans un dénuement absolu, sans personne à qui parler ni aucune notion du temps (conditions proches de celles vécues par Edmond Dantès dans "Le Comte de Monte-Cristo"), Monsieur B. échappe de justesse à la folie grâce à un manuel d'échecs qu'il réussit à voler et qui lui permet de remplir son esprit. Néanmoins il ressort profondément marqué de cette expérience traumatique.

Le film de Philipp STOLZL s'éloigne sensiblement du livre en ce qu'il créé un labyrinthe mental dans lequel le spectateur ne sait plus dans quelle dimension il se trouve. Les frontières entre rêve et réalité sont tellement brouillées que le voyage en bateau semble n'être qu'une hallucination de Joseph Bartok (le monsieur B. du livre). De même, on doute de plus en plus de l'existence de sa femme (personnage ajouté dans le film). Elle apparaît avec lui sur le bateau puis au cours du récit on découvre que Bartok est monté seul à bord. Elle réapparaît finalement à la fin sous les traits de l'infirmière d'un asile dans lequel Bartok est enfermé, suggérant qu'il n'a jamais pris de bateau pour New-York mais qu'il n'a quitté un enfermement que pour rentrer dans un autre. Rétrospectivement, il paraît logique que sa femme soit une hallucination car elle n'a pas changé d'un iota entre les scènes se situant avant l'Anschluss et celles du bateau alors que Bartok n'est plus le même homme. Et ce n'est pas une question de présence ou d'absence de moustache: l'homme est physiquement et psychiquement détruit par ce qui est décrit comme un interminable calvaire où la maltraitance physique et psychique ne cesse de s'accentuer. De ce point de vue, le film est très efficace mais en ajoutant le personnage de cette femme dont le souvenir hante Bartok et en minorant le rôle des échecs dans sa résistance, il donne au récit une tournure et un final plus convenu, sentimental voire mélodramatique là où le récit d'origine repoussait les limites des capacités de résilience de l'homme jusqu'à le dépouiller de son humanité. Une réflexion philosophique sur la destruction de la civilisation humaniste européenne là où le film en reste à une simple tragédie individuelle.

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Une enfance allemande - Ile d'Amrum, 1945 (Amrum)

Publié le par Rosalie210

Fatih Akin (2025)

Une enfance allemande - Ile d'Amrum, 1945 (Amrum)

Une oeuvre inhabituelle dans la filmographie de Fatih AKIN par son minimalisme ainsi que par le choix de filmer à hauteur d'enfant. Cela s'explique par le fait qu'il s'agit d'un hommage à un ami, le cinéaste et acteur Hark BOHM que l'on voit d'ailleurs apparaître dans les toutes dernières images du film. Hark BOHM avait écrit ses souvenirs d'enfance mais il était trop faible pour réaliser lui-même le film (il est décédé en novembre 2025).

"Une enfance allemande" raconte le basculement du monde de Nanning, 12 ans, fils d'un officier de la wehrmacht prisonnier des anglais qui s'est réfugié avec sa mère, sa tante et ses petits frères et soeurs dans leur maison de vacances sur l'île allemande d'Amrum en mer du Nord pour fuir les bombardements. Un basculement lié au choix de situer l'histoire dans les tous derniers jours de la guerre, entre le suicide d'Hitler et la capitulation de l'Allemagne. Ces événements se répercutent sur sa famille qui passe d'un statut privilégié au rejet de la part des autochtones de l'île dont beaucoup d'habitants ont des liens avec les USA. Nanning apprend que bien qu'originaire de Hambourg, ses racines sont à Amrum et qu'il a un oncle réfugié à New-York mais cet oncle qui était fiancé à une juive a été renié et trahi par ses parents, nazis convaincus. L'ironie de l'histoire est que cet oncle aurait été bien utile pour les aider quand l'île n'accepte plus que les dollars. De façon plus générale, l'endoctrinement de la mère qui s'accroche avec ferveur au III° Reich au point de dénoncer la main qui les nourrit, une fermière (jouée par Diane KRUGER) trop heureuse, à l'image de la majeure partie des habitants de l'île de voir la guerre finir se retourne cruellement contre eux à la fin.

Peut-être que si le film est si placide, c'est parce que Nanning est dépeint comme le gentil garçon qui veut faire plaisir à tout le monde: à sa mère en lui offrant du pain blanc avec du beurre et du miel, à son oncle nazi pour lequel il remet son uniforme des jeunesses hitlériennes, à Tessa la fermière, à son grand-père Arjan, aux réfugiés allemands venus de Pologne qui pourtant ne lui font pas de cadeau* et même à son oncle Theo qu'il voit en rêve mais qui lui dit que même s'il n'a rien fait, il lui rappelle trop le souvenir de ses parents pour qu'un réparation soit possible. Le récit aurait été sans doute plus dur avec un enfant endoctriné se retournant contre ses parents coupables d'avoir été vaincus mais ce n'est pas l'histoire de Hark BOHM qui fort heureusement pour lui a conservé son intégrité morale. Cependant Fatih AKIN ne parvient pas tout à fait à traduire la souffrance de celui qui comprend qu'il n'est pas accepté ou rejeté pour ce qu'il est mais pour ce qu'il représente et que la guerre continue son oeuvre de destruction bien après l'arrêt des combats. Il n'en reste pas moins que cette chronique d'enfance ancre la grande histoire dans une réalité géographique originale et une sociologie complexe, aux antipodes de l'utopie nazie ayant tenté de faire croire à l'existence d'une société allemande (aryenne) unifiée et soudée.

* L'Allemagne de 1945 est dépeinte comme fracturée. Les pénuries de produits de première nécessité entraînent des rivalités entre les iliens et les continentaux et entre les réfugiés selon leurs origines géographiques et sociales.

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L'homme voilé

Publié le par Rosalie210

Maroun Bagdadi (1987)

L'homme voilé

"L'Homme voilé" de Maroun BAGDADI est un film méconnu réalisé dans le contexte de la guerre du Liban et qui montre les répercussions de ce conflit jusqu'au coeur de Paris. Le personnage joué par Bernard GIRAUDEAU, ancien médecin humanitaire ayant fini par prendre les armes a importé le conflit en rentrant à Paris puisqu'il traque le responsable d'un massacre de civils dont il a été le témoin. Problème: celui-ci est l'amant de sa fille, Claire (Laure MARSAC) qu'il utilise comme bouclier à moins que ce ne soit Claire qui espère se rapprocher de son père en devenant la maîtresse de Kamal (Michel ALBERTINI). A ce trio vient s'ajouter le commanditaire du meurtre, Kassar (Michel PICCOLI), un rescapé du massacre réfugié à Paris qui fomente sa vengeance contre Kamal d'une manière presque aussi sophistiquée et méthodique que le comte de Monte-Cristo.

"L'Homme voilé" est ainsi un film qui à l'image de "Incendies" (2010) ou de "Taxi Driver" (1976) montre les protagonistes d'un conflit hantés par un passé qui les empêche de vivre et continue à les poursuivre dans le présent. Bernard GIRAUDEAU, à fleur de peau, est habité par son rôle de grand traumatisé qui semble avoir des années de sommeil à rattraper. Ce n'est pas le seul point commun avec le film de Martin SCORSESE, le film baigne dans une atmosphère nocturne et le caractère sanglant et toujours actif du conflit est suggéré par le choix de situer le repaire de Kamal et de sa bande dans le hangar d'un abattoir, au milieu des carcasses d'animaux. Le reste du temps, ils naviguent dans d'autres lieux communautaires que la musique de Gabriel YARED contribue également à rendre dépaysants.

Cependant, le film souffre de plusieurs gros défauts. Les dialogues sont très ampoulés et la direction d'acteurs laisse à désirer ce qui se remarque surtout au niveau des deux jeunes actrices, Laure MARSAC et Sandrine DUMAS qui semblent réciter leur texte et manifestent une certaine raideur corporelle. Plus généralement, leurs personnages d'ados parisiennes bourgeoises qui semblent se mouvoir sans difficulté dans le milieu communautaire libanais sonnent complètement faux. D'ailleurs ces deux lycéennes sont outrageusement sexualisées, le tout dans un lourd climat incestuel: Claire nue devant son père puis maîtresse de l'homme qu'il traque ce que ne manque pas d'exploiter Kassar puis Julie qui vient se donner au père de sa copine. Ca fleure bon l'époque des "nymphettes" chères à Bernard Pivot, celle où personne ne s'offusquait que Gabriel Matzneff recrute ses maîtresses à la sortie du collège. Enfin le point de vue sur la guerre du Liban est partial. Les rescapés du massacre proviennent d'un milieu bourgeois et appartiennent tous à la communauté chrétienne alors que les musulmans sont les grands méchants tueurs d'enfants. J'ai alors repensé avec nostalgie à l'intelligence d'un film comme "Les Aventures de Rabbi Jacob" (1973) où tout le monde en prenait pour son grade, les clichés attribués à chaque communauté étant tournés en dérision comme ceux que Victor Pivert attribue aux arabes sans savoir qu'il a leur chef au bout du fil, celui-ci lui répondant avec ironie: "une vraie tête d'assassin!"

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Vera Cruz

Publié le par Rosalie210

Robert Aldrich (1954)

Vera Cruz

Jeu de dupes autour d'un trésor que tout le monde veut s'approprier, "Vera Cruz" est un western novateur qui se situe à la jonction du western classique et du western déconstruit des années 60 en Europe et 70 aux USA. On peut s'amuser par exemple à relever tout ce que les films de Sergio LEONE ont emprunté à celui de Robert ALDRICH: des acteurs typés comme Jack ELAM ou Charles BRONSON qui joue déjà de l'harmonica mais aussi la révolution mexicaine en toile de fond, un regard nihiliste sur l'humanité et un ton mi-goguenard, mi-cynique n'épargnant rien ni personne et surtout pas les dirigeants sur les costumes desquels on s'essuie désormais les doigts. Le western classique s'incarne principalement dans le personnage joué par Gary COOPER qui va aussi loin qu'il lui était possible d'aller sans se renier. Alors il joue un mercenaire certes qui s'acoquine avec les pires fripouilles et court après le fric mais qui conserve sa dignité et une certaine fidélité à un code d'honneur pourtant disparu dans les gravats de la guerre de Sécession que son camp a perdu. A l'inverse de ce chevalier blanc mais sans le sou, Burt LANCASTER donne l'impression de se lâcher dans son rôle de chef de bande cradingue physiquement et moralement mais dont le sourire carnassier inimitable et les prouesses physiques éblouissent. Les deux hommes que tout oppose hormis leurs talents de tireur et leur besoin d'argent s'associent et se défient pour convoyer un chargement d'or à bon port, non sans arrière-pensées alors que les alliances autour de ce chargement ne cessent de se faire et de se défaire. Un chaos anarchisant qui tire ce western vers le film d'aventures puis vers le film de guerre notamment lors d'une séquence finale mémorable où finalement la cause mexicaine l'emporte et le "bon, sur le "truand".

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Josey Wales, hors-la-loi (The Outlaw : Josey Wales)

Publié le par Rosalie210

Clint Eastwood (1976)

Josey Wales, hors-la-loi (The Outlaw : Josey Wales)

Un western magistral qui aurait dû adouber dès ce cinquième film Clint EASTWOOD comme un grand cinéaste si les préjugés de l'époque n'avaient pas aveuglés les critiques. Il y a eu tout de même une célèbre exception, Orson WELLES, pas vraiment un manchot en matière de réalisation qui à juste titre a dit que Clint EASTWOOD était le cinéaste le plus sous-estimé du monde. Il n'a pas vu le temps lui faire justice. En attendant, "Josey Wales hors-la-loi" qui renoue avec brio avec le western classique alors moribond est une odyssée qui part de la pire déchirure qu'aient connus les USA à savoir la guerre de Sécession (dont on découvre à cette occasion les ramifications complexes et peu ragoûtantes) pour recoudre peu à peu le tissu national en y intégrant toutes ses composantes. Mais nul aspect ronflant ou démonstratif, ce travail de reconstruction s'effectue au travers du parcours d'un individu, Josey Wales qui à la suite du massacre de sa famille se transforme en un impitoyable vengeur insaisissable et quasi-invincible. Sauf que sur son parcours et plutôt malgré lui toute une galerie de personnages hauts en couleur viennent se greffer, qu'ils soient esseulés ou en mauvaise posture si bien que le solitaire farouche se retrouve à la tête d'une petite communauté qui le moment venu vient lui prêter main-forte: Josey Wales n'a plus à jouer les super-héros, il n'est plus seul et on pense alors à Howard HAWKS et à son formidable "Rio Bravo" (1959) sauf qu'il y a des femmes de tous âges et des indiens autour de lui, et même un chien pas rancunier, au vu des nombreux jets de chique qu'il se prend dans le museau (l'un des gimmicks qui rend Josey Wales inoubliable). On pense aussi à John FORD pour la beauté époustouflante des paysages traversés et pour la réflexion humaniste (sur la place des indiens notamment - eux aussi avec leurs traumatismes historiques - et la possibilité d'une réconciliation). Mais avec une touche seventies et personnelle que ce soit sur les cicatrices de la guerre du Vietnam (les politiques en prennent pour leur grade, les charlatans aussi) ou sur le statut des femmes qui ne jouent pas les utilités mais sont de véritables protagonistes.

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L'Aigle s'est envolé (The Eagle Has Landed)

Publié le par Rosalie210

John Sturges (1976)

L'Aigle s'est envolé (The Eagle Has Landed)

Des acteurs anglo-saxons jouent des nazis qui se font passer pour des parachutistes polonais, vous suivez? Il vaut mieux parce qu'en plus le commando kamikaze dirigé par le lieutenant-colonel Kurt Steiner (Michael CAINE) obéit au code d'honneur de la chevalerie et non à l'idéologie nazie. Concrètement, cela signifie qu'il fait passer la protection de la veuve et l'orphelin avant d'accomplir sa délicate mission, y compris quand ils sont juifs. Aucun ne semble être au courant en 1943 de "la solution finale" car le film qui date de 1976 et adapte un roman de 1975 épouse la théorie des gentils soldats de la Wehrmacht contre les méchants SS. Enfin, ils ne sont pas si gentils que ça puisque leur mission consiste tout de même à enlever voire assassiner Winston Churchill. C'est paraît-il tiré d'une histoire vraie et je ne doute pas que des tentatives aient eu lieu en ce sens pendant la guerre mais les circonstances semblent ici farfelues car cette poignée d'hommes en territoire ennemi n'a clairement pas les moyens de ses ambitions en dépit de quelques alliés eux aussi joués par des acteurs improbables (Donald SUTHERLAND en irlandais par exemple). On soulignera également la présence du futur "JR" de "Dallas" (1978) alias Larry HAGMAN avec son unité de cowboys dans le rôle d'un commandant peu efficace. Ceci étant, si on oublie ce scénario invraisemblable (pour ne pas dire grotesque) et ce micmac de nationalités, on passe plutôt un bon moment, le film est divertissant et le casting est étincelant. Dernière incongruité cependant pourquoi avoir traduit par "L'aigle s'est envolé" un titre en VO qui semble dire exactement le contraire?

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Lili Marleen

Publié le par Rosalie210

Rainer Werner Fassbinder (1981)

Lili Marleen

Ce que j'aime chez Rainer Werner FASSBINDER, c'est qu'il n'a pas de réponse toute faite à donner à propos des sujets délicats qu'il aborde dans ses films. Comme dans "Le Mariage de Maria Braun" (1979), "Lili Marleen" qui se déroule juste avant puis pendant la seconde guerre mondiale et s'inspire d'une histoire vraie est rempli d'ambivalences, à commencer par la chanson-titre. Les nazis ne savent d'ailleurs pas comment l'appréhender: tantôt ils tentent de se l'approprier à la gloire du régime, tantôt de l'interdire, effrayés par sa tonalité mélancolique et une puissance d'évocation sur les soldats qui les dépasse puisqu'elle touche tous les camps de par son universalité. Puissance que Rainer Werner FASSBINDER suggère à l'aide de gros plans fixes et hiératiques sur des visages de jeunes militaires absorbés par l'écoute de la chanson. Des plans qui m'ont rappelé la séquence finale de "Les Sentiers de la gloire" (1957) qui montrait également comment la musique adoucissait les moeurs et faisait communier les ennemis. La chanson est finalement à l'image de son interprète, une petite chanteuse de cabaret qui fait penser bien évidemment à Marlene DIETRICH d'autant qu'elle finit par en porter les habits androgynes incarnée par l'égérie de Rainer Werner FASSBINDER, Hanna SCHYGULLA. Utilisant une fois de plus les codes du mélodrame à la Douglas SIRK tout en étant y distillant une subtile distanciation ironique Rainer Werner FASSBINDER fait de son héroïne le jouet de décisions sur lesquelles elle n'a pas de prise. Ballotée d'un camp à l'autre, entre le riche père de son amant juif, un avocat suisse membre d'un réseau de résistance qui la rejette et un haut dignitaire nazi qui lui fait des avances, Willie se retrouve tiraillée entre une passion amoureuse interdite et les avantages que lui procure son succès auprès du régime qui lui donnent une illusion de puissance. Pas étonnant qu'elle se plaigne de maux de tête et qu'elle soit tenté par le suicide. Robert, son amant en peu falot (Giancarlo GIANNINI) apparaît quant à lui certes également passionnément épris mais également totalement soumis à son père: pas plus que Willie il ne maîtrise son destin, dicté par l'endogamie patriarcale. Le thème mélodramatique de l'amour impossible devient ainsi le reflet de systèmes politiques et sociaux aliénants qui broient les individus.

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La chambre de Mariana

Publié le par Rosalie210

Emmanuel Finkiel (2025)

La chambre de Mariana

Ayant entendu de bonnes critiques au sujet de "La chambre de Mariana", je suis allée le voir. Mais je n'ai pas du tout adhéré au film tant sur la forme que sur le fond. Sur la forme, je l'ai trouvé beaucoup trop long pour ce qu'il raconte, un défaut contemporain qui entraîne un délayage du récit qui plus est, malheureusement prévisible et un manque patent de rythme. Les souvenirs et "hallucinations" de Hugo qui viennent de temps à autre interrompre la monotonie de son existence de reclus ne lui donnent pas d'élan pour autant. Sur le fond, si Melanie THIERRY porte en grande partie le film sur les épaules (son engagement est à peu près la seule chose que je sauverai), son jeune partenaire n'est pas à la hauteur. On ne ressent pas le passage du temps et les transformations physiques et psychologiques de Hugo durant les trois années cruciales durant lesquelles il est caché par Mariana dans des conditions plus que précaires et qui correspondent à son entrée dans l'adolescence dans des conditions terribles: le froid, la faim, la peur, les visions d'horreur dont il est le témoin et le climat d'hypersexualisation dans lequel il grandit auraient dû bouleverser son apparence. Même après être sorti de sa cachette, Hugo continue à subir passivement les événements. Son apathie créé une distance qui fait obstacle à l'émotion. Mais l'aspect du film qui m'a le plus posé problème, c'est le climat incestueux qui y règne. La situation scabreuse dès le départ s'y prêtait mais l'attitude équivoque de Mariana vis à vis de son protégé la renforce, nous menant jusqu'à une fin suggestive qui n'est pas interrogée, dont les conséquences sur l'avenir de Hugo ne sont pas montrées (contrairement par exemple à "Fish tank" (2009) qui fait preuve d'une hauteur de vue que celui-ci n'a pas). Bref, durant tout le film, j'ai oscillé entre ennui et malaise. Un peu plus d'esprit critique, de sensibilité et un meilleur casting n'auraient pas fait de mal.

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Un film parlé (Um filme falado)

Publié le par Rosalie210

Manoel de Oliveira (2002)

Un film parlé (Um filme falado)

"Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.

Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d’empires coulés à pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins ; descendus au fond inexplorable des siècles avec leurs dieux et leurs lois, leurs académies et leurs sciences pures et appliquées, avec leurs grammaires, leurs dictionnaires, leurs classiques, leurs romantiques et leurs symbolistes, leurs critiques et les critiques de leurs critiques (...)

Élam, Ninive, Babylone étaient de beaux noms vagues, et la ruine totale de ces mondes avait aussi peu de signification pour nous que leur existence même. Mais France, Angleterre, Russie... ce seraient aussi de beaux noms. Lusitania aussi est un beau nom. Et nous voyons maintenant que l’abîme de l’histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu’une civilisation a la même fragilité qu’une vie."

Cet extrait de "La crise de l'esprit" de Paul Valéry, publié peu après la fin de la première guerre mondiale semble avoir été la base du film de Manoel de OLIVEIRA mais appliqué au contexte post 11 septembre qui marque l'entrée dans le XXI° siècle.

L'histoire pourtant dégage dans sa première partie un parfum anachronique. Elle se déroule à bord d'un paquebot de croisière reliant le Portugal à l'Inde via le canal de Suez, cette route des Indes si stratégique pour les puissances européennes jusqu'à leur déclin après la seconde guerre mondiale. A chaque escale, une professeure d'histoire, Rosa Maria (Leonor SILVEIRA) joue les guides culturels pour sa petite fille de huit ans, Maria Joana (Filipa de ALMEIDA) sur les sites les plus prestigieux des civilisations disparues ayant façonné la culture occidentale (Pompei, Acropole d'Athènes, Sainte-Sophie à Istanbul, pyramides égyptiennes). Le film ayant ayant plus de vingt ans, certaines des informations délivrées ne sont plus d'actualité comme celles sur Sainte-Sophie transformée de nouveau en mosquée par Erdogan après avoir été un musée sous Atatürk. Mais surtout, l'arrivée au Moyen-Orient marque une rupture dans le récit, jusqu'alors composé de séquences en extérieur sur les sites visités séparées par un plan de la partie avant du bateau fendant les flots. Celui-ci s'invite à la table du capitaine (joué par John MALKOVICH) à l'intérieur de la salle à manger du navire. Autour de lui, trois femmes présentées comme des stars et qui le sont effectivement, même si elles interprètent des personnages fictifs: Catherine DENEUVE, Stefania SANDRELLI et Irene PAPAS. Chacun parle sa langue (français, anglais, italien, grec ainsi que le portugais quand Rosa Maria et Maria Joana se joignent à eux sans parler du capitaine qui est d'origine polonaise) mais est parfaitement compris des autres. Le bateau devient donc une métaphore de l'Union européenne comme nouvelle tour de Babel. Sauf qu'elle se résume à un club de riches coupés de l'environnement qu'elle traverse, pour son plus grand malheur. Cette tour s'avère être en effet le Titanic qui tel un funeste présage, annonçait la première guerre mondiale.

Et c'est encore à ce passé que l'on pense devant le regard incrédule et horrifié du capitaine fixé sur la catastrophe en hors-champ jusqu'au bout du générique de fin, notamment aux propos de Stefan Zweig dans "Le Monde d'hier, souvenirs d'un européen", " Il m’a fallu être le témoin impuissant et sans défense de cet inimaginable retour de l’humanité à un état de barbarie qu’on croyait depuis longtemps oublié, avec ses dogmes et son programme anti-humains consciemment élaborés."

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Lawrence d'Arabie (Lawrence of Arabia)

Publié le par Rosalie210

David Lean (1962)

Lawrence d'Arabie (Lawrence of Arabia)

Longtemps, la figure de Lawrence d'Arabie m'a renvoyée à la chanson d'Annabelle (Mouloudji) "Fuis, Lawrence d'Arabie" dont j'avais acheté le 45 tours à sa sortie en 1987. Rien à voir avec le film de David LEAN daté de 1962 bien qu'en le regardant, j'ai tout de suite reconnu la musique de Maurice JARRE parce qu'elle est très célèbre et donc souvent jouée. Deuxième enseignement, j'ai compris d'où venait la notoriété de Peter O'TOOLE que je n'avais vu jusque là que dans des rôles oubliables. Troisième intérêt, j'ignorais que c'était grâce à "Lawrence d'Arabie" que Omar SHARIF était devenu une vedette internationale, lui que j'ai toujours associé à "Le Docteur Jivago" (1965) du même David LEAN vu quand j'étais très jeune. Bref, "Lawrence d'Arabie" est un jalon incontournable de l'histoire du cinéma, un de ces films qui impose sa marque en aval, jusqu'à l'épisode IV de Star Wars qui lui doit à mon avis autant qu'à l'oeuvre de Akira KUROSAWA. Comme on dit, il y a eu un avant et un après. Et comme dirait Luc Lagier, ce n'est pas Alec GUINNESS qui me contredirait, je dirais même que le prince Fayçal a été son passeport pour Obi Wan Kenobi.

David LEAN était particulièrement doué pour articuler des portraits d'individualités complexes à de vastes fresques historiques au souffle épique. C'est exactement ce qu'est "Lawrence d'Arabie" qui fonctionne en permanence sur ces deux échelles qui se complètent harmonieusement: Lawrence et l'Arabie. Basé sur le livre autobiographique de T.E Lawrence "Les Sept Piliers de la sagesse", il raconte le rêve fou de cet officier de liaison de l'armée britannique chargé d'encourager les arabes du Moyen-Orient à se soulever contre l'Empire Ottoman pendant la première guerre mondiale en leur promettant un Etat arabe unifié. Un idéalisme voué à l'échec face à l'occupation franco-britannique et au partage de la région en zones d'influence par les accords Sykes-Picot (évoqués dans le film contrairement à la déclaration Balfour, autre promesse britannique faite cette fois au peuple juif, avec les conséquences que l'on sait). Bien que les hommes filmés par David LEAN paraissent tout petits dans l'immensité du désert majestueusement filmé, jamais on ne perd de vue le protagoniste principal et ses mystérieuses motivations qui le conduisent à devenir l'un des leaders de la révolte arabe contre les turcs puis une sorte de nouveau Moïse conduisant les tribus vers la terre promise de l'unité arabe. Une esquisse de réponse est donnée dans les problèmes identitaires de T.E Lawrence, fils illégitime qui se choisit une autre famille, celle qui lui témoigne justement de la reconnaissance. Des problèmes identitaires qui finissent par tourner cependant à l'autodestruction. La scène très symbolique dans laquelle Lawrence abat l'homme qu'il a sauvé un peu plus tôt et qui lui a valu d'être reconnu par les arabes comme l'un des leurs en est l'illustration éclatante. De même que la folie meurtrière qui s'empare de lui après son arrestation par les turcs. Un moment trouble à connotation homoérotique SM qui m'a fait penser à "Furyo" (1983).

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