Victor comme tout le monde
Pascal Bonitzer (2026)
"Victor comme tout le monde" se prend les pieds dans le tapis dès son titre. Il prétend déconstruire le mythe de Victor Hugo tout en réaffirmant sans cesse la prédominance du grand homme. Par un effet miroir révélateur, le film repose sur Robert, un double contemporain de Victor Hugo qui ne cesse de citer son oeuvre à tout bout de champ et dont on voit de larges extraits de son spectacle théâtral consacré à l'écrivain. Cet ogre littéraire n'a aucun mal à dévorer les trois petits cochons interchangeables que sont les amies de la fille de Robert, définies seulement par leur couleur de cheveux (une brune, une blonde, une rousse). Certes, elles obtiennent leur propre espace scénique contrairement à l'effet de vampirisation incestueux insupportable d'un film comme "La Puritaine" (1986) de Jacques DOILLON mais cette autonomisation est en trompe-l'oeil puisque leur spectacle a pour sujet ou plutôt pour objet trois des femmes de l'écrivain, Adèle, Juliette et Léonie, elles-mêmes vues comme des muses interchangeables. Cette asymétrie du roi soleil autour duquel gravitent des satellites, même critiques (comme la fille de Robert ou la petite boulangère, elles non plus sans grande personnalité) se retrouve bien évidemment dans le choix des interprètes. Fabrice LUCHINI qui joue Robert est lui-même un ogre scénique qui accapare l'espace (comme on peut le voir sur l'affiche) face à de jeunes actrices réduites à écouter son interminable logorrhée. La différence d'âge créé une hiérarchie du savoir et de l'expérience qui n'a pas évolué d'un pouce depuis "La Puritaine" (1986). L'apport de Sophie FILLIERES n'apparaît que dans des détails, par exemple la vivacité de certaines remarques mais il échoue à déjouer le paternalisme d'ensemble.
Au final, le scénario du film apparaît comme une énième célébration de Victor Hugo (qui n'en a pas besoin) et de Fabrice LUCHINI (qui n'en a pas besoin non plus). Le reste s'avère ectoplasmique. Le sauvetage de Lisbeth de la noyade par son père en contraste avec l'échec de Victor Hugo à empêcher celle de Léopoldine est même d'un goût douteux. Rejouer cette histoire tragique dans une comédie sonne faux. Plus grave: non seulement l'archétype de la demoiselle en détresse est réactivé mais Robert réussit là où Victor Hugo a échoué, remplaçant une faille par où son génie a pu s'engouffrer en exercice d'ego boursouflé où le géant est gentrifié par l'entre-soi bourgeois.
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