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Vertige d'un soir/La Peur

Publié le par Rosalie210

Viktor Tourjansky (1936)

Vertige d'un soir/La Peur

"La Peur" également connu sous le titre "Vertige d'un soir" est une adaptation française de la nouvelle de Stefan Zweig 18 ans avant celle de Roberto Rossellini avec Ingrid Bergman. Viktor Tourjansky le réalisateur d'origine ukrainienne fait partie des nombreux cinéastes ayant fui la Russie pour la France après la Révolution d'octobre 1917. Sa version, scénarisée par Joseph Kessel offre une esthétique typique des années 30 qui n'est pas sans rappeler par sa sophistication et ses intérieurs art déco le raffinement d'un Ernst Lubitsch. Ce rapprochement avec le cinéma d'Hollywood concerne aussi les acteurs, en particulier Charles Vanel dans le rôle du mari avocat à qui je trouve dans ce film des airs de Spencer Tracy. En revanche, Suzy Prim qui joue les maître-chanteuses possède une gouaille typiquement parisienne qui s'oppose en tout points à la classe bourgeoise de Gaby Morlay dans le rôle de l'épouse adultère terrorisée.

Le film, fidèle au livre, dissèque l'usure du couple dont l'épouse paye au prix fort sa passade en s'enfonçant dans le mensonge. Elle ne parvient plus à se dépêtrer de son amant qui la poursuit de ses assiduités et de sa logorrhée sentimentale puis tombe sous la coupe de la prétendue petite amie de celui-ci qui se met à la faire chanter. Tiraillée entre la peur et la culpabilité, prise au piège de sa condition sociale, de ses devoirs conjugaux et familiaux, Irène perd pied dans une mécanique infernale qui fait penser quelques décennies plus tard à celle de "La Victime". La fin dévoile les ressorts cachés de l'emprise qu'elle a subi et donne le vertige.

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Mikado

Publié le par Rosalie210

Baya Kasmi (2025)

Mikado

"Mikado" est tellement bourré de qualités par rapport au tout-venant de la production cinématographique française qu'on lui pardonne aisément ses imperfections. Baya KASMI que j'ai découvert je pense comme la plupart en tant que scénariste sur "Le Nom des gens" (2010) réalisé par Michel LECLERC réussit une comédie dramatique adoptant un angle original et pertinent. Cet angle, c'est celui de l'enfance maltraitée si souvent négligée au cinéma. C'était déjà un thème sous-jacent dans "Le Nom des gens" (2010) qui expliquait les comportements des deux protagonistes principaux par les traumas de leur enfance. "Mikado" en fait son sujet principal en confrontant un adulte abîmé par son passé d'enfant placé à sa fille pré-adolescente à qui il a imposé une vie en marge de la société qu'elle ne supporte plus. Entre les deux, une médiatrice, la mère qui partage avec Mikado un passé difficile (quiconque a vu "Le Nom des gens" (2010) comprendra la signification du piano) et un mode de vie précaire mais qui s'avère bien moins asociale, plus réaliste, plus sensible aussi au sort de leurs enfants.

Autre qualité majeure du film, des acteurs excellemment dirigés. Je n'aime guère Felix MOATI mais force est de constater qu'il est convaincant dans le rôle-titre. Vimala PONS a enfin un rôle consistant à se mettre sous la dent tandis que Patience MUNCHENBACH est très émouvante dans le rôle de l'adolescente mal dans sa peau qui découvre à quel point elle est inadaptée à la vie sociale en ayant été coupée des autres jeunes de son âge. Mais l'acteur qui touche le plus est Ramzy BEDIA dans le rôle d'un veuf mélancolique, lui aussi aux prises avec une fille adolescente (Saul BENCHETRIT) qui abrite transitoirement la famille de Mikado dont le van est tombé en panne dans le jardin de son mas provençal. D'ailleurs la rencontre entre les deux familles est montrée de façon très juste comme un accident de la vie et s'accomplit non sans réticences tant le mode de vie sédentaire et quelque peu lugubre de Vincent contraste avec celui, nomade et désordonné de Mikado et Laetitia qui vivent et se comportent comme deux adolescents attardés. Cette question de la place dans la famille est centrale dans le film. Tant que Mikado et Laetitia refusent de la céder, ils empêchent leurs enfants de grandir et même d'exister. Nuage* dit à un moment donné qu'elle n'est jamais née. Cela va au-delà d'une question d'Etat civil, c'est un mode de non-existence où il faut se cacher en permanence des yeux du reste de la société. La fin du film, en miroir de celle du début montre que chacun occupe désormais la bonne place: l'enfant qui s'efface c'est désormais Mikado pour laisser Nuage enfin voler de ses propres ailes.

* Les prénoms des enfants, Nuage et Zéphyr font penser à ceux de la famille Phoenix car le film de Baya KASMI a d'évidents points communs avec celui de Sidney LUMET, "A bout de course" (1988). Mais il m'a fait penser aussi à "L'Enfant" (2005) des frères Dardenne tout en étant plus léger, plus féministe et plus proche du ressenti adolescent.

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Le Loup de Wall Street (The Wolf of Wall Street)

Publié le par Rosalie210

Martin Scorsese (2013)

Le Loup de Wall Street (The Wolf of Wall Street)

Il y a sept ans, j'ai reçu en cadeau un coffret de onze films de Martin SCORSESE. Et pourtant ce n'est qu'aujourd'hui que je regarde "Le Loup de Wall Street" (2013) et je n'ai pas encore vu les deux autres de la même eau qu'il a réalisé avant, "Les Affranchis" (1990) et "Casino" (1995). Ce n'est clairement pas ma came si j'ose dire, ce grand cirque hyperactif et hyper-testostéroné même si dans "Le Loup de Wall Street", l'addiction au fric, au sexe et aux drogues ne s'accompagne pas d'un bain de sang. On reste entre cols blancs aux mains bien sales quoique blanchies en Suisse (merci à notre acteur frenchie, Jean DUJARDIN).

L'immersion dans la fuite en avant complètement déjantée d'un escroc de la haute finance ne manque pas d'intérêt. Jordan Belfort représente une version dévoyée et grotesque de la réussite du self made man et Martin SCORSESE s'avère toujours aussi doué pour croquer le portrait de l'inconscient américain. La forme frénétique épouse le fond du personnage, un bonimenteur sans scrupules que ses capacités de persuasion mènent au sommet du succès avec tous ceux qui acceptent de le suivre dans son délire de toute-puissance sur fond de revanche sociale. Le portrait de cette Amérique-là est fort juste, on y trouve tout ce qui caractérise ses pires travers: l'individualisme exacerbé nourri de darwinisme social (derrière les histoires édifiantes de pauvres femmes sorties du ruisseau grâce à lui, la jouissance de pouvoir "entuber" les autres), le culte du dieu dollar (il faut voir avec quel mépris Jordan traite tous ceux qui ne croulent pas sous le fric), le mode de vie ostentatoire et vulgaire qui en résulte, l'inconscience des ravages causés par ses actes, les excès en tous genres qui rappellent notamment ceux du "Scarface" (1983) de Brian DE PALMA avec l'alcool coulant à flot sur les montagnes de coke et de cachets tandis que l'adrénaline accumulée est déchargée dans les orgies de sexe qui servent de substitut aux fusillades, les femmes, toutes vénales ou presque étant ravalées au rang d'objets sexuels interchangeables. Leonardo DiCAPRIO est phénoménal dans le rôle principal par son abattage avec quelques scènes d'anthologie comme celle du téléphone.

Néanmoins 3h d'un tel barnum, c'est trop. Au bout d'une heure on a bien compris à qui on avait affaire et la répétition ad nauseam de ce schéma nous mène à l'épuisement pour ne pas dire à l'écoeurement. Il y a un problème d'équilibre dans le film. Car certes, Martin SCORSESE nous ramène parfois dans le monde réel, au détour de quelques scènes qui sont de loin celles que j'ai trouvé les plus intéressantes: celle où Jordan avoue dans un rare moment d'introspection que le loup le dévore de l'intérieur, celle où il bat sa femme et tente d'embarquer de force sa petite fille complètement terrorisée, celle dans laquelle l'agent du FBI prend le métro et regarde (et la caméra avec lui) la misère qui l'environne, celle dans laquelle Jordan est condamné par la justice. Mais ces moments sont trop rares pour dissiper l'impression que le réalisateur s'est laissé happer dans le tourbillon de la fascination pour son personnage et qu'il a eu bien du mal à redescendre. Du loup au vampire il n'y a qu'un pas et Martin SCORSESE m'a paru un peu trop "mordu".

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24 heures de la vie d'une femme

Publié le par Rosalie210

Laurent Bouhnik (2003)

24 heures de la vie d'une femme

Film inégal en raison de sa construction bancale. Sans doute que Laurent BOUHNIK a pensé que la nouvelle de Stefan Zweig ne suffirait pas à remplir un long-métrage et que son aspect daté allait donner au film un cachet suranné. Il en a conclu qu'il fallait donc ajouter une strate contemporaine à celles qui existaient déjà dans la nouvelle de Stefan Zweig. Seulement, ça ne marche pas aussi bien que dans "The Grand Budapest Hotel" (2014), hommage revendiqué de Wes ANDERSON à l'auteur de "Le Monde d'hier". Certes, le réalisateur-scénariste tente de tisser un système d'échos entre les différentes époques, à commencer par le lieu unique de l'histoire, Monte-Carlo, sa plage, son hôtel et son casino, la pluie qui s'abat sur les personnages et les trempe, un motif décoratif que l'on revoit etc. Le problème, c'est qu'il échoue sur l'essentiel: donner du sens à ce qu'il a rajouté. Le contraste est donc saisissant entre les scènes où jouent Michel SERRAULT et Berenice BEJO qui apparaissent artificielles, laborieuses et confuses et celles qui proviennent directement du texte de Zweig qui semblent couler de source et tiennent en haleine. A ce jeu des comparaisons, c'est Agnes JAOUI qui se taille la part du lion dans le rôle de Marie Collins Brown. "24 heures de la vie d'une femme" est l'histoire d'une double passion destructrice, l'une pour le jeu et l'autre pour le joueur. La description des symptômes de l'addiction à la roulette relève de la haute-couture et il en va de même des effets délétères de la folle passion que Marie se met à éprouver pour Anton qu'elle veut sauver à tout prix et malgré lui. Elle y perdra tout, comme au jeu. Entre les deux récits, celui de la Belle Epoque et celui du début des années 2000 vient se glisser celui de l'adultère et de sa condamnation morale et sociale qui provoque la confession de Marie en 1935 et dont Laurent BOUHNIK ne sait visiblement pas quoi faire. C'est ce segment-là qu'il aurait fallu étoffer en conservant l'idée des injonctions qui pèsent sur les femmes tout en les réactualisant peut-être quitte à déplacer temporellement toute l'histoire plutôt que de vouloir surcharger inutilement la barque avec une prose très mal inspirée.

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Lawrence d'Arabie (Lawrence of Arabia)

Publié le par Rosalie210

David Lean (1962)

Lawrence d'Arabie (Lawrence of Arabia)

Longtemps, la figure de Lawrence d'Arabie m'a renvoyée à la chanson d'Annabelle (Mouloudji) "Fuis, Lawrence d'Arabie" dont j'avais acheté le 45 tours à sa sortie en 1987. Rien à voir avec le film de David LEAN daté de 1962 bien qu'en le regardant, j'ai tout de suite reconnu la musique de Maurice JARRE parce qu'elle est très célèbre et donc souvent jouée. Deuxième enseignement, j'ai compris d'où venait la notoriété de Peter O'TOOLE que je n'avais vu jusque là que dans des rôles oubliables. Troisième intérêt, j'ignorais que c'était grâce à "Lawrence d'Arabie" que Omar SHARIF était devenu une vedette internationale, lui que j'ai toujours associé à "Le Docteur Jivago" (1965) du même David LEAN vu quand j'étais très jeune. Bref, "Lawrence d'Arabie" est un jalon incontournable de l'histoire du cinéma, un de ces films qui impose sa marque en aval, jusqu'à l'épisode IV de Star Wars qui lui doit à mon avis autant qu'à l'oeuvre de Akira KUROSAWA. Comme on dit, il y a eu un avant et un après. Et comme dirait Luc Lagier, ce n'est pas Alec GUINNESS qui me contredirait, je dirais même que le prince Fayçal a été son passeport pour Obi Wan Kenobi.

David LEAN était particulièrement doué pour articuler des portraits d'individualités complexes à de vastes fresques historiques au souffle épique. C'est exactement ce qu'est "Lawrence d'Arabie" qui fonctionne en permanence sur ces deux échelles qui se complètent harmonieusement: Lawrence et l'Arabie. Basé sur le livre autobiographique de T.E Lawrence "Les Sept Piliers de la sagesse", il raconte le rêve fou de cet officier de liaison de l'armée britannique chargé d'encourager les arabes du Moyen-Orient à se soulever contre l'Empire Ottoman pendant la première guerre mondiale en leur promettant un Etat arabe unifié. Un idéalisme voué à l'échec face à l'occupation franco-britannique et au partage de la région en zones d'influence par les accords Sykes-Picot (évoqués dans le film contrairement à la déclaration Balfour, autre promesse britannique faite cette fois au peuple juif, avec les conséquences que l'on sait). Bien que les hommes filmés par David LEAN paraissent tout petits dans l'immensité du désert majestueusement filmé, jamais on ne perd de vue le protagoniste principal et ses mystérieuses motivations qui le conduisent à devenir l'un des leaders de la révolte arabe contre les turcs puis une sorte de nouveau Moïse conduisant les tribus vers la terre promise de l'unité arabe. Une esquisse de réponse est donnée dans les problèmes identitaires de T.E Lawrence, fils illégitime qui se choisit une autre famille, celle qui lui témoigne justement de la reconnaissance. Des problèmes identitaires qui finissent par tourner cependant à l'autodestruction. La scène très symbolique dans laquelle Lawrence abat l'homme qu'il a sauvé un peu plus tôt et qui lui a valu d'être reconnu par les arabes comme l'un des leurs en est l'illustration éclatante. De même que la folie meurtrière qui s'empare de lui après son arrestation par les turcs. Un moment trouble à connotation homoérotique SM qui m'a fait penser à "Furyo" (1983).

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Lire Lolita à Téhéran (Reading Lolita in Tehran)

Publié le par Rosalie210

Eran Riklis (2025)

Lire Lolita à Téhéran (Reading Lolita in Tehran)

"Lolita", le roman de Nabokov qui fit longtemps l'objet d'une lecture complètement faussée par les fantasmes des amateurs de "nymphettes" pour reprendre les mots de Bernard Pivot est devenu aujourd'hui, par delà sa réappropriation féministe, un symbole de lutte contre l'obscurantisme et l'oppression. "Lire Lolita à Téhéran" est le livre autobiographique d'Azar Nafisi, une professeure iranienne de littérature anglophone revenue à Téhéran juste après la Révolution islamique de 1979 et qui après avoir vu ses illusions quant à la nature du nouveau régime brisées va durant près de 20 ans essayer de résister au système d'abord en enseignant à l'université puis en ouvrant un club de lecture à son domicile avec d'anciennes étudiantes. Une professeure charismatique et la littérature comme moyen d'émancipation, cela fait penser à "Le Cercle des poetes disparus" (1989) mais le fait de s'inscrire dans un combat contre l'obscurantisme religieux me rappelle davantage "Amal, Un esprit libre" (2023). Le salon comme fragile espace de liberté fait écho à plusieurs films iraniens récents tournés dans la clandestinité qui se sont fait à huis-clos dans une maison, un appartement ou un taxi. Sauf que celui-ci a été tourné en Italie par un réalisateur israélien, Eran RIKLIS et des actrices iraniennes en exil, de Golshifteh FARAHANI dans le rôle principal à Zar AMIR EBRAHIMI dans celui de l'une des étudiantes. Cet aspect hors-sol a dû jouer dans le fait que le film de Eran RIKLIS m'a semblé lisse et superficiel. La professeure est montrée comme une spectatrice plus qu'une actrice d'une Révolution dont les causes ne sont pas expliquées. Face à la théocratie "totalitarisante", elle oppose une nostalgie de la civilisation occidentale très naïve, notamment vis à vis des USA érigés en symbole de liberté alors que la situation actuelle nous rappelle combien l'impérialisme américain fit de ravages, notamment en Iran. Ce manque total de conscience politique et critique produit un manichéisme qui à l'heure actuelle apparaît d'autant plus inadéquat. Face à elle qui semble vivre dans une bulle, les étudiantes sont à peine esquissées et on ne sent jamais ni tension ni danger ni intensité contrairement aux vrais films iraniens. En prime, aucun effort n'est fait pour suggérer le passage du temps alors que l'histoire se déroule sur 25 ans.

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Mon inséparable

Publié le par Rosalie210

Anne-Sophie Bailly (2024)

Mon inséparable

 

Plutôt déçue par ce film que je voulais voir au cinéma parce que le thème m'intéressait. Enfin ce que je croyais être le thème principal au vu de la bande-annonce, l'histoire de l'émancipation "à retardement" d'un jeune homme handicapé trop couvé par sa mère, l'histoire de son désir de fonder une famille à lui en dépit d'une certaine réticence sociale. Or la mise en scène est impersonnelle tout comme le scénario qui brasse très large: le père biologique de Joël, évaporé on imagine peu après sa naissance et que l'on retrouve nanti d'une nouvelle famille dans lequel il n'y a pas de place ni pour lui ni pour Mona; la mère de Mona qui est en train de mourir alors même que Océane, la petite amie de Joël est enceinte; Mona enfin qui en "perdant" son fils se reconstruit une vie personnelle en un clic ou presque. Le film, j'imagine pour des raisons commerciales, n'est en effet pas construit autour de Joël et de sa petite amie mais autour de Mona, survalorisant la performance ostentatoire de Laure CALAMY qui est une fois de plus cantonnée au rôle de la quadragénaire débordée mais si héroïque que chacune de ses crises de colère, chacun de ses soupirs d'extase doit avoir droit à son gros plan. Les fans aimeront, les autres (dont je fait partie) frôleront vite l'overdose. Le film escamote notamment le sujet tabou (et pourtant bien plus intéressant) de la sexualité des handicapés au profit de scènes érotiques convenues autour du personnage de Mona. Charles PECCIA GALLETTO qui joue son fils et est lui-même atteint d'un léger handicap est très juste mais sous-exploité.

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Vanilla Sky

Publié le par Rosalie210

Cameron Crowe (2001)

Vanilla Sky

Je n'ai pas vu l'original, "Ouvre les yeux" (1997) donc il m'est impossible de comparer avec le film de Alejandro AMENABAR. L'histoire qui mélange le rêve et la réalité est assez confuse et m'a fait penser à un "remix" improbable entre "Au revoir la-haut" (2016), "Eternal Sunshine of the Spotless Mind" (2004) et "Matrix" (1998) avec un soupçon de thriller hitchcockien (la confusion entre la blonde et la brune) et de nombreuses allusions (superficielles) à la nouvelle vague française et aux classiques hollywoodiens ("Sabrina" (1954), "Du silence et des ombres" (1962) etc.) Le résultat est inégal. L'aspect thriller proprement dit ne m'a pas emballé, des personnages m'ont paru inutiles car mal amenés (celui joué par Kurt RUSSELL par exemple). En fait, outre quelques scènes spectaculaires comme celles de l'introduction qui montrent Time Square vidé de ses habitants où l'on hésite entre le surréalisme et la fiction dystopique, ce qui m'a le plus intéressé c'est le travail que Tom CRUISE effectue sur son image. On pourra penser qu'il s'agit d'un ego trip mais le visage étant le siège de l'identité, on peut dire que celle de Tom CRUISE devient un grand point d'interrogation tout au long du film. Entre l'héritier play-boy littéralement caricatural qu'il incarne au début mais qui est déjà traversé par un désir de sortir de sa vacuité jusqu'à la gueule cassée dont la démarche alourdie par le poids mort de l'un de ses bras rappelle celle de "Elephant Man" (1980) se trouvent toutes les scènes où il apparaît avec le visage recouvert d'un masque de cire, le coinçant dans un statut d'homme-enfant écrasé par le poids d'un père présent-absent à travers plusieurs avatars. Cette démultiplication donne à voir une personnalité à multiples facettes et en recherche d'identité que l'on retrouve dans d'autres de ses meilleurs films de "Eyes wide shut" (1999) (le masque, l'errance) à "Magnolia" (1999) (le rapport fils-père).

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Brodeuses

Publié le par Rosalie210

Eléonore Faucher (2004)

Brodeuses

Joli film dont l'esthétique m'a fait penser à celle de "Y aura-t-il de la neige a Noel ?" (1996) avec son attention particulière aux sens, principalement les couleurs et les textures ce qui est normal pour un film traitant de broderie. Mais le mot lui-même est polysémique. Rattaché dans l'imaginaire collectif à une activité typiquement féminine, les travaux d'aiguille, il devient dans le film la métaphore d'une filiation matriarcale en construction dans un monde rugueux mais fertile. Le cadre de l'histoire est en effet rural et les premières images, au ras du sol montrent Claire récoltant des choux dans un champ. Je ne sais si c'est intentionnel mais cela m'a fortement rappelé le premier film de Alice GUY, "La Fee aux choux" (1896) et sa variante "Sage-femme de premiere classe ou la naissance des enfants" (1902). Or Claire est enceinte et son ventre ballonné fait penser à un chou (en plus de la vieille légende selon laquelle les garçons sortent des choux et les filles des roses). Seulement cette grossesse est non désirée et par ailleurs Claire qui est caissière dans un supermarché est en rupture avec sa famille. Pour fuir la curiosité de son environnement de travail, elle trouve refuge chez Mme Mélikian qui est brodeuse pour le marché de la haute-couture mais qui est anéantie par le décès accidentel de son fils. Claire dont la broderie est la passion se fait embaucher au noir par elle et les deux femmes retissent du lien, au propre, comme au figuré. Lola NAYMARK dont les tenues tricotées semblent être le prolongement de son opulente chevelure rousse et bouclée est incroyablement photogénique et fait la paire avec Ariane ASCARIDE toute vêtue de noir. Toutes deux appartiennent d'ailleurs à la même famille de cinéma, celle de Robert GUEDIGUIAN. C'est peut-être pour cela que Eleonore FAUCHER donne à au personnage de Ariane ASCARIDE un nom arménien dans ce premier film féministe très maîtrisé dont la BO est bercée par les titres du groupe Louise Attaque.

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De rockstar à tueur, le cas Cantat

Publié le par Rosalie210

Zoé de Bussierre, Karine Dusfour, Anne-Sophie Jahn, Lartigue Nicolas (2025)

De rockstar à tueur, le cas Cantat

Depuis sa sortie sur Netflix, le documentaire consacré à l'affaire Cantat fait le buzz et c'est bien normal. Car 22 ans après la mort de Marie TRINTIGNANT, la relecture de l'affaire à l'aune post Metoo permet de se rendre compte du traitement que la société et les institutions réservaient aux féminicides, surtout s'ils étaient commis par des hommes puissants. D'ailleurs le mot féminicide n'existait pas, il était remplacé par le "crime passionnel", ça permettait de se défausser de sa responsabilité. C'est d'ailleurs ce que fait à longueur d'audience Bertrand Cantat qui justifie ses actes par des forces qui l'auraient dépassé. D'ailleurs dans un premier temps, il parle d'un simple accident. Quand les faits révélés par l'autopsie (19 coups en majorité portés au visage) l'obligent à rectifier sa version, il se victimise (c'est pas moi, c'est elle qui m'a tapé la première) et les médias lui emboîtent allègrement le pas. L'émission de Thierry ARDISSON, devenue en quelques années le baromètre des mentalités de l'époque refait le procès de Vilnius en désignant Marie TRINTIGNANT comme coupable, hystérique, consommatrice d'alcool de de cannabis et infidèle parce qu'ayant eu quatre garçons de quatre pères différents alors que Bertrand Cantat est lui présenté comme un "modèle de fidélité". Seule LIO prend la défense de son amie au cours de ce tribunal médiatique, elle témoigne d'ailleurs dans le documentaire. Une parole forte qui s'inscrit en contraste avec ceux du "clan Cantat" qui minimisent comme Dominique Revert ou s'en moquent comme Pascal Nègre qui raisonne en financier pour qui la seule chose qui compte c'est que "Noir Désir", ça rapporte.

Outre le fait de confronter les interrogatoires de Cantat à la réalité de faits qui mettent en lumière ses mensonges, le documentaire a le mérite de reconstituer le puzzle des violences commises par le chanteur sur les femmes. Car si le meurtre de l'actrice a été présenté au procès comme un cas isolé qui a bénéficié à Cantat (sur les 15 ans requis il n'a été condamné qu'à 8 ans, n'en a fait en réalité que 4, en partie en France et dans des conditions privilégiées), c'est parce qu'il a bénéficié de l'omerta de son entourage dont celui de Kristina Rady, la mère de ses enfants. Or celle-ci avec laquelle il s'était remis s'est suicidée en 2010 et Anne-Sophie Jahn, co-réalisatrice et scénariste du documentaire s'est intéressée à son histoire, lui consacrant une enquête dans "Le Point" en 2017 venant faire contrepoids au numéro de les "Inrockuptibles" qui réhabilitaient Cantat sans mentionner une seule fois les affaires dans lesquelles il avait été impliqué. A partir des éléments laissés par Kristina Rady (une lettre, un enregistrement), des témoignages de ses proches et de son dossier médical, il apparaît qu'elle était victime de l'emprise du chanteur qui avec elle comme avec Marie TRINTIGNANT se montrait étouffant et violent. Mais qui s'en souciait? Si même une actrice connue ne faisait pas le poids face à l'icône rock alors une "nobody", n'en parlons pas. Ironie de l'histoire, au moment même où Cantat était sur le point d'être blanchi par la presse, Metoo éclatait, suscitant aux abords des concerts du groupe des tensions entre pro et anti Cantat.

On peut reprocher au documentaire des éléments de forme un peu racoleurs. Mais on ne peut pas lui reprocher sa documentation fouillée et la rage qu'il suscite en mettant le doigt là où ça fait mal. Il y a tant eu de complaisance envers Cantat qu'un autre point de vue ne peut être que salutaire.

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