Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Les Lèvres rouges

Publié le par Rosalie210

Harry Kumel (1970)

Les Lèvres rouges

Même si "Les lèvres rouges" met magnifiquement en valeur Delphine SEYRIG qui trouve avec cette réinterprétation du mythe de la sanglante comtesse Bathory* le parfait miroir inversé de son rôle de fée des lilas, le film fait très série B. Son aspect kitsch incluant un érotisme seventies à la David Hamilton n'est guère compensé par un scénario décousu et une interprétation inégale. Delphine SEYRIG vampirise la caméra et croque tous crus les autres acteurs (John KARLEN et Andrea RAU sont comment dire, hum, très datés) Mais on ne peut pas retirer au film un réel travail atmosphérique, une colorimétrie recherchée et quelques plans réellement intrigants comme celui où Stefan, le jeune marié à l'apparence très lisse téléphone à sa "mère", laquelle s'avère être une vieille "tante" au visage proche de "l'homme mystère" de "Lost Highway" (1996). C'est d'ailleurs cette parenté entre le film de Harry KUMEL et celui de David LYNCH qui m'a le plus intéressé à savoir l'impression de naviguer dans un cauchemar éveillé saturé de couleurs primaires, ce qui rend beaucoup plus compréhensible d'ailleurs les incohérences du scénario. "Les lèvres rouges" utilise cet onirisme pour explorer toute une palette de fantasmes et de non-dits autour du sado-masochisme et de l'homosexualité (féminine comme masculine) mais il le fait très maladroitement. Heureusement, le pouvoir d'envoûtement de Delphine SEYRIG compense en partie ces faiblesses.

* Comtesse hongroise du XVII° siècle qui aurait torturé et tué des dizaines voire des centaines de jeunes filles par pur plaisir sadique avant de se baigner dans leur sang pour conserver une éternelle jeunesse.

Voir les commentaires

La Bataille De Gaulle: J'écris ton nom

Publié le par Rosalie210

Antonin Baudry (2026)

La Bataille De Gaulle: J'écris ton nom

Une suite aussi savoureuse que le premier volet grâce au cocktail d'humour, d'héroïsme et de tractations géopolitiques percutantes qu'a réussi à concocter Antonin BAUDRY. Une fois encore, c'est la légitimité du général de Gaulle qui est au coeur de ce récit aux accents très contemporains. Dans la lignée de Marc Bloch qui vient tout juste d'entrer au Panthéon, le constat d'une faillite des élites françaises est cinglant. Après l'amiral Darlan dans le premier volet, c'est au tour du général Giraud (Thierry LHERMITTE), lui aussi une figure issue du régime de Vichy d'être élevé au rang d'interlocuteur privilégié par les américains, au détriment de De Gaulle que Roosevelt méprisait. Sans doute parce qu'il était incontrôlable, intransigeant et allié aux communistes. C'est une vision peu glorieuse des américains qui est donnée dans le film mais très lucide: on y voit leurs cyniques calculs consistant à préparer la mise sous tutelle d'une grande partie de l'Europe dont la France (avec notamment l'édition d'une monnaie ne mentionnant pas la République française). La bataille de De Gaulle n'est donc pas seulement contre les allemands et contre le régime de Vichy. C'est une lutte contre l'impérialisme américain pour le maintien de la souveraineté française, un combat qui résonne là aussi avec notre actualité récente (la tentative de main-mise de Trump sur le Groenland). Comme le rappelle De Gaulle, la guerre est affaire de morale et non de puissance brute (ce que la guerre en Ukraine vient nous rappeler tous les jours). C'est pourquoi afin de l'emporter, De Gaulle et ses hommes sont obligés de jouer au "poker menteur" et forcer le destin afin de s'imposer par le fait accompli. C'est encore frappant dans ce second volet qui met l'accent sur deux hommes décisifs, l'un sur le plan militaire et l'autre sur la plan politique. D'une part Philippe de Hautecloque alias le général Leclerc (Niels SCHNEIDER) qui passe outre les ordres de Eisenhower pour libérer Paris menacé de destruction. Avant cela, il s'illustre au Fezzan dans une guérilla "David contre Goliath" ou il joue sa tête et celle de ses hommes avec des moyens dérisoires, entraînant l'intervention in-extrémis de la RAF. Sans cette victoire qui a permis à Leclerc de faire la jonction avec les troupes britanniques à Tripoli, la 2° DB, intégrée aux forces alliées n'aurait jamais vu le jour. De l'autre, Jean Moulin (Felix KYSYL) sur lequel on croit tout connaître. Et bien le film nous apprend que lui aussi a forcé le destin en communiquant sur la création du CNR avant même que la réunion officielle ne l'entérine. C'est le CNR qui a donné à De Gaulle cette légitimité politique que les américains lui refusaient. Jusqu'au bout, De Gaulle est incarné par Simon ABKARIAN avec ce mélange d'humanité et de superbe qui nous le rendent drôle et attachant. La faiblesse de sa position est sans cesse rappelée en contraste total avec son exigence d'être traité en égal des grandes puissances alliées et sa conviction de représenter la France. Malgré leurs déchirements durant la guerre, la réconciliation franco-britannique sous l'arc de Triomphe rappelle que sans Churchill, jamais De Gaulle n'aurait réussi son pari et que l'Europe a une solidarité de destin que l'actualité ne cesse de démontrer.

Voir les commentaires

J'ai tiré sur Andy Warhol - "SCUM Manifesto"

Publié le par Rosalie210

Ovidie (2024)

J'ai tiré sur Andy Warhol - "SCUM Manifesto"

Au terme d'une enquête très étayée, OVIDIE fait le portrait de la figure de proue du féminisme radical, Valérie Solanas. Autrice d'un virulent pamphlet misandre en 1967, "SCUM Manifesto", SCUM signifiant "société pour tailler les hommes en pièces", Valérie Solanas a tenté de donner corps à son projet révolutionnaire en recrutant dans les milieux underground new-yorkais ce qui l'a mise en contact avec Andy WARHOL. Mais comme le rappelle un de ses amis, Ben Morea, elle s'est méprise sur son compte. Andy WARHOL n'était pas un de ces hommes-auxiliaires qu'elle appelait de ses voeux mais un exploiteur habillé en révolutionnaire qui transformait les humains et l'art en produits de consommation. Lorsqu'il a refusé de produire le manuscrit de sa pièce de théâtre et a prétendu l'avoir égaré, elle s'est persuadée qu'il voulait lui voler son oeuvre et a déversé sa rage en se rendant à la Factory pour lui tirer dessus ainsi que sur son compagnon de l'époque. L'ironie étant qu'il a fallu ce geste d'une violence extrême pour que l'éditeur à qui elle avait envoyé le "SCUM Manifesto" le publie, profitant de la notoriété soudaine de l'autrice. Mais celle-ci, enfermée à l'asile pour schizophrénie n'a pas touché un centime sur les droits du livre. Quant au manuscrit de sa pièce de thêatre, "Up Your Ass", il a été retrouvé oublié au fond d'une malle, trente ans plus tard en 1999 alors que Valérie Solanas est décédée en 1988. On voit donc comment les structures de pouvoir au sein de l'industrie culturelle, tenues par des hommes ont traité de la même manière son travail, par un mélange de mépris et d'opportunisme.

L'enquête de OVIDIE recherche les raisons profondes de la misandrie et de la violence de Valérie Solanas en revenant sur son épouvantable enfance marquée par la violence physique, l'inceste, les grossesses non désirées et la prostitution. La radicalité de ses textes apparaît bien moins violente que les violences de toutes sortes que les hommes lui ont fait subir, jusqu'à l'asile qui lui a imposé contre son gré une hystérectomie. "SCUM Manifesto" est moins un projet génocidaire qu'un cri de rage et de désespoir d'une femme n'ayant aucune prise sur sa vie, laquelle a été dicté du début à la fin par le patriarcat composé d'hommes puissants dans sa famille, dans le milieu de l'art et dans le milieu médical et de femmes complices du système comme sa mère qui a brûlé ses affaires (dont ses écrits) à sa mort, tentant une fois de plus de censurer les témoignages des violences exercées sur elle. De jeunes actrices dans le documentaire d' OVIDIE comme avant elle le collectif Insoumuses dont faisait partie Delphine SEYRIG font revivre son manifeste en lisant de larges extraits. L'enjeu n'est pas seulement artistique, il est mémoriel et politique.

Voir les commentaires

Maso et Miso vont en bateau

Publié le par Rosalie210

Carole Roussopoulos, Delphine SEYRIG, Nadja Ringart, Ioana Wieder (1976)

Maso et Miso vont en bateau

Brillant détournement en forme de droit de réponse d'une émission de télévision qui en 1975 étalait sa misogynie crasse au vu et au su de tout le monde. Et pour cause, c'était la norme. La télévision était alors, comme l'ensemble de l'industrie culturelle et plus généralement des fonctions de pouvoir aux mains d'un "boys club" confit dans son autosatisfaction. Bien avant qu'il ne tombe définitivement de son piédestal avec la séquence Matzneff de 1990, Bernard Pivot se faisait le monsieur loyal d'un festival de propos rances brandis par ses congénères couturiers, chef cuisiniers, politiciens, présentateurs, PDG d'Antenne 2 etc. Quant aux femmes, elles sont reléguées hors-champ derrière la caméra ou à la régie. La seule intervenante face caméra en dehors de Francoise GIROUD est une femme-objet privée de nom dont la seule raison d'être est d'avoir posée nue pour le plaisir de ces messieurs.

Que faisait donc Francoise GIROUD dans cette galère? C'est tout le sens du travail effectué par le collectif Insoumuses: démasquer la mystification autour des soi-disant "concessions" faites aux femmes dans le contexte contestataire et revendicatif des années 70. Le titre de l'émission de Bernard Pivot est en soi tellement parlant qu'il se passe de commentaire "Encore un jour et l'Année de la femme, ouf, c'est fini" (on va enfin revenir aux sujets sérieux, entre hommes s'entend). Le fait que Francoise GIROUD, alors secrétaire d'Etat à la condition féminine vienne se prêter à cette mascarade a valeur d'acquiescement et les Insoumuses vont alors se livrer à un dézingage en règle de sa parole politique pour montrer sa véritable fonction consistant à servir de caution au système patriarcal. Comme c'est Bernard Pivot qui fixe d'entrée la grille de lecture de l'émission qui doit être "amusante, espiègle" il enferme la ministre dans une posture maso (d'où le titre du film) où elle doit parler le langage de la connivence masculine et donc scier la branche sur laquelle elle est assise si elle veut rester au pouv... dans l'émission. Sauf que l'élève veut tellement plaire qu'elle va dépasser le maître lorsqu'elle prétend que la misogynie voire la violence c'est "de l'amour" au point de susciter un certain malaise chez Pivot vite expédié.

Avec leur regard aiguisé, les Insoumuses se livrent à une "explication de texte" en forme de chirurgie médiatique qui ne laisse rien passer. Chaque compromission de Francoise GIROUD, chaque remarque sexiste, chaque imposture du dispositif de l'émission est contrée avec toute une batterie de moyens plus corrosifs et hilarants les uns que les autres: l'arrêt sur image (qui met en évidence les rictus de mépris, les regards fuyants, tout ce que le flux en continu ne permet pas forcément de percevoir) et le scratching (la répétition en boucle des propos les plus "énormes"), de nombreux intertitres inventifs (quizz pour déterminer les vraies motivations de Francoise GIROUD, explicitations des sous-entendus ou à l'inverse de ce qui n'est pas dit etc.), des chansons ironiques qui viennent s'insérer dans les discours, des séquences également où on entend de vraies féministes manifester ou parler comme Simone de Beauvoir. Ce piratage systématique fait le travail que Francoise GIROUD est incapable de faire, la déconstruction d'un média pensé par et pour les hommes (l'intervention du PDG d'Antenne 2 est un summum de muflerie).

Les Insoumuses sont ainsi les pionnières du documentaire critique sur les médias, un sous-genre qui a depuis fait des petits ("Les Nouveaux chiens de garde" (2011) et sa suite "Media Crash - qui a tue le debat public ?" (2022) notamment).

Voir les commentaires

Quand la chair succombe (Senilità)

Publié le par Rosalie210

Mauro Bolognini (1962)

Quand la chair succombe (Senilità)

Je n'avais jamais entendu parler de ce film avant que la Cinémathèque ne le propose pour ouvrir la rétrospective consacrée à Claudia CARDINALE. Sa fille qui était présente a d'ailleurs précisé qu'elle ne le connaissait pas non plus. Il s'agit donc d'une rareté. Le titre en VO "Sénilité" est incompréhensible pour qui ne connaît pas le roman car le personnage principal, Emilio est censé être un célibataire endurci de plus de 45 ans alors que l'acteur qui le joue, Anthony FRANCIOSA n'avait que la trentaine. Si je me réfère au seul film de Mauro BOLOGNINI que je connais, "Le Bel Antonio" (1960), je trouve qu'il y a une filiation avec celui-ci autour de la frustration sexuelle et de la vénalité. Claudia CARDINALE ne joue pas cette fois une jeune fille de bonne famille vendue par ses parents (avec son consentement) au plus "offrant" mais une fille facile qui cherche avant tout des pigeons à plumer. Emilio s'avère à ce jeu là être un bon candidat. Mais il n'est pas plus sympathique que la mal-nommée "Angiolina" avec son indécision et sa jalousie pathologique qu'il fait également subir à sa soeur vieille fille (interprétée par Betsy BLAIR que j'ai découvert dans "Marty" avant qu'elle ne soit obligée de fuir les USA pour l'Europe à cause du maccarthysme) (1955). Celle-ci est tombée en effet amoureuse du meilleur ami d'Emilio, Stefano (Philippe LEROY), un coureur de jupons donc il a un prétexte tout trouvé pour saboter ses illusions et maintenir à domicile une servante gratuite. Sauf que bien sûr il ne mesure pas les conséquences de ses actes. Une histoire très sombre donc mais il faut le reconnaître, inscrite dans un cadre, la ville de Trieste, magnifiquement filmé.

Voir les commentaires

S.C.U.M. Manifesto

Publié le par Rosalie210

Carole Roussopoulos et Delphine Seyrig (1976)

S.C.U.M. Manifesto

S.C.U.M. Manifesto est l'un des documentaires vidéos militants réalisés par le collectif féministe Insoumuses fondé en 1974 par Carole Roussopoulos, Delphine SEYRIG et Ioana Wieder. Carole Roussopoulos est l'une des pionnières de l'utilisation de la caméra vidéo en France et c'est elle qui a formé Delphine SEYRIG à l'usage de cet outil dont les hommes ne s'étaient pas encore emparé. Les deux premières ont réalisé le film et ce sont elles que l'on voit à l'écran. Le dispositif, conçu en une après-midi se résume à une machine à écrire enregistrant les extraits du texte lu, celui du pamphlet anarcho-féministe de Valérie Solanas alors introuvable en France pendant qu'une télévision diffuse des images d'actualité saturées de guerres, de conquêtes et de violences. Le message est clair: faire passer la lutte féministe au premier plan et reléguer le bellicisme masculin au second plan. Remettre également en contexte la virulence du texte qui prône rien de moins que l'éradication de la virilité guerrière après avoir renversé les thèses de la psychanalyse relatives à la féminité.

SCUM Manifesto a été écrit en 1967 et a connu une diffusion confidentielle jusqu'à ce que son autrice, Valérie Solanas tente d'assassiner Andy WARHOL en 1968 avant d'être déclarée irresponsable et d'être internée. Le livre est sorti en 1971 en France mais il a été rapidement épuisé. Comme dans "Maso et Miso vont en bateau", les Insoumuses utilisent leur "caméra au poing" pour contrer les discours phallocrates et misogynes dominants et pour faire entendre des voix et des discours exclus des médias.

De même que SCUM Manifesto est un contre-discours, il est très important de resituer le documentaire dans son contexte afin de contrer la première réaction qui est celle du rejet face à l'image de mauvaise qualité, à l'aspect monocorde de la lecture et à la radicalité indigeste du propos.

Voir les commentaires

Jim Queen

Publié le par Rosalie210

Marco NGUYEN et Nicolas ATHANÉ (2026)

Jim Queen

Vous avez aimé Philippe KATERINE en schtroumpf aux JO de 2024? Alors vous allez l'adorer dans le rôle de la prostate en 2026 et ce même si ce n'est qu'un caméo. C'est l'un des nombreux gags du film d'animation "Jim Queen", un film pop certes parfois confus (surtout quand on ne connaît pas les codes du milieu gay) mais hilarant, au rythme enlevé et bourré d'humour trash. Le pitch? Une pandémie touche les gays. Son nom, l'hétérose qui comme son nom l'indique convertit malgré lui celui qui en est atteint à l'hétérosexualité. Celle-ci est représentée comme un standard de beaufitude avec les molécules en forme de ballon de foot et une épidémie de hits de Patrick SEBASTIEN. Il n'y a pas que dans "Le Sens de la fete" (2016) que faire tourner les serviettes est le summum du ringard. La satire n'épargne pas davantage les gays et leurs querelles de chapelles. Certaines très connues et ayant déjà fait l'objet de films comme "Cruising, La chasse" (1980) sur les cuir SM ou "Priscilla, folle du desert" (1994) et "Hedwig and the angry inch" (2001) sur les drag queens. D'autres moins connus comme les bears qui sont évidemment représentés dans le film d'animation par des ours ou les fétichistes des chaussures de sport. Jim Parfait est quant à lui une montagne de muscles qui incarne la norme dominante du milieu gay urbain axée sur le culte du corps et des réseaux sociaux. Sa maladie va l'obliger à descendre de son piédestal pour faire équipe avec Lucien qui est son exact opposé, un éphèbe gracile sur-couvé par sa mère ministre, Christine Bayer, allusion probable à Christine Boutin dont les méthodes répressives donnent lieu à une scène tordante. Evidemment les charlatans sont légion, notamment un certain docteur "Ra(g)oult" adepte de la "chloroqueer"! Un excellent moment.

Voir les commentaires

Jean Valjean

Publié le par Rosalie210

Eric Besnard (2026)

Jean Valjean

S'il m'arrive souvent d'être déçue par des films encensés par la critique, l'inverse est plus rare. Pourtant, j'ai été agréablement surprise par cette nouvelle adaptation du chef-d'oeuvre de Victor Hugo qui a été pourtant plutôt fraichement accueillie. J'en suis sortie en ayant eu l'impression d'avoir appris quelque chose ce qui est déjà pas mal.

Au vu des innombrables adaptations existantes, Eric BESNARD a préféré choisir un point de vue original en se concentrant sur un seul aspect du roman: le face à face entre Jean Valjean et Monseigneur Myriel, son futur "surmoi". Transformer en un long-métrage de 1h30 ce qui n'occupe qu'une place très brève dans le roman est en soi une gageure. Eric BESNARD s'en sort plutôt pas mal. Il fait de la maison de Myriel le théâtre d'un sombre huis-clos psychologique tout en aérant le récit par des flashbacks lumineux revenant sur le passé de Valjean et sur celui de Myriel. Si j'avais bien en mémoire le premier, c'est surtout le second qui prend du relief dans cette adaptation.

Le choix d'atmosphères contrastées est judicieux sur le plan esthétique. Le clair-obscur de l'antre de Myriel (un ancien hospice contre lequel il a troqué son évêché "somptuaire") et la disposition "cénique" de la table produit un bel effet pictural dans la lignée des tableaux de Georges de La Tour où la lumière surgit des ténèbres. Le chandelier acquiert une ambivalence assez troublante, à la fois ostensoir et arme contondante primitive entre les mains d'un Valjean qui hésite entre ses pulsions de bête blessée et sa conscience humaine. Le sacré et la violence archaïque soit les deux polarités de l'homme contenues dans un seul et même objet, voilà une belle idée de mise en scène!

Autre dualité intéressante, celle qui oppose Madame Magloire (Alexandra LAMY) et Baptistine (Isabelle CARRE) qui fait écho à celle de Valjean. Elle existe dans le roman mais Eric BESNARD la développe. Elle incarne deux réponses opposées face au danger et à l'inconnu. Là où Mme Magloire incarne la réaction sécuritaire légitime de la société face à celui qu'elle considère comme un monstre, Baptistine à l'image de son frère rejette la peur et tend la main avec compassion à une âme en quête de salut.

Myriel et elle partagent la même foi en la capacité de l'humain à changer. C'est là que la biographie de Myriel qui existe dans le roman mais qui a été oubliée par la mémoire collective revient en force: son passé de noble, la rupture de l'exil dû à la Révolution de 1789, la perte de son épouse, son choix de devenir ecclésiastique puis de rejeter les fastes de son statut d'évêque pour embrasser la pauvreté dans la lignée des premiers moines se retirant dans le désert pour retrouver les idéaux du christianisme. Le renoncement à l'argenterie apparaît comme la dernière étape de ce dépouillement. Le choix de Gregory GADEBOIS dans le rôle principal est particulièrement judicieux tant il allie une immense douceur à une carrure physique de colosse qui donne corps à la force herculéenne de Valjean. Face à lui, Bernard CAMPAN fait de Myriel un homme vulnérable, simple et bon.

Voir les commentaires

L'illusion de Yakushima (Yakushia's illusion)

Publié le par Rosalie210

Naomi Kawase (2026)

L'illusion de Yakushima (Yakushia's illusion)

Il fut un temps pas si lointain où j'aimais le cinéma de Naomi KAWASE: "La Foret de Mogari" (2007), "Les Delices de Tokyo" (2015) ou encore "Vers la lumiere" (2017). "Voyage a Yoshino" (2018) en revanche m'avait déçue et c'est également la déception qui domine devant ce film qui s'éparpille, irrite et tombe dans le pathos.

Ce n'est pas avec ce film que je vais me réconcilier avec le concept de l'acteur/personnage occidental catapulté dans la société japonaise. Vicky KRIEPS n'est pas en cause mais son personnage cumule deux traits de comportement rédhibitoires à mes yeux: la suffisance au sujet des greffes d'organes envers lesquelles les japonais sont très réticents pour des raisons culturelles qui sont à peine abordées. Et l'épiphanie new-âge du contact avec la nature (comme si cela n'était possible qu'au Japon!) Comme pour mettre une dose de culpabilité maximale sur le dos des japonais, Naomi KAWASE ne montre que des enfants en attente de greffe et comme celles-ci n'arrivent qu'au compte-goutte, elle montre le décès de certains d'entre eux en appuyant au maximum sur le pathos. Aucun de ces enfants, pas plus que leurs parents ne sont les protagonistes de l'histoire. L'intrigue s'éparpille en petites scènes juxtaposées les unes aux autres sans véritable choix. Il en va de même avec le photographe japonais rencontré par Corry et qui disparaît brusquement. Lui aussi et la thématique qu'il illustre, celle des johatsu n'est traitée qu'au second plan. La protagoniste, c'est donc cette occidentale censée relier tous les arcs narratifs mais qui ne nous passionne pas plus que le reste tant elle est traitée elle aussi en surface.

Voir les commentaires

L'Eclipse (L'Eclisse)

Publié le par Rosalie210

Michelangelo Antonioni (1962)

L'Eclipse (L'Eclisse)

"L'Eclipse" qui est le dernier volet d'une trilogie que Michelangelo ANTONIONI a consacré au couple est marquant aussi bien par l'étirement et la répétition des scènes que par son abstraction. L'architecture qui écrase les personnages et révèle leur vacuité occupe une place si importante qu'elle finit par les "avaler", littéralement. La dernière scène est une succession de plans déjà vus et revus tout au long du film mais vidés de toute présence humaine à la manière des tableaux de Giorgio de Chirico. On s'aperçoit alors à quel point cette présence était accessoire, comme un élément interchangeable du décor. Le choix de tourner dans le quartier de l'EUR (Esposizione Universale Roma) conçu à la fin des années 30 comme vitrine de la puissance du régime fasciste rappelle combien le projet totalitaire inscrit dans la monumentalité des bâtiments y écrasait l'individu. L'obsession des cadres dans le cadre chez Michelangelo ANTONIONI qui cloisonne l'image (cadres de tableaux ou bien encadrements de portes, de fenêtres, de colonnes, de murs) montre par ailleurs des personnages isolés de leur environnement et coupés les uns des autres, chacun s'adressant à l'autre depuis une cellule qui l'enferme. En bref, ce n'est pas l'amour qui est le sujet du film ni même le couple mais l'aliénation moderne. Une aliénation à deux visages. D'un côté la langueur de Vittoria (Monica VITTI) qui semble traîner son ennui tout au long du film. De l'autre l'agitation frénétique de Piero (Alain DELON), courtier en bourse. Cette agitation boursière est filmée très longuement et à distance avec un oeil d'entomologiste qui observe à distance une hystérie collective teintée d'absurde.

Comme dans "Playtime" (1964), autre grand film sur l'aliénation moderne où le décor conditionne, voire dicte le comportement des personnages, "L'Eclipse" a besoin de sa parenthèse d'évasion. Vittoria se déguise en indigène africaine et se met à danser joyeusement, libérée du carcan de son environnement. Cependant, là où le burlesque avait le pouvoir de détruire le décor, celui-ci se rappelle rapidement à elle dans le drame moderne sous la forme de la propriétaire des objets dont elle s'est parée qui incarne l'esprit colonialiste de la bourgeoisie italienne et sa volonté d'emprise sur le monde.

Voir les commentaires

1 2 3 > >>