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Trainspotting

Publié le par Rosalie210

Danny Boyle (1996)

Trainspotting

"Trainspotting" que j'ai vu à sa sortie et dont je connais la bande originale par coeur m'apparaît aujourd'hui comme le miroir inversé pour ne pas dire cauchemardesque du conformisme social. Le célèbre monologue de Mark Renton (Ewan McGREGOR) qui ouvre le film parodie les injonctions consuméristes et l'idéal de respectabilité bourgeoise des années Thatcher sous la forme d'un manifeste du choix qui est en réalité un non-choix. Mark et sa bande de marginaux croient rejeter les règles de la société mais ils ne subvertissent pas pour autant le système capitaliste. Ils en sont en réalité la caricature. Leur comportement est dicté de A à Z par l'addiction et chacun des membres du groupe représente la version extrême des tares de la société qu'ils exècrent. Que l'on pense à Begbie (Robert CARLYLE) qui représente la brutalité patriarcale sans filtre, Sick Boy (Jonny LEE MILLER) l'opportuniste cynique, Spud (Ewen BREMNER) l'inadapté précaire et infantilisé. Quant à Mark, le pseudo-intellectuel révolté, la facilité avec laquelle il retourne sa veste et réintègre le monde "normal" en se montrant aussi individualiste qu'amoral montre à quel point la vie de junkie est une sinistre mascarade. Pour enfoncer le clou, aucune scène choc ne nous est épargnée, la vie de ces junkies dans la crasse et la merde illustrant leur décrépitude morale et contaminant tout ce qu'ils touchent comme la déchéance express de Tommy (Kevin McKIDD) ou la mort tragique de Dawn, le bébé d'Allison (Susan VIDLER).

Raconté tel quel, ce scénario semble plombant. Mais le grand tour de force de Danny BOYLE, c'est de l'avoir électrisé avec une énergie vitale débordante grâce à sa BO d'enfer (Iggy POP, Lou REED etc.), son montage frénétique et sa caméra nerveuse. Grâce à ce flux d'adrénaline permanent, on est plongé dans la subjectivité de ces junkies et on comprend mieux leur perception du monde, faite d'atroces bad trips (comme celui de la désintoxication de Mark dans sa chambre) mais aussi de moments d'euphorie enivrants, voire planants (la scène de l'overdose). Par ailleurs, la richesse visuelle du film est aussi ébouriffante que sa bande sonore avec des références qui ne sont jamais gratuites, qu'on fasse un tour dans le Korova Milk Bar de "Orange mecanique" (1971) avec sa bande de délinquants juvéniles sous substance laiteuse, sur le passage clouté en forme de parodie de l'Album "Abbey Road" des Beatles ou bien du côté "Des mystères de l'horizon", le tableau de René Magritte quand Mark à la croisée des chemins ouvre le coffre pour y déposer de l'argent et se retrouve cerné par ses propres reflets.

"Choisir la vie, choisir un boulot, choisir une carrière, choisir une famille, choisir une putain de télé à la con, choisir des machines à laver, des bagnoles, des platines laser, des ouvre-boîtes électroniques. Choisir la santé, un faible taux de cholestérol et une bonne mutuelle. Choisir les prêts à taux fixe, choisir son petit pavillon, choisir ses amis, choisir son survêt et le sac qui va avec, choisir son canapé avec les deux fauteuils, le tout à crédit avec un choix de tissus de merde. Choisir de bricoler le dimanche matin en s'interrogeant sur le sens de la vie, choisir de s'affaler sur ce putain de canapé et se lobotomiser aux jeux télé en se bourrant de MacDo. Choisir de pourrir à l'hospice et de finir en se pissant dessus dans la misère en réalisant qu'on fait honte aux enfants niqués de la tête qu'on a pondus pour qu'ils prennent le relais. Choisir son avenir, choisir la vie."

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American Graffiti

Publié le par Rosalie210

George Lucas (1973)

American Graffiti

"American Graffiti" repose sur une analogie assez claire. Le passage à l'âge adulte d'une bande de jeunes, symbolisé par leur dernière nuit d'insouciance devient la métaphore d'une Amérique sur le point en août 1962 de perdre son innocence. Réalisé en 1973, soit 11 ans après les événements décrits dans le film, "American Graffiti" porte la marque nostalgique d'une époque assimilée à un paradis perdu. Cette époque révolue et mythifiée par la société américaine est celle des fifties et ce n'est pas l'un des personnages aux faux airs de James DEAN qui nous dira le contraire pour reprendre l'expression de Luc LAGIER. Dans l'unité de temps (une nuit) et de lieu (une petite bourgade près de San Francisco) circonscrite par le film, tous les marqueurs "vintage" sont de sortie. La bande originale est bourrée de standards rock and roll des années 50 et du début des années 60, parmi lesquels on reconnaît "Rock Around the Clock" de Bill Haley dès le générique (comme celui de "Graine de violence") (1955), "Johnny B. Goode" de Chuck Berry (qui était au centre d'un autre film effectuant un come back dans cette époque, "Retour vers le futur") (1985), "The Great Pretender" des Platters (que j'ai entendue pour la première fois en 1987 quand elle a été chantée par Freddie MERCURY) ou encore "All Summer Long" des Beach Boys qui referme le film sur une pointe nostalgique. L'un des lieux centraux du film est un diner rétro avec des serveuses en patins à roulettes dans des postures semblables à la pochette de "Breakfast in America" de Supertramp. Enfin, symbole iconique de l'Amérique de ces années là, la bagnole est indissociable de la culture de ces jeunes qui se déplacent lentement dans la ville au volant de leurs engins sans but précis, sinon celui de battre le pavé à la recherche de rencontres et d'aventures d'une nuit. Parmi les cylindrées américaines, Chevrolet ou Ford à bord desquelles paradent Steve le rouquin (Ron HOWARD), Terrie (Charles Martin SMITH) le bigleux aux grandes dents ou John Milner (Paul LE MAT), le sous James Dean, deux nous tapent dans l'oeil. La première pour son anomalie dans le paysage puisque notre 2CV bien française est conduite par le personnage principal, Curt (Richard DREYFUSS) qui est lui-même légèrement décalé par rapport à ses potes et cherche visiblement encore sa place. La deuxième parce que le rival de John avec lequel il va s'engager dans une course (allusion à la "La Fureur de vivre") (1955) est conduite par un débutant promis à un bel avenir dans la filmographie de George LUCAS: Harrison FORD.

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Dirty Dancing, comédie romantique engagée

Publié le par Rosalie210

Joséphine Petit, Leni Merat (2026)

Dirty Dancing, comédie romantique engagée

Josephine PETIT et Leni MERAT se sont lancées depuis quelques années dans la réalisation de films documentaires qui interrogent avec finesse la place des femmes et du féminisme au cinéma. Après "Thelma et Louise, un western feministe" (2024), c'est au tour de "Dirty Dancing" (1987) d'être analysé sous cet angle et le résultat est passionnant. La productrice Linda GOTTLIEB qui avoue ne jamais avoir imaginé qu'un jour elle serait interrogée à ce sujet raconte la genèse compliquée du film et son immense succès surprise. Malgré l'accumulation de refus (une quarantaine au total), c'est sa persévérance ainsi que celle de sa co-productrice et scénariste du film Eleanor BERGSTEIN qui s'est inspirée de sa propre jeunesse qui a été déterminante. Produit par la société pionnière du marché de la vidéo Vestron Pictures pour la modique somme de cinq millions de dollars (il en rapportera quarante fois plus), le film est tourné dans des conditions spartiates mais est fidèle à la vision de ses productrices-créatrices. Eleanor BERGSTEIN se bat pour que Patrick SWAYZE qui refuse les rôles de danseur accepte celui de Johnny Castle. Et Jennifer GREY est choisie en référence à Barbra STREISAND qui séduisait le plus beau garçon du campus joué par Robert REDFORD dans "Nos plus belles annees" (1973). Le film tape dans le mille et devient instantanément culte auprès de la gente féminine, certaines le regardant des dizaines de fois et partant en pèlerinage sur les lieux de tournage. La BO, l'une des plus vendues de l'histoire, certaines des chorégraphies, des répliques et des scènes ont infusé dans la pop culture.

Mais le documentaire n'en reste pas là, il analyse les thématiques politiques présentes sous la comédie romantique avec beaucoup de pertinence. La question de l'avortement, très est bien évidemment évoquée et remise triplement en contexte: dans les années 60 (période où se déroule le film), dans les années 80 (période du tournage du film) et aujourd'hui (période de la sortie du documentaire). Les productrices du film expliquent également qu'au moment de sa sortie, un sponsor a fait pression pour qu'elles retirent le passage qui en parlait mais comme il était essentiel à l'intrigue, il a été conservé. Autre thème évoqué, la prostitution masculine et les inégalités de classe. Johnny Castle est un objet d'attraction et de désir pour les bourgeoises du club et sa sujétion économique et sociale l'entraîne sur la pente où il n'est pas en mesure de pouvoir distinguer la marchandisation de ses talents de danseur et celle de son corps. Un sujet tabou qu'a traité dans sa filmographie et plus particulièrement dans "Boulevard du crepuscule" (1950) Billy WILDER parce qu'il a été danseur mondain pour de riches rombières à Berlin. Enfin l'aspect féministe du scénario où tout est vu par le regard de Bébé et où la relation entre les jeunes filles est faite de sororité et non de rivalité est évoquée.

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Dirty Dancing

Publié le par Rosalie210

Emile Ardonilo (1987)

Dirty Dancing

Comme pour "Thelma & Louise" (1990) on voit aujourd'hui "Dirty Dancing" (1987) avec de nouvelles lunettes, celles qui prennent enfin le regard et le désir féminin au sérieux. Les deux films, écrits par des femmes et non-conventionnels dans leurs codes narratifs ont partagé aussi la même galère pour avoir eu le droit d'exister. "Dirty Dancing" a eu un parcours encore plus marginal que le film de Ridley SCOTT puisqu'après avoir été refusé à Hollywood, c'est une société pionnière dans le marché de la vidéo, Vestron Pictures qui l'a produit pour une somme dérisoire avec l'idée de le garder une semaine en salles pour qu'il soit ensuite exploité en VHS. A sa sortie, si le film est devenu instantanément un phénomène planétaire, logiquement porté par la gente féminine, il a été recouvert d'une épaisse couche de mépris de la part de l'intelligentsia patriarcale de l'époque qui ne se dissipe qu'aujourd'hui.

"Dirty Dancing" est donc un film subversif et éminemment politique sous ses airs de comédie romantique inoffensive pour midinettes (ou plutôt nymphettes comme aurait dit Bernard PIVOT). Toute l'histoire est vue par le regard de Bébé alias Frances (Jennifer GREY choisie pour son physique atypique dans la lignée d'une Barbra STREISAND), jeune bourgeoise juive new-yorkaise qui va découvrir la liberté dans un club de vacances pourtant tout ce qu'il y a de plus "collet monté". C'est sans compter sur la curiosité de Bébé qui sous ses airs de jeune fille bien comme il faut est le véritable moteur de l'action du film. En allant voir ce qui se passe dans les "backrooms", elle découvre un personnel déchaîné pratiquant une danse suggestive interdite de scène. Le leader charismatique du groupe, Johnny Castle qui semble indissociable de sa partenaire de danse, Penny (Cynthia RHODES) lui tape aussitôt dans l'oeil. Et pour cause, il est joué par Patrick SWAYZE dont l'alliage rare de romantisme, de sensibilité, de grâce et de puissance physique le place dans la même catégorie qu'un Bernard GIRAUDEAU ou qu'un James SPADER ou même un Colin FIRTH lorsqu'ils étaient jeunes à savoir celle du parfait candidat pour une version live des chevaliers du Zodiaque, designés par le génial duo Shingo ARAKI et Michi HIMENO (^^). A partir de là, plus rien ne peut arrêter la tornade "BB" qui va sortir de son coin pour aller renverser la table ou plutôt la barrière de classe de par son désir affranchi, le même que celui qui anime "Lady Chatterley" (2006).

La petite révolution "Dirty Dancing" consiste:

- A substituer la sororité à la rivalité stéréotypée, celle-là même que dénoncent les actrices dans le film de Delphine SEYRIG, "Sois belle et tais-toi" (1976).

- A refuser que la vie des femmes pauvres comme Penny soient broyées par les grossesses non désirées et les avortements clandestins (le film se situe dans les années 60 où il était interdit et a été tourné pendant les années Reagan où celui-ci avait employé le mot "meurtre" pour évoquer l'IVG).

- A arracher le masque de respectabilité de l'étudiant bourgeois modèle, Robbie (Max CANTOR) en révélant son hypocrisie et son comportement prédateur attribués par le père de Bébé à Johnny, bouc-émissaire et coupable idéal dont l'estime de soi est trop faible pour qu'il puisse se défendre contre les biais de classe. Du moins jusqu'à la scène cathartique (et quelque peu autobiographique si l'on pense à l'enfance de Patrick SWAYZE où il devait se défendre à coups de poings contre les moqueries liées à sa pratique de la danse classique) où il règle son compte à Robbie.

- A aider à l'inverse Johnny à sortir de sa soumission économique et sociale, matérialisée par le moment où il refuse l'argent du mari bourgeois qui lui demande de "divertir" son épouse en dehors des cours. Une rébellion qui l'amène à sortir de la clandestinité et à s'affirmer dans la célèbre dernière scène où lui et son groupe viennent danser en pleine lumière autour de Bébé devenue reine de ce nouveau territoire libéré qui récupère son vrai prénom au passage, Frances. Pas n'importe quel prénom, un hommage direct à Frances Perkins, la première femme de l'histoire américaine à avoir siégé dans un cabinet présidentiel en tant que secrétaire au Travail sous Franklin D. Roosevelt, et l'une des principales architectes des réformes sociales du New Deal.

Le vrai sujet de "Dirty Dancing" est donc celui d'une petite révolution intime, collective et sociale: en quelques jours, l'été de Bébé fait vaciller l'ordre bourgeois, dynamite les assignations de genre, pulvérise le mépris de classe et réécrit les règles du désir. C'est ce qui le rend si éternellement jouissif.

Quarante ans plus tard, la Louise de Gustave Kervern dans "Voilà, c'est fini" (prix Jean Vigo 2026, sortie prévue le 24 mars 2027) répond en miroir inversé à Bébé. Retrouvez mon analyse croisée dans les pages de ce blog:

Lien:

https://cinepassion.over-blog.com/2026/07/personne-ne-met-louise-dans-un-coin.sauf-elle-meme-barrieres-de-classes-et-illusions-touristiques-a-travers-les-trajectoires-corporelles-de-bebe-dirty-dancing-emile-ardolino-1987-et-de-louise-voila-c-est-fini-gustave-kervern-2027.html

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Patrick Swayze, acteur et danseur par passion

Publié le par Rosalie210

Adrien Buitenhuis (2019)

Patrick Swayze, acteur et danseur par passion

J'aime beaucoup Patrick SWAYZE mais force est de constater que ce n'est pas ce documentaire de pourtant 1h26 réalisé 10 ans après la mort prématurée de l'acteur qui permettra d'en savoir beaucoup plus. On reste au stade des propos convenus et de l'hagiographie et aucune des questions que l'on peut se poser (l'origine de ses fragilités par exemple) ne trouve de réponse. Tant pis, le mystère restera entier. On se contente donc d'images de cet artiste attachant, à la fois athlétique et sensuel, viril et gracieux, sportif et sensible. Le fruit au moins partiel d'un héritage parental qui l'a conduit à devoir jongler avec ses différentes facettes dès son enfance, sa pratique de la danse classique lui valant des quolibets qui l'ont également rendu bagarreur. De même il a dû lutter contre l'industrie hollywoodienne qui voulait l'enfermer dans une image d'idole ou de sex symbol. On revoit avec plaisir des extraits des films qui l'ont rendu célèbre, de "Outsiders" (1983) de Francis Ford COPPOLA au culte "Point Break" (1991) de Kathryn BIGELOW en passant par les non moins cultes "Dirty Dancing" (1987) et "Ghost" (1990). Néanmoins là aussi, les propos restent superficiels, le film choisissant souvent les titres en fonction des copains de tournage afin qu'ils meublent le documentaire avec de petites anecdotes consensuelles. A ce jeu-là, "Point Break" (1991) qui est pourtant le sommet de sa carrière est vite expédié faute de participants. De même, on peut signaler des oublis regrettables, comme sa prestation dans la mini-série "Nord et Sud" (1985) qui a été un tournant dans sa carrière, lui ouvrant les portes d'Hollywood en plus de lui donner une aura romantique et de révéler ses talents de cavalier.

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Pleasantville

Publié le par Rosalie210

Guy Ross (1998)

Pleasantville

"C'était mieux avant, vraiment?" C'est un peu la question posée dans "Pleasantville" dont le postulat rappelle un peu celui de "Retour vers le futur" (1985). David (Tobey MAGUIRE) est un adolescent des années 90 qui s'évade, d'abord métaphoriquement puis littéralement dans une série des années 50 pour oublier un présent morose. "Pleasantville" est le nom de cette série qui se déroule dans une petite ville américaine des années 50 tout à fait comparable à Hill Valley avec ses repères rassurants, notamment sur le plan familial. David vit dans une famille encore plus dysfonctionnelle que le Marty de Robert ZEMECKIS avec une mère célibataire sur le point de se barrer pour retrouver un amant de 10 ans plus jeune. Alors voir ce qui est présenté comme un foyer idyllique avec un papa qui gagne sa vie à l'extérieur et lorsqu'il rentre à la maison trouve une maman au foyer soigneusement apprêtée qui a passé sa journée à lustrer l'intérieur et à préparer les repas le fait rêver. Mais en passant de l'autre côté du miroir, il découvre aussi l'envers du décor. David LYNCH n'a cessé de mettre en pièces le rêve américain en montrant les dessous venimeux de ces bourgades pimpantes et j'ai eu parfois la sensation au détour d'un plan de me retrouver dans "Blue Velvet" (1986) (les pompiers) ou dans "Twin Peaks" (1990) (les cookies). De fait, l'irruption de David et de sa soeur délurée Jennifer (Reese WITHERSPOON) est une expérience perturbatrice un peu semblable à ce qu'avait pu produire Elvis Presley sur l'Amérique profonde blanche et puritaine. Elle brise le conformisme et la routine ambiante en introduisant les expériences de l'ailleurs, de la sexualité, de l'altérité mais elle provoque aussi des tensions entre ceux qui embrassent ces changements, principalement des jeunes et des femmes, et ceux qui les refusent, principalement les notables de la ville et le patriarcat. L'idée la plus forte du film est de matérialiser ce clivage par la dichotomie entre le noir et blanc et la couleur. Les personnages qui se laissent "contaminer" par les émotions introduites par David et Jennifer se colorent et voient la vie autour d'eux se colorer aussi alors que les conservateurs qui veulent garder leur vision en noir et blanc tentent d'instaurer un cordon sanitaire: on voit alors parfaitement comment les choix esthétiques du film permettent d'évoquer la ségrégation raciale (la persécution des "colored people"), voire les pogroms et les autodafés. Le basculement du rêve autarcique à la dystopie cauchemardesque rappelle aussi "The Truman Show" (1998). Mais "Pleasantville" souffre d'une écriture parfois confuse et approximative dans les trajectoires de ses personnages qui brouille leur lisibilité. La fin est particulièrement déceptive de ce point de vue là.

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Margot va au mariage (Margot at the wedding)

Publié le par Rosalie210

Noah Baumbach (2007)

Margot va au mariage (Margot at the wedding)

"Margot va au mariage" est dans la continuité du précédent film de Noah BAUMBACH, "Les Berkman se separent" (2006). On est plongé dans le même milieu, celui de la bourgeoisie intellectuelle new-yorkaise dont Noah BAUMBACH ausculte les névroses. Là où un Woody ALLEN enrobait ses personnages de nostalgie, d'ironie ou d'humour burlesque, nous les rendant attachants, Noah BAUMBACH évacue toute forme de romantisme ou de légèreté au profit d'une mise à nu dénuée de complaisance. La présence de leurs enfants fait ressortir ce que ces comportements égocentriques et immatures ont de plus toxique et destructeur. Les parents étalent devant eux leur vie sexuelle, échecs conjugaux, liaisons, pulsions sans filtre, envahissant leur espace mental. Le climat incestuel que décrivait Camille Kouchner dans "La Familia Grande" (à quand une adaptation cinématographique?) rend le passage à l'acte d'autant plus facile à franchir comme le montre le comportement de Malcolm (Jack BLACK) envers Maisy, une adolescente qui vient faire la baby-sitter chez eux. Claude, le fils de Margot (Nicole KIDMAN) âgé de 11-12 ans est le plus malmené de tous. Sa mère le dénigre sur son hygiène, son comportement et ses capacités pour détruire son estime de lui-même. Elle lui refuse en même temps les apprentissages de base comme la natation ou les produits d'hygiène élémentaire comme le déodorant sous des prétextes fumeux. Elle l'isole également du reste de sa famille pour mieux assoir son emprise émotionnelle, la fin illustrant son incapacité à lâcher-prise. Elle pose également des diagnostics sauvages, notamment d'autisme sur les enfants des autres, sans doute pour la même raison. Comme d'autres artistes prédateurs, Margot vampirise la vie de ses proches pour en nourrir ses livres. Mais les autres adultes ne sont guère plus reluisants, que ce soit le père de Maisy, Dick (Ciaran HINDS), un pervers narcissique avec lequel Margot a une liaison ou sa soeur Pauline (Jennifer JASON LEIGH) avec laquelle Margot est sournoisement en guerre. Quant au fiancé de Pauline, Malcolm qui est un musicien sans emploi stable, il est constamment rabaissé par Margot qui le juge indigne de la famille. Sa candeur apparente cache une hypersexualisation dénuée de limites dont on voit diverses manifestations avant le dérapage de trop avec Maisy.

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L'Odyssée (The Odyssey)

Publié le par Rosalie210

Christopher Nolan (2026)

L'Odyssée (The Odyssey)

"Du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent", enfin dans le cas d'Ulysse, trente-quatre siècles "seulement" puisque son épopée remonterait à l'époque mycénienne, soit au XIII° siècle avant JC. Sa mise par écrit daterait quant à elle du VIII° siècle avant JC, soit l'époque archaïque, quand l'écriture a cessé d'être seulement un outil administratif pour devenir poétique et fixer pour l'éternité des siècles de traditions orales éparses. L'époque mycénienne est celle des cités royales fortifiées dont la plus puissante, Mycènes, dirigée par Agamemnon, le "roi des rois" a donné son nom à l'époque.

Christopher NOLAN et c'est à souligner offre une immersion visuelle qui respecte les connaissances archéologiques sur la période. Ainsi le palais d'Ulysse à Ithaque a un aspect mycénien, celui d'une puissante acropole perchée et fortifiée. Alors que Agamemnon, le chef de la coalition achéenne est représenté dominant tous les autres comme une figure tyrannique, écrasante et inhumaine. Plus dure sera sa chute lors de son retour où Christopher NOLAN établit un pont entre l'épopée d'Homère (VIII° siècle avant JC) et la tragédie de l'Orestie d'Eschyle écrite au temps de la démocratie athénienne (V° siècle avant JC) en développant son destin funeste et celui de sa famille. Le sacrifice d'Iphigénie est d'ailleurs le premier "flash" traumatique du film qui en contient bien d'autres. Ulysse (Matt DAMON) n'est plus en effet le "héros aux mille ruses" que l'on admire pour son génie tactique. C'est, passé au miroir de nos préoccupations contemporaines un homme hanté par la violence infligée, un traumatisé de guerre qui tente de trouver la paix par l'oubli dans les fleurs de lotus généreusement dispensées par Calypso (Charlize THERON) qui retient Ulysse sur son île pendant des années moins par passion amoureuse comme dans le poème d'origine que sous l'emprise du syndrome de Florence Nightingale. La culpabilité est centrale chez l'Ulysse de Nolan, que ce soit au travers des souvenirs de la prise de Troie qui reviennent là aussi par flashs et par la vision d'une Athéna ( ZENDAYA) qui a pris les traits d'une jeune troyenne décapitée ou par le sacrifice de Sinon (Elliot PAGE), le jeune soldat grec évoqué par l'Enéide de Virgile qui feint d'avoir été abandonné par les siens pour convaincre les troyens d'introduire le cheval dans leur ville en prétendant qu'il s'agit d'une offrande d'Athéna. Par conséquent, Sinon s'invite aux Enfers aux côtés des autres personnages de la mythologie.

Cependant si les principaux épisodes de l'Odyssée sont retranscrits fidèlement et avec souffle, notamment le comportement odieux des prétendants menés par Antinoüs (Robert PATTINSON) et la vengeance d'Ulysse, il manque quelques figures marquantes comme celle de Nausicaa et surtout les interventions divines qui jouent un rôle clé dans la réconciliation collective finale. Cela renvoie à notre société sans transcendance où le sens civique s'est perdu au profit de la seule réussite individuelle. Cet enfermement dans les oeillères idéologiques de notre présent est tout ce qui sépare un Christopher NOLAN d'un Hayao MIYAZAKI.

Ce syndrome désigne habituellement une situation où un soignant développe des sentiments amoureux ou un attachement passionnel pour son patient vulnérable.

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Disco Dancer

Publié le par Rosalie210

Babbar Subhash (1982)

Disco Dancer

Le disco à la sauce Bollywood, une recette que j'avais découverte dans un numéro de Blow Up récent consacré à ce style musical en relation avec l'exposition "Disco, I'm coming out" de la cité de la Musique. Arte a visiblement voulu offrir sa trouvaille en intégralité au public dans le cadre de son "summer of disco" du 28 juin au 9 août 2026.

"Disco Dancer" qui a été un succès dans nombre de pays à sa sortie en 1982 se distingue surtout par sa bande son composée par Bappi Lahiri. Il a importé des standards disco occidentaux de l'époque et il les a revisités à la sauce indienne. Arte a mis en avant dans "Blow Up" "Auva, Auva", transposition indienne synthé-pop de "Video killed the radio star" des Buggles mais on en découvre d'autres comme "Jimmy Aja" qui reprend la structure rythmique et mélodique du tube disco français "T'es OK" de Ottawan. Le titre phare "I'm a disco dancer" est lui-même une hybridation entre des choeurs occidentalisés et une orchestration traditionnelle indienne. Une démarche qui rappelle celle de la période yé-yé en France où les standards américains étaient massivement importés et francisés pour être interprétés par les idoles de l'époque comme Richard Anthony ou Johnny Hallyday. Sheila a même étendu cette appropriation dans les années 70 au disco avec son groupe, les B. Devotion, donnant à la France nombre de tubes disco flanqués d'une esthétique futuriste et d'un groupe afro-américain.

Sans ses fulgurances sonores, le film serait irregardable aujourd'hui tant il est prisonnier de la lourdeur des codes narratifs et du kitsch visuel bollywoodien. Ceci étant c'est justement le contraste entre le mélodrame familial larmoyant et l'exubérance joyeuse des chorégraphies disco sous les boules à facettes qui a contribué à rendre le film culte. Adil/Jimmy qui revient à Mumbai pour se venger de l'homme d'affaires véreux responsable de l'emprisonnement et de la mort de sa mère a même un petit avant-goût de Assane Diop/Lupin. Le spectacle, l'artifice et la ruse deviennent des armes redoutables contre l'ennemi de classe. La subversion est dans les deux cas externe par l'adhésion des foules et interne par la séduction de la fille en sous-marin.

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Le Héros de Berlin (Der Held vom Bahnhof FriedrichstraBe)

Publié le par Rosalie210

Wolfgang Becker (2024)

Le Héros de Berlin (Der Held vom Bahnhof FriedrichstraBe)

"Le Héros de Berlin" est le film testamentaire de Wolfgang BECKER, mondialement connu pour "Goodbye Lenin" (2001) et disparu en décembre 2024. "Le Héros de Berlin" reprend nombre d'ingrédients de son hit international: la référence à l'histoire est-allemande, le mensonge uchronique, Daniel BRUHL, révélé par "Goodbye Lenin" (2001) dans un hilarant caméo. La différence majeure réside cependant dans le fait que Micha (Charly HUBNER), à l'inverse d'Alex n'est pas l'auteur du mensonge qui transforme une simple erreur d'aiguillage lorsqu'il était un jeune cheminot en acte héroïque. Il devient le complice du journaliste (Leon ULLRICH) qui invente ce récit fictionnel de passage à l'ouest pour faire un scoop à l'occasion de la commémoration des 30 ans de la chute du mur de Berlin. Micha se laisse séduire par cette réalité alternative parce qu'elle le dépeint sous un jour flatteur alors qu'il s'agit en réalité d'un looser bedonnant qui a toujours subi sa vie. Gérant d'un vidéoclub en faillite, Micha est appâté par l'argent mais aussi par le succès et l'attention des médias: il passe à la TV, devient le sujet d'une biographie, la tête d'affiche d'une campagne publicitaire, doit prononcer un discours au Bundestag etc. Le problème est que l'ampleur de l'engouement finit par le dépasser alors même qu'il entame une idylle avec Paula, une procureure qui 30 ans plus tôt faisait partie des 127 passagers du train passés à l'ouest grâce au prétendu "acte héroïque" de Micha.

Il aurait fallu cependant un tempo plus enlevé pour que la satire soit véritablement mordante. Tel quel, le film ronronne, voire se traîne. L'état dans lequel le réalisateur l'a réalisé et le fait qu'il n'a d'ailleurs pas eu le temps de tout à fait le terminer lui-même explique sans doute ce gros problème de manque de rythme.

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