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La Disparition de Josef Mengele (Das Verschwinden des Josef Mengele)

Publié le par Rosalie210

Kirill Serebrennikov (2025)

La Disparition de Josef Mengele (Das Verschwinden des Josef Mengele)

Kirill SEREBRENNIKOV m'évoque des souvenirs épuisants et au final assez peu concluants. Encore que "La Fievre de Petrov" (2021) avait fini quand même par emporter le morceau mais dans la douleur. Quant à "Leto" (2018), j'avais eu du mal à y voir autre chose que de l'art pour l'art et il ne m'a guère laissé de souvenirs.

Rien de tel avec "La disparition de Josef Mengele". C'est peut-être parce qu'il s'agit de l'adaptation du livre de Olivier Guez ou alors par son caractère de film historique et biographique ou encore par son aspect philosophique étant donné qu'avec Adolf Hitler, Josef Mengele est sans doute celui qui incarne le plus aux yeux du monde la figure du mal absolu chez l'être humain. C'est aussi lié évidemment au fait qu'il a jamais eu de comptes à rendre à la justice des hommes, ayant préféré la fuite et l'exil jusqu'à sa mort en 1979 et l'identification formelle de ses restes qui a eu lieu en 1985 et a été confirmée au début des années 90. C'est justement les méandres de cette fuite sur trois décennies que raconte le film. Et c'est passionnant. Car le film va au-delà de l'homme. Il évoque d'une manière remarquable le système idéologique et social qui l'a fait naître, l'a formé et dans lequel il a continué à se vautrer jusqu'à la fin. On assiste en effet avec un certain effroi à l'impunité de ce criminel pouvant se balader dans les années 50 entre l'Argentine et la RFA grâce à son réseau familial, amical et social qui maintient la fiction "du monde d'avant" comme si le nazisme était encore au pouvoir. D'une certaine manière, c'est l'amnésie de l'Allemagne et au-delà, du monde entier obnubilé par la guerre froide qui est pointé du doigt* (le massif taillé en forme de croix gammée au vu et au su de tout le monde ne choquant personne au fin fond de l'Argentine de l'époque). Le procès Eichmann en 1960 marque cependant un tournant dans la prise de conscience du caractère spécifique de la Shoah. Ayant échappé de peu à l'enlèvement lui aussi, il n'est plus alors qu'un criminel en fuite, obligé de changer plusieurs fois de pays (après l'Argentine, le Paraguay puis le Brésil) et d'identité (après "Gregor", ce sera "Peter" et enfin "Pedro") et dont la déchéance sociale est totale puisqu'il termine son existence seul, confiné dans un "trou à rats" et enfermé dans son délire oscillant entre endoctrinement idéologique, déni et victimisation ("pourquoi moi, c'est trop injuste, il y avait plein de méchants à Auschwitz, je n'ai fait que mon devoir bla bla bla"). Au moins on est satisfait de voir que dès les années 50, là où son entourage rempli de morgue ne cesse de lui conseiller de prendre du bon temps à Munich, l'homme est intranquille voire paranoïaque, voyant des ennemis potentiels partout (et si un groupe de juifs en tenue traditionnelle se pointe alors c'est la panique totale!) Une fébrilité qui s'accompagne de scènes de furie furieuse dignes de Hitler dans son bunker dès que le bonhomme se heurte au réel. On soulignera l'argument opposé systématiquement à son fils dès que celui-ci lui pose des questions: "tu ressembles à ta mère, tu es le fils de ta mère", (ah ben oui pense-t-on, t'étais trop occupé ducon à sauver ta peau pour t'en occuper!) Cette conscience torturée culmine dans une scène où il se retrouve poursuivi par les fantômes des êtres qu'il a charcuté à Auschwitz, période dont le film ne pouvait faire l'économie. Mais comment la montrer sans l'édulcorer mais sans non plus verser dans un voyeurisme écoeurant? Kirill SEREBRENNIKOV choisit le film dans le film sous forme de flashbacks en couleurs (comme si Auschwitz avait été la plus belle période de sa vie ce qui a sans doute été le cas puisque c'est celle où il a pu déployer tout son "potentiel"**) et l'épure (le pire ne sera pas montré, juste suggéré ou seulement évoqué mais en même temps, les images montrées sont suffisamment concrètes pour que l'on comprenne sensoriellement à la monstruosité du personnage). On pense alors à la portée de la séquence inaugurale en forme "d'arroseur arrosé" qui reprend le même dispositif que dans le bloc des expériences à Auschwitz: sauf que les restes humains analysés sur la table d'un laboratoire par des étudiants de toutes origines (dont des jumeaux noirs), ce sont désormais les siens.

J'ajoute que August DIEHL est particulièrement brillant dans le rôle principal, dans le sillage d'un Bruno GANZ (car lui aussi a exploré les deux côtés de la barrière en ayant incarné un objecteur de conscience prêt à mourir pour ses convictions dans "Une vie cachee") (2019).

* Un thème déjà abordé dans l'excellent "Le Labyrinthe du silence" (2014).

** On pense beaucoup à "La Zone d'interet" (2021), l'environnement du camp étant montré comme un Eden.

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Nouvelle chance

Publié le par Rosalie210

Anne Fontaine (2006)

Nouvelle chance

Déception pour ma part avec ce dernier volet de la trilogie d'Augustin. Le début était pourtant prometteur avec Jean-Chretien SIBERTIN-BLANC racontant l'histoire de la princesse Kaguya déguisé en Gheisha: de quoi être d'emblée plongée dans le bain asiatique d'autant que la femme et les enfants que l'on voit à l'écran sont les vrais membres de la famille de l'acteur. On pardonne donc le manque de cohérence avec le précédent film, "Augustin, roi du kung-fu" (1998) où il finissait expatrié en Chine et marié à une chinoise. Et ce d'autant que dans la salle, se trouve une spectatrice de choix: Danielle DARRIEUX alias Odette Saint-Gilles, une ancienne vedette de l'opérette. Enthousiasmée par la performance d'Augustin, elle lui propose d'adapter une pièce de théâtre qu'elle adore, "Les Salons" élaboré à partir de la correspondance entre deux femmes d'esprit, Mme Du Deffand et Julie de Lespinasse. On pense alors qu'on va être téléporté dans un univers à la "Mademoiselle de Joncquieres" (2017) ou dans celui de "Les Liaisons dangereuses" (1988). Au lieu de quoi, on se retrouve dans la piscine du Ritz où travaille Augustin qui y recrute une actrice de télévision, Bettina puis un ami comédien joué par Christophe VANDEVELDE finalement jugé trop poilu (!) pour le rôle de l'amant de Julie qui échoit à l'employé de la maison de retraite où vit Odette, un éphèbe blond aux dents longues joué par Andy GILLET. Si l'idée de faire jouer Julie par Arielle DOMBASLE ne manque pas de sel tant l'actrice rohmérienne s'amuse d'elle-même et de son image de "sirène bimbo" dans cet univers décalé où elle déclame une belle phrase pleine de sens "un sort qui me délivrerait de moi-même", le courant ne passe pas vraiment avec Danielle DARRIEUX si bien que chacune joue sa partition dans son coin. Plus généralement, en dehors du fait que jalousies, ambitions et rivalités minent la troupe, les éléments éparts ont bien du mal à former un tout harmonieux et face à ces deux actrices qui prennent beaucoup de place, Jean-Chretien SIBERTIN-BLANC ne parvient pas à faire exister son personnage qui apparaît brusquement privé de tout son caractère. Soit l'exact opposé de son formidable duo avec Darry COWL dans "Augustin, roi du kung-fu" (1998). Quant à la pièce, on en reste aux répétitions dans une chambre d'hôtel ou un jardin, c'est dire si c'est passionnant! Pourtant, c'est l'occasion d'admirer combien à 88 ans, Danielle DARRIEUX était encore en pleine possession de tous ses moyens, chantant même encore devant la caméra.

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Augustin

Publié le par Rosalie210

Anne Fontaine (1995)

Augustin

Le principal intérêt de ce film très court (1h) réside dans le personnage d'Augustin, joué par le petit frère de Anne FONTAINE, Jean-Chretien SIBERTIN-BLANC qui fait sa première apparition à l'écran. Pour le reste, la réalisation fait très cheap et très amateur. On a affaire à un collage plutôt décousu de scénettes proche du film à sketches: Augustin à son bureau, Augustin et la directrice de casting, Augustin garçon d'hôtel, Augustin et la femme de chambre (déjà chinoise!), Augustin tourne un bout d'essai avec Thierry LHERMITTE dans son propre rôle, Augustin passe la soirée avec un pote amateur d'autographes de vedettes de music-hall etc. Les acteurs semblent improviser ce qui n'est pas pour rien dans l'impression d'amateurisme que dégage le film. L'idée qui se cache derrière ce dispositif est de mettre les interlocuteurs d'Augustin mal à l'aise face à ce personnage sans filtre et parfois sans limites, c'est pourquoi Anne FONTAINE étire les scènes jusqu'à ce que cela devienne gênant (ou franchement ennuyeux). Pour tenter d'aérer le film, Anne FONTAINE fait circuler à vélo son personnage dans les rues de Paris (une référence à "Mon oncle" (1957)?) sur des airs traditionnels portugais (en référence à l'origine d'Augustin) ce qui est plutôt sympa et termine sur une scène à la campagne totalement ratée.
En bref, on sent le potentiel du personnage, notamment les caractéristiques de "l'autiste savant". On est pas encore dans l'apprentissage instantané des langues mais l'obsession pour les chiffres et la mémorisation des détails est éloquente "Je suis employé depuis 10 ans au crédit central d'île de France. Je travaille au service du contentieux. Je suis le numéro quatre du comité d'imputation qui traite les dossiers d'impayés. Nous enregistrons chaque année 800 cas de faillite, 6200 décès et 20 mille divorces. Grâce au mi-temps, je ne travaille que 3h38 par jour et je gagne 4500 francs par mois, primes comprises, sans compter le treizième mois (...) Il est 11h38. J'ai terminé ma journée." Reste à construire à côté du phrasé et du comportement décalé un corps burlesque et une vraie intrigue, ce sera "Augustin, roi du kung-fu" (1998).

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Dossier 137

Publié le par Rosalie210

Dominik Moll (2025)

Dossier 137

Sujet clivant et hautement inflammable en France que celui des violences policières auquel Dominik MOLL s'attaque avec un certain courage et une volonté louable de nuances et d'équilibre. On retrouve dans son dernier film la question centrale de l'injustice et de l'impunité: nulle catharsis ne vient soulager le spectateur à la fin d'une enquête pourtant menée avec une rigueur exemplaire et un soin tout particulier qui ne doit pas constituer la règle mais l'exception, j'y reviendrai. Le film éclaire en effet le rôle de l'IGPN, la police des polices. Refusant de relayer le principal reproche fait à l'institution à savoir son manque d'indépendance, Dominik MOLL préfère mettre en lumière Stéphanie, une enquêtrice intègre et pugnace mais tiraillée entre son appartenance au milieu des forces de l'ordre qui passe son temps à lui tomber dessus à bras raccourcis en lui reprochant sa "félonie" (le corporatisme de la profession est souligné à de nombreuses reprises) et ses liens, même ténus, avec la famille de la victime et au-delà, avec la France périphérique des gilets jaunes. C'est d'ailleurs la principale limite du film à mes yeux. Si la question de l'empathie de la policière qui lui fait outrepasser ce que l'on attend d'elle est infiniment mieux traitée que dans "L'Interet d'Adam" (2024), il n'en reste pas moins qu'elle n'est pas représentative de la réalité et pas toujours très professionnelle (la scène du supermarché et surtout, celle où elle viole le secret de l'instruction sont gênantes de par la confusion qui s'instaure entre le public et le privé). Il serait temps d'ailleurs que Lea DRUCKER cesse de jouer à la bonne samaritaine se portant au chevet des maux de la France. L'homme ou la femme providentielle, ça suffit. Car contrairement à "La Nuit du 12" (2021) qui faisait exister aux côtés du personnage de Bastien BOUILLON celui de Bouli LANNERS, Stéphanie apparaît comme isolée au milieu de collègues anonymes. Et si le contexte de la bavure policière est bien rappelé, notamment leur déresponsabilisation par un pouvoir politique en panique cherchant à sauver sa peau, il aurait été sans doute préférable à la manière de la remarquable série "Oussekine" (2022), de confronter plusieurs points de vue aux côtés de celui de la police dont celui de la famille de la victime, trop survolé et celui du gouvernement lui-même, le commanditaire, sujet sans doute tabou au vu du fait que les protagonistes sont toujours en exercice. Malgré ces réserves, le film-enquête de Dominik MOLL, tiré de faits réels est haletant de bout en bout et interroge avec pertinence nombre de sujets comme la réticence des témoins à collaborer avec la police ou la limite de l'image en tant que preuve. 

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Augustin, roi du kung-fu

Publié le par Rosalie210

Anne Fontaine (1999)

Augustin, roi du kung-fu

Quelle découverte ce film! Un vrai cadeau-surprise étant donné que j'étais loin de me douter du contenu. Or dans ce contenu, il y a tout ce que j'aime:

- Un personnage burlesque qualifié de "pierrot lunaire" ou de "doux rêveur" mais qui a surtout de nombreux traits neuro-atypiques le rapprochant de l'autisme: ignorance totale des codes sociaux, phobie du contact, hyper-sensibilité, phrasé particulier, raideur corporelle et relative inexpressivité du visage, intérêts spécifiques, haut potentiel intellectuel à la "Rain Man" (1988) (son apprentissage express de la langue chinoise).

- Un attrait affirmé pour l'Asie qui fait penser à d'autres oeuvres évoquant implicitement ou explicitement l'autisme telles que "Astrid et Raphaelle" (2018) avec le Japon ou "Le Theoreme de Marguerite" (2022) qui se déroule tout comme "Augustin, roi du kung-fu" en grande partie dans le quartier chinois de Paris. J'ai aussi pensé spontanément à "Cherchez Hortense" (2011) de Pascal BONITZER si bien que je n'ai pas du tout été surprise de le voir débouler dans le rôle d'un metteur en scène, de même que Bernard CAMPAN en prof de chinois m'a fait penser à Jean-Pierre BACRI qui est également prof de civilisation chinoise dans le film de Pascal BONITZER. Cet attrait des neuro-atypiques pour l'Asie s'explique au moins en partie par la codification plus claire (et donc plus explicite et plus rassurante) du fonctionnement de ces sociétés ainsi que leur retenue (pour ne pas dire leur introversion), notamment émotionnelle (pas d'épanchements gênants, pas de familiarité déplacée, pas de contacts physiques perçus comme intrusifs etc.)

- J'ai failli le mettre dans le paragraphe précédent mais je me suis retenue (^^) pour celui-ci: un neuro-atypique se sent comme un poisson dans l'eau dans l'univers de "In the Mood for Love" (2000). Alors même si ce film est antérieur au chef d'oeuvre de WONG Kar-Wai, il n'est guère surpris de voir son égérie, Maggie CHEUNG surgir dans le rôle d'une acupunctrice fraîchement immigrée et donc tout aussi déphasée que Augustin qui semble tombé de la lune.On ne le dira jamais assez, Maggie CHEUNG est tout simplement merveilleuse avec son regard profond et son sourire chaleureux et mélancolique à la fois.

- Autre acteur qui accomplit une performance inoubliable dans ce film: Darry COWL. Son personnage n'est autre que le prolongement de celui que Jacques DUFILHO incarnait dans "Un mauvais fils" (1980) de Claude SAUTET sauf qu'au lieu de prendre Patrick DEWAERE sous son aile, c'est le petit frère de Anne FONTAINE, Jean-Chretien SIBERTIN-BLANC qui devient son protégé. On a cette même impression de radar intérieur qui lui fait détecter un "frère" en la personne de cet être si décalé et l'empathie qui se dégage de son visage lorsqu'il le regarde reste en mémoire. Le choix de cet acteur est aussi peut-être un clin d'oeil au rôle qu'il interprétait dans "Les Tribulations d'un chinois en Chine" (1965) de Philippe de BROCA.

Enfin, last but not least, l'apparition brève mais elle aussi marquante de Paulette DUBOST, la Lisette de "La Regle du jeu" (1939) dans l'un de ses derniers rôles.

Comme "Augustin, roi du Kung-fu" est le second volet d'une trilogie, ne me reste plus qu'à découvrir les autres!

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La Kermesse héroïque

Publié le par Rosalie210

Jacques Feyder (1935)

La Kermesse héroïque

Vu il y a très longtemps, j'avais le souvenir d'un film délicieux et c'est effectivement toujours un délice que ce film alliant allégresse, vivacité et somptueuse reconstitution d'une bourgade flamande (située aujourd'hui au nord de la Belgique) du début du XVII° siècle sous domination espagnole. Les décors et les costumes s'inspirent de l'âge d'or de la peinture flamande (Van Eyck, Memling, Brueghel père et fils, Rembrandt, Rubens) et sont habités par une galerie de personnages truculents dominés par l'abattage de Francoise ROSAY, impériale dans le rôle de la femme du bourgmestre ainsi que par l'inénarrable chapelain joué par Louis JOUVET. Le film raconte comment, profitant de la couardise de leurs hommes partis se planquer à l'approche de l'ambassadeur espagnol et de son escorte, leurs femmes vont s'offrir du bon temps en compagnie d'un occupant qui va s'avérer autrement plus charmant (et ouvert d'esprit comme le montre une scène qui fait allusion à l'homosexualité) que leurs ventripotents et encombrants maris. Dès les premières images, le film montre que c'est elles qui charbonnent alors que leurs conjoints se comportent en grenouilles qui veulent se faire aussi grosses que le boeuf. Par conséquent, leur débandade à l'arrivée du prétendu ennemi leur fait pousser une paire de cornes sur la tête qui paraît amplement méritée tant on voit peu la différence quand ils ne sont plus là. Bref comme dans nombre de films de John FORD, Jacques FEYDER célèbre le courage et la puissance des femmes capables de désamorcer conflits et violence (fantasmée dans la tête du bourgmestre en une scène saisissante de viols et de pillage) en les convertissant en une nuit de festivités: les compositions sont si soignées, telles des tableaux vivants qu'on se régale autant de ce qui se passe au premier plan qu'en fond d'écran.

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Une bataille après l'autre (One Battle After Another)

Publié le par Rosalie210

Paul Thomas Anderson (2025)

Une bataille après l'autre (One Battle After Another)

Brillant, haletant et tellement pertinent: en un mot comme en cent, j'ai adoré! Il est vrai que jusqu'ici j'ai adhéré en gros à un film sur deux réalisé par Paul Thomas ANDERSON. J'ai surtout aimé ses films intimistes si justes et originaux mais celui-ci combine à la perfection une histoire tout aussi intimiste avec des enjeux politiques et sociétaux ultra contemporains tout en offrant du très grand spectacle. Le film est très riche et offre une radiographie saisissante de l'Amérique d'aujourd'hui en proie à une guerre civile larvée entre un petit groupe d'activistes d'extrême-gauche, "French 75" (il paraît que c'est le nom d'une arme française mais je ne peux m'empêcher d'y voir un hommage à la Révolution Française), les forces de l'ordre sévissant dans un pays en plein raidissement réactionnaire et autoritaire et enfin un groupe de suprémacistes blancs néo-nazi qui utilise même la chambre à gaz et le crématoire pour éliminer ses éléments "impurs". Comme dans toutes les guerres, ce sont les enfants qui trinquent et bien entendu sans avoir rien demandé. C'est ainsi que Willa, 16 ans (Chase INFINITI) hérite de toutes les fractures de cette Amérique et se retrouve au coeur d'une bataille dont son existence est l'enjeu, obligée de se cacher avec son père sous une nouvelle identité (on pense à "A bout de course") (1988). Cette jeune fille combattante, énergique et farouche est de la trempe d'une Tui (la très jeune héroïne de "Top of the Lake") (2013) ou encore d'une Lale, la toute aussi jeune héroïne du non moins haletant "Mustang" (2014). Elle a de qui tenir puisque ses parents biologiques sont des combattants issus des deux camps opposés. Mais Paul Thomas ANDERSON dégonfle la baudruche. Sa mère, Perfidia (Teyana TAYLOR), une sorte de Grace JONES dominatrice s'est évaporée de la circulation après avoir trahi son camp et son père (excellent Sean PENN) est un colonel cachant ses penchants sexuels SM inavouables en s'affiliant au suprémacisme blanc et en traquant la gosse métisse qui pourrait le trahir. Willa n'a que son père adoptif auquel se raccrocher justement peut-être parce que celui-ci est dépeint comme l'antithèse absolue de ces gros bras musclés abritant des ensembles vides. Leonardo DiCAPRIO ressemble à s'y méprendre à Jeff BRIDGES dans le rôle de Jeffrey Lebowski. Autrement dit un loser traînant en robe de chambre et au cerveau grillé par la dope. Cela donne des scènes drolatiques comme celles où il ne parvient pas à se souvenir du mot de passe qu'un membre tatillon du groupe révolutionnaire lui demande sans cesse. Heureusement qu'il est épaulé par "Sensei" Sergio, le maître de karaté de sa fille d'origine mexicaine (Benicio DEL TORO) qui offre un refuge à ses compatriotes pourchassés par les forces de l'ordre anti-immigrés tandis que les "French 75" les aident à s'évader des centres de rétention où ils sont parqués. Le choix de montrer la générique de "La Bataille d'Alger" (1965) qui dépeint une guerre asymétrique entre l'armée d'un Etat colonisateur et une guérilla autochtone essayant de conquérir son indépendance est tout sauf anodin.

J'ajoute que comme dans "Licorice Pizza" (2021), Paul Thomas ANDERSON confie des clés de voiture à ses héroïnes féminines pour des virées inoubliables et immersives incroyables, qu'elles soient en marche arrière ou en mode course-poursuite sur des routes toutes en bosses et de creux ce qui entraîne une tension constante au fur et à mesure que les voitures disparaissent et réapparaissent.

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Dossier secret (Mr. Arkadin)

Publié le par Rosalie210

Orson Welles (1954)

Dossier secret (Mr. Arkadin)

Je n'avais plus que des souvenirs flous de "Mr. Arkadin" (1954) (titre sous lequel j'ai découvert "Dossier Secret") mais ce qui m'avait marqué, c'était son atmosphère étrange, à la limite du conte fantastique: des éclairages expressionnistes de film noir, des cadrages obliques, une galerie de personnages pittoresques mais inquiétants, une Espagne (et son château!) aux airs de Troisième Reich avec des pénitents noirs aux cagoules semblables à celles du Ku Klux Klan, un montage rapide, succession de vignettes hallucinées et chaotiques (à l'image du tournage) qui donne à ce film une allure de valse (macabre) de pantins manipulés par un maître du jeu s'exprimant par paraboles: Gregory Arkadin alias Orson WELLES en personne. Mi-Ogre, Mi-Neptune, Arkadin ressemble à Charles Foster Kane de par sa puissance et sa richesse. Il semble omnipotent, écrasant (festival de plongées et de contre-plongées en vue!) mais comme lui, il possède un talon d'Achille qui le dévore de l'intérieur. Arkadin ressemble aussi à un autre personnage de Orson WELLES: Charles Rankin. Comme lui, il porte un masque respectable derrière lequel se cache une âme criminelle cherchant à réécrire l'histoire en effaçant les traces de son passé. Le parcours de l'enquêteur, un des pantins de Arkadin, petite fripouille sans envergure l'entraîne de l'Europe centrale jusqu'en Amérique latine, soit le refuge de nombreux nazis ayant fui la justice après la guerre. Un portrait renversé d'Hitler dans un appartement de Munich complète le tableau. Bref, d'une manière métaphorique, Orson WELLES décrit un monde post-seconde guerre mondiale hanté par les fantômes du nazisme mais aussi par les mirages du capitalisme qui lui a succédé en terme d'idéologie devant laquelle se prosterner. Soit le constat qu'ont fait d'autres grands cinéastes tels que Billy WILDER.

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Heat

Publié le par Rosalie210

Michael Mann (1995)

Heat

"Je suis ce que je pourchasse": cette phrase prononcée par Vincent Hanna le policier (Al PACINO) est la clé de "Heat". Elle le définit comme le miroir ou la face B ou encore le revers de la médaille ou le Yang de Neil McCauley, le truand (Robert De NIRO). Le fait de faire interpréter les deux personnages par deux légendes du cinéma qui ne s'étaient jamais donné la réplique dans un film mais avaient interprété vingt ans auparavant dans "Le Parrain, 2e partie" (1974) deux personnages liés par le sang mais séparés par le temps renforce cette impression de dédoublement. Le professionnalisme de ces deux hommes qui sacrifient tout à leur job créé un drame de la solitude et de l'échec qui donne au film sa vibration mélancolique. Le final en forme de cache-cache sur le tarmac d'un aéroport scandé par le fracas et les lumières aveuglantes des atterrissages n'est pas seulement virtuose en terme de mise en scène. Il atteint la dimension d'un requiem. Dans "Heat", l'éternelle histoire des gendarmes et des voleurs prend des accents shakespeariens comme dans "Le Parrain" (1972). Le braquage parfaitement exécuté mais raté au final en raison d'une erreur fatale de casting a des allures de compte à rebours pour Neil qui s'offre une dernière échappée romantique sans issue avant le grand plongeon. Quant au troisième mariage de Vincent, on peut mesurer son état à celui dans lequel termine sa belle-fille jouée par une Natalie PORTMAN encore adolescente. D'ailleurs et c'est à souligner, la réussite du film de Michael MANN s'explique aussi par un aspect souvent passé sous silence en raison du rayonnement des deux acteurs principaux: aucun personnage secondaire n'est négligé, ils ont tous une épaisseur humaine qui les rendent attachants, même lorsqu'ils ont peu de temps à l'écran ou qu'ils jouent des personnages peu recommandables à l'exception notable de Waingro le psychopathe et de son commanditaire ripoux Van Zant. On pense par exemple à Val KILMER qui joue Chris un personnage qui pourrait être comme un fils ou un petit frère pour Neil mais qui a lui-même une femme et un enfant qu'il met en danger par ses actes. Et alors que Charlene n'apparaît que dans peu de scènes, son rôle reste dans les mémoires parce qu'elle est montrée comme tiraillée entre le souci de protéger son petit garçon et les sentiments qu'elle porte à Chris et qu'elle ne veut pas trahir. La durée du film est ainsi pleinement justifiée dans ce qui s'apparente (encore une fois comme "Le Parrain" (1972)!) à un opéra tout en bleu et noir dans lequel chasseur et chassé, si loin mais si proches communient un bref instant avant d'être séparés à tout jamais.

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Astrid et Raphaëlle saison 6

Publié le par Rosalie210

Laurent Burtin et Alexandre de Seguins (2025)

Astrid et Raphaëlle saison 6

Je viens de terminer la sixième saison de "Astrid et Raphaëlle" qui en est maintenant à son 59eme épisode. Quel bilan tirer de cette nouvelle saison? Qu'il y a tout d'abord un certain nombre de changements. Le plus notable (et le plus commenté) est le départ de Jean-Louis GARCON de la série qui jouait le rôle du commissaire Bachert. Celui-ci ne faisait pas que de la figuration mais imposait une vraie présence notamment à travers ses petites manies comme la balle de relaxation qu'il avait toujours dans la main ou sa collection de sphères de différentes tailles (une obsession!) sur son bureau. Le départ de l'acteur annoncé en amont a permis au personnage de faire une sortie élégante et plausible ainsi que d'introduire un successeur a priori psychorigide (joué par Hubert ROULLEAU) mais qui se détend très vite une fois qu'il a pris ses marques. Le second changement concerne Tetsuo, le petit ami de Astrid qui prend (enfin) de l'épaisseur avec la révélation de son passé qui se rattache au phénomène des johatsu (il y a du "Perfect Days" (2022) dans l'air!) Enfin, les deux enquêtrices au coeur de la série évoluent d'une manière beaucoup plus tangible que dans les précédentes saisons au point d'inverser leurs rôles. Raphaëlle est dépeinte comme diminuée suite aux séquelles de son empoisonnement dans la saison 5. Accessoirement, cette situation lui fait découvrir le pénible quotidien des handicapés: perte d'autonomie, invisibilisation sociale, inadaptation des lieux. Astrid de son côté n'apparaît plus déconnectée du monde réel et de ses émotions mais au contraire à fleur de peau comme si elle était passée (ce qui est fréquent chez les autistes) d'une hyposensibilité à une hypersensibilité. Ce qui rend son visage beaucoup plus expressif et diminue d'autant son aspect atypique (et ce n'est pas plus mal car l'autisme n'est pas forcément visible au premier coup d'oeil). Quant à sa "flexibilité", elle se mesure au fait d'être désormais capable de faire équipe avec Nicolas (Benoit MICHEL) et même avec Nora (Sophia YAMNA) au fur et à mesure que les défaillances de Raphaëlle l'empêchent d'occuper le devant de la scène.

Enfin, cette saison a un attrait spécifique pour moi: elle a été en grande partie tournée juste à côté de chez moi, au coeur de la Cité universitaire de Paris, un merveilleux sanctuaire architectural de 47 maisons qui fête cette année son centenaire. Selon l'adage "vivons heureux, vivons caché", cet endroit extraordinaire s'étendant sur 34 hectares est peu connu alors qu'il comporte un patrimoine exceptionnel que l'on peut visiter lors des journées du patrimoine et en visite guidée (et son parc est en accès libre). Dans la série on voit une course-poursuite dans le parc, une séquence dans la fondation Deutsch de la Meurthe (alias dans la série le collège Overlook), une autre dans la maison de Cuba (l'institut du paranormal dans la série), une autre dans la maison Lucien Paye renommée "Institut africain" et enfin une dernière dans le salon de la maison d'Asie du sud-est (qui devient un tripot clandestin dans la série).

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