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Typhoon club (Taifu kurabu)

Publié le par Rosalie210

Shinji Somai (1985)

Typhoon club (Taifu kurabu)

Comment souvent quand je découvre des films japonais relativement anciens, je reconnais des influences sur des films ultérieurs que j'ai vu. Ainsi il est probable que Mamoru HOSODA s'est inspiré de "Typhoon club" (1985) pour la scène où ses personnages sont coincés dans un établissement scolaire pris dans la tempête et où la proximité physique agit comme un révélateur chimique. "Typhoon Club" évoque ce moment suspendu où un groupe de lycéens se retrouvent confinés seuls dans leur bahut pendant que l'orage se déchaîne au-dehors. Les règles ultra-rigides qui régissent leur quotidien explosent alors pour laisser place aux pulsions débridées: celles d'Eros et de Thanatos. L'exploration du désir va de pair avec la violence et la mort. Shinji SOMAI alterne ainsi à la manière d'un trouble bipolaire des scènes d'euphorie libératrice dont une évoque furieusement "Lady Chatterley" (2006) lorsque les jeunes dansent nus sous la pluie avec des scènes de déprime existentielle où la mort rôde, tapie dans l'ombre. Avec l'usage répété des plans-séquence, on la voit venir de loin. L'adolescence est particulièrement bien captée par le cinéma japonais, une culture fondée sur l'impermanence. La métamorphose adolescente se synchronise parfaitement avec le cycle des saisons. Ici, elle est représentée par la tempête, ailleurs ce sera par les cerisiers perdant leurs fleurs.

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Haut les coeurs !

Publié le par Rosalie210

Solveig Anspach (1999)

Haut les coeurs !

Lorsque j'ai vu pour la première fois ce film à sa sortie au cinéma, j'ignorais qu'il racontait l'expérience de la réalisatrice, Solveig ANSPACH dont c'était le premier film. Seize ans plus tard, c'est d'ailleurs une récidive de son cancer qui l'a emportée à l'âge de 54 ans. Mais "Hauts les coeurs!" m'a marquée parce qu'il fait cohabiter dans un même corps la vie (la grossesse) et la mort (le cancer) et parce que le cri de colère que pousse Emma (Karin VIARD) chez le coiffeur devant un client qui fait l'apologie des méthodes d'accouchement naturel m'est resté en tête: "Et bien moi, je remercie la médecine et j'emmerde la nature". Parce que on a oublié qu'avant la médecine moderne, beaucoup de femmes mouraient en couches et dans le cas d'Emma, elle n'aurait pas pu aller jusqu'au terme de sa grossesse avec une tumeur au sein aussi avancée que la sienne. La colonne vertébrale du film est là, dans ce combat que mène Emma pour donner la vie tout en repoussant la mort à l'aide d'un cancérologue franc mais empathique (Philippe DUCLOS) qui a compris que la grossesse d'Emma était le meilleur antidote qui soit à sa maladie, en dépit des aménagements du traitement que cela demande. Grâce au dialogue qui s'instaure entre lui et sa patiente, on voit comment Emma parvient à décider de son destin et de celui de son enfant, dans les limites du possible. On voit également comment la maladie redéfinit les rapports entre elle et les hommes qui l'entourent. Son compagnon, Simon (Laurent LUCAS) et son frère, Olivier (Julien COTTEREAU) sont peu matures et plutôt du genre à fuir les responsabilités alors qu'Emma a plutôt à l'inverse une personnalité écrasante. Sa maladie oblige Simon qui n'était pas chaud au départ pour avoir un bébé à l'accompagner dans l'épreuve alors que Olivier s'efface pour ne pas peser davantage sur la situation. Un film porté par une belle énergie.

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Holy Destructors

Publié le par Rosalie210

Aiste ZEGULYTE (2026)

Holy Destructors

Un documentaire contemplatif à la confluence entre histoire de l'art et microbiologie. Son sujet: la détérioration du patrimoine culturel et les efforts des conservateurs pour le restaurer et le préserver. Grâce au choix d'une image la plupart du temps circulaire, le film épouse la vision de l'oeil humain regardant à travers un microscope. On voit des analyses être effectuées pour détecter les bactéries et les champignons responsables de la destruction des oeuvres. Mais en même temps, ces proliférations par le biais du microscope et filmées en accéléré sont rendues fascinantes et poétiques, comme des forêts ou des toiles d'araignées qui naissent et se nourrissent de la matière même des oeuvres. On voit donc comment le travail de conservation essaye d'arracher les oeuvres au processus naturel de la décomposition. Le film montre ainsi que l'oeuvre, conçue pour survivre à son créateur et projeter sa pensée ou son émotion à travers le temps n'échappe pas aux lois de la biologie à savoir finir dévorée par les microbes parce qu'elle est faite de matière. Seule l'intervention des conservateurs empêche sa disparition définitive mais il s'agit d'une lutte permanente et forcément fragile.

Si la réflexion du documentaire est intéressante à la base, le problème réside dans la répétition du même motif sur 1h25 alors qu'on aurait pu élargir à d'autres questions comme celle des altérations, des choix de réparation ou de la sélectivité des oeuvres à restaurer, fruit de choix budgétaires et donc politiques. A l'image de son visuel de bocal, le film finit par tourner en rond dans son expérience de laboratoire. D'ailleurs, le choix de mettre l'accent sur l'art religieux et la religion chrétienne sans le questionner restreint également la portée du film, comme si seul le patrimoine de l'Eglise (catholique) méritait d'être conservé.

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Sweet Charity

Publié le par Rosalie210

Bob Fosse (1969)

Sweet Charity

Un sacré dépoussiérage de la comédie musicale américaine avec cette transposition de "Les Nuits de Cabiria" (1957) à New-York, pas complètement aboutie mais franchement prometteuse. L'abattage de Shirley MacLAINE (certes dans un énième rôle de pute au grand coeur) est impressionnant et les numéros musicaux sont étonnants et novateurs. Il faut dire que c'est le premier film de Bob FOSSE dont on sent déjà le caractère iconoclaste qui fera merveille trois ans plus tard dans son chef-d'oeuvre, "Cabaret" (1972). Il organise une sorte de festival pop un peu foutraque autour de son héroïne, véritable coeur d'artichaud, "amoureuse de l'amour" dont la spécialité est de "se faire des films" avec des amants qui la jettent, parfois littéralement, après lui avoir brisé le coeur et parfois vidé son porte-monnaie. Tellement d'ailleurs qu'elle finit par rencontrer et passer une nuit avec un véritable acteur de cinéma, italien de surcroît, clin d'oeil évident aux origines de l'histoire! Bob FOSSE jongle avec les références comme "West Side Story" (1960) ou "Elle et lui" (1957) et brasse les styles dont un passage franchement psychédélique avec Sammy DAVIS Jr. en gourou hippie, un autre de style égyptien ou encore "The Big Spender" et sa chorégraphie presque robotique (en 1969!) où les entraîneuses ressemblent à des mannequins en vitrine. Le principal point faible du film réside dans l'aspect falot des prétendants et en particulier d'Oscar qu'on se coltine durant la moitié du film au moins. Cela entraîne forcément des longueurs tant on a l'impression que la pauvre Charity s'épuise contre un mur. Autre problème, de structure cette fois, le film contient des pépites mais sans véritable cohérence d'autant qu'il est découpé selon un format théâtral rigide et un peu désuet.

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L'homme à la peau de serpent (The Fugitive kind)

Publié le par Rosalie210

Sidney Lumet (1961)

L'homme à la peau de serpent (The Fugitive kind)

"L'homme à la peau de serpent", comme nombre de films américains de cette époque, dont celui qui a révélé Marlon BRANDO, "Un tramway nomme desir" (1950) est tiré d'une pièce de Tennessee Williams, "Orpheus Descending" qui transpose le mythe dans le vieux sud raciste. On retrouve bien l'atmosphère sauvage, poisseuse, déglinguée, pleine de tension sexuelle et de non-dits du dramaturge américain. Les racines mythologiques de la pièce se font ressentir dans les face à face d'une intensité rare entre les deux monstres sacrés au magnétisme animal que sont Marlon BRANDO et Anna MAGNANI. Lui, le jeune beatnik vagabond qui n'a pour seul bagage que sa guitare et cette seconde peau qu'est sa veste dont le symbolisme est aussi clair que le manteau de fourrure de Dominique SANDA dans "Une chambre en ville" (1982). Elle, la commerçante d'âge mûr qui a vu son père se faire brûler vif parce qu'il a vendu de l'alcool à des noirs et qui dépérit dans sa boutique avec un mari se mourant du cancer. Entre eux plane la menace constante des brutes épaisses qui tiennent la ville, furieux de voir cet Apollon enflammer les femmes qui se trouvent sur son chemin. Car outre Lady Torrance, il il a Mrs Talbot, l'épouse du shérif, elle aussi complètement frustrée et enfin Carol Cutrere (Joanne WOODWARD), une jeune femme à moitié cinglée, nymphomane et presque toujours ivre. Mais le plus beau moment du film, c'est quand Val tente de décrire sa trajectoire d'outcast sous la forme d'un oiseau sans pattes, dormant dans le vent et donc ne pouvant se poser à terre, sauf au moment de sa mort.

La veste en peau de serpent de Val (Marlon BRANDO) comme les chaussures rouges de la sorcière du Magicien d'Oz ont survécu à leur propriétaire. La preuve, on les a retrouvés dans "Sailor & Lula" (1990) de David LYNCH bien des décennies plus tard!

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Women Talking

Publié le par Rosalie210

Sarah Polley (2022)

Women Talking

J'ai aimé ce film dépouillé, théâtral au sens antique du terme dans lequel, réfugiées dans une grange, un aéropage de femmes issues d'une communauté religieuse apparentée aux Amish débattent de leur avenir après avoir découvert qu'elles avaient été toutes droguées et abusées dans leur sommeil par les hommes de leur communauté. Les hommes sont tenus hors-champ à l'exception de l'instituteur qui est de leur côté et qui prend leurs propos en note étant donné qu'elles sont illettrées. Le puritanisme et l'obscurantisme de cette communauté fermée, propice à la consanguinité et en particulier à l'inceste est contrebalancé par l'action collective décidée en urgence après la révélation des faits. Un vote est organisé au terme duquel il en ressort que le statu quo n'est plus possible. Le débat qui brise l'omerta a pour but de déterminer le meilleur choix en conformité avec leurs croyances religieuses: rester et se battre ou partir et reconstruire leurs vies ailleurs. Ce qui est intéressant, au-delà de la pluralité des voix féminines, c'est que dans la grange cohabitent trois générations de femmes qui ont toutes voix au chapitre sur un pied d'égalité. Les grands-mères qui se voient dans l'obligation de revoir en urgence les préceptes qu'elles ont enseigné à leurs filles, les mères au coeur de la tourmente et leurs filles qu'elles n'ont pas pu protéger. La question du devenir de leurs fils (enfants et adolescents) est également un point crucial du débat. Les viols ne sont pas montrés mais le traumatisme est suggéré par les traces qu'il a laissé sur les corps et les esprits mais aussi dans le fait que lorsqu'il est révélé, la seule issue permettant de se reconstruire sur d'autres bases est la rupture et l'exil. Le film est porté par un trio complémentaire très convaincant, Jessie BUCKLEY, Rooney MARA et Claire FOY sans oublier Ben WHISHAW dans le rôle de l'instituteur et la présence discrète de Frances McDORMAND.

Paradoxalement au vu de la noirceur de son sujet, le film est vivifiant. Il montre des femmes qui en constatant que le contrat social de leur communauté est rompu décident de prendre la parole, d'échanger leurs idées comme on le faisait dans l'antiquité et d'agir collectivement pour le refonder sur de nouvelles bases. Le choix du huis-clos devient alors le laboratoire d'un nouveau monde, le monde de demain, même revêtu des oripeaux du XIX° siècle.

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Marqué par la haine (Somebody Up There Likes Me)

Publié le par Rosalie210

Robert Wise (1956)

Marqué par la haine (Somebody Up There Likes Me)

Excellent film de Robert WISE qui nous plonge dans le ghetto new-yorkais du Lower East Side et ses rivalités de bande comme il le fera quelques années plus tard avec "West Side Story" (1960). Toute la première partie du film baigne dans ce décor urbain mythique ayant servi de cadre à d'autres films célèbres dont "Il etait une fois en Amerique" (1984) et "Le Parrain, 2e partie" (1974). Mais s'il y a un film qui hante particulièrement le début de "Marqué par la haine", c'est bien "La Fureur de vivre" (1955). Et pour cause, le rôle de Rocky Graziano devait être à l'origine interprété par James DEAN. Son décès entraîna son remplacement par Paul NEWMAN dans son premier grand rôle où il crève l'écran. Franchement je ne l'ai jamais trouvé aussi bon que dans ce film! A ses côtés on retrouve tout naturellement dans le rôle de son ami de jeunesse Sal MINEO alias Plato dans "La Fureur de vivre" (1955). On remarquera d'ailleurs que dans leur petite bande de loubards, il y a un débutant qui n'apparaît que quelques minutes à l'écran et qui n'est même pas crédité au générique mais qui ira loin: Steve McQUEEN.

Cette remarquable immersion au sein d'une jeunesse délinquante et ghettoïsée incarnée par le gratin de l'Actor studio fait totalement oublier qu'il s'agit de la biographie d'un futur champion du monde de boxe. On voit surtout un jeune défavorisé, sans horizon, qui accumule de la rage et la déverse avec ses poings sur toutes les figures d'autorité: son père qui projette sa frustration de boxeur raté sur lui, le directeur de la maison de correction ou encore les officiers de l'armée. Son talent de boxeur, il le tient de la violence de la rue et Paul NEWMAN incarne cette rage avec une force de conviction qui emporte l'adhésion. On pense déjà en regardant ce jeune chien fou sans collier aux premiers films de Martin SCORSESE et en particulier au personnage de Robert De NIRO dans "Mean Streets" (1973) bien plus qu'au "Rocky" (1976) de Sylvester STALLONE qui s'est pourtant inspiré de la trajectoire du véritable Rocky Graziano mais dont la douceur mélancolique et résignée n'a rien à voir avec le caractère éruptif de celui dont il s'est inspiré. Jusqu'au bout du film, en dépit de ses succès sur le ring, Rocky est "marqué par la haine" c'est à dire par son passé. Celui-ci continue à le hanter au travers des voyous qu'il a fréquenté dans sa jeunesse et qui reviennent pour le faire chanter. L'influence de Robert WISE qui vient du film noir est déterminante dans la persistance de cette menace qui frappait déjà de plein fouet le boxeur de "Nous avons gagne ce soir" (1948). Le happy-end de circonstance imposé au film n'efface pas cette impression de vérisme: Rocky Grazian est un survivant du ghetto (le film rappelle que toute sa bande est soit morte, soit en prison) et en reste marqué à vie.

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Qui donc a rêvé?

Publié le par Rosalie210

Liliane de Kermadec (1965)

Qui donc a rêvé?

Un pur bonheur de cinéphile que ce court-métrage expérimental et surréaliste de Liliane de KERMADEC d'une durée de 23 minutes mais tellement dense que je l'ai regardé deux fois de suite sur HENRI, la plateforme de la Cinémathèque pour en saisir toute la richesse. Sur le plan littéraire, la référence est claire: il s'agit d'une adaptation très libre de "Alice de l'autre côté du miroir" de Lewis Caroll. On y trouve un collage des fragments de l'oeuvre originale librement transposés: la traversée du miroir, la course à la Reine, la boutique de la brebis, la Reine rouge et la Reine blanche, le cavalier blanc, le banquet et le couronnement. Sur le plan cinématographique, l'influence de Alain RESNAIS et plus particulièrement de "L'Annee derniere a Marienbad" (1961) est assez frappante, tant par la présence de Delphine SEYRIG et son immobilité de statue de cire que par le tournage partiel dans les espaces géométriques et démesurés du parc de Sceaux. On pense aussi aux oeuvres ultérieures de Jacques DEMY et Agnes VARDA. Le premier y a certainement puisé des idées pour "Peau d'ane" (1970), la fée des Lilas bien sûr mais aussi les femmes-fleurs et le télescopage des mondes et des époques avec des engins du monde moderne des années 60 (2CV, cosmonautes, alunissage). La seconde y a sans doute trouvé une inspiration pour ses propres installations de miroirs sur "Les Plages d'Agnes" (2007). Mais surtout les deux réalisatrices inscrivent leur combat féministe dans les arts plastiques comme le faisait Annette Messager avec ses installations: "Qui donc a rêvé?" est rempli de tissus, de pelotes de laine, de broderies, de points au crochet et de travaux d'aiguille faits par la Reine blanche alors que le chevalier blanc, incarnation du patriarcat chute et rechute lourdement au sol (comme Rochester dans "Jane Eyre) parce que son armure est lestée par une batterie de cuisine en fer-blanc: "combien de soldats à l'ombre de la reine volent dans un ciel d'été sur un petit plateau à thé". Impossible de ne pas faire un parallèle avec une autre oeuvre habitée par Delphine SEYRIG, celle de Chantal AKERMAN avec ses ménagères au bord de l'explosion ("Saute ma ville" (1968) et bien sûr "Jeanne Dielman 23, Quai du Commerce 1080, Bruxelles") (1975). Dans le film de Liliane de KERMADEC, la petite Alice est donc sans cesse tiraillée entre les deux mondes réservés traditionnellement aux filles: celui d'une représentation narcissique en forme de piège ("miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle?"; "Je veux être reine") et celui de la réalité de l'aliénation domestique ("vous êtes ma prisonnière"). Sa course perpétuelle dans le parc, sur une barque ou bien dans la scène la plus aérienne et la seule en couleurs du film, sur un char à voiles peut être interprétée comme des tentatives d'échappée de ces deux destins.

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Poussière dans le vent (LIAN LIAN FENG CHEN)

Publié le par Rosalie210

Hou Hsiao Hsien (1986)

Poussière dans le vent (LIAN LIAN FENG CHEN)

"Poussière dans le vent" est un beau titre poétique qui évoque l'impermanence, comme ceux du cinéaste japonais Mikio NARUSE. De fait, cette évocation de la jeunesse de NIEN-JEN Wu, le scénariste de HOU Hsiao-Hsien est tout à fait "dans le vent" de ses autres récits intimistes et souvent autobiographiques. Le film raconte l'histoire de deux jeunes gens, Huen et Wan originaires d'un village minier qui partent travailler à Taipei. Elle est employée dans la confection, lui enchaîne les boulots précaires, principalement comme coursier. D'ailleurs une scène du film, celle où on lui vole sa moto rappelle fortement "Le Voleur de bicyclette" (1948). Une parenté logique car le nouveau cinéma taïwanais s'est construit en réaction au cinéma de studio et il est assez clair qu'ils ont été influencés par le néoréalisme italien: tournage dans la rue, en lumière naturelle, avec des acteurs peu ou pas connus voire non-professionnels et surtout le traitement de ce vol est identique à celui du film de Vittorio DE SICA. Il s'inscrit dans la banalité d'un quotidien qui broie l'individu. La tragédie de "Poussière dans le vent" est d'autant plus invisible que HOU Hsiao-Hsien filme ses personnages comme des grains de sable perdus dans des paysages trop grands pour eux. La scène de la gare par exemple où un homme tente d'abuser de la crédulité de Huen qui ne connaît que son village pour lui voler ses affaires fait penser au cinéma des frères Lumière de par sa fixité, sa profondeur de champ, sa diagonale. Idem avec le village minier, toujours filmé à partir du même angle, indifférent à ce qui se joue dans son "cadre". Cette tragédie invisible, c'est l'amour entre les deux jeunes gens qui s'effrite sous la pression du réel, le déracinement, la précarité, la dureté des rapports sociaux. Wan qui agit au début de manière chevaleresque en volant au secours de Huen à la gare est licencié car dans la lutte, il a perdu le repas de l'enfant à qui il devait livrer son repas. Normal que face à une telle injustice, il finisse par devenir cynique et par être tenté à son tour par la délinquance lorsque son outil de travail est volé. La tragédie invisible, c'est aussi celle de la perte de l'innocence et de l'intégrité dans le bain d'un monde corrompu qui ne laisse pas le choix. Mais ce qui brise définitivement le lien entre les deux jeunes gens, c'est quand Wan doit partir pour faire son service militaire de trois ans. Au vu de la scène de la gare, on comprend que Huen ne pourra pas rester longtemps sans protecteur d'autant qu'elle est pauvre et qu'elle subit la pression sociale de son entourage. Un scénario de rupture par l'absence qui ressemble énormément à un autre courant auquel on pense, celui de la nouvelle vague et plus précisément au film de Jacques DEMY, "Les Parapluies de Cherbourg" (1964). Le style est totalement différent mais la structure émotionnelle est identique.

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Portrait d'une enfant déchue (Puzzle of a Downfall Child)

Publié le par Rosalie210

Jerry Schatzberg (1970

Portrait d'une enfant déchue (Puzzle of a Downfall Child)

J'aurais aimé aimer le premier film de Jerry SCHATZBERG mais je n'y ai pas retrouvé la sincérité brute et l'humanité de ses deux films suivants. Le portrait éclaté façon puzzle de cette ancienne mannequin dépressive et mythomane se regarde vraiment trop dans le miroir pour émouvoir, sauf sur les 15-20 dernières minutes. On comprend que Aaron, l'homme qui vient enregistrer les confessions de Lou Andreas Sand est un double de Jerry SCHATZBERG qui avait été photographe de mode et avait eu une liaison avec Faye DUNAWAY. C'est peut-être ce manque de recul qui explique que le film soit si narcissique alors que seul le personnage devrait l'être. Les quelques scènes un peu caustiques sur le milieu de la mode sont noyées dans les innombrables gros plans sur le visage de Faye DUNAWAY et dans un amas de scènes où son jeu, pensé pour la mettre en valeur, sonne faux (comme celles où elle appelle Mark au secours après l'avoir plaqué juste au moment où elle allait l'épouser, on ne sait pas pourquoi d'ailleurs). Quant à Jerry SCHATZBERG, il veut à la fois nous faire du Ingmar BERGMAN et du Michelangelo ANTONIONI sans aller au-delà de l'image ce qui fait que le film manque de rythme et de cohérence. Le résultat est brouillon et quelque peu boursoufflé et le film ne mérite pas selon moi sa réputation flatteuse, même si les fans de Faye DUNAWAY seront comblés.

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