Ocean's Eleven
Steven Soderbergh (2001)
Je n'avais jamais vu "Ocean's Eleven" parce que ce n'est pas vraiment ma tasse de thé. Le film de casse que j'aime est celui qui se termine mal comme "L'Ultime Razzia" (1956), "Quand la ville dort" (1949) ou "Melodie en sous-sol" (1963). Pas pour des raisons morales ("le crime ne paie pas") mais par l'introduction du grain de sable qui vient gripper la machine dans des mécanismes qui pensaient l'avoir évacué. Un antidote à l'hubris humaine en quelque sorte. Or "Ocean's Eleven" se situe dans un registre beaucoup plus superficiel et clinquant dans la lignée de "Les Specialistes" (1985). Les personnages, à l'image des super héros forment une équipe invincible dotée de pouvoirs quasi surnaturels. Le casse devient un défi ludique et le plan se déroule sans accrocs. Le décor chic et toc, celui de Las Vegas fait beaucoup aussi pour cette transformation du tragique en glamour, du hasard à l'attraction où tout glisse comme sur des roulettes, de la chute au trophée, du loser au winner. Pourtant le film de Steven SODERBERGH est un remake, celui de "L'Inconnu de Las Vegas" (1960) qui certes mettait en valeur un effet bande avec le Rat Pack* mais n'échappait pas pour autant à la fatalité. "Ocean's Eleven" devient quant à lui un divertissement de luxe tout à fait approprié à Las Vegas, un numéro d'illusionnisme hors-pair, un miroir narcissique au service de la célébration de la toute-puissance du braqueur et de ses prouesses. Un dispositif parfaitement calibré pour faire briller la surface réfléchissante des stars hollywoodiennes, George CLOONEY, Brad PITT, Matt DAMON, Andy GARCIA ou encore Julia ROBERTS.
* Dans les années 60, The Rat Pack était une bande de copains artistes cools et impertinents, qui se produisait sur toutes les scènes américaines. Mais, leur fief restait Las Vegas. Parmi eux on retrouvait Frank Sinatra, le chef de bande, Dean Martin, Sammy Davis Jr, Peter Lawford, Joey Bishop, Humphrey Bogart, Lauren Bacall... Leurs concerts étaient émaillés de sketchs, de prises de paroles improvisées chaque fois plus drôles en fonction de leur état et leur humeur. Leur slogan, selon la légende, une fois de plus était "Avoir 3 verres d’avance sur le monde entier" et cela se voyait parfois sur scène. Cette bande de copains talentueux, fêtards, flambeurs fut aussi tolérante avant l’heure, dans une Amérique raciste, en refusant, par exemple, de descendre dans les hôtels de Las Vegas qui n’accueillaient pas les Noirs. La légende voudrait d'ailleurs que ce soit Lauren Bacall qui les baptisa ainsi, un soir ou plutôt un petit matin, alors qu’ils rentraient tous ensemble de soirée, la mine plutôt fatiguée. L’actrice leur aurait lancé, en les voyant : "vous avez des mines de rats" ! Rien n’est confirmé et d’autres explications existent. Mais, celle-ci reste la plus drôle.
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