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Articles avec #cinema britannique tag

Vera Drake

Publié le par Rosalie210

Mike Leigh (2005)

Vera Drake

Il était temps d'écrire un avis argumenté sur ce chef d'oeuvre de Mike LEIGH qui a obtenu des dizaines de prix dans le monde dont le Lion d'Or et le prix d'interprétation féminine pour Imelda STAUNTON. Je l'avais déjà vu il y a une quinzaine d'années mais sa force de frappe m'a saisie à la gorge comme si je le découvrais pour la première fois.

"Vera Drake" est un film aussi poignant que déchirant. Il met en scène une femme simple et humble, non seulement sensible à la souffrance de son prochain mais qui agit à son niveau pour leur apporter de l'aide. C'est d'autant plus important que le contexte est rude. L'Angleterre de 1950 est encore en phase de reconstruction, souffre des pénuries dues à la guerre qui pèsent lourd sur les classes populaires et continue à panser ses plaies. Reg, le voisin accueilli par Vera est seul et démuni de tout: il va trouver chez elle un foyer chaleureux (l'acteur, Eddie MARSAN, profondément touchant, a d'ailleurs lui aussi obtenu un prix dans un second rôle). Le reste de la famille de Vera est en effet à l'unisson, chaleureux et solidaire à l'exception notable du fils quelque peu rigide et de la belle-soeur, Joyce, une pimbêche qui méprise la classe ouvrière à laquelle elle appartient pourtant, classe qu'elle rêve de quitter pour adopter le niveau de vie (et l'individualisme) de "l'american way of life".

L'aspect bouleversant du film résulte de la contradiction entre la profonde bonté de Vera et sa condamnation à deux ans 1/2 de prison, moins pour avoir mis en danger la vie d'une jeune fille que pour avoir violé la loi interdisant l'avortement. "Vera Drake" n'est pas le seul film qui dénonce une injustice à la fois légale et sociale mais en l'incarnant à travers un personnage aussi noble et altruiste que Vera, il la rend totalement insupportable. Mike LEIGH montre à travers le cas de la fille des employeurs de Vera (jouée par Sally HAWKINS) enceinte de son petit ami qui a abusé d'elle que femmes riches et femmes pauvres n'étaient pas logées à la même enseigne. Les premières pouvaient contourner la loi qui interdisait alors l'avortement avec l'aide complaisante (et grassement rémunérée) d'un psychiatre et se faire avorter en toute sécurité en clinique. Les secondes n'avaient que les faiseuses d'anges avec leurs méthodes artisanales et dangereuses. Contrairement à Lily qui rackette les filles pour les mettre en contact avec Vera, celle-ci ne demande rien et ne se rend pas compte que les moyens de fortune qu'elle utilise et qu'elle pense être plus doux que l'utilisation d'objets tranchants représente un danger tout aussi grand. Jusqu'au jour où elle est arrêtée parce que l'une des filles qu'elle a aidé a failli mourir. Vera est littéralement brisée, sa famille - qu'elle maintenait dans l'ignorance de ses activités - est foudroyée sur place. Imelda STAUNTON se fond dans ce personnage avec une justesse confondante au moins de nous faire entendre sa détresse sans les mots qui n'arrivent pas à sortir, ce besoin d'aider plus fort que la loi, plus fort même que la quiétude familiale.

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Le Prince et le pauvre (The Prince and the Pauper)

Publié le par Rosalie210

Richard Fleischer (1977)

Le Prince et le pauvre (The Prince and the Pauper)

Je me souviens vaguement avoir découvert "Le prince et le pauvre" avec une version Disney du roman de Mark Twain dans laquelle Mickey jouait les deux rôles principaux au début des années 90. La version de Richard FLEISCHER lui est antérieure puisqu'elle date de la fin des années 70. Le projet s'inscrit dans la foulée du succès des films de Richard LESTER adaptés du roman de Alexandre Dumas "Les Trois mousquetaires" (1973) et ses suites. Une partie du casting est d'ailleurs identique puisqu'on retrouve dans "Le prince et le pauvre" Raquel WELCH, Charlton HESTON et Oliver REED. Richard FLEISCHER qui était alors en fin de carrière met son savoir-faire technique au service d'une commande dont il tire un film très soigné visuellement avec quelques touches satiriques plutôt bien senties mais trop éparses, tant on sent que le scénario a été peu travaillé. Autre problème, Mark LESTER qui joue le double rôle principal a beau être très photogénique (avec un petit air de Bjorn ANDREESEN à l'époque de Tadzio), son jeu est stéréotypé et lassant. Il a du mal à faire exister ses deux personnages, se faisant largement éclipser par "l'ogre" Oliver REED qui est quant à lui excellent. Enfin, si l'adaptation de Dumas chez Richard LESTER laisse transparaître la période flower power durant laquelle le film a été réalisé, celui de Richard FLEISCHER semble tout droit sorti des sixties avec sa recette de comédie de cape et d'épée estampillée âge d'or d'Hollywood qui en 1977 était complètement obsolète.

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The Constant Gardener

Publié le par Rosalie210

Fernando Meirelles (2005)

The Constant Gardener

Même si quelques moments tapageurs lors des transitions entre les séquences m'ont gêné sur la forme, je ne partage pas les réserves des critiques que j'ai pu lire sur la vision de l'Afrique que donne le réalisateur Fernando MEIRELLES. Non, elle n'est pas filmée que de loin pour en exalter les fabuleux paysages du Kenya à la façon de la "Ferme africaine". Le film plonge dans les bidonvilles de Nairobi, sa capitale mais aussi dans des villages reculés pour montrer les facettes les plus sombres du postcolonialisme. On se rend compte au passage que "la Françafrique" ça marche aussi avec les anciennes colonies du Royaume-Uni. L'auteur du roman, John Le CARRE que l'on ne présente plus s'est d'ailleurs inspiré de faits réels qui se sont déroulés au Nigéria. A savoir l'utilisation de ses habitants les plus démunis, souvent séropositifs comme cobayes par les laboratoires pharmaceutiques occidentaux désireux d'écouler leur marchandise périmée à moindre coût mais aussi de tester leurs nouvelles molécules à peu de frais. Une sordide histoire de trafic humain exploité par le capitalisme sauvage sur fond de concurrence exacerbée, le tout couvert par les autorités. Là-dessus se greffe un thriller autour de l'assassinat dans des circonstances troubles d'une avocate anglaise qui défendait la cause des opprimés dans le cadre d'une ONG. Enquête menée par son mari diplomate qui avant sa mort, préférait "cultiver son jardin" que de se préoccuper du sort du monde. Mais à l'inverse de Candide, Justin sort de sa bulle pour se confronter au réel. Savoir ce qui est vraiment arrivé à sa femme mais également parvenir à la rejoindre par-delà la vie et la mort. C'est tout l'intérêt du film, surtout dans sa seconde partie de parvenir à osciller entre la cruauté du terrain alimenté par nombre d'aspects documentaires (les raids sur les villages par des bandits voleurs d'enfants, l'impuissance de l'ONU qui au nom de sa neutralité dans les conflits ne déplace aucun civil, thème que l'on retrouve dans "Warriors : L'impossible mission" (1999) etc.) et des échappées oniriques dans lesquelles Justin rencontre la plupart des protagonistes de l'affaire devenus des ombres qui vont l'aider, d'une manière ou d'une autre à reconstituer le puzzle. Tessa, l'avocate activiste est jouée par Rachel WEISZ a qui le rôle va comme un gant. J'ai cru revoir Hypatie, le personnage qu'elle a interprété quelques années plus tard dans "Agora" (2009), une femme puissante, passionnée et engagée au péril de sa vie. Face à elle, Ralph FIENNES est également très bon dans le rôle de son mari effacé qui va découvrir sa femme post-mortem en empruntant la route périlleuse qui mène jusqu'à elle.

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Downton Abbey III: le grand final (Downton Abbey: The Grand Finale)

Publié le par Rosalie210

Simon Curtis (2025)

Downton Abbey III: le grand final (Downton Abbey: The Grand Finale)

Avec le décès de Maggie SMITH en 2024 qui était l'âme de la saga, je pensais que Julian FELLOWES et son équipe arrêteraient les frais. Et bien non, cela ne les a pas arrêtés. Ca m'a fait un pincement au coeur d'ailleurs de la revoir lors d'une scène nostalgique dans laquelle Mary voit surgir les fantômes des disparus, de Dan STEVENS à Jessica BROWN FINDLAY. Ce "Grand Final" qui je l'espère met un point final à quinze années d'une saga s'étalant sur une série de six saisons et trois films (dont trois saisons et trois films de trop) est donc un hommage à l'actrice jouant la comtesse douairière et veut marquer un passage de témoin entre les générations. Plusieurs personnages prennent leur retraite (Carson, Mrs Patmore, Robert Crawley) et confient les clés du château, de l'armoire à argenterie ou de la cuisine aux jeunes générations. Mais c'est trop peu pour remplir 2h de film. Alors comme pour les précédents opus, on multiplie les anecdotes avec le scandale du divorce de Mary qui la met au ban de la bonne société ou des histoires de succession à n'en plus finir ou encore un escroc dont est victime Harold (Paul GIAMATTI), le frère de Cora (Elizabeth McGOVERN) mais que Tom (Allen LEECH) devenu un super-héros démasque en deux secondes. Un seul filon m'a paru intéressant mais il est bien mal exploité: celui qui voit le grand retour de Thomas Barrow (Rob JAMES-COLLIER) avec son nouveau compagnon, Guy Dexter (Dominic WEST) et un dramaturge ayant réellement existé Noël Coward (Arty Froushan). Peut-être que ça parle à un anglais ou à un américain cinéphile mais je ne pense pas qu'en France beaucoup de monde sache qui est Noël Coward qui était homosexuel à une époque où celle-ci était criminalisée en Angleterre. J'ai moi-même découvert son existence grâce au film de Robert WISE, "Star !" (1968). Il aurait donc fallu appuyer sur le champignon et oser casser les codes là où le film reste corseté dans un ordre ancien qui commence à sentir le sapin dans les années 30 (on peut même dire que l'odeur devient fétide avec un film comme "Les Vestiges du jour" qui évoque la collusion de certains de ces grands aristocrates anglais avec le nazisme) (1993). On peut toujours rêver mais Dominic WEST aurait par exemple pu monter sur les tables, danser et chanter "Shame, shame, shame" comme dans "Pride" (2014), ça aurait été plus fun!

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L'Aigle s'est envolé (The Eagle Has Landed)

Publié le par Rosalie210

John Sturges (1976)

L'Aigle s'est envolé (The Eagle Has Landed)

Des acteurs anglo-saxons jouent des nazis qui se font passer pour des parachutistes polonais, vous suivez? Il vaut mieux parce qu'en plus le commando kamikaze dirigé par le lieutenant-colonel Kurt Steiner (Michael CAINE) obéit au code d'honneur de la chevalerie et non à l'idéologie nazie. Concrètement, cela signifie qu'il fait passer la protection de la veuve et l'orphelin avant d'accomplir sa délicate mission, y compris quand ils sont juifs. Aucun ne semble être au courant en 1943 de "la solution finale" car le film qui date de 1976 et adapte un roman de 1975 épouse la théorie des gentils soldats de la Wehrmacht contre les méchants SS. Enfin, ils ne sont pas si gentils que ça puisque leur mission consiste tout de même à enlever voire assassiner Winston Churchill. C'est paraît-il tiré d'une histoire vraie et je ne doute pas que des tentatives aient eu lieu en ce sens pendant la guerre mais les circonstances semblent ici farfelues car cette poignée d'hommes en territoire ennemi n'a clairement pas les moyens de ses ambitions en dépit de quelques alliés eux aussi joués par des acteurs improbables (Donald SUTHERLAND en irlandais par exemple). On soulignera également la présence du futur "JR" de "Dallas" (1978) alias Larry HAGMAN avec son unité de cowboys dans le rôle d'un commandant peu efficace. Ceci étant, si on oublie ce scénario invraisemblable (pour ne pas dire grotesque) et ce micmac de nationalités, on passe plutôt un bon moment, le film est divertissant et le casting est étincelant. Dernière incongruité cependant pourquoi avoir traduit par "L'aigle s'est envolé" un titre en VO qui semble dire exactement le contraire?

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Crasse (Hoard)

Publié le par Rosalie210

Luna Carmoon (2025)

Crasse (Hoard)

En salle depuis le 11 juin, "Crasse" est un film emmêlant inextricablement amour et folie et donc franchement éprouvant à regarder. Dès l'introduction, on comprend que l'on va être pris dans une toile très difficile à détricoter. Celle du lien fusionnel unissant Maria et sa mère borderline contre le reste du monde. Un lien fait de torrents d'amour mais aussi de déchets que la mère de Maria collecte la nuit dans les poubelles et amasse dans leur maison au point de rendre celle-ci impraticable, dangereuse et insalubre. La magie d'une fête permanente pleine de lumières et de couleurs côtoie le chaos et l'ordure à chaque instant, rendant la vie sociale de Maria à l'école rapidement impossible. Jusqu'au jour de la catastrophe annoncée qui entraîne l'éloignement de la mère et le placement de l'enfant.

Que faire d'un tel héritage? C'est ce qu'interroge le film qui se concentre sur le destin de Maria dix ans après avoir été séparée de sa mère. Une Maria un peu fofolle mais qui semble s'être épanouie auprès de Michèle, sa mère adoptive et d'une copine d'école tout aussi azimutée qu'elle. Seulement la nouvelle du décès de sa mère dont elle réceptionne les cendres et le retour dans la maison de Michael, un ancien pensionnaire de Michèle en apparence rangé vont tout faire basculer. Maria va-t-elle devenir le double de sa mère avec ce deuil à traverser et ce partenaire de jeu dangereux qui porte sa propre bombe prête à exploser en lui? Encore plus qu'avec la mère de Maria, la mise en scène s'immerge dans la spirale d'une dinguerie sans limite confinant à l'horreur.

S'il est clair que le film ne plaira pas à tout le monde et que son hystérie fatigue à la longue (le film dure plus de 2h et aurait gagné à être plus resserré), et s'il semble peu réaliste que Michèle laisse ses deux protégés s'enfoncer dans leur délire sans réagir ou si peu, il est d'une trempe peu commune.

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Les Prédateurs (The Hunger)

Publié le par Rosalie210

Tony Scott (1983)

Les Prédateurs (The Hunger)

Le vampire est éternel... également sur les écrans. Comme tous les mythes, chaque époque s'en empare et le réinterprète. Avant les versions des années 90 ("Dracula" de Coppola, "Entretien avec un vampire" de Neil Jordan), la saga "Twilight" des années 2000 et la relecture de Jim Jarmush, "Only Lovers Left Alive" en 2013, "Les Prédateurs", le premier long-métrage de Tony Scott en a offert une version eighties chic, arty et saphique devenue culte avec le temps. Exit les vieux artefacts associés au vampirisme (les croix, l'ail, la lumière, les miroirs etc.) Dans "Les Prédateurs", ceux-ci sont jeunes, beaux, classe avec leurs costumes haute-couture taillés sur mesure. Ils ont les visages iconiques de Catherine Deneuve (période "Le Dernier Métro") et de David Bowie (période "Let's Dance"). Ils vivent dans de somptueuses résidences pleines de bibelots anciens et se repaissent autant de sang que de grande musique (magnifiquement utilisée que ce soit le trio de Schubert aussi suggestif que dans "Barry Lyndon" ou le Lakmé de Léo Delibes). Un sang étroitement lié au sexe, les vampires se nourrissant au moment de leurs ébats torrides avec leurs proies ce qui fait évidemment penser au sida alors en pleine émergence (et le film de Coppola enfoncera ensuite le clou). L'esthétique baroque tout autant que la thématique m'a fait penser spontanément à Blade Runner, réalisé par Ridley Scott, frère de Tony en 1982: clairs obscurs, lâcher de colombes, fumigènes, voilages volant au vent, ambiance hypnotique, créatures inhumaines en proie à des questions existentielles. Car l'immortalité des vampires de Tony Scott s'avère conditionnelle: elle dépend du désir d'un autre. Cet autre est longtemps Miriam, sorte de déesse égyptienne qui élit ceux qui lui plaisent jusqu'à ce qu'elle s'en lasse. Alors ceux-ci vieillissent brutalement et finissent par se transformer en momie. C'est précisément ce qui arrive à John dont le maquillage est par ailleurs très réussi (son auteur, Dick Smith a travaillé notamment sur "L'Exorciste"). Miriam a en effet trouvé un autre objet de désir en la personne de Sarah (Susan Sarandon), médecin spécialiste des effets du vieillissement. Mais avec elle, le processus s'inverse comme si la science dévorait la croyance. Les scènes entre Catherine Deneuve et Susan Sarandon ne sont pas pour rien dans le statut culte du film: la première est devenue une icône lgbt et la seconde incarne une femme forte et indépendante qui annonce celle de "Thelma et Louise". 

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Adolescence

Publié le par Rosalie210

Philip Barantini (2025)

Adolescence

C'est suffisamment rare pour être souligné mais si la mini-série "Adolescence" est un tel phénomène de société, elle le doit autant au fond qu'à la forme. Une fois de plus, les britanniques démontrent leur maestria en ce domaine. "Adolescence" fera date par ce qu'elle raconte mais aussi par la manière dont elle le raconte. Elle est le fruit d'une prouesse technique consistant à tourner chaque épisode de 45 minutes en un seul plan-séquence. Tout a été réglé en amont, lors de répétitions, le tournage s'effectuant en continu comme un ballet ou une pièce de théâtre chorégraphiée au millimètre. Ce dispositif, lorsqu'il est maîtrisé décuple la puissance du récit en plongeant le spectateur en immersion totale, comme le ferait un jeu vidéo. On pense à "La Corde" (1948) de Alfred HITCHCOCK, aux longues introductions de films comme celle de "La Soif du mal" (1957) ou celle de "Snake Eyes" (1998) avec des circonvolutions de caméra qui rappellent les travellings de "Shining" (1980). Mais la référence la plus évidente est "Elephant" (2003) qui traite d'un sujet proche de celui de "Adolescence" dont le deuxième épisode se déroule intégralement dans l'enceinte de l'école de Jamie. Car si le dispositif joue sur l'effet de temps réel, chaque épisode n'est qu'une fenêtre ouverte sur une histoire se déroulant sur plus d'une année: les ellipses, ce sont les intervalles qui séparent l'arrestation de Jamie de l'enquête dans son école puis de la rencontre avec la psychologue et enfin de l'anniversaire de son père (Stephen GRAHAM, co-auteur de la série).

Chaque épisode combine émotions et réflexions. Le premier suscite l'effroi, celui de voir un gosse traité selon une procédure criminelle conçue pour les adultes. Le second suscite le malaise en mettant en évidence la fracture générationnelle dans les familles et à l'école avec des adultes dépassés par des gamins sur lesquels ils n'ont pas de prise. Le troisième dévoile l'autre visage de Jamie et il faut souligner la performance de Owen Cooper qui parvient à rendre menaçant, voire terrifiant un ado de 13 ans au visage et à la voix encore enfantines. Le quatrième montre les conséquences sur sa famille, ni le père ni la mère n'étant accablés, autant pour échapper aux clichés que pour que chacun puisse d'identifier à eux. Aucune réponse toute faite aux actes de Jamie n'est donnée, c'est à chacun de se faire son opinion ce qui est d'une grande intelligence. Seules des pistes sont évoquées comme le cyberharcèlement ou le rôle toxique des masculinistes sur les réseaux sociaux dans la construction d'adolescents en quête de repères. Mais l'image la plus forte est celle du père de Jamie en larmes à la fin du quatrième épisode dont seule la peluche de Jamie est le témoin car "Boys don't cry" (1998).

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Lawrence d'Arabie (Lawrence of Arabia)

Publié le par Rosalie210

David Lean (1962)

Lawrence d'Arabie (Lawrence of Arabia)

Longtemps, la figure de Lawrence d'Arabie m'a renvoyée à la chanson d'Annabelle (Mouloudji) "Fuis, Lawrence d'Arabie" dont j'avais acheté le 45 tours à sa sortie en 1987. Rien à voir avec le film de David LEAN daté de 1962 bien qu'en le regardant, j'ai tout de suite reconnu la musique de Maurice JARRE parce qu'elle est très célèbre et donc souvent jouée. Deuxième enseignement, j'ai compris d'où venait la notoriété de Peter O'TOOLE que je n'avais vu jusque là que dans des rôles oubliables. Troisième intérêt, j'ignorais que c'était grâce à "Lawrence d'Arabie" que Omar SHARIF était devenu une vedette internationale, lui que j'ai toujours associé à "Le Docteur Jivago" (1965) du même David LEAN vu quand j'étais très jeune. Bref, "Lawrence d'Arabie" est un jalon incontournable de l'histoire du cinéma, un de ces films qui impose sa marque en aval, jusqu'à l'épisode IV de Star Wars qui lui doit à mon avis autant qu'à l'oeuvre de Akira KUROSAWA. Comme on dit, il y a eu un avant et un après. Et comme dirait Luc Lagier, ce n'est pas Alec GUINNESS qui me contredirait, je dirais même que le prince Fayçal a été son passeport pour Obi Wan Kenobi.

David LEAN était particulièrement doué pour articuler des portraits d'individualités complexes à de vastes fresques historiques au souffle épique. C'est exactement ce qu'est "Lawrence d'Arabie" qui fonctionne en permanence sur ces deux échelles qui se complètent harmonieusement: Lawrence et l'Arabie. Basé sur le livre autobiographique de T.E Lawrence "Les Sept Piliers de la sagesse", il raconte le rêve fou de cet officier de liaison de l'armée britannique chargé d'encourager les arabes du Moyen-Orient à se soulever contre l'Empire Ottoman pendant la première guerre mondiale en leur promettant un Etat arabe unifié. Un idéalisme voué à l'échec face à l'occupation franco-britannique et au partage de la région en zones d'influence par les accords Sykes-Picot (évoqués dans le film contrairement à la déclaration Balfour, autre promesse britannique faite cette fois au peuple juif, avec les conséquences que l'on sait). Bien que les hommes filmés par David LEAN paraissent tout petits dans l'immensité du désert majestueusement filmé, jamais on ne perd de vue le protagoniste principal et ses mystérieuses motivations qui le conduisent à devenir l'un des leaders de la révolte arabe contre les turcs puis une sorte de nouveau Moïse conduisant les tribus vers la terre promise de l'unité arabe. Une esquisse de réponse est donnée dans les problèmes identitaires de T.E Lawrence, fils illégitime qui se choisit une autre famille, celle qui lui témoigne justement de la reconnaissance. Des problèmes identitaires qui finissent par tourner cependant à l'autodestruction. La scène très symbolique dans laquelle Lawrence abat l'homme qu'il a sauvé un peu plus tôt et qui lui a valu d'être reconnu par les arabes comme l'un des leurs en est l'illustration éclatante. De même que la folie meurtrière qui s'empare de lui après son arrestation par les turcs. Un moment trouble à connotation homoérotique SM qui m'a fait penser à "Furyo" (1983).

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Deux soeurs (Hard Truths)

Publié le par Rosalie210

Mike Leigh (2024)

Deux soeurs (Hard Truths)

"Deux soeurs" est un film puissant, empreint de cette pâte humaine dont Mike LEIGH a le secret. Près de trente ans après "Secrets et mensonges" (1996), il retrouve Marianne JEAN-BAPTISTE pour interpréter le rôle de Pansy, une anti-héroïne que l'on est pas prêt d'oublier. Dès la première séquence, le ton est donné: Pansy se réveille en criant et en sursautant, comme si le retour à l'état conscient était un traumatisme. Et c'est le cas. Le rapport que Pansy entretient au monde est conflictuel. En proie à une colère inextinguible, elle passe son temps à déverser sa bile sur tout ce qui bouge. Ceux qui croisent son chemin subissent ses foudres ce qui donne une série d'esclandres au ton tragi-comique (car la dame a le sens de la formule qui pique). On a donc la version irascible d'un échantillon des albums de Martine avec "Pansy au supermarché", "Pansy chez le dentiste", "Pansy chez le médecin", "Pansy veut acheter un canapé" etc. Evidemment, ces anonymes qui réagissent à son agressivité avec plus ou moins de flegme ne sont que les boucs-émissaires d'une rage qui remonte à l'enfance. C'est là qu'intervient la soeur de Pansy, Chantelle (Michele AUSTIN) qui est son antithèse: solaire, joyeuse, bienveillante. Tout chez elle respire la joie de vivre, son salon de coiffure, son appartement coloré, sa complicité avec ses deux filles alors que l'appartement de Pansy est aseptisé par sa maniaquerie et que son mari (qu'elle ne supporte pas) et son fils (qui la désespère) s'isolent dans leurs bulles ou la fuient le plus possible. Désemparée par la négativité de sa soeur qui lorsqu'elle n'éructe pas ne cesse de se plaindre de tous les maux, elle tente de lui venir en aide, tente de comprendre pourquoi celle-ci est à ce point fâchée avec la vie, tente de la sortir de son marasme et de son isolement en organisant une réunion de famille (comme dans "Secrets et mensonges") (1996). Ce qui est fort, c'est que l'on ressent parfaitement la terrible souffrance qui se cache derrière le caractère impossible de Pansy et la rend aussi asociale que dépressive. Un malheur qui lui vient de son histoire personnelle (Mike LEIGH ne donne pas toutes les clés mais il semble qu'elle ait servi de paratonnerre) et qui est donc transmissible. Son fils Moses qui est obèse, désocialisé et sans situation semble porter sur ses épaules tout le malheur familial. Cependant, avec l'aide de Chantelle, Pansy comprend qu'elle n'en peut plus et qu'elle doit peut être enfin songer à déposer les armes.

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