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Pas son genre

Publié le par Rosalie210

Lucas Belvaux (2014)

Pas son genre

Je suis loin de connaître la totalité de la filmographie de Emilie DEQUENNE, néanmoins pour ce que j'en ai vu, ce sont les belges qui ont su le mieux mettre en valeur son talent alors que le cinéma français l'a souvent sous-exploitée. Ainsi dans "Pas son genre", elle vole la vedette à son partenaire, Loic CORBERY et rayonne comme un soleil au point de faire émerger un autre thème que celui qui est présenté comme étant au coeur du film. Alors oui, bien sûr que "Pas son genre" raconte un impossible dépassement de différence de milieu socio-culturel à la manière d'autres films ayant traité le même sujet de façon plus ou moins subtile ("Le Gout des autres" (1999), "La Vie d'Adele - chapitre 1 et 2 -" (2013) etc.) Par-delà la différence de goûts, de références, d'activités qui n'est pas insurmontable (pas besoin d'être fusionnel pour former un couple viable) c'est le mépris de classe qui est le plus dévastateur. Rien de tel que le test de la rencontre inopinée entre le couple naissant et les amis de celui qui en constitue le membre le plus aisé pour s'en rendre compte: dans "Pas son genre" (2014) comme dans "Minnie and Moskowitz" (1971) ou "Les Amants du Capricorne" (1949), le plus défavorisé se retrouve brutalement éclipsé par une complicité de classe dont il est exclu, son partenaire, confus et honteux préférant l'ignorer. Une violence qui se traduit tellement bien sur le visage de Emilie DEQUENNE (dans une scène de carnaval qui n'a pas dû être choisie au hasard) qu'elle n'a pas besoin de l'exprimer par les mots. Et qui laisse la fin, celle où elle s'efface pour de bon du paysage ouverte à l'interprétation. Car comme je le disais plus haut, un autre thème émerge dans le film, celui qui questionne l'épanouissement dans le couple. Le personnage de Clément nous est présenté en amont de sa rencontre avec Jennifer comme un intellectuel de la rive gauche (ajoutant le parisianisme mondain considérant la province comme un exil punitif aux autres attributs de son appartenance bourgeoise) mais aussi comme un infirme émotionnel et relationnel. Un misanthrope froid, distant, taciturne, refusant de s'engager et de fonder une famille. A l'opposé, Jennifer, solaire et énergique est l'incarnation de la joie de vivre. Elle ne dégage que des ondes positives, que ce soit avec son fils, avec ses amis ou avec ses clients. Sa rencontre avec Clément agit comme un éteignoir. On la voit le porter à bout de bras, déployer de l'affection, de la tendresse pour deux (comme dans la scène du karaoké) mais à un moment donné, le manque de réciprocité la vide de son énergie d'autant qu'elle est suffisamment lucide pour comprendre qu'elle n'est pour Clément qu'un bouche-trou et que leur romance est surtout physique. Seulement voilà, elle a été façonnée par le mythe du prince charmant* comme l'ont été des générations de femmes avant elle et comme le sont encore trop de jeunes filles aujourd'hui, la rencontre amoureuse étant "vendue" comme l'horizon incontournable de l'accomplissement de soi. Ainsi, sous couvert d'analyse sociologique, c'est également à une analyse des rapports genrés aux résonances bien actuelles que se livre ce film d'une grande richesse et aussi d'une grande justesse. En disparaissant, Jennifer échappe à toutes les formes de domination que Clément, consciemment ou non lui impose et donc à son propre conditionnement de femme soumise, passive, ayant intériorisé son infériorité, si bien analysé dans le livre poignant de Christine ANGOT, "Un amour impossible" (2018). Ainsi contrairement aux apparences, le film de Lucas BELVAUX dépeint une émancipation féminine, bien aidé par une Emilie DEQUENNE impériale.

* Mythe analysé notamment par le sociologue Jean-Claude Kaufman dans son livre "La femme seule et le prince charmant".

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Ecoute le temps (Fissures)

Publié le par Rosalie210

Alanté Kavaïté (2007)

Ecoute le temps (Fissures)

Le "Blow Out" (1981) du pauvre ai-je pensé devant ce film fantastique dans lequel le personnage joué par Emilie DEQUENNE qui est ingénieure du son mais possède un matériel rudimentaire a recours à la magie pour enquêter sur l'assassinat de sa mère. Elle enregistre les dialogues du passé directement dans les fissures des murs de la maison où sa mère a été assassinée en accomplissant des gestes ésotériques censés permettre de déterminer où ces conversations ont eu lieu. Pour tenter de faire croire à cette magie, les craquements cèdent la place à une désagrégation de la maison à la fin du film lorsqu'elle coupe les cordes qu'elle a tendu d'un mur à l'autre et les flashbacks montrent que la mère (Ludmila MIKAEL) avait un troisième oeil lui ayant permis de connaître des secrets gênants. Tout cela est conceptuel, confus, lent, plat et ressemble à une mauvaise blague. Le scénario anémique est truffé d'incohérences. La voisine hostile retourne ensuite complètement sa veste pour dédouaner son fils comme si elle ne comprenait qu'à la fin du film que les assiduités de celui-ci auprès de la mère de Charlotte pouvaient le faire suspecter. Le chevreuil renversé dans l'introduction du film est ensuite évoqué comme étant un cerf. Charlotte est censé travailler dans le documentaire animalier mais elle fait du Haroun TAZIEFF (après tout les bruits de la vie et ceux de la terre, c'est pareil) avant de s'improviser enquêtrice à la place de la police grâce à ses super-pouvoirs, un enterrement sauvage de déchets polluants suffit à rendre un verre d'eau mortel etc. En prime, les personnages, plus sinistres les uns que les autres ne dégagent aucune émotion.

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18 ans après

Publié le par Rosalie210

Coline Serreau (2003)

18 ans après

C'est vraiment dommage que cette suite de "3 hommes et un couffin" (1985) soit si bâclée. Parce que l'énergie si communicative des films de Coline SERREAU est là mais gâché par un scénario paresseux et une mise en scène peu inspirée. Pour j'imagine faire plaisir au public du premier film, on reprend à l'identique le trio de pères conservé au congélateur pendant 18 ans dans leur appartement. Non mais qui peut croire que ces quinquagénaires (voire sexagénaire pour Roland GIRAUD) vivent encore comme s'ils étaient adolescents? De plus, si le trio d'acteurs est toujours aussi excellent, il est relégué à l'arrière-plan et n'a pas grand-chose à faire. Pourtant un trio d'hommes élevant ensemble un enfant, il y aurait eu de quoi dire mais le thème des nouvelles familles est à peine effleuré. Au contraire, il est recouvert par une intrigue censée plaire aux jeunes mais mal ficelée: celle du beau-père américain caricatural de Marie et de ses deux fils dont l'un est sa copie conforme et est donc un repoussoir et l'autre fait figure de vilain petit canard cachant évidemment en réalité un beau cygne. La métamorphose de Arthur n'est pas crédible car ce n'est pas avec quelques séances de musculation qu'on transforme un empoté en athlète (le rôle est tenu par James THIERREE qui n'est autre que le petit-fils de Charles CHAPLIN et cela se voit: non seulement il lui ressemble mais dans la dernière scène, il s'essaie au hip-hop avec une souplesse d'acrobate). Reste le personnage de la gouvernante (joué par Line RENAUD) et de l'amie de Marie flanquée de son petit frère mais ils sont sous-exploités. Le format numérique, censé apporter de la modernité au film ne semble pas non plus servir à grand-chose.

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Je rentre à la maison

Publié le par Rosalie210

Manoel de Oliveira (2001)

Je rentre à la maison

J'ai vu ce film d'une grande simplicité comme un "au revoir" de la part d'un réalisateur qui avait à l'époque déjà 93 ans (Manoel de OLIVEIRA est décédé à l'âge canonique de 106 ans en 2015!) Le thème de la mort et du deuil sont en effet omniprésents, de la première séquence, un long extrait de "Le roi se meurt" de Eugène Ionesco alors que trois oiseaux de mauvais augure arpentent les coulisses à la dernière, la plus belle de toutes, aussi muette qu'éloquente. Celle où un petit garçon observe son grand-père monter un escalier avec difficulté et comprend qu'il n'en a plus pour longtemps. Entre les deux, on voit Gilbert Valence, le vieux comédien joué par Michel PICCOLI se retirer discrètement du monde (d'où le titre, "Je rentre à la maison"), l'observant derrière une vitre, se faisant dépouiller de ses biens en pleine rue, chérissant ce qu'il appelle sa "solitudine" face à un agent qui insiste lourdement pour le (re)caser avec une jeune actrice après la mort brutale de ses proches*, prolongeant ses siestes, réalisant sur un plateau de tournage qu'il n'arrive plus à mémoriser son texte. Mais "Je rentre à la maison" fonctionne sur un paradoxe. Le fardeau du vieillissement et du deuil conduit Gilbert à se libérer de tout ce qui l'encombre si bien que le film est étonnamment léger, célébrant le bonheur des petites habitudes: déambuler dans Paris, boire un café, s'acheter des chaussures, discuter ici et là avec les passants, jouer avec son petit-fils, le regarder oublier systématiquement son goûter. Tout cela avec le même sens de l'épure que la scène finale et un grand talent pour faire passer l'émotion par l'image et non par la parole ce qui contraste radicalement avec les scènes théâtrales.

*La révolution #MeToo n'était pas encore passée par là et c'est l'aspect du film sans doute le plus daté.

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Inland Empire

Publié le par Rosalie210

David Lynch (2006)

Inland Empire

"Inland Empire" est le dernier long-métrage de David LYNCH, un film expérimental de près de trois heures, sorte de labyrinthe mental très "Shining" (1980) et "2001 : l'odyssee de l'espace" (1968) mais qui s'apparente aussi à un microcosme de tout l'univers lynchien. Les références à ses oeuvres antérieures sont innombrables. L'introduction rappelle celle de "Lost Highway" (1997) sauf que le magicien d'Oz est cette fois-ci une femme, Grace ZABRISKIE (la mère de Laura Palmer dans "Mysteres a Twin Peaks" (1990), sa préquelle et sa suite) qui vient annoncer à Nikki Grace (Laura DERN, l'actrice fétiche de David LYNCH qu'il filme en gros plans sous toutes les coutures et tous les éclairages) ce qu'il va lui arriver sous la forme d'un conte cruel. Conte qui ressemble aussi à l'intrigue de "Mulholland Drive" (2001) (Laura HARRING fait d'ailleurs une apparition-éclair): une jeune fille perdue (entre deux identités contraires, celle de l'épouse en pleine crise conjugale sur fond d'adultère et celle de la prostituée) qui se projette dans la peau d'une star hollywoodienne (Nikki qui signifie la victoire en grec et Grace dont le patronyme fait penser à Grace KELLY, icône hitchcockienne) avec une vision de l'usine à rêves commençant comme un rêve de princesse dans un château et se terminant comme un cauchemar sur le trottoir de Hollywood Boulevard au milieu des SDF. Coralie FARGEAT s'est sûrement inspirée de cette séquence de démythification du Walk of Fame pour créer le visuel de l'étoile souillée et pour le personnage d'Elisabeth dont l'avatar jeune se prénomme Sue, soit le nom du rôle que décroche Nikki Grace. Car questions mises en abymes, on est servi. Nikki Grace n'est qu'une projection de l'esprit "sur l'écran noir de mes nuits blanches" sauf que la frontière entre cinéma et télévision est abolie. La jeune fille perdue entre chambre d'hôtel de passe et espace domestique regarde à la façon d'une image-miroir une étrange sitcom surréaliste autour d'une famille lapin qui en réalité est un court-métrage lynchien intitulé "Rabbits" réalisé juste après "Mulholland Drive" (2001) avec les voix de Naomi WATTS et Laura HARRING. L'ambiance glauque m'a beaucoup rappelé celle de "Eraserhead" (1976) qui évoquait déjà la famille comme un film d'horreur. Nikki Grace interprète elle-même un rôle, celui de Sue dans un film qui s'avère être le remake d'un film allemand lui-même adapté d'un conte polonais. Conte qui ressemble peu ou prou à celui que la mystérieuse voisine raconte à Nikki Grace, le film ajoutant une fin horrifique: l'assassinat des deux acteurs principaux sur le tournage. Par conséquent le film dans le film (la jeune fille coincée entre deux réalités glauques rêvant de Grace qui joue Sue) se double d'un film derrière le film (l'original germano-polonais qui ne cesse de s'inviter dans son remake). Le spectateur se demande donc si Nikki parviendra à sortir vivante de cet infernal labyrinthe ou bien si elle y succombera comme d'autres avant elle: David LYNCH rend une fois de plus hommage aux actrices sacrifiées avec une allusion à Judy GARLAND et également au film de Stanley KUBRICK, "Lolita" (1962) dont l'actrice s'appelait justement Sue (Sue LYON). Bref, à condition de se laisser embarquer sans se poser de questions, on voit que même un film aussi destructuré en apparence que "Inland Empire" n'est pas si abscons qu'il n'y paraît, qu'il y a toujours chez David LYNCH une trame (et ce même si le film a été réalisé en partie sans scénario!) parce qu'il est certes un artiste plasticien mais aussi un conteur, qualité ô combien précieuse qui le distingue radicalement par rapport à nombre de cinéastes sacrifiant le fond à la forme.

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Les Naufragés (Lifeboat)

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1943)

Les Naufragés (Lifeboat)

Un tour de force que ce huis-clos à ciel ouvert dans un canot de sauvetage que la caméra ne quitte jamais, cinq ans avant "La Corde" (1948). Et pour filer la métaphore, une belle façon de tordre le cou à la propagande qui était censée motiver le public américain des salles de cinéma à acheter des "war bonds" qui aidaient l'Etat à financer l'économie de guerre. Adaptation d'une oeuvre de Steinbeck quant à elle ouvertement propagandiste, le film de Alfred HITCHCOCK est bien plus troublant en tant que démonstration des tares de deux sociétés ennemies se retrouvant embarquées "sur le même bateau". D'un côté un échantillon diversifié d'américains rescapés du torpillage de leur paquebot par un sous-marin allemand, de l'autre Willy (Walter SLEZAK), le commandant nazi de ce même sous-marin (coulé à son tour), déterminé et discipliné qui prend rapidement l'ascendant sur eux tout en se faisant passer pour un simple marin ne parlant pas leur langue et en dissimulant ses intentions comme ses ressources. Du moins un certain temps car lorsque la vérité est découverte, on voit à l'oeuvre l'un des aspects les plus détestables de l'Amérique: le lynchage collectif. Le seul à ne pas y participer est comme par hasard le seul afro-américain de l'équipage, celui qui de plus parvient à deux reprises à confondre Willy en lui dérobant des objets qui révèlent sa duplicité mais aussi ses valeurs nazies (le sacrifice de l'infirme Gus joué par William BENDIX en étant l'expression). Joe (Canada LEE) ne peut pas participer à ce règlement de comptes entre frères ennemis nourris à la même source du racisme biologique et du darwinisme social. Il se place donc en position d'observateur de cette petite comédie humaine dans laquelle la différence de classe sociale est également marquée tout en étant tournée en dérision. Ainsi la journaliste mondaine Connie Porter (Tallulah BANKHEAD) qui est la seule à avoir réussi à monter à bord du canot sans mouiller une mèche de sa mise en plis et en emportant tous ses biens voit ceux-ci lui échapper un à un de même que sa parure luxueuse, révélant in fine qu'elle n'est qu'une parvenue issue des mêmes bas-fonds de Chicago que le machiniste communiste par lequel elle est attirée, Kovac (John HODIAK) qui s'oppose à l'industriel capitaliste Rittenhouse (Henry HULL). Bref, la distance ironique à l'anglaise de Alfred HITCHCOCK, y compris vis à vis de lui-même (son cameo-signature en faveur d'un régime amincissant qui lui avait perdre 30 à 40kg sur un journal rescapé du naufrage est hilarant) s'accommode bien mal de l'appel à l'unité nationale face à l'ennemi qu'était censé être le film, il montre plutôt la réalité des fractures de l'Amérique et sa proximité idéologique cachée avec l'Allemagne. En résumé si "Lifeboat" peut tout à fait être lu comme un appel à s'unir dans la même galère face à un ennemi commun mais c'est sa lucidité qui en plus de sa virtuosité technique le rend si pertinent encore aujourd'hui.

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En tongs au pied de l'Himalaya

Publié le par Rosalie210

John Wax (2024)

En tongs au pied de l'Himalaya

"En tongs au pied de l'Himalaya" n'a rien de révolutionnaire même s'il démonte quelques clichés sur les autistes, à commencer par celui de l'autiste surdoué. Tiré du one woman show autobiographique de Marie-Odile WEISS qui joue le rôle d'une directrice de la maternelle un peu effacée, le film a le mérite de nous plonger dans le quotidien d'une famille (presque) ordinaire devant gérer les troubles de leur fils. Comme souvent en pareil cas, la révélation du handicap fait éclater le couple. Audrey LAMY est plutôt convaincante dans le rôle de Pauline, une mère dépassée mais aimante qui se bat pour que son enfant ne soit pas rejeté par l'école mais qui a tendance à se noyer face à ses problèmes, lesquels ne sont pas édulcorés (l'intolérance aux bruits, les troubles cognitifs, les stéréotypies et crises d'anxiété face aux changements, la faible tolérance à la frustration etc.) Pour ne rien arranger, Pauline dont la vie est plutôt déréglée et qui peine à joindre les deux bouts est entourée d'hommes adultes immatures, notamment son frère paumé vivant encore dans un appartement appartenant à leur père, lequel semble plus préoccupé par ses chats que par sa famille à qui il n'accorde pas d'attention réelle. Les déficiences de l'institution scolaire vis à vis de l'inclusion se réduisent au cas individuel d'une institutrice hypocrite (Tatiana GOUSSEFF) tandis que les différents dispositifs d'aide existants (AESH, groupes de parole, référente MDPH etc.) s'avèrent un poil idéalisés. La question du sous-financement et du manque d'AESH n'est par exemple pas posée. Plus embêtant, le film fait porter toute la responsabilité de l'éducation d'Andréa et toutes les défaillances à la mère. Aucune scène ne montre comment se débrouille le père qui semble n'avoir aucun problème dans la gestion de son enfant. Cette inégalité de traitement interroge. En bonus, l'apparition de Jean-Pascal ZADI qui depuis "Tout simplement noir" (2019) (film que John WAX avait co-réalisé avec lui) a fait de son réalignement dentaire un running gag, le film étant avant tout une comédie sympa au premier abord mais réactionnaire au bout du compte.

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Le Mal n'existe pas (Aku wa sonzai shinai)

Publié le par Rosalie210

Ryusuke HAMAGUCHI (2023)

Le Mal n'existe pas (Aku wa sonzai shinai)

J'adore le cinéma japonais dans toute sa diversité. Il n'y a qu'un seul cinéaste japonais parmi ceux et celles dont j'ai vu les films qui m'inspire de réelles réticences et il s'agit justement de Ryusuke HAMAGUCHI. Ce que j'ai écrit à propos de "Drive My Car" (2021) et "Contes du hasard et autres fantaisies" (2021) vaut aussi bien pour "Le mal n'existe pas". A savoir l'art de faire compliqué là où on pourrait faire simple pour s'attirer les bonnes grâces des critiques. J'ai pourtant cru que Ryusuke HAMAGUCHI avait laissé au vestiaire le côté poseur de son cinéma quasiment jusqu'au bout du film. La mise en scène contemplative, la beauté des images, la réelle pertinence des échanges entre des locaux incisifs et les employés d'une compagnie désirant monter à la va-vite un business hors-sol dans une région rurale en mettant en péril l'écosystème forestier, la remise en question existentielle des deux employés tout cela est réussi. On est au Japon, pays où le masque social et l'obéissance à la hiérarchie pèsent particulièrement lourd et on le ressent bien au travers de ces deux employés. Mais la fin est venue me rappeler de façon cinglante de quel bois creux est fait le cinéma de Ryusuke HAMAGUCHI. La fin, c'est important au cinéma. On dit souvent que neuf films sur dix sont trop longs. Mais pour moi, le pire, ce sont les fins qui révèlent que la démarche était insincère depuis le début. Peu importe ce qu'il a voulu faire avec cette fin pseudo ouverte, elle est en réalité complètement toc et ne fera se pâmer que ceux qui aiment "la branlette intellectuelle".

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John Cassavetes par Thierry Jousse

Publié le par Rosalie210

Camille Clavel (2024)

John Cassavetes par Thierry Jousse

Documentaire brillant sur le cinéma de John CASSAVETES par Thierry JOUSSE. Pour mémoire, cet ancien rédacteur en chef de "Les Cahiers du cinéma" et grand mélomane a consacré un ouvrage de référence à John CASSAVETES et une émission de la série "Blow up" sur Arte. Il est reçu dans une salle de montage par Camille CLAVEL et tous deux évoquent six films de John CASSAVETES soit la moitié de sa filmographie: "Une femme sous influence" (1974), "Shadows" (1958), "Faces" (1968), "Meurtre d'un bookmaker chinois" (1976), "Gloria" (1980) et "Love Streams - Torrents d'amour" (1983). Mon seul regret n'est pas celui que déplore Jacques MORICE dans Télérama, à savoir l'absence d'extraits, remplacés par des photogrammes mais le fait que le film ne dure pas plus longtemps ce qui aurait permis de rajouter deux ou trois analyses supplémentaires, notamment de "Minnie and Moskowitz" (1971) "Husbands" (1970) et "Opening Night" (1977) qui manquent à l'appel. Mais tel quel, le documentaire est déjà passionnant, c'est bien simple, au bout de cinq minutes, je m'étais emparée d'un carnet et je prenais des notes tellement ce que dit Thierry JOUSSE résonne avec ma propre expérience du cinéma de John CASSAVETES. A commencer par cette "nudité existentielle" qu'il parvenait à obtenir en filmant ses acteurs en gros plan et qui transperçait l'écran, et ce dès "Shadows" (1958). Le seul cinéaste qui m'a procuré des émotions comparables avec ses "visages-paysages", c'est Chris MARKER dans "La Jetee" (1963). Autre aspect majeur de ses films bien évoqué qui les ont toujours rendus haletants à mes yeux (je me souviens encore de mes doigts crispés sur le siège de la salle qui projetait "Opening Night") (1977), c'est la manière dont il filme en plan-séquence des scènes qui semblent prises en temps réel et dont il est impossible de deviner à l'avance quelle tournure elles vont prendre, même s'il y introduit dedans souvent un malaise laissant entendre que cela peut dégénérer. Enfin, à partir de "Meurtre d'un bookmaker chinois" (1976), il introduit dans son cinéma une dimension irréelle, fantomatique (celui de Myrtle jeune, celui de Gloria etc.) qui exprime ce qu'il se passe dans la tête de ses personnages, de même qu'il parvient grâce à la sensualité de son cinéma à faire ressentir la circulation d'affects pourtant invisibles. Quant à Gena ROWLANDS lorsqu'il dit qu'elle se situe au-delà du jeu, qu'elle n'imite personne alors que le rôle de Mabel se prêterait à la performance, cela m'a fait sourire tant cela me paraît être une évidence. Et c'est pourquoi tant d'actrices qui ont tenté justement de l'imiter s'y sont cassé les dents.

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Sissi & moi (Sissi & Ich)

Publié le par Rosalie210

Frauke Finsterwalder (2023)

Sissi & moi (Sissi & Ich)

Je ne suis vraiment pas fan des histoires impliquant des têtes couronnées mais la présence de Sandra HULLER dans le rôle de la dame d'honneur de l'impératrice Elisabeth (Susanne WOLFF) m'a donné envie de jeter un coup d'oeil au film. Celui-ci en effet adopte des partis-pris intéressants. Comme le "Marie-Antoinette" (2005) de Sofia COPPOLA il donne une tournure rock and roll à la vie de Sissi à l'aide d'une bande-son anachronique idoine mais aussi en insistant sur les excentricités d'une impératrice à la fois terriblement bridée par ses obligations (intimes comme publiques) et toujours en mouvement. Pour la première fois dans un film, j'ai ressenti le lien entre la pression extérieure extrême exercée sur un corps (symbolisée comme dans "Titanic" (1997) et je le suppose d'après son titre puisque je ne l'ai pas vu, "Corsage" (2022) par les lacets d'un corset que l'on serre jusqu'à l'étouffement dès les premières images) et le traitement de choc infligé à ce corps par l'esprit qui l'habite pour en reprendre le contrôle comme pour s'en évader (drogue, tatouage, troubles du comportement alimentaire, exercices physiques, blessures, fuite sous des climats exotiques à l'opposé du carcan monarchique et conjugal etc.) On se croirait presque chez Rimbaud lorsqu'il évoque "le dérèglement de tous les sens" mais évidemment pas dans le même objectif. Frauke FINSTERWALDER créé un film solaire et organique en faisant la part belle aux fluides corporels qui viennent constamment rappeler les êtres vivants qui se dissimulent sous les costumes du XIX° siècle: sang, vomi, sueur, sperme, urine, diarrhée, larmes, pus. La sensorialité du film est particulièrement axée sur le goût au vu de l'obsession du contrôle alimentaire de Sissi mais également sur les odeurs. En témoigne le passage dans la Casbah d'Alger où ce beau monde se met de la menthe sous le nez pour conjurer les miasmes de leur environnement immédiat. Enfin "Sissi et moi" comme son titre l'indique adopte le point de vue de la dame d'honneur complètement fascinée pour ne pas dire énamourée du personnage à la fois punk et assujetti qu'elle doit accompagner ce qui fait penser à "Les Adieux a la Reine" (2012). Mais le personnage joué par Sandra HULLER est intéressant en lui-même. Vieille fille rabaissée et violentée par sa mère parce qu'elle n'entre pas dans les cases, elle est tiraillée, on le comprend assez vite entre sa pruderie qui en fait une (plus très jeune) vierge effarouchée par la personnalité de Ludwig, le cousin de Sissi et son attirance pour l'impératrice.

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