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Articles avec #realisatrices tag

The Mastermind

Publié le par Rosalie210

Kelly Reichardt (2026)

The Mastermind

Dans la filmographie de Kelly REICHARDT, "The Mastermind" s'inscrit dans les mêmes codes du thriller que "Night Moves" (2013). Dans les deux cas, on assiste à la préparation, à l'exécution puis aux conséquences d'un acte hors-la-loi qui tourne mal: un attentat écologiste dans le premier cas, un braquage dans un musée d'art dans le second. Une analogie de structure qui m'a frappée tout comme celle des protagonistes principaux, des hommes faibles et fuyants qui voient leurs plans mal conçus dès le départ échapper à leur contrôle. Certes, JB Mooney (Josh O'CONNOR) n'assassine personne mais c'est un homme totalement amoral, un menteur pathologique et un irresponsable qui ne parvient jamais à se dégager d'une conception transactionnelle des relations humaines. Sa dernière conversation téléphonique avec sa femme alors qu'il est en cavale est éloquente: "je te demande pardon, j'ai fait ça pour notre famille, enfin aux trois-quarts, j'ai aussi fait ça pour moi [...] tu pourrais me prêter de l'argent?" Heureusement, l'épouse de JB (jouée par Alana HAIM, l'actrice de "Licorice Pizza") (2021) ne lui répond que par le silence de son mépris. Il en va de même de la femme de l'ami chez qui JB tape l'incruste, elle ne se laisse pas abuser par ses mensonges d'autant qu'il fait la une des journaux et l'oblige à décamper. JB apparaît donc pour ce qu'il est, un minable parasite à la dérive, aux antipodes de la promesse du titre. L'ironie est d'ailleurs aussi ce qui permet à Kelly REICHARDT de réussir le dénouement là où elle ne savait pas comment finir "Night Moves" (2013). Celui-ci est en effet particulièrement savoureux (je n'en dis pas plus pour ne pas spoiler). Pour finir, le film est un régal esthétique avec sa patte vintage (l'histoire se déroule dans les années 70) et sa musique jazzy mélancolique composée par Rob Mazurek qui m'a fait penser d'une manière frappante aux improvisations de Miles DAVIS dans "Ascenseur pour l'echafaud" (1957), autre histoire de perdition et d'errance d'un homme qui se retrouve seul face à son propre vide après avoir tout perdu.

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The Rider

Publié le par Rosalie210

Chloé Zhao (2017)

The Rider

Les pas de côtés que les réalisatrices effectuent lorsqu'elles réalisent des westerns (où des films qui s'y apparentent) sont souvent passionnants. Il faut dit que s'il y a un genre associé à la virilité dominante, c'est bien celui-là. Logiquement les westerns réalisés par des femmes s'attachent à des laissés pour compte ou à des femmes ou à des cowboys qui tentent de cacher les failles qui pourraient les faire basculer dans le camp des parias. "The Power of the Dog" (2021), "War Pony" (2021), "La Derniere piste" (2010), "First Cow" (2019) sont comme autant de jalons sur cette route encore peu empruntée qui comprend également le beau "The Rider", le deuxième film de Chloe ZHAO. On retrouve la sensualité de son regard dans la manière dont elle filme les grands espaces, une grande douceur aussi presque contemplative dans sa manière de filmer le désarroi d'un homme brisé par un accident de rodéo. "The Rider" c'est l'histoire (autobiographique, les personnages jouant leur propre rôle) d'un cavalier qui ne peut plus cavaler et doit donc réinventer son identité pour continuer à avancer. Sauf qu'autour de lui, il n'y a que d'autres éclopés de la vie dont un ami beaucoup plus lourdement handicapé que lui, une petite soeur autiste et un cheval mal en point. Ce qui est passionnant c'est que tous les acteurs non professionnels sont des descendants des indiens Sioux de la réserve de Pine Ridge dans le Dakota du sud mais acculturés au point de ressembler à n'importe quel cowboy de l'Amérique rurale. Du moins jusqu'à ce qu'ils se blessent et que cette blessure ne vienne douloureusement leur rappeler que leur place est à la marge du monde construit par les conquérants WASP. Brady est pris entre la nécessité de gagner sa vie dans un boulot alimentaire dont il souligne dès le départ qu'il est temporaire et l'incapacité à couper le cordon qui le lie à la nature et aux chevaux. On le voit donc malgré les signes évidents de ses lésions toujours y revenir pour se heurter à chaque fois à une impasse, un comble au milieu de ces magnifiques grands espaces où tout semble possible mais qui pourtant fonctionnent comme un mirage.

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A pied d'oeuvre

Publié le par Rosalie210

Valérie Donzelli (2026)

A pied d'oeuvre

De loin comme ça, j'avais l'impression que l'affiche montrait un sculpteur: le titre "A pied d'oeuvre", la posture de Bastien BOUILLON, l'éclairage "sculptant" la matière du sac et des débris posés à ses pieds, la poussière dégagée par les débris... mais bien entendu, ce n'est qu'un leurre. On découvre un homme qui du jour au lendemain ou presque choisit de tout plaquer pour se consacrer à sa passion: l'écriture. Ce faisant il glisse peu à peu dans la précarité, au grand dam de sa famille. On le voit vendre ses biens, être hébergé dans un studio puis dans l'arrière salle d'un café, compter ses dépenses, rogner sur le chauffage et survivre de petits boulots trouvés sur une appli qui sous les atours des habits neufs de la technologie exploite sa main-d'oeuvre taillable et corvéable à merci en jouant sur la loi de l'offre supérieure à la demande pour tirer les salaires à la baisse. Le capitalisme sauvage, aussi ancien que "Les Raisins de la colere" (1940) mais derrière l'écran d'un smartphone.

Durant tout le film qui alterne avec la vie de plus en plus précaire de Paul et les confrontations avec ses proches qui loin de l'aider, l'enfoncent toujours plus (le père -joué par Andre MARCON- allant jusqu'à lui briser son ordinateur dans l'espoir de "lui faire entendre raison"), le spectateur se demande pourquoi il s'inflige ce calvaire. Contrairement à ses camarades de chantier visiblement sans-papiers, lui a choisi cette vie comme une sorte de sacerdoce et d'ailleurs il y apparaît si déplacé que certains de ses clients n'hésitent pas à le lui dire. Sans parler des gens de son ancien milieu qu'il croise parfois et qui s'étonnent de le voir "faire le taxi" (clandestin). Mais on finit par comprendre ce que Paul cherche: à passer de l'autre côté du miroir et à toucher du doigt, enfin je devrais dire avec tout son corps meurtri la réalité de l'autre, celle des esclaves du système et du mépris de classe qu'ils subissent à l'opposé de son ancien confort bourgeois et des clichés pris à distance. La scène où il arrache des buis sur un balcon du 16° arrondissement est très parlante à cet égard. Et Valerie DONZELLI insiste beaucoup sur l'effort, le labeur, la souffrance physique. C'est aussi sans doute ce qui le pousse à écrire tout ce qu'il vit et tout ce qu'il voit dans les carnets, comme une matière première pour ses futurs livres. Et paradoxalement, cette désaffiliation de son milieu d'origine qui pousse Paul dans une solitude absolue est aussi ce qui peut-être lui procure la paix (comme dans la retraite volontaire du DRH de "La Question humaine") (2007) et l'inspiration puisque quelque chose de vrai finit par en sortir: en témoigne la magnifique scène de communion avec son fils.

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La vie domestique

Publié le par Rosalie210

Isabelle Czajka (2013)

La vie domestique

"La vie domestique" c'est 24h de la vie d'une femme en négatif. 24h de vide, de conformisme et d'aliénation dans le périmètre étroit d'une banlieue aisée française qui ressemble à s'y méprendre à celles que l'on peut voir aux USA. La réalisatrice, dissèque le piège dans lequel se sont laissées enfermer les "desperate housewife" en se focalisant sur la moins résignée d'entre elles, Juliette (Emmanuelle DEVOS). Ses consoeurs vivent en effet dans le déni. Ainsi le malaise de Betty (Julie FERRIER) ne s'exprime que lorsque son canapé neuf est vandalisé par le gosse d'Inès (Helena NOGUERRA) dont le comportement ingérable agit comme le symptôme du mal-être que sa mère refuse d'endosser. Enfin Marianne (Natacha REGNIER) qui est enceinte est en proie à une sourde dépression qui se manifeste par sa grande lassitude, son absence de désir et le désordre qui règne chez elle. Juliette est la seule qui tente de se battre en cherchant à décrocher un travail qui corresponde à ses compétences mais elle est enchaînée à un quotidien qui l'empêche de trouver la disponibilité nécessaire pour défendre ses chances. La structure cyclique du film qui commence et se termine par des dîners monopolisés par des maris pissant sur le monde (et leurs femmes, choisies pour leurs origines modestes ou leurs salaires moins élevés qu'elles se sentent obligées de lâcher pour obéir aux injonctions conjugales, de même que l'isolement sous couvert de maison individuelle et de verdure) traduit cet enfermement, de même que la géographie étroite, répétitive et sans âme des lieux qui à l'image de leurs occupants sont interchangeables. Les dernières images traduisent cependant un changement: Juliette refuse pour une fois de se laisser dicter sa conduite par son mari et choisit un moment pour elle toute seule. Un moment certes dérisoire.

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Nino

Publié le par Rosalie210

Pauline Loquès (2025)

Nino

"Nino", le premier long-métrage de Pauline LOQUES revendique ouvertement sa filiation avec "Cleo de 5 a 7" (1961) puisque dans le film de Agnes VARDA, c'était le prénom du soldat qui était le seul à pouvoir comprendre et partager les tourments de l'héroïne. Cependant je lui ai trouvé autant sinon davantage de points communs avec "Oslo, 31 Aout" (2011). C'est sans doute une question de génération, même si le film de Joachim TRIER est le remake de "Le Feu follet" (1963) qui est contemporain du film de Agnes VARDA! Dans tous ces films, on suit l'errance urbaine émaillée de rencontres d'un jeune homme ou d'une jeune femme sur qui plane l'ombre de la mort et qui tente (ou non), réussit (ou pas) à briser son isolement. Néanmoins, "Nino" est loin de parvenir au même degré d'immersion que "Cleo de 5 a 7" (1961) qui donnait l'impression de vivre en temps réel les déambulations de l'héroïne et de percevoir ses angoisses et l'évolution de son état d'esprit à travers les échos de la ville. On reste beaucoup plus extérieur dans "Nino" d'autant que parfois, la réalisatrice tombe dans des séquences un peu cliché comme celle de la soirée branchée chez son ami. Néanmoins le personnage de Nino (interprété avec sensibilité par Theodore PELLERIN) parvient peu à peu à se distinguer par sa nonchalance et son côté lunaire. Pas un instant il n'a l'idée par exemple pourtant rationnelle d'appeler un serrurier pour rentrer chez lui, préférant vivre l'attente le séparant du début de son traitement comme un SDF, très proche en cela de "L'histoire de Souleymane" (2023) ou de "Inside Llewyn Davis" (2013). Pourtant les premières séquences mettent en scène un monde agressif (hôpital en travaux et surchargé, gardien toujours absent, ex petite amie pas disponible pour l'écouter etc.) mais dans lequel Nino parvient à trouver des bulles de réconfort. Il n'y a pas que la révélation de son secret à des proches (et moins proches), l'enjeu est aussi celui de son avenir. Pas seulement la guérison mais aussi la reproduction qui est impactée par le traitement et l'oblige à prélever un échantillon de son sperme en amont pour préserver ses chances. C'est un aspect délicat qui est inégalement géré dans le film tout comme celui de l'héritage à l'aide d'un passage "surréaliste" qui remplit la même fonction que "Les Fiances du pont Mac Donald" (1961) mais que j'ai trouvé un peu trop "plaqué".

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Peter Falk versus Columbo

Publié le par Rosalie210

Gaëlle Royer, Pascal Cuissot (2018)

Peter Falk versus Columbo

Le titre du documentaire est bien vu avec ses deux Peter FALK en un. Celui de l'inspecteur Columbo qui l'a fait passer à la postérité dans la mémoire collective mondiale au point de disparaître derrière l'icône (dans une rare fusion acteur/personnage qui rappelle Chaplin/Charlot). Et celui de sa carrière cinématographique, bien plus riche qu'on ne croit et dont l'apogée fut atteinte avec les collaborations pour son grand ami John CASSAVETES dans "Husbands" (1970) et "Une femme sous influence" (1974). Mais en réalité, que ce soit dans l'univers de la série ou dans celui du cinéma indépendant, ce qui frappe, c'est la grande humanité qui se dégageait de ses interprétations. L'impression qu'il ne jouait pas mais était. Le documentaire montre comment il a construit ses personnages à commencer par Columbo. Comment il l'a nourri de sa personnalité, de son vécu: le regard, la posture, l'accent, les détails vestimentaires (l'imperméable fripé), les accessoires (la Peugeot 403). Le documentaire rappelle aussi combien Columbo fut révolutionnaire à l'époque tant sur le fond (un flic anti-héros désarmé et ne payant pas de mine ne comptant que sur son intelligence pour coincer les coupables, tous des gens puissants le traitant comme un larbin) que sur la forme (on apprend notamment le rôle de Steven SPIELBERG alors débutant dans le tournage du premier épisode de la série et les innovations de style qu'il a apporté). Et le coup de génie de ce documentaire est d'éclairer "Les Ailes du desir" (1987) comme un film testamentaire, une mise en abyme de sa vie et de ses rôles. On l'y reconnaît dans la rue comme étant l'inspecteur Columbo. Mais il joue son propre rôle venant à Berlin pour tourner dans un film historique sur la Shoah c'est à dire renouer avec ses racines juives ashkénaze. Le film immortalise également son talent pour le dessin. Enfin s'il a accepté de jouer ce rôle peu écrit et peu défini au départ, c'est parce qu'il lui rappelait les méthodes de tournage de John CASSAVETES qui l'avaient déstabilisé au départ avant qu'il n'y trouve un contrepoint à l'univers cadré et hiérarchique de la série.

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Hamnet

Publié le par Rosalie210

Chloé Zhao (2026)

HamnetHamnet

Les précédents "essais" biographiques sur la vie de Shakespeare m'avaient laissé une impression mitigée ("All Is True") (2018) quand je n'avais tout simplement pas détesté ("Shakespeare in love") (1998). "Hamnet" est selon moi la première franche réussite dans le genre. Il partage avec le film de Kenneth BRANAGH la même splendeur esthétique avec des décors, des lumières et des cadrages d'intérieurs qui font penser à la peinture de Vermeer. Mais à cet héritage hollandais austère vient s'ajouter le foisonnant mysticisme celtique venue de l'autrice du roman, Maggie O'Farrell qui est d'origine irlandaise. Comme dans les livres des soeurs Brontë, Agnès, l'héroïne de "Hamnet" est une sauvageonne qui vit en connexion étroite avec les forces de la nature, connaît les vertus médicinales des plantes, pratique la fauconnerie bref possède les atours de la sorcière. Il est d'ailleurs troublant de constater à quel point les traditions païennes et rurales celtes et anglo-saxonnes ressemblent au shintoïsme japonais: j'ai plus d'une fois pensé à "Mon voisin Totoro" (1988), notamment parce qu'Agnès aime se réfugier au pied d'un arbre immense dont le creux ouvre sur le monde des esprits. C'est dans ce même creux que tombait Mei, directement sur le ventre du gros Totoro. Ce creux qui symbolise le passage du monde temporel au monde spirituel est aussi celui qui relie la vie et la mort. Des frontières poreuses comme le montre toute la symbolique de l'accouchement, central dans le film. On ne compte plus les oeuvres féminines où l'héroïne accouche dans les bois de "Dans la forêt" de Jean Hegland à "Top of the Lake" (2013) de Jane CAMPION mais le film ne cesse de rappeler les dangers de ce passage pour la mère (celle d'Agnès) comme pour l'enfant (le premier souffle différé de Judith).

Car "Hamnet" va au-delà de la simple notion de passage. Il suggère fortement le principe du transvasement ou si l'on préfère celui des vases communicants. C'est frappant dans le dynamique des jumeaux qui se comportent comme les deux moitiés interchangeables d'un même être. Hamnet souhaite tellement sauver sa soeur qu'il choisit et parvient selon cette croyance quasi magique à prendre sa place au royaume des morts, montré comme une pièce cachée derrière un rideau. Car c'est à cet endroit que survient le deuxième vase communicant, celui qui permet à la nature de se transvaser dans la culture. Durant la majeure partie du film, le nom de William Shakespeare n'est jamais prononcé et son activité théâtrale à Londres est laissée hors-champ puisque l'histoire est centrée sur Agnès et leurs enfants. Il est le précepteur, le mari d'Agnès, l'Absent qui n'existe qu'en creux dans l'histoire. Jusqu'à ce que le deuil d'Hamnet ne se transvase dans la tragédie d'Hamlet (les deux noms étant également interchangeables) où Agnès, déboussolée au départ par ce monde de représentation qui n'est pas le sien finisse par retrouver spirituellement son fils à qui son mari a rendu symboliquement la vie, prenant sa place dans le rôle du fantôme jaillissant d'un décor reproduisant la forêt et son portail vers l'autre monde. Le théâtre, monde de simulacres y acquiert la même dimension spirituelle que la nature lorsque les âmes communient, effaçant la limite entre la scène et la salle comme ce dernier efface les limites entre la vie et la mort.

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Sage-Homme

Publié le par Rosalie210

Jennifer Devoldère (2023)

Sage-Homme

Grand plaisir de retrouver Melvin BOOMER qui avait interprété Didier MORVILLE dans la mini-série "Le monde de demain" (2021) dans un rôle inattendu. Celui d'un étudiant en médecine issu d'un milieu défavorisé (sur le plan social comme familial) qui après avoir raté pour la deuxième fois le concours d'entrée se rabat sur la maïeutique c'est à dire la profession de sage-femme qu'il n'assume pas, du moins au début. Si nombre de films montrent des femmes s'imposant dans des métiers d'hommes (comme Clarice, agente du FBI dans "Le Silence des agneaux" (1989) ou Maggie dans "Million Dollar Baby") (2004), l'inverse est moins fréquent. Il y a bien sûr la référence, "Billy Elliot" (2000) mais "Sage-Homme" ne démérite pas. Certes, l'intrigue ne brille pas par son originalité (le bleu qui doit apprendre les ficelles du métier sous la houlette d'un mentor), néanmoins l'inversion des codes genrés est traité de façon plutôt fine et surtout on entre avec Léopold dans le quotidien d'une maternité, un milieu que l'on ne voit pas si souvent au cinéma. J'ai retrouvé des situations qui étaient abordées dans la série "Maternités" comme le deuil périnatal, les fausses couches ou l'hémorragie du post-partum. De même l'accouchement est montré frontalement, de même que le placenta (c'est la première fois que j'en vois un au cinéma!) Le duo Melvin BOOMER-Karin VIARD fonctionne très bien, le premier incarnant une masculinité qui finit au contact de ce milieu par laisser parler sa sensibilité alors que la deuxième est une "dure à cuire".

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Les échos du passé (In die Sonne schauen)

Publié le par Rosalie210

 Mascha SCHILINSKI (2026)

Les échos du passé (In die Sonne schauen)

Deuxième film de l'année et deuxième dispositif de rimes visuelles et sonores destinées à tisser des liens étroits entre des personnages séparés non par la distance mais par le temps. "Les échos du passé" est une fresque se déroulant sur un siècle dans la même ferme allemande. On y perçoit l'écho de la grande guerre, de la seconde guerre mondiale et de la guerre froide, la ferme étant située au bord d'une rivière marquant la frontière entre RFA et RDA, la présence d'une Trabant suffisant à comprendre qu'on est en RDA. Autre fil rouge, le point de vue, exclusivement féminin. Le récit alterne aléatoirement entre quatre filles, Alma (pour le début du XX° siècle), Erika (pour la seconde guerre mondiale), Angelica (pour la fin des années 60) et Lenka pour la période contemporaine. Toutes ont un point commun: elles sont confrontées, directement ou indirectement à la violence masculine (le symbole des anguilles me paraît assez clair). Alma qui est encore petite, observe les ravages du patriarcat sur sa grande soeur Lia et sur son grand frère Fritz. Erika (vraisemblablement la fille d'Alma) est battue par son père. Angelica (la fille d'Erika) subit l'inceste de son oncle. Quant à Lenka, elle est l'objet des regards prédateurs d'un ami de ses parents. Mais surtout, le film suggère qu'elle porte la souffrance muette de ses ancêtres, emmagasinée dans les murs de la ferme comme une sorte de "douleur fantôme". Car il est beaucoup question de fantômes dans le film. Le fantôme de la jambe perdue de Fritz, grand frère d'Alma et oncle d'Erika. Celui de la soeur d'Erika, noyée dans la rivière avec d'autres femmes pour échapper à l'armée rouge. Celui de la soeur aînée d'Alma, Lia qui s'est donnée la mort en chutant du haut d'une meule de foin mais dont le cadavre a fait l'objet d'une mise en scène macabre pour les besoins d'une photo de famille. Celui de Angelica qui contrairement à Lia est parvenue à s'échapper de cette photo. Nelly, la petite soeur de l'amie de Lenka devient l'éponge absorbante de tous ces traumatismes familiaux qu'elle se met à reproduire comme si Lenka l'avait contaminée.

"Les échos du passé" se distingue par un travail de recherche formelle remarquable pour créer des ponts entre ces femmes en privilégiant la sensorialité sur l'explicatif. Mais c'est aussi un film radical, éprouvant, plombant, morbide, aride, austère, parfois abscons à ne pas mettre entre toutes les mains (un certain nombre de spectateurs ont quitté la salle en cours de projection).

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Les frères Coen, l'envers du décor américain (The Coen Brothers: An American Story)

Publié le par Rosalie210

Sarah Aspinall (2025)

Les frères Coen, l'envers du décor américain (The Coen Brothers: An American Story)

Je suis loin d'avoir fait le tour de la filmographie des frères Joel COEN et Ethan COEN sans parler de ceux que je n'ai pas revu depuis plusieurs décennies. Néanmoins cette rétrospective de leurs quarante années de carrière, très linéaire et également très incomplète m'a parue un peu légère. Je pense que c'est une bonne entrée en matière pour le néophyte mais pas pour celui qui cherche à creuser un peu la question. Il aurait fallu de toutes manières bien plus que 55 minutes pour traiter le sujet à fond et une structure thématique aurait été plus judicieuse. Elle aurait fait ressortir la bipolarité de leur cinéma, à la fois macabre (voire parfois gore) et loufoque, peuplé d'antihéros le plus souvent grotesques, terrifiants ou attachants lancés à la poursuite d'un rêve américain chimérique. On aurait également mieux cerné la dimension méta de leur cinéma qui est à peine effleurée en dehors de la référence à "Les Voyages de Sullivan" (1941), de même que sa dimension spirituelle (qui contredit de plein fouet l'idéologie américaine en montrant l'homme comme un jouet du hasard et en l'incitant à se laisser porter par le courant plutôt que d'essayer d'avoir prise sur lui). On doit se contenter d'une biographie rapide, d'extraits d'une partie de leurs films, certains incontournables et d'autres moins alors que quelques uns de leurs opus majeurs ne sont pas presque pas cités ou pas cités du tout (comme "Miller's Crossing" (1990) ou "A Serious Man") (2009) et de témoignages énamourés de leurs acteurs fétiches qui il faut le dire sont très bien servis par leur cinéma et peuvent y déployer un grain de folie (comme chez Quentin DUPIEUX d'ailleurs).

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