Rêverie autour du mythe de Marcello MASTROIANNI réincarné par sa fille Chiara MASTROIANNI, "Marcello Mio" aurait pu être un beau film. Mais il sonne creux. Il s'agit d'un cinéma de niche qui ne parlera qu'à ceux qui connaissent sur le bout des doigts la filmographie de l'acteur italien. Les autres se sentiront exclus de cette suite de scénettes pour initiés quelque peu prétentieuses et bourrées de références collées les unes aux autres sans véritable souci de continuité. On ne voit pas très bien où Christophe HONORE veut en venir tellement ça part dans tous les sens. L'impression dominante est qu'il a voulu se faire plaisir en superposant une imagerie gay/transgenre sur une icône du cinéma à qui on avait collé une image de "latin lover". Il n'y avait pas besoin de le faire façon "Jean-Paul Gaultier". Marcello MASTROIANNI était autrement plus troublant que les militaires que la caméra gourmande de Christophe HONORE passe en revue endormis dans des poses alanguies et cela vaut aussi pour les reconstitutions des films dans lesquels il a joué: ils font plus que pâle figure avec l'original. Et s'il est plaisant de revoir Stefania SANDRELLI, on se passerait bien de l'autofiction narcissique autour des membres starifiés de la famille du défunt n'ayant pas de rapport direct avec lui (Melvil POUPAUD et Benjamin BIOLAY) ou ne représentant qu'une petite période de sa vie (Catherine DENEUVE). Ce n'est pas la seule faute de goût dans le film. Faire pousser la chansonnette à des acteurs ou actrices ayant une voix de crécelle donne envie de se boucher les oreilles. Et la scène où Catherine DENEUVE se montre grossière face au nouveau propriétaire de l'appartement où elle a vécu, sans raison apparente, donne du showbiz une image odieuse.
Le gratin du cinéma français du début des années 2000 se télescope sous la houlette de Bertrand BLIER dans ce qui peut apparaître comme une mise en abyme du métier, pleine d'ironie, de situations absurdes, de moments profondément émouvants aussi. C'est une déclaration d'amour aux acteurs, ceux qui étaient présents en 2000 sur le tournage et ceux qui étaient déjà partis, comme Lino VENTURA, Jean GABIN, Patrick DEWAERE, Marcello MASTROIANNI, tous ceux évoqués par Alain DELON ou les pères respectifs de Claude BRASSEUR et de Bertrand BLIER qui conversent avec leurs fils depuis l'au-delà. Depuis, cette impression de voir des revenants s'est renforcée, les deux-tiers du casting ayant depuis passé l'arme à gauche dont les deux fistons. Et si le panel représenté dans le film est à 95% masculin, la séquence la plus émouvante de toutes est celle dans laquelle Maria SCHNEIDER vient jouer une scène et remercie Bertrand BLIER de lui avoir offert ce moment. Evidemment par l'une de ces pirouettes dont il avait le secret, ce grand pudique qu'était Bertrand BLIER envoie aussitôt un nouvel olibrius (Michel SERRAULT) faire le pitre pour "empêcher le film de tourner à la guimauve" et il est vrai qu'on ne compte plus les séquences délirantes. Le "pot d'eau chaude" après lequel court Jean-Pierre MARIELLE durant tout le film et le fait douter de sa capacité à être entendu, Josiane BALASKO qui se fait passer pour Andre DUSSOLLIER façon René Magritte ("Ceci n'est pas une pipe"), Michael LONSDALE collant aux basques de Andre DUSSOLLIER (le vrai) etc. Tout participe de l'impression d'être dans une dimension parallèle, un rêve dans lequel les identités vacillent (l'allusion aux secrets inavouables de Michel PICCOLI) exprimant doutes et angoisses autour du vieillissement, de l'oubli et de la mort (obsession du Bertrand BLIER). En dépit d'un petit passage à vide sur la fin (la séquence Jean-Paul BELMONDO, Michel GALABRU et Albert DUPONTEL), on ne garde en tête que le meilleur dont des dialogues, plein de jeux de mots étincelants.
Mais qu'est-ce qui m'a pris de regarder ce film? Sans doute l'affiche et les images bucoliques de la vallée de Chevreuse, un lieu que j'aime beaucoup et la présence de Nora HAMZAWI au générique que j'ai vu il y a tout juste une semaine à l'Olympia. Et puis il y a un film de Olivier ASSAYAS que j'ai beaucoup aimé, "Clean" (2004). Mais celui-là qui aurait été parfait pour un film de famille aurait dû rester dans leur cercle privé. Il ne présente strictement aucun intérêt cinématographique. Il n'y a ni recherche formelle, ni travail d'écriture, ni volonté de créer des personnages. Il s'agit juste d'une chronique fictionnalisée paresseuse de la vie du réalisateur, de son frère et de leurs compagnes durant le confinement dans leur maison de famille au milieu d'un vaste parc avec cours de tennis. Les entendre s'apitoyer sur leurs petits problèmes de logistique et de couple ou bien se gargariser de références culturelles érudites auxquelles le commun des mortels n'a pas accès finit par rendre ces gens déconnectés du réel pénibles et le film en lui-même ennuyeux. Ca m'a rappelé des situations vécues dans lequel des intellectuels imbus d'eux-mêmes monopolisaient la conversation pour s'écouter parler et écraser les autres de leur snobisme. De toutes manière, les signaux "film de classe fait par et pour les bobos" clignotent à chaque instant. Chaque phrase, chaque situation est une caricature que ce soit Etienne (Vincent MACAIGNE, double du réalisateur) qui a rendez-vous en visio avec son psy ou Morgane (Nine D'URSO) qui mange bio et sans gluten entre deux séances de yoga sur zoom ou un podcast sur les derniers jours de la vie de Auguste Renoir. Tout cela sans le moindre humour, le moindre recul. Les seuls moments que j'ai trouvé intéressants, c'est quand la voix (hélas poussive) du vrai Olivier ASSAYAS se souvient avec nostalgie de son enfance dans cette maison. Cela aurait pu donner un tout autre film. Tel quel, il apparaît ainsi que les gens qui le peuplent sont non seulement "hors du temps" mais "hors sol", ne parlant qu'à eux-mêmes. Je tremble pour eux à la perspective de la prochaine crise, celle qui nous privera de carburant, d'accès internet, d'électricité (et accessoirement de caméra-miroir): mais comment feront-ils? ^^.
Neuf courts-métrages réunis en un seul film dénoncent le totalitarisme du régime iranien dans les aspects les plus anodins de la vie quotidienne des citoyens. La forme même du long-métrage épouse les contraintes d'un tournage clandestin où comme chez Jafar PANAHI, il a fallu ruser avec le pouvoir. Il était plus facile d'éclater le projet d'ensemble en petits fragments indépendants avant de réunir les pièces du puzzle au montage. D'ailleurs, comme dans toutes les formes de résistance à l'oppression, ceux qui tournaient dans un segment ignoraient tout des autres et du projet final. Le résultat est édifiant. Suivant un dispositif toujours identique propre aux scènes d'interrogatoires, on voit se succéder des plans-séquence où la caméra fixe est placée du point de vue de l'autorité, la dérobant à notre regard au profit de la personne interrogée. Ce qui au départ relève d'un entretien d'embauche, d'un achat de vêtements ou d'une déclaration d'état civil se transforme en inquisition, la personne investie d'une autorité en abusant de façon systématique et remettant en cause les libertés les plus élémentaires de chaque individu comme celles touchant à l'apparence, à la tenue vestimentaire, aux fréquentations, au prénom ou à la possession d'un animal. Si le dispositif peut paraître répétitif, la tension qui résulte de ce qui s'apparente à une volonté d'emprise et d'humiliation sur autrui ne se dénoue pas toujours de la même manière. Les usagers pris au piège en sortent parfois résignés. Parfois ils mentent, fuient, résistent passivement (la fillette qui répète sa chorégraphie se laisser voiler pour un essayage puis enlève tout et continue comme si rien ne s'était passé) voire retournent les armes de leurs bourreaux contre eux. Ainsi cette élève qui tient sa directrice par la barbichette en ayant en sa possession un document compromettant permettant de la réduire au silence. Parfois aussi l'interrogatoire tourne à la farce comme ces flics qui essayent de refourguer un chien qui leur cassent les pieds à une dame à qui d'autres flics ont pris le sien. Un panorama varié d'un monde arbitraire où ne règnent que les rapports de force.
"Buffet froid" que je n'avais jamais vu m'a fait l'effet d'une pièce de théâtre de l'absurde dans un univers cauchemardesque, mi "Alphaville (une étrange aventure de Lemmy Caution)", mi "Orange mécanique": le nôtre. Celui d'une urbanisation tentaculaire à l'architecture inhumaine qui inspirait des dystopies à la chaîne au début des années 70. "C'est ce béton qui me rend fou" hurle le personnage joué par Jean Carmet, un étrangleur de femmes mais tous les personnages sont à l'avenant. Des êtres paumés, sans attaches, anesthésiés, pour lesquels rien n'a d'importance. Des rôles si désincarnés (celui du mari chômeur, du flic et de l'assassin) qu'ils en deviennent interchangeables. Des âmes errantes dans des tunnels glauques, des immeubles de cités sinistres ou des paysages froids et désolés. Et pourtant, malgré cette désespérance généralisée, le film scintille d'humour non sensique. Bertrand Blier met notamment dans la bouche de son père, Bernard des mots savoureux à la Michel Audiard du genre "Ca sent le tabac et quand ça sent le tabac, ça veut dire que ça va bientôt sentir le roussi" ou bien "C'est une tour interdite aux musiciens, une tour sans gammes et sans arpèges". Autrement dit, ni création, ni émotions. Impossible de monter dans les tours: une voiture qui ne démarre pas, un homme qui refuse d'enlever son manteau, même pour dormir, des oiseaux qui ne chantent plus, la nuit, les néons ou un jour blafard et humide. Et pour finir en beauté et boucler la boucle du surréalisme un "ange exterminateur" alias Carole Bouquet sorti tout droit de "Cet obscur objet du désir". L'influence de "Buffet froid" m'a paru manifeste dans "Au Poste" de Quentin Dupieux qui se déroule dans le même quartier de la Défense et qui est aussi l'un de ses hommages les plus appuyés à Luis Bunuel.
Ce film qui m'en en rappelé d'autres par son sujet ("They Shot the Piano Player" (2022) pour l'Argentine, "Missing/Porte disparu" (1982) pour le Chili ou même la pièce de théâtre "L'Atelier" de Jean-Claude GRUMBERG dans laquelle un personnage reçoit quelques années après la guerre un acte de décès de son mari mentionnant qu'il est "mort à Drancy") est comme une flamme qui s'éteint. Bien que le réalisateur nous fasse ressentir dès la première image la menace que représente la dictature brésilienne, celle-ci paraît durant un certain temps lointaine pour la famille Paiva dont on découvre le quotidien joyeux et insouciant. Leur maison lumineuse, joyeuse, traversée en tous sens par les cinq enfants toujours en mouvement est le théâtre d'une effervescence artistique permanente (par le cinéma, la danse, la photo) et donne directement sur la plage de Copacabana. C'est la période hippie et l'aînée des enfants ressemble à n'importe quel jeune étudiante américaine ou européenne de ces années-là, écoutant la même musique, fréquentant les mêmes chevelus et fumant les mêmes joints. Mais le contrôle musclé qu'ils subissent en traversant un tunnel en voiture a valeur d'avertissement, pour eux comme pour le spectateur: il y a bien une épée de Damoclès qui pèse sur eux. Le régime est sur les dents. En dépit de son apparence inoffensive, Rubens Paiva, le père est dans la ligne de mire du régime en tant qu'ex-député travailliste aux opinions de gauche soutenant les persécutés du régime. Dès que la maison est investie par les hommes du régime et que Rubens est enlevé ainsi que durant quelques jours sa femme et l'une de ses filles, temps et mouvement s'arrêtent, portes et fenêtres se ferment, tout n'est plus que pénombre, silence et fixité, bref la vie est brisée et rien ne sera plus jamais comme avant. Mais un deuxième film commence avec le combat d'Eunice, l'épouse rescapée de Rubens pour connaître la vérité mais aussi pour prendre sa relève et assurer la subsistance de sa famille. Ce deuil d'une vie révolue à laquelle il faut s'arracher est admirablement décrit de même que le courage de cette femme pour se réinventer à 48 ans. Fernanda TORRES a remporté à juste titre un golden globe pour ce rôle qu'elle interprète sur plusieurs décennies. Walter SALLES veut rendre compte des évolutions du Brésil, un peu comme l'a fait Florian HENCKEL von DONNERSMARCK dans "La Vie des autres" (2006) mais il a du mal à trouver des idées sur la fin. Cependant cela n'enlève rien à la force d'évocation de ce film inspiré d'une histoire vraie comme il y en eu tant au Brésil dans ces années-là.
Un documentaire riche en forme d'enquête qui aborde en une heure l'art de David LYNCH, non seulement sa carrière cinématographique mais aussi son oeuvre d'artiste plasticien et ses sources d'inspiration picturales, rappelant qu'il a commencé par les beaux-arts puis par l'animation avant de se lancer dans le cinéma. L'exposition que lui a consacré en 2007 la fondation Cartier est d'ailleurs évoquée. Les films et la série "Mysteres a Twin Peaks" (1990) sont abordés de manière chronologique et ponctués d'interventions de spécialistes et de son entourage, notamment ses acteurs les plus emblématiques: Kyle MacLACHLAN, Laura DERN, Isabella ROSSELLINI ou Naomi WATTS. La chambre rouge de Twin Peaks occupe une place centrale dans le film, réunissant nombre de symboles de la filmographie du cinéaste (rose, boîte et clé bleue notamment) quand le restaurant favori de David LYNCH ne sert pas une oreille en guise de repas à Kyle MacLACHLAN, allusion à "Blue Velvet" (1986). La récurrence de l'esthétique années 50, période de l'enfance de David LYNCH mais aussi de l'apogée de "l'American way of life" est couplée avec l'exploration du "dark side" de cette même Amérique. On remarque que les violences faites aux femmes y occupent une grande place, y compris dans des aspects tabous à l'époque comme l'inceste. Gros bémol cependant: je ne m'explique pas l'absence totale de "Une histoire vraie" (1999) alors que toutes ses autres oeuvres sont évoquées, sans exception. Parce qu'il n'y a pas d'énigme à résoudre dans "The Straight Story" (1999)? Justement, quelle est la place de ce film solaire dénué a priori de mystère et de surréalisme dans l'imaginaire du cinéaste? En confiant à David LYNCH le rôle de John FORD dans "The Fabelmans" (2021), Steven SPIELBERG a en partie donné la réponse.
Une belle mise en scène au service d'un scénario inutilement alambiqué, voilà comment je résumerais mon impression devant "Decision to leave". A force de mettre en avant des effets, des rebondissements, de sauter d'une image à l'autre plus vite que l'éclair, il ne reste pas beaucoup d'espace pour laisser respirer les personnages. Des personnages que j'ai surtout vus comme des pions de l'intrigue. "Suis moi je te fuis, fuis moi je te suis" et "je t'aime moi non plus" ça va cinq minutes. Le début montre de belle manière (parce que la manière, il l'a PARK Chan-wook) le vertige qui saisit le flic insomniaque (PARK Hae-il) à la vue de la très jeune veuve chinoise soupçonnée d'avoir tuée son mari (Tang WEI que l'on connaît notamment pour son rôle dans "Lust, Caution" (2007) de Ang LEE). La façon dont l'enquête judiciaire et notamment sa surveillance rapprochée lui permet de fantasmer sur elle et de se rincer l'oeil (clin d'oeil à "Fenetre sur cour") (1954) donne lieu à des scènes presque amusantes alors que tout montre qu'il s'ennuie profondément avec son épouse qu'il ne voit que le week-end et que cette obsession remplit le vide de sa vie. Sauf qu'elle le déstabilise et l'empêche de faire correctement son travail. Du moins momentanément. Vient le temps de la désillusion qui rappelle le parcours de Scottie, le policier de "Vertigo" (1958), lui aussi sujet au vertige et aux obsessions. Mais sous prétexte de brouiller les pistes, le personnage féminin devient illisible, victime d'un homme possessif et violent, traumatisée par ses conditions d'immigration mais en même temps manipulatrice, meurtrière, croqueuse d'hommes, puis désespérée de ne pas parvenir à éteindre le ressentiment du flic dont la fierté à été mise à mal. Flic sur lequel elle fantasme elle aussi bien plus qu'elle ne le connaît. Au point de se sacrifier, histoire de charger encore plus une barque déjà bien remplie? PARK Chan-wook souffle le chaud et le froid de façon un peu trop ostensible et autant l'hommage à Alfred HITCHCOCK m'a paru plutôt réussi, autant celui à "Mort a Venise" (1971) de Luchino VISCONTI m'a paru à côté de la plaque tant le film, très cérébral et soucieux d'en mettre plein la vue manque d'émotions.
Présenté comme le dernier film de Clint EASTWOOD, "Juré n°2" est un film de procès certes de facture classique mais doublé d'un thriller à twists scénaristiques qui tient en haleine. L'habileté du scénario fait que le vérité se dérobe constamment au spectateur. En effet le meurtre n'est jamais montré et jusqu'à la dernière image, plusieurs hypothèses crédibles tiennent la corde. Si le film adopte la subjectivité de Justin Kemp, le juré n°2 (Nicholas HOULT) qui est persuadé d'être coupable, il est tellement hanté par un passé qui semble le poursuivre comme une fatalité qu'on ne peut pas tout à fait prendre ses croyances pour argent comptant. Par ailleurs le comportement peu rassurant de l'accusé, James Michael Sythe (Gabriel BASSO) qui lui aussi traîne un lourd passé ne permet pas de le mettre complètement hors de cause. Enfin l'hypothèse d'un accident n'impliquant aucun tiers ne peut pas non plus être complètement exclue. Néanmoins, le film n'est pas sans défauts. N'ayant pas vu "Le Septieme jure" (1961) dont il s'inspire, je ne peux dire si l'emprunt est habile. En revanche, celui qui concerne "Douze hommes en colere" (1957) apparaît bien lourd et artificiel d'autant que ce qui est une véritable dramaturgie au service d'un discours humaniste dans le film de Sidney LUMET n'est qu'un passage obligé dans le film de Clint EASTWOOD qui interroge quant à lui les rapports entre justice et vérité. Sur les tourments du pauvre Justin, le scénariste en rajoute, le mettant sous pression à chaque fois qu'il est sur le point d'être père et le mettant toujours au mauvais endroit au mauvais moment. Il y a des poissards mais quand même! L'interprétation est inégale. J'ai eu beaucoup de plaisir à revoir Toni COLLETTE dans le rôle d'une avocate générale ambitieuse mais intègre et même JK SIMMONS dans un rôle autrement plus sympathique que dans "Whiplash" (2014). Mais j'ai trouvé Nicholas HOULT trop lisse, trop mécanique à l'image de son foyer aseptisé alors qu'une bonne partie du film repose sur ses épaules.
Contrairement à une idée reçue, une source essentielle de l'inspiration de David LYNCH lui vient de la culture populaire de son enfance et plus précisément du film de Victor FLEMING, "Le Magicien d'Oz" (1938) adapté du roman de Frank Baum. Film qui l'obsède au point d'avoir déclaré qu'il y pensait tous les jours (et pas qu'en se rasant!) C'est tout à fait revendiqué dans "Sailor & Lula" (1990) qui en constitue une relecture rock and roll/ trash mâtinée de "Roméo et Juliette". Mais c'est le cas aussi dans ses autres films, de manière plus allusive. De "Une histoire vraie" (1999) qui déroule sa simplicité, sa linéarité et sa lenteur à l'alambiqué "Lost Highway" (1997), on suit pourtant toujours la même route de briques jaunes avec ou sans chaussures rouges quand on ne s'y appelle pas Dorothy ou quand on ne se retrouve pas devant un épais rideau en forme de frontière. Ce que démontre ce brillant et passionnant documentaire qui va d'ailleurs bien au-delà de la seule filmographie du réalisateur de "Elephant Man" (1980). C'est à une véritable dissection du cinéma hollywoodien que se livrent les six cinéastes et critiques qui interviennent aux cours des six chapitres qui explorent en profondeur le monomythe théorisé par Joseph Campbell. Sans remonter jusqu'à "L'Odyssée", socle commun de toute la culture occidentale, les histoires fédératrices de la culture américaine sont montrées comme se comptant sur les doigts d'une main: "Le Magicien d'Oz" (1938) et "La Vie est belle" (1946), les deux films entretenant de nombreux points communs dont celui de passer régulièrement à la télévision et ainsi de se transmettre de génération en génération. L'utilisation du split-screen met en évidence les liens tant sur la forme que sur le fond que le film de Victor FLEMING entretient avec celui de Frank CAPRA mais aussi avec une multitude d'autres univers de cinéastes allant des frères Joel COEN et Ethan COEN à Steven SPIELBERG, de Francis Ford COPPOLA à Stanley KUBRICK, de Georges LUCAS à John FORD, c'est un monde de conteurs qui se dévoile innervés par les mêmes schémas, les mêmes symboles (rappelant tout ce que le personnel doit au collectif, l'individu au milieu dans lequel il a grandi) et même si la forme de certains de ses films peut dérouter, David LYNCH fait bien partie de ce monde de conteurs, explorant ce qui se cache derrière la surface des choses, la plupart du temps dans leurs facettes cauchemardesques avant de rentrer (ou pas) à la maison. En visionnant ce documentaire stimulant et enrichissant, me sont venues aux oreilles des phrases telles que "Let's go home Debbie" ("La Prisonniere du desert") (1956), "J'aimerais payer la facture et rentrer chez moi" ("Fisher King") (1991) ou "Téléphone, maison" ("E.T. L'extra-terrestre") (1982).
"Etre critique, ce n'est pas donner son avis, c'est se construire comme sujet travers les films que l'on voit" (Emmanuel Burdeau)
"La cinéphilie est moins un rapport au cinéma qu'un rapport au monde à travers le cinéma" (Serge Daney)