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L'Amour tenace

Publié le par Rosalie210

Max Linder (1912)

L'Amour tenace

Ce n'est pas le meilleur court-métrage de Max Linder car il est assez pauvre en idées. Il consiste en une série de courses-poursuite entre le père et la fille Rocdefer d'une part et Max d'autre part. Max et la fille Rocdefer sont amoureux mais le père s'oppose à leur union. Une intrigue qui annonce à l'état rudimentaire celle de "Soyez ma femme". Le principal intérêt du film est esthétique. Il y a de nombreux plans en extérieur composés comme des tableaux. Max Linder joue (comme dans beaucoup de ses films) sur la symétrie et un jeu de couleurs assorties (ici le blanc) pour suggérer que Max et la fille Rocdefer sont faits l'un pour l'autre. D'autre part on voit Max s'adonner à de nombreux sports: équitation à l'arrière du train, patinage, ski. Cela nous rappelle qu'à cette époque, les vacances et les loisirs étaient réservés à un tout petit milieu privilégié dont était issu Max Linder.

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Summer Wars (Samā wōzu)

Publié le par Rosalie210

Mamoru Hosoda (2010)

Summer Wars (Samā wōzu)

Lorsque l'artiste plasticien Takashi Murakami a exposé ses œuvres dans les grands appartements et la galerie des glaces à Versailles en 2010, les dents ont grincé. D'un côté le classicisme, la tradition, de l'autre l'art contemporain inspiré de l'esthétique manga avec ses personnages acidulés et kawai, le choc des cultures était assuré.

Or c'est à cette même période que "Summer Wars", le deuxième long-métrage d'auteur de Mamoru Hosoda arrive chez nous, suscitant sur le moment des avis plutôt mitigés voire négatifs, notamment sur le graphisme d'Oz, l'univers virtuel, proche de celui de Takashi Murakami. Hosoda a été depuis reconnu en France comme un auteur majeur de l'animation japonaise avec "Ame et Yuki, les enfants-loups" et par conséquent "Summer wars" a été réévalué.

L'un des thèmes centraux de "Summer Wars" est la confrontation entre la tradition et la modernité. Le titre fait allusion aussi bien aux guerres féodales entre samouraï et shogun qu'à la cybercriminalité contemporaine. Il contient en plus un paradoxe qui annonce son caractère fondamentalement divertissant, l'été étant plus propice à la farniente qu'au combat.

La tradition est incarnée par le clan Jinnouchi, une très vieille famille vivant près de Nagano dans une immense demeure et s'étant réunie pour fêter le 90eme anniversaire de leur bisaïeule. Leur histoire reflète celle du Japon: guerriers samouraï au Moyen-Age, ils se sont reconvertis en marchands de soie sous l'ère Meiji avant d'être ruinés par leur de leurs membres. Lorsque le héros, Kenji débarque dans cette immense famille, il découvre que ses membres exercent des métiers variés: pêcheur, policier, joueur de baseball, informaticien etc.

Face à la tradition, la modernité est incarnée par Kenji mais aussi par le monde virtuel d'Oz. Kenji est un jeune lycéen japonais surdoué en mathématiques. Il vit dans un petit appartement, sa famille, vraisemblablement réduite brille par son absence et il passe l'essentiel de son temps à geeker. C'est par lui que l'on découvre que le web est devenu un véritable monde parallèle dans lequel chaque personne possède un avatar, peut travailler, acheter, jouer comme dans le monde réel. Mais une nuit, il craque sans le savoir le code d'Oz, permettant à une I.A malveillante, "Love machine" de s'emparer de façon exponentielle des comptes utilisateurs de particuliers mais aussi d'entreprises et d'administrations. La société réelle est totalement désorganisée ce qui révèle sa dépendance vis à vis des hautes technologies (la réalité a depuis rejoint la fiction avec le logiciel wannacry qui a touché une grande partie du monde et désorganisé des pans entiers de l'économie et de la société). Love machine n'a plus qu'à programmer la fin du monde en faisant tomber un satellite artificiel sur une centrale nucléaire.

Tradition et modernité s'entremêlent lorsqu'on découvre que le créateur de la Love machine est Wabisuke, le vilain petit canard du clan Jinnouchi, marginalisé par son origine illégitime et que la maison du clan est dans le périmètre de chute du satellite. Cette opposition entre une menace planétaire et un point de vue domanial fait penser à "Mélancholia" de Lars Von Trier. On pense aussi un peu à "Matrix" (même si Oz à l'image de sa référence magique est autrement plus coloré et joyeux que l'alignement austère de chiffres sur fond vert de la matrice.) et à "Docteur Folamour". Les spécialistes des mangas et jeux vidéos penseront eux plutôt aux "War games."

Les thèmes sont graves mais le ton reste léger car l'humour est omniprésent et le rythme, très enlevé sans parler du graphisme. C'est frais et pétillant comme une boisson estivale!

 

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Festen

Publié le par Rosalie210

Thomas Vinterberg (1998)

Festen

C'est un film coup de poing dont la force me prend aux tripes à chaque nouveau visionnage. Bien meilleur à mon avis, bien plus convaincant que le "Ruban blanc" qui traite également du fascisme ordinaire tapi à l'intérieur des familles si respectables en apparence de l'Europe "boréale" chère à l'extrême-droite. Mais Vinterberg n'a reçu que le prix du jury alors qu'Haneke a eu la palme. C'est dommage.

On a beaucoup critiqué les principes du dogme 95, cette nouvelle vague cinématographique danoise lancée sous l'impulsion de Vinterberg et Von Trier en réaction aux superproductions hollywoodiennes bourrées d'effets spéciaux. Mais outre le fait qu'il n'a jamais été question de suivre le dogme à la lettre (ce qui serait un comble pour un film qui repose sur la transgression), le résultat dans Festen est saisissant de par la parfaite adéquation entre le thème traité (la révélation d'un secret de famille qui provoque un séisme) et le style employé (une caméra à l'épaule scrutant les visages à la manière de Cassavetes).

On pense forcément à la "Règle du jeu" de Renoir devant cette grande maison bourgeoise où l'on passe sans arrêt de l'étage des maîtres et de leurs invités qui fêtent l'anniversaire du patriarche à celui des domestiques. Sauf que si les premiers se livrent au grand cirque des faux-semblants, ce n'est pas le cas des seconds qui aident au contraire Christian, le fils aîné victime d'inceste dans son enfance à déjouer la règle du silence. Le sous-sol des cuisines tout comme l'eau ou le tube d'aspirine sont autant de métaphores des pulsions et secrets enfouis qui cherchent à remonter à la surface. Si bien qu'à chaque nouvel échec, les domestiques poussent Christian à retourner dans l'arène de la cérémonie jusqu'à ce que la vérité éclate.

Et cela finit par marcher. La maison se lézarde de tous côtés. On observe une montée progressive de la violence contre Christian pour tenter de préserver l'unité familiale. A la torture psychologique (tentative de la mère pour diffamer son fils, propos humiliants du père) succède la violence physique lorsque le frère cadet passablement déséquilibré et ses amis jettent Christian hors de la maison puis l'attachent à un arbre dans la forêt non sans l'avoir frappé au préalable. Cette violence est redoublée par l'arrivée de Gbatokai, le fiancé noir d'Hélène, sœur cadette de Christian, qui déclenche un déchaînement de racisme dans l'assemblée. Comme Christian, Gbatokai fait figure d'intrus, de "corps étranger" dont il faut se prémunir. Le conflit ne se dénoue que par la lecture de la lettre de Linda, la sœur jumelle de Christian qui s'est suicidée à cause des abus sexuels dont elle a été victime au même titre que son frère. Linda dont le fantôme est omniprésent tout au long du film.

La parole a valeur de libération. Christian peut construire sa vie alors qu'il en était empêché. Il brise le cercle de la fatalité qui consistait à reproduire les mêmes abus de génération en génération (l'intervention du grand-père permet de comprendre que le père a subi lui aussi des abus).

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Tootsie

Publié le par Rosalie210

Sydney Pollack (1982)

Tootsie

En 1963, Aragon écrivait que "L'avenir de l'homme est la femme", maxime devenue dans l'album de Jean Ferrat sorti en 1975 "La femme est l'avenir de l'homme." Michael Dorsey (Dustin Hoffman) en est l'incarnation. Du jour où il décide de se travestir pour décrocher un rôle, sa vie bascule. Au premier degré, c'est une histoire de success story: un acteur au chômage devient une star de la télévision. Mais c'est bien plus subtil que ça. Dorsey apparaît comme un homme veule, fade, faible, comme s'il lui manquait une épine dorsale. Lorsqu'il devient Dorothy (ou plutôt lorsqu'il découvre Dorothy en lui), il devient une personne énergique, déterminée, franche, empathique et surtout courageuse donc capable de renverser l'ordre établi, celui du sexisme ordinaire du show business. Et en dehors, les rapports de force dominant les relations entre les hommes et les femmes comme l'illustrent les hilarantes scènes de taxi où ce n'est qu'avec une voix ou un comportement masculin que Dorsey prend le dessus.

Les scènes de tournage du soap opera, satiriques à souhait, frappent par leur justesse d'observation et leur brûlante actualité alors que le film est vieux de 35 ans. On pense aux récentes affaires de harcèlement qui ont défrayé la chronique (DSK en 2011, Denis Baupin et Jean-Michel Maire dans TPMP en 2016) car on retrouve les mêmes comportements déplacés: main aux fesses, baisers forcés, tentatives de viols, tout cela parfaitement banalisé. Julie, la jeune actrice jouée par Jessica Lange, ravissante mais peu sûre d'elle sort avec Ron, le réalisateur (Dabney Coleman), un macho de première qui se croit irrésistible. Sa mauvaise foi lorsqu'il justifie ses mensonges ("c'est pour ne pas la blesser") et ses tromperies ("c'est pour ne pas être exploité") laisse pantois.

Face à ce monde factice, la relation sensible qui se développe entre Julie et Dorothy donne lieu à de belles scènes intimistes où la fragilité de l'une et la tendresse de l'autre peuvent s'exprimer, révélant d'autres possibles entre les femmes et des hommes connectés à leur part féminine et non plus en guerre avec elle. Dustin Hoffman est bien sûr absolument parfait, plus "vrai que nature". Mais Jessica Lange offre également une interprétation très fine de son personnage.

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Elephant man

Publié le par Rosalie210

David Lynch (1980)

Elephant man

Pourquoi dès qu'un grand metteur en scène fait un film qui dépasse ses seules obsessions pour atteindre l'universel dit-on de son film qu'il est "académique"? J'ai lu ce qualificatif à propos du "Pianiste" de Polanski et d'"Éléphant Man" de Lynch. Et bien à mes yeux ce sont leurs chefs-d'œuvre et non "Rosemary's Baby" (et sa fin satanique qui sombre dans le ridicule) et "Mulholland Drive" (le film snob pour les snobs par excellence).

Éléphant Man plonge les racines de sa bouleversante humanité dans la baraque à Freaks de Tod Browning. il en extrait un être dont la monstruosité physique est à l'inverse de l'intelligence, du talent et de la noblesse morale. John Merrick (John Hurt, vulnérable et sensible) devient ainsi un miroir de vérité dans lequel chacun peut se voir vraiment tel qu'il est. Il y a ceux qui le considèrent comme une source de profit, un objet ou un animal, il y a ceux qui se laissant envahir par la peur et la haine de la différence veulent le lyncher (sans jeu de mots). A l'autre bout il y a les freaks plutôt solidaires (comme chez Browning) et une actrice qui à l'égale d'une chanteuse lyrique est à l'écoute de la voix intérieure des êtres. Entre les deux, il y à Treves le chirurgien de l'hôpital (formidablement interprété par Anthony Hopkins une décennie avant qu'il n'explose dans le rôle du psychopathe Hannibal Lecter.) Treves est accusé durant tout le film de jeter Merrick en pâture à ses camarades médecins et à la bonne société pour servir ses ambitions. Mais lorsqu'il pleure en voyant Merrick pour la première fois, lorsqu'il cherche à communiquer avec lui, puis lorsqu'il l'invite chez lui on devine que quelque chose d'intime se joue entre les deux hommes. Merrick qui a été pourtant abandonné à la naissance manifeste une tendre dévotion envers sa mère alors que l'on comprend à demi-mot que Treves et son épouse ont été abandonnés par leurs enfants et en souffrent. Comme le dit Hélène Nicolas, une autiste lourdement handicapée dans "Dernières nouvelles du cosmos" seul l'amour nous sépare du vide. John Merrick peut partir tranquille en ayant la certitude d'être aimé.

Présentation:

Il y a des films dont la perception ne change guère, quel que soit le support sur lequel on les visionne. Et puis il y a ceux à qui l'expérience de la salle de cinéma offre un supplément d'âme. C'est le cas de "Elephant Man" de David Lynch qui est ressorti au cinéma en version restaurée comme ses autres films (sauf "Dune") à l'occasion du décès du cinéaste le mois dernier. La sensorialité du film est décuplée, nous plongeant dans un bain sonore qui donne un relief puissant à toutes les agressions que subit John Merrick: les coups frappés à sa fenêtre par l'homme qui veut l'exploiter, le sifflement provoqué par les jets de vapeur du train quand il est poursuivi par la foule, les cris des singes quand il est mis en cage. David Lynch choisit de faire partager l'expérience de l'humanité souffrante et de placer la société victorienne dans toutes ses strates et tous ses paradoxes en miroir par rapport à celle-ci. Le cinéma est certes une affaire de temps mais aussi de regard. Impossible d'oublier celui du docteur Treves (joué par le grand Anthony Hopkins, complètement habité par son rôle.) découvrant John Merrick, se découvrant lui-même à travers John Merrick. Et pourtant, il y a aussi du Bytes, le forain qui l'exhibe contre de l'argent en Treves parce que Treves possède un statut social alors que John Merrick en est dépourvu. La tentation de se servir de lui pour renforcer sa position est donc forte et le dispute à l'empathie de celui qui ressent en l'autre son frère humain dans ce qu'il a de plus beau, de plus pur mais aussi de plus vulnérable. Si tout le monde n'a pas fait l'expérience du handicap, de l'exclusion, de la maltraitance, tout le monde a vécu celle d'avoir été un enfant, vulnérable et impuissant face au monde des adultes. La plupart l'ont oublié. "Elephant Man" agit comme une piqûre de rappel.

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Cars 2

Publié le par Rosalie210

John Lasseter et Brad Lewis (2011)

Cars 2

La question que je me pose toujours devant ce film est la suivante: "Où sont passés les studios Pixar?" Si ce n'était la qualité technique visuellement bluffante et le retour de personnages que nous savons appartenir à leur univers, le film pourrait aussi bien être un Disney (ceux-ci ayant racheté Pixar ont d'ailleurs produit leurs propre dérivé de Cars, la saga spin-off Planes, affligeante), un Dreamworks ou un Illumination. La faute à un scénario premier degré favorisant le remplissage, la morale convenue, les clichés éculés et les blagues à la consistance de pudding au détriment d'un vrai travail de fond. Résultat: un gros jouet coloré qui n'apporte rien. Les enfants s'en détachent très vite et les adultes s'ennuient ferme. Cette absence d'identité propre, de personnalité est d'autant plus incompréhensible que les studios abordent habituellement dans leurs films d'animation les sujets graves (avec maestria qui plus est): l'oubli, l'abandon, la mort, le désespoir. C'est ce qui leur donne leur profondeur et par conséquent leur immortalité. Il y avait pourtant de quoi faire avec la mort des doubleurs de Doc Hudson en VO et VF. Mais non, le sujet est escamoté. Aucune explication ne nous est fournie sur la disparition de Doc Hudson comme au "bon vieux temps" où pour ne pas "traumatiser" ces chères "têtes blondes" (comme si tous les enfants étaient blonds!!), on censurait la mort du petit prince des collines dans "Candy."

Heureusement, la suite a montré notamment avec "Vice-Versa" que "Cars 2" n'avait été qu'un incident de parcours et que si Pixar avait bel et bien un pied englué dans le business bas de gamme, l'autre restait connecté aux étoiles. Pour le moment.

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Max a peur de l'eau

Publié le par Rosalie210

Max Linder (1912)

Max a peur de l'eau

Max Linder comme Marcel Proust a retranscrit dans ses premiers films le mode de vie oisif de la bourgeoisie française de la Belle-Epoque. Dans "Max a peur de l'eau" on voit quelques uns de ses membres s'adonner aux joies du tennis et des bains de mer. Sauf qu'il y a un hic. Max a une telle phobie de l'eau qu'il ne peut suivre sa fiancée. Cela suffit à le faire baisser dans son estime au point de remettre en cause leur union. On voit au passage la superficialité de ce milieu et son manque d'ouverture d'esprit. Sommé d'aller chercher la bague de fiançailles au fond de l'eau, le pauvre Max s'escrime en vain pour surmonter sa phobie. Mais un heureux concours de circonstances va lui permettre de renverser la situation à son avantage.

Le film n'est guère palpitant en soi mais il offre comme la plupart des autres Linder de délicieuses trouvailles. Ici c'est une séquence d'animation à partir de papiers découpés montrant des poissons cherchant â s'emparer de la bague de fiançailles. Une technique reprise beaucoup plus tard par Terry Gilliam, grand admirateur de Linder. Les têtes des Monty Python apparaissent d'ailleurs sur des corps de poissons dans plusieurs séquences du Sens de la vie.

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Entente cordiale

Publié le par Rosalie210

Max Linder (1912)

Entente cordiale

Entente cordiale est un court-métrage de Max Linder plein de charme. L'intrigue est un marivaudage des plus classiques. Une jeune femme très riche (Jane Renouard ou Renouardt, une collaboratrice de Max Linder qui posait aussi pour les peintres et photographes) se fait passer pour une bonne afin de tester les sentiments de Max, un jeune bourgeois dont elle est amoureuse. Au passage elle séduit l'ami de Max, le musicien Harry Fragson (mort en 1913, ce sera son seul film) ce qui introduit une rivalité entre eux.

Mais le film se teinte de véritables moments de fantaisie voire de poésie absurde. Un piano devient un véhicule que l'on remorque. Eenfin presque, il perd ses pieds dans l'histoire. Un duel au pistolet abat non les duellistes mais leurs témoins et les animaux qui sont sur leur chemin. Enfin presque, lorsqu'il est révélé que les armes sont chargées à blanc, tout le monde se relève indemne (vive les trucages et l'illusion). Enfin lorsque survient le happy end, les amoureux se mettent à danser, accompagnés... par les meubles de la pièce qui comme s'ils étaient dotés d'une vie propre sautent de plus en plus haut jusqu'à se renverser. 

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Augustine

Publié le par Rosalie210

Alice Winocour (2012)

Augustine

« À l’origine du film, il y a une image. Le tableau d’André Brouillet Le Docteur Charcot à la Salpêtrière qui représente des hommes habillés en costume trois pièces regardant une femme comme un animal traqué. Je trouvais qu’il y avait quelque chose de très violent dans cette situation ; des hommes habillés et une femme presque livrée en pâture. Cette atmosphère sulfureuse de la Salpêtrière, ce mélange du côté médical et l’érotisme latent derrière l’alibi médical m’a fascinée. » (Alice Winocour)

Pour son premier film, Alice Winocour a frappé fort. Echappant au risque de la reconstitution empesée, elle filme une sorte de zoo humain: La Pitié Salpêtrière à la fin du XIX° siècle (qui n'a de pitié que le nom). Dans le rôle des cobayes que l'on exhibe comme des bêtes de foire et que l'on étudie comme des quartiers de viande, des femmes issues des classes populaires atteintes pour la plupart de troubles hystériques. Dans celui des manipulateurs et spectateurs-voyeurs, des hommes issus de la bourgeoisie, médecins pour la plupart. Toute la froide cruauté des rapports de domination sociale et sexuelle se joue là. D'autant que certaines situations n'ont pas changé de nos jours. Toutes les scènes où Charcot et/ou ses assistants examinent Augustine sans la regarder et sans répondre à ses questions comme si elle n'existait pas sont toujours d'actualité.

Mais le film ne s'en tient pas là, il est plus complexe. Il montre que dominants et dominés sont victimes du même carcan social et moral ultra-répressif vis à vis du corps et de ses émotions. Les bourgeois le sont même encore plus que les ouvrières. Les premiers sont dans un tel contrôle permanent qu'ils ressemblent tous à des croque-morts. Les secondes en revanche voient leur corps leur échapper et violemment protester. On peut interpréter ainsi la première crise d'Augustine qui éclate alors qu'elle sert à table, mettant sans dessus dessous un grand dîner bourgeois. Le déclencheur est la vue de crabes en train de se faire ébouillanter vivants puis dépecer. Plus tard ce sera une poule décapitée mais continuant à battre des ailes. Une autre scène clé utilisant un animal pour métaphore est celle où Charcot et Augustine se rapprochent en jouant avec le singe de ce dernier. Mais très vite celui-ci se raidit, remet la laisse au singe et chasse Augustine de peur de perdre le contrôle. Néanmoins il s'est passé quelque chose puisqu'on voit un peu plus tard Charcot nu devant son miroir en train de faire couler de l'eau sur sa main comme s'il avait enfin pris conscience qu'il avait un corps, des sens etc. Cela préfigure les scènes où Augustine prend le dessus sur lui et se libère. En guérissant quasiment malgré lui (car tout en affirmant travailler à sa guérison il a besoin qu'elle reste malade parce qu'elle sert son ambition et qu'il peut ainsi la contrôler et se contrôler) et en lui offrant son corps et son désir. Dans ce rôle hyper-sensuel derrière son apparence corsetée, Soko est une révélation. Chacune de ses crises hystérico-érotique est une vraie performance scénique. Face à elle, Vincent Lindon fidèle à lui-même porte une lourde carapace d'émotions contenues.

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Lily la tigresse (What's Up, Tiger Lily?)

Publié le par Rosalie210

Woody Allen (1966)

Lily la tigresse (What's Up, Tiger Lily?)

Vous n'avez jamais entendu parler du film japonais d'espionnage de série B "International secret police: Key of Keys" (en VO "Kokusai himitsu Keisatsu: Kagi no Kagi")? C'est normal, il était jugé si mauvais par les producteurs américains qu'il fut confié en 1966 à Woody Allen alors tout juste auréolé pour sa prestation dans "Quoi de neuf Pussycat?". Sa mission: doubler et remonter le film pour le transformer en comédie burlesque plus digérable. Le résultat: une grosse blague potache sans queue ni tête qui peut provoquer deux réactions.

Soit une franche rigolade devant le décalage bien visible entre des images premier degré et des dialogues complètement barrés. Des Yakusas qui se nomment "Pou-Lai" et "La-Pin-Chô", un mariage entre un cobra et une poule, un Sultan qui veut créer l'Etat de la Bananie dans un trou de la Mappemonde (quoique quelques années plus tard, Woody Allen réalisera Bananas), des méchants bien neu-neu "Moi ait tué fille avec ma jolie fumée"etc. Le tout avec des accents et des rires sardoniques bien ridicules.

Soit la consternation et l'ennui devant cette accumulation de séquences purement gratuites avec l'impression que le réalisateur se fait plus plaisir à lui qu'aux spectateurs. Woody Allen avait conscience d'avoir réalisé un grand n'importe quoi et ne voulait pas le sortir. Mais finalement ce fut un succès au point que les deux actrices principales furent par la suite enrôlées dans un vrai James Bond ("On ne vit que deux fois"). Quant à Woody Allen, cette première réalisation très oubliable fut un tremplin vers la carrière que l'on sait.

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