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Climax

Publié le par Rosalie210

Gaspar Noé (2018)

ClimaxClimax

La curiosité. Voilà ce qui m'a poussé à regarder "Climax". Je n'avais jamais vu de film de Gaspard NOE mais beaucoup entendu parler de lui et compris que l'on avait affaire à un cinéaste clivant. Et puis à force de voir des extraits dans l'émission "Blow up", j'ai remarqué qu'il avait un univers reconnaissable avec une caméra tournoyante filmant en plongée un sol qui devient le plafond et vice-versa ce qui nous rappelle que la terre est sphérique. Cette volonté de brouiller les repères est d'ailleurs partout dans "Climax": dans le positionnement des génériques où il n'y a ni début, ni fin, dans celui des livres et des cassettes vidéo qui entourent la télévision où défile le casting: une partie des titres est à l'endroit, l'autre à l'envers. Je me suis repassé d'ailleurs cette séquence deux fois pour avoir le temps de les lire car ces oeuvres n'ont pas été choisies au hasard, elles ont valeur programmatique. "De l'hédonisme au nihilisme", voilà ce qui les relie.

"Climax" ressemble à l'un de ces innombrables films d'horreur de série B qui montre une bande de jeunes décérébrés et interchangeables tomber dans un piège mortel du genre "Chroniques de Tchernobyl" (2011). Sauf qu'il y a un cerveau derrière qui orchestre sous forme de maelstrom de sensations sa vision on ne peut plus noire de l'existence. "Climax" s'ouvre sur un plan-séquence de 12 minutes que j'ai vu plusieurs fois, notamment à l'exposition "Disco" qui explore justement ce qui se cache derrière l'hédonisme de cette culture et son temple, la discothèque: une utopie du mélange dans laquelle toutes les barrières (de couleur, de genre, d'origine sociale) seraient effacées par la magie de la musique, de la danse et d'une atmosphère brouillant les repères (fumée, obscurité, lumières stroboscopiques). Cette séquence euphorique tourne ensuite après une période d'incubation où l'on mesure l'animalité et la vacuité de personnages réduits à leurs pulsions primaires au pur cauchemar quand la drogue cachée dans la sangria (la boisson du "melting-pot") fait son effet. Une sangria filmée également à la verticale par la caméra tout comme un nouveau numéro de danse en forme de "battle" ce qui renforce la figure du cercle infernal et annonce la suite. C'est au tour des repères moraux et sociaux d'être pulvérisés dans ce qui s'apparente à une grande orgie de sexe et de violence aboutissant à une destruction symbolique de l'espèce par l'infanticide et l'inceste. La caméra fait d'ailleurs très "oeil de dieu" et ce d'autant plus que le blanc envahit les premières et dernières images (jusque là saturées d'un rouge et d'un vert très organiques) avec des personnages défoncés au regard tourné vers le ciel. C'est à ce moment-là que les titres des oeuvres citées au début du film prennent tout leur sens, tels que "Salo ou les 120 jours de Sodome" (1975), "Un Chien andalou" (1929), "Suicide, mode d'emploi" ou "De l'inconvénient d'être né". Eprouvant, dérangeant, sans doute trop long dans sa dernière partie qui paraît interminable mais un film qui ne laisse pas indifférent.

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Le Matelas alcoolique/Le Matelas épileptique

Publié le par Rosalie210

Alice Guy (1906)

Le Matelas alcoolique/Le Matelas épileptique

Cas d'école de l'époque du cinéma premier et qui explique en partie les difficultés d'attribution, "Le matelas alcoolique" (ou "épileptique") a été décliné sur tous les tons par les studios français de l'époque. Le plagiat était d'autant plus courant que les équipes circulaient souvent d'un studio à l'autre et de simples figurants arrondissaient leurs fins de mois en jouant les espions pour la concurrence.

Cependant, à sujet identique, traitement différent et la version de Alice GUY (assistée par Romeo BOSETTI) pour Leon GAUMONT est plus cinématographique que celle, très théâtrale de Georges MELIES et celle, confuse de Charles-Lucien Lépine pour Pathé. Rien que le plan dans lequel le poivrot apparaît dans le fond du champ dans un plan tourné à l'extérieur avant de se glisser dans le matelas pour y faire un somme apparaît autrement plus moderne et dynamique. Il y a même un embryon de montage articulé avec un raccord regard qui montre qu'en matière de grammaire cinématographique, Alice GUY avait une longueur d'avance. Ce matelas vivant qui ne cesse de se cabrer et donne bien du fil à retordre à la cardeuse et à ses propriétaires est un objet burlesque très suggestif de pulsions sexuelles et sadiques incontrôlées. Romeo BOSETTI, le co-réalisateur joue en prime la cardeuse en raison des cascades ce qui ajoute au trouble général.

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L'Intérêt d'Adam

Publié le par Rosalie210

Laura Wandel (2025)

L'Intérêt d'Adam

Dès les premières images, j'ai eu l'impression d'être plongée dans un film sous influence: plus précisément celle des frères Luc DARDENNE et Jean-Pierre DARDENNE. Impression confirmée lorsque j'ai vu qu'ils étaient les producteurs du film, Luc DARDENNE ayant également participé à l'élaboration du scénario. Pour être plus précise, j'ai eu l'impression de voir "Rosetta" (1999) entre les quatre murs d'un hôpital pédiatrique. Une Rosetta blonde et beaucoup plus âgée, Lucy, jouée par Lea DRUCKER que la caméra portée suit dans ses déplacements, la filmant la plupart du temps de dos sans la lâcher d'une semelle. De plus le film est un drame social qui nous plonge au coeur de la crise de l'hôpital public avec le même sentiment d'urgence que l'on retrouve dans d'autres films traitant du même sujet (par exemple "La Fracture") (2020) ou de sujets proches ("Polisse") (2011). Entre ses interventions auprès d'un panel de cas sociaux (insomnies causées par la promiscuité d'un logement surpeuplé, avortement transformé en appendicite pour éviter le rejet d'une adolescente par sa famille croyante et traditionnelle, père tentant de s'opposer à un examen effectué sur son fils par une femme etc.), Lucy ne cesse de se heurter à l'épineux problème posé par la mère du petit Adam (Anamaria VARTOLOMEI) hospitalisé à la suite d'une décision de justice pour malnutrition. Le film raconte le refus de cette mère de se plier aux injonctions institutionnelles, celles-ci étant incarnées par des agents (qu'ils soient hospitaliers, sociaux, judiciaires) sans empathie voire prêts à employer la force. Lucy tente de jouer le rôle d'intermédiaire quitte à sortir des clous elle aussi. Le film donne des éléments d'explication sur les raisons de son empathie, néanmoins comme souvent au cinéma on a du mal à croire qu'une professionnelle puisse ainsi se prendre de passion pour une inconnue. Et Anamaria VARTOLOMEI est un peu trop fraîche et pimpante pour le rôle qu'elle joue. Mais la relation complexe et tendue qui se noue entre les deux femmes est assurément l'aspect le plus intéressant du film.

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Pourquoi pas !

Publié le par Rosalie210

Coline Serreau (1977)

Pourquoi pas !

Je n'avais jamais entendu parler de "Pourquoi pas !", le premier long-métrage de fiction de Coline SERREAU car après sa sortie au cinéma il a été peu diffusé. Il a fallu attendre 2022 pour que le film soit restauré et ressorte en salles. Sans doute son sujet jugé trop sulfureux a été la cause de cette longue invisibilisation. Certes dès les années 60, on parlait dans les films de triangle amoureux et dans les années 70 de ménage à trois, mais les règles étaient bien définies: la femme passait d'un homme à l'autre, vivait éventuellement avec les deux ("Lions Love" (1969) issu lui aussi d'une cinéaste féministe) mais les deux hommes, s'ils pouvaient "par accident" coucher ensemble pour choquer le bourgeois ("Les Valseuses") (1974) n'étaient pas amoureux l'un de l'autre (pour mémoire, il faut attendre la décennie suivante et "Tenue de soiree" (1986) pour que Bertrand BLIER s'y mette!) Le film de Coline SERREAU est donc avant-gardiste. La cohabitation de son trouple dans leur villa de banlieue dont les rôles par rapport à la norme sociale sont redéfinis (c'est la femme jouée par Christine MURILLO qui rapporte l'argent aux deux hommes, un musicien joué par Mario Gonzales et un "homme d'intérieur" interprété par Sami FREY!) préfigure celle de la famille atypique de "Trois hommes et un couffin" (1985). Mais il est plus facile de faire passer auprès du grand public le maternage paternel que la bisexualité et le polyamour, même si ces sujets sont abordés avec pudeur et tendresse. De plus "Pourquoi pas !" est beaucoup plus sombre que "Whatever Works" (2009) de Woody ALLEN qui aborde exactement les mêmes thèmes mais sous forme de comédie légère et trente ans après. Certes, il y a des éléments de comédie dans "Pourquoi pas!" quand le patriarcat est tourné en dérision (le personnage du flic joué par Michel AUMONT et celui de la bourgeoise interprété par Mathe SOUVERBIE) mais il y a aussi le rejet violent subi par les personnages de la part de leur propre famille sur fond d'homophobie ou alors une famille inexistante ou complètement névrosée. Le personnage de Sylvie (Nicole JAMET) qui vient d'une famille traditionnelle et découvre celle de Fernand représente le spectateur, pris entre deux eaux. Ce qu'il connaît et qui n'est vraiment pas glorieux et l'aventure que Coline SERREAU fait exister contre vents et marées.

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Le piano irrésistible

Publié le par Rosalie210

Alice Guy (1907)

Le piano irrésistible

La dernière période de la filmographie de Alice GUY chez Leon GAUMONT avant son départ aux USA se caractérise par son énergie pulsionnelle et sa joyeuse loufoquerie. Dans "Le piano irrésistible" la folie d'un seul individu aux airs de sorcier qui se met à jouer au piano comme un endiablé contamine peu à peu tout le corps social pris de la même envie irrésistible de danser. Il est très drôle de voir les déménageurs, puis les occupants des appartements voisins et enfin le représentant des forces de l'ordre, d'abord furieux du tapage se mettre à sautiller en cadence en oubliant totalement leurs fonctions et toutes les conventions, maîtres et serviteurs se déhanchant de la même manière. Le film, construit par effet d'accumulation à la façon de la cabine des frères Marx dans "Une nuit a l'opera" (1935) finit par montrer un appartement plein à craquer par tous ceux qui ont été touchés par le pouvoir envoûtant de la musique, tous complètement déchaînés. Avant d'être cinéaste, Alice GUY était la fille d'un éditeur-libraire et connaissait ses classiques: on reconnaît là une jolie version burlesque du joueur de flûte de Hamelin!

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Le Secret magnifique (Magnificent obsession)

Publié le par Rosalie210

John M. Stahl (1935)

Le Secret magnifique (Magnificent obsession)

Comme pour "Mirage de la vie" (1959), j'ignorais que "Le Secret magnifique" (1954) était le remake d'un film de John M. STAHL réalisé au milieu des années 30. A partir d'un livre édifiant visant à convertir les mécréants au christianisme, John M. STAHL a réalisé un film qui pose les jalons de celui de Douglas SIRK*. John M. STAHL assume les énormes ficelles de l'intrigue avec ses coïncidences improbables en cascade et ses rebondissements invraisemblables, il allège le mélodrame par des touches d'humour et une grande sobriété dans sa mise en scène. Pas de fioritures: le cinéaste va à l'essentiel. Irene DUNNE offre un jeu sensible tout en retenue et Robert TAYLOR dans l'un de ses premiers rôles est prometteur même s'il n'égale pas Rock HUDSON.

* Le sens de l'oeuvre est en effet le même et je peux reprendre mot à mot ce que j'écrivais à propos du film de Douglas SIRK:

" Le mysticisme se manifeste dès les premières images par ce qui s'apparente à un baptême et une renaissance (ou une résurrection). La coquille vide qu'est Bob Merrick qui a toujours évité dans son parcours de se frotter aux épines de la vie (mais qui de ce fait en ignore également les joies) a un accident dont il réchappe grâce au sacrifice d'un autre homme qui s'avère être une sorte de "Christ rédempteur" laïque. Du moment où celui-ci le ranime en lui transférant son souffle de vie (c'est ainsi que j'interprète l'histoire du respirateur qui sauve la vie de Bob Merrick au prix de celle du docteur Hudson), Bob devient un homme tourmenté, obsédé par le poids de ce qu'il considère comme sa faute, poids qui s'alourdit encore davantage quand survient l'accident de l'épouse du médecin qui lui a sauvé la vie, accident dont il se sent responsable. L'histoire raconte comment au terme d'un cheminement tortueux Bob Merrick finit par devenir l'homme qui l'a sauvé et qui de ce fait peut sauver à son tour de façon totalement désintéressée. Bien évidemment l'amour joue un rôle central dans le film puisque Bob tombe amoureux de Helen, la veuve du docteur Hudson dont l'aveuglement, littéral et symbolique est une autre des thématique majeures du film. Si elle ne voit pas l'amour ardent que Bob lui porte et en quoi il peut lui redonner vie à elle aussi c'est qu'elle est aveuglée par les préjugés liés aux frasques du passé de Bob, à sa réputation de playboy, au fait qu'il est involontairement responsable de la mort de son mari et à ses maladresses répétées qui ne plaident pas en sa faveur. En fait il faudra qu'elle en passe par la cécité pour qu'elle commence enfin à voir qui il est ou plutôt qui il est en train de devenir. Un cheminement invraisemblable dans la dimension prosaïque mais limpide sur le plan spirituel."

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La Venue de l'avenir

Publié le par Rosalie210

Cédric Klapisch (2025)

La Venue de l'avenir

"La venue de l'avenir", le dernier long-métrage de Cedric KLAPISCH a comme un petit air de "Minuit a Paris" (2011). Même si une seule séquence "transporte" réellement les personnages du présent dans le passé grâce à une mystérieuse substance - et encore, seulement ceux qui ont la fibre artistique -, mon impression a été un peu la même que dans le film de Woody ALLEN à savoir, un festival de rencontres très "who's who": Sarah BERNHARDT, Victor Hugo, Félix Nadar, Claude Monet... On sent une certaine nostalgie de ce passé fantasmé même si Cedric KLAPISCH a mis un peu en sourdine le côté "donneur de leçons" de ses deux derniers films qui m'avait tant agacé. En revanche, là où il a eu la main trop lourde, c'est dans l'accumulation de personnages, tant du présent que du passé. Beaucoup font donc de la figuration. L'idée de diriger plusieurs générations de comédiens était judicieuse pour un film traitant de la filiation mais aux côtés de quelques acteurs chevronnés qui apportent les meilleurs moments du film (Vincent MACAIGNE, Sara GIRAUDEAU, Olivier GOURMET et deux piliers du cinéma de Cedric KLAPISCH, Cecile de FRANCE et Zinedine SOUALEM), les plus jeunes peinent à exister, à l'exception bien sûr d'Adèle, interprétée avec sensibilité par Suzanne LINDON qui avait déjà montré son potentiel dans la deuxième saison de "En Therapie" (2020). On sent également que Cedric KLAPISCH s'est identifié au personnage joué par Abraham WAPLER à qui il donne des caractéristiques communes avec Adèle (sans parler du fait qu'il joue aussi le rôle du père biologique de celle-ci !) mais je l'ai trouvé assez fade et un peu noyé au milieu d'une histoire qui tend à se disperser. Enfin, montrer une famille interprétée majoritairement par des fils et des filles "de" réunie comme dans "L'Heure d'ete" (2007) autour d'un patrimoine prestigieux, se découvrant des ancêtres célèbres et faisant évaluer notamment des tableaux de maître en dit long sur l'entre-soi qui règne dans le milieu du cinéma et sa déconnexion du réel.

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Woman, Demon, Human (Rén guǐ qíng)

Publié le par Rosalie210

Huang Shuqin (1987)

Woman, Demon, Human (Rén guǐ qíng)

Considéré comme le premier film féministe chinois, "Woman, Demon, Human" est semi-autobiographique: la réalisatrice se dépeint à travers l'héroïne, Qiuyun qui veut percer dans un domaine artistique dominé par les hommes. Mais Huang Shuqin s'inspire également de Pei Yanling, célèbre actrice d'opéra chinoise qui interprète les scènes d'opéra du film.

L'histoire joue sur les masques et les identités dans un monde très genré. Comme au Japon avec le Takarazuka, Pei Yanling s'est spécialisée dans l'interprétation de rôles masculins. Le film met en lumière son interprétation légendaire de l'histoire de Zhong Kui, le chasseur de démons devenu très populaire à partir du VIII° siècle lorsqu'un empereur chinois malade se réveilla guéri après avoir vu en rêve Zhong Kui dévorer un esprit qui le tourmentait*. Le film s'ouvre d'ailleurs sur la métamorphose de Qiuyun en cet être laid et repoussant.

Evoquant trois périodes de la vie de Qiuyu (enfance, adolescence, âge adulte) avec des ellipses, le film se caractérise par sa beauté mais aussi par une cocasserie assez irrésistible: les personnages à la manière du "Molière" de Ariane Mnouchkine jouent au sein d'un théâtre itinérant dans les campagnes, au milieu des dingos de tous poils et des bébés braillards. L'héroïne aussi déterminée que douée réussit un accomplissement dans la voie artistique en dépassant le clivage des genres et les canons de beauté grâce à Zhong Kui mais échoue à s'épanouir dans sa vie privée, elle qui a été abandonnée enfant par sa mère, partie avec un autre homme.

* L’histoire de Zhong Kui est une célèbre légende chinoise : talentueux lettré parti à la capitale passer les examens impériaux avec son ami Du Ping, Zhong Kui arrive en tête, mais l’empereur lui retire le titre de zhuangyuan qui lui revenait de droit, son extrême laideur le rendant impropre, selon lui, à exercer une fonction publique. Choqué, Zhong Kui se suicide en se fracassant la tête sur les marches du palais, ce qui le condamne à l’enfer. Mais le roi des Enfers le nomme roi des démons, en charge de les chasser et les éliminer. Pour remercier Du Ping qui a organisé ses funérailles, il revient dans son village lui donner sa sœur cadette en mariage.

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Images de la vie (Imitation of life)

Publié le par Rosalie210

John M. Stahl (1934)

Images de la vie (Imitation of life)

J'avoue mon ignorance: avant la rétrospective que lui consacre la Cinémathèque, je n'avais jamais entendu parler de John M. STAHL. J'ignorais que les somptueux mélodrames de Douglas SIRK étaient pour certains d'entre eux les remakes des années cinquante des films de John M. STAHL des années trente. Et en particulier celui que je préfère "Mirage de la vie" (1959) qui en VF devient chez John M. STAHL, "Images de la vie" (1934). Mais en VO, ils portent le même titre, "Imitation of life" car tous deux sont l'adaptation d'un livre de Fannie Hurst sorti en 1933 traitant à la fois de la question sociale, raciale et de la place des femmes dans la société américaine. Le film de John M. STAHL apparaît donc à la fois encore plus audacieux pour son époque que celui de Douglas SIRK en dépeignant une famille matriarcale, multiraciale et recomposée tout en étant si possible plus cruel encore en démontrant l'impossibilité de sortir de sa condition ou de trouver sa place dans une société ségrégationniste, raciste et hiérarchisée. Un plan absolument parfait résume entièrement le film, celui qui montre Bea et Delilah rejoindre en même temps leur chambre, chacune située à une extrémité d'un escalier à vis, mais l'une en haut, l'autre en bas: on ne peut pas mieux définir le lien qui les unit et qui les sépare en même temps. Le film de John M. STAHL se centre en effet sur la relation entre les deux mères. L'évidente complicité qui les unit, la similitude de leur situation (deux veuves élevant seules leurs filles) et la réussite de leur entreprise grâce à leur complémentarité est ternie par le racisme systémique qui infériorise Delilah et finit par la détruire. Paradoxalement, la cruauté de l'histoire racontée dans le film est tempérée par les prestations solaires de Claudette COLBERT et Louise BEAVERS ainsi que par des personnages secondaires hauts en couleur tels que celui d'Elmer (Ned SPARKS). On peut cependant regretter que Jessie, la fille de Bea soit aussi transparente dans le film de John M. STAHL ce qui déséquilibre un peu l'intrigue alors que la question du passing est en revanche abordée de façon plus tragique et plus réaliste, l'actrice jouant Peola, Fredi WASHINGTON étant métisse.

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L'Etrangleur de Rillington Place (10 Rillington Place)

Publié le par Rosalie210

Richard Fleisher (1970)

L'Etrangleur de Rillington Place (10 Rillington Place)

J'ai beaucoup pensé à "Frenzy" (1972) de Alfred HITCHCOCK en regardant "L'Etrangleur de Rillington Place". Les deux films ont été réalisés à un an d'écart, se déroulent à Londres, évoquent un violeur et tueur de femmes utilisant un mode opératoire en partie similaire et qui pratique si bien l'art de la dissimulation que c'est un autre qui est accusé à sa place. Mais si les deux films se plongent dans un univers glauque, celui de Richard FLEISCHER dépasse en noirceur celui de Alfred HITCHCOCK. Peut-être parce que ce dernier conserve dans "Frenzy" un humour noir qu'on percevait déjà dans un autre de ses films macabres, "La Corde" (1948) inspiré d'un fait divers qui avait également été adapté par Richard FLEISCHER dans "Le Genie du mal" (1959). "L'Etrangleur de Rillington Place" qui s'inscrit dans une série de films que Richard FLEISCHER a consacré à la criminalité donne comme son titre l'indique une importance centrale au décor. Et celui-ci est particulièrement sordide: un immeuble aux appartements minuscules et insalubres dans un quartier misérable de Londres durant la guerre et quelques années après. On se croirait presque dans une étude naturaliste de Zola avec sa galerie de personnages atteints de tares diverses: ignorance, pauvreté, naïveté, bêtise, lâcheté, alcoolisme. Tous sont des victimes désignées pour le tueur qui a fait de cet univers sordide rongé par la pourriture et la vermine son repaire et dont la déchéance va l'amener à se confondre avec lui, non s'en s'être d'abord distingué. Malgré un parcours que l'on découvre jalonné de délits et de crimes, l'homme a travaillé dans la police et utilise une méthode pour neutraliser ses victimes qui s'apparente à celle des nazis. Et pour enfoncer le clou, il se fait passer pour médecin ce qui passe crème auprès des analphabètes qu'il côtoie et dont il n'a aucun mal à abuser de la crédulité grâce à sa voix douce et ses propos remplis d'autorité. Cette même apparence "respectable" qui lui vaut d'échapper durant des années à la justice alors qu'un innocent incapable de se défendre est exécuté à sa place. Réquisitoire implacable contre les injustices sociales et la peine de mort, le film de Richard FLEISCHER instille un profond malaise et glace le sang par la précision clinique avec laquelle il brosse le portrait de ses personnages, permettant aux acteurs de fournir des prestations mémorables. John HURT dont c'était le premier grand rôle est impressionnant dans son rôle de prolo abruti manipulé et détruit par un psychopathe maitrisant parfaitement les rouages du système. Quant à Richard ATTENBOROUGH, il est brillant, composant un redoutable personnage de criminel sexuel à l'allure de petit bonhomme inoffensif aussi doucereux que terrifiant.

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