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La Tulipe noire

Publié le par Rosalie210

Christian-Jacque (1964)

La Tulipe noire

C'est par l'animation japonaise que j'ai découvert "La Tulipe noire". Le film de CHRISTIAN-JAQUE a été en effet l'un des plus gros succès français au box-office mondial et a contribué à faire de Alain DELON un "Dieu vivant" au Japon. Aussi il m'a paru assez évident que le personnage du Masque noir qui possède un double dans le manga "La Rose de Versailles" (1973) était inspiré de l'intrigue du film avant que la série animée "La Tulipe noire" en 1975 ne fasse la synthèse entre le manga de Riyoko Ikeda et le film de Christian JACQUE.

Pour le reste "La Tulipe noire" qui emprunte son titre à un roman de Alexandre Dumas mais n'a strictement rien à voir avec lui appartient à un genre de films de cape et d'épée bâtis autour d'une star très à la mode dans les années 50 et 60. Le parallèle avec "Cartouche" (1962) saute aux yeux, Jean-Paul BELMONDO étant l'autre grande vedette de cette génération à cette époque et on pense aussi évidemment à "Fanfan la Tulipe" (1951) réalisé une décennie plus tôt déjà par Christian JAQUE avec Gerard PHILIPE. On peut également mettre dans cette catégorie les films de Andre HUNEBELLE avec Jean MARAIS comme "Le Capitan" (1960). Les exemples ne manquent pas!

"Fanfan la tulipe" est un divertissement sans prétention, pas le plus flamboyant dans le genre (les américains ont fait beaucoup mieux) mais sympathique avec des effets spéciaux réussis (l'incrustation indétectable des deux Delon sur la même image). Les versions japonaises ont fait de la Tulipe noire une sorte de Robin des bois alors que le personnage de Alain DELON est dual avec un Guillaume cynique face à un Julien naïf et idéaliste qui finit par se substituer à lui, la morale est sauve! Quant à la double identité, aristocrate et voleur masqué, elle fait penser à Zorro (créé en 1919 et popularisé au cinéma par Douglas FAIRBANKS), à Batman (apparu en 1939) mais aussi à Arsène Lupin (le film avec Robert LAMOUREUX sorti en 1957).

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Un film parlé (Um filme falado)

Publié le par Rosalie210

Manoel de Oliveira (2002)

Un film parlé (Um filme falado)

"Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.

Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d’empires coulés à pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins ; descendus au fond inexplorable des siècles avec leurs dieux et leurs lois, leurs académies et leurs sciences pures et appliquées, avec leurs grammaires, leurs dictionnaires, leurs classiques, leurs romantiques et leurs symbolistes, leurs critiques et les critiques de leurs critiques (...)

Élam, Ninive, Babylone étaient de beaux noms vagues, et la ruine totale de ces mondes avait aussi peu de signification pour nous que leur existence même. Mais France, Angleterre, Russie... ce seraient aussi de beaux noms. Lusitania aussi est un beau nom. Et nous voyons maintenant que l’abîme de l’histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu’une civilisation a la même fragilité qu’une vie."

Cet extrait de "La crise de l'esprit" de Paul Valéry, publié peu après la fin de la première guerre mondiale semble avoir été la base du film de Manoel de OLIVEIRA mais appliqué au contexte post 11 septembre qui marque l'entrée dans le XXI° siècle.

L'histoire pourtant dégage dans sa première partie un parfum anachronique. Elle se déroule à bord d'un paquebot de croisière reliant le Portugal à l'Inde via le canal de Suez, cette route des Indes si stratégique pour les puissances européennes jusqu'à leur déclin après la seconde guerre mondiale. A chaque escale, une professeure d'histoire, Rosa Maria (Leonor SILVEIRA) joue les guides culturels pour sa petite fille de huit ans, Maria Joana (Filipa de ALMEIDA) sur les sites les plus prestigieux des civilisations disparues ayant façonné la culture occidentale (Pompei, Acropole d'Athènes, Sainte-Sophie à Istanbul, pyramides égyptiennes). Le film ayant ayant plus de vingt ans, certaines des informations délivrées ne sont plus d'actualité comme celles sur Sainte-Sophie transformée de nouveau en mosquée par Erdogan après avoir été un musée sous Atatürk. Mais surtout, l'arrivée au Moyen-Orient marque une rupture dans le récit, jusqu'alors composé de séquences en extérieur sur les sites visités séparées par un plan de la partie avant du bateau fendant les flots. Celui-ci s'invite à la table du capitaine (joué par John MALKOVICH) à l'intérieur de la salle à manger du navire. Autour de lui, trois femmes présentées comme des stars et qui le sont effectivement, même si elles interprètent des personnages fictifs: Catherine DENEUVE, Stefania SANDRELLI et Irene PAPAS. Chacun parle sa langue (français, anglais, italien, grec ainsi que le portugais quand Rosa Maria et Maria Joana se joignent à eux sans parler du capitaine qui est d'origine polonaise) mais est parfaitement compris des autres. Le bateau devient donc une métaphore de l'Union européenne comme nouvelle tour de Babel. Sauf qu'elle se résume à un club de riches coupés de l'environnement qu'elle traverse, pour son plus grand malheur. Cette tour s'avère être en effet le Titanic qui tel un funeste présage, annonçait la première guerre mondiale.

Et c'est encore à ce passé que l'on pense devant le regard incrédule et horrifié du capitaine fixé sur la catastrophe en hors-champ jusqu'au bout du générique de fin, notamment aux propos de Stefan Zweig dans "Le Monde d'hier, souvenirs d'un européen", " Il m’a fallu être le témoin impuissant et sans défense de cet inimaginable retour de l’humanité à un état de barbarie qu’on croyait depuis longtemps oublié, avec ses dogmes et son programme anti-humains consciemment élaborés."

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Mia Farrow, ombres et lumières

Publié le par Rosalie210

Thierry Guedj (2023)

Mia Farrow, ombres et lumières

Comme Diane KEATON, Mia FARROW est si étroitement associée à Woody ALLEN pour lequel elle a tourné dans 13 films avant de s'abîmer dans une tempête judiciaire et médiatique que l'on a tendance à oublier les autres aspects de sa vie et de sa carrière. Ce documentaire dont le titre me semble être une référence à "Ombres et brouillard" (1991) nous les rappelle. Il bénéficie d'une construction thématique ce qui n'est pas fréquent. Il commence par évoquer le film qui a rendu célèbre Mia FARROW, "Rosemary's Baby" (1968) de Roman POLANSKI puis bien plus tard, revient dessus afin de montrer comment à travers le film, Mia FARROW s'est délivré du joug d'un Frank SINATRA incarnant le patriarcat (et d'une image lisse forgée à la télévision dans la série "Peyton Place" (1964) où elle a débuté) pour basculer dans l'ère hippie contestataire. Un aspect de sa personnalité qui l'a suivie jusqu'au bout à travers ses engagements humanitaires qui ont supplanté le cinéma: "Alice" (1990) est ainsi analysé comme une biographie de l'actrice qui se débarrasse de son carcan bourgeois pour prendre en main sa vie et aider les autres. Auparavant, dans "Hannah et ses soeurs" (1986), Woody ALLEN utilise d'autres aspects biographiques de l'actrice: sa propre maison est celle de Hannah et c'est sa véritable mère, Maureen O'SULLIVAN qui joue le rôle de la mère de Hannah. La riche filmographie commune avec Woody ALLEN est analysée sous l'angle d'abord de l'émerveillement du réalisateur pour sa muse qui est magnifiée dans des récits quasi magiques puis sous celui du désenchantement qui va de pair avec des personnages plus négatifs. On découvre aussi nombre de curiosités dont le "Docteur Popaul" (1972) de Claude CHABROL avec Jean-Paul BELMONDO. Un documentaire intéressant donc, même s'il est loin de répondre à toutes les questions que l'on se pose sur cette personnalité complexe.

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Agnès de ci de là Varda

Publié le par Rosalie210

Agnès Varda (2011)

Agnès de ci de là Varda

Mini-série documentaire de cinq épisodes de 45 minutes chacun qui recueille les fragments des rencontres, voyages, visites glanés ici et là par Agnes VARDA. Même si l'ensemble paraît hétéroclite, il s'organise autour des thèmes obsessionnels de la réalisatrice: le temps qui passe (l'incipit autour d'un arbre de sa cour qu'elle a fait tailler et dont elle photographie les étapes de la repousse) et la mort inéluctable (les dix dernières minutes du cinquième épisode autour des vanités et du thème de la jeune fille et la mort dont "Cleo de 5 a 7" (1961) est une version moderne). Entre les deux, une série d'instantanés artistiques pris au gré de ses nombreux voyage en France, en Europe, en Amérique qui permettent de transformer l'éphémère en gouttes d'éternité. L'éphémère, ce sont les représentations, festivals, expositions, happenings où se rend Agnes VARDA et ses rencontres avec les artistes, connus (Pierre Soulages, Annette Messager, Christian Boltanski, Chris MARKER, Jean-Louis TRINTIGNANT, Alexandre SOKOUROV, Manoel de OLIVEIRA qui imite Charles CHAPLIN etc.) ou inconnus, un simple quidam mettant un peu de poésie autour de lui pouvant être filmé par elle, notamment lorsqu'il s'agit du street art à Los Angeles à qui elle avait déjà consacré un documentaire au début des années 80, "Mur murs" (1981) et où elle se rend à nouveau en 2011 dans le cinquième épisode. L'ensemble forme un album animé d'art qui complète ceux, classiques qu'elle a feuilleté au fil du temps et dans lesquels on peut piocher à sa guise selon ses humeurs et ses goûts. Outre Los Angeles, d'autres lieux chers à la réalisatrice sont retrouvés au fil de ses pérégrinations comme Sète, le théâtre de son enfance ou Nantes, la ville natale de Jacques DEMY.

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Le mélange des genres

Publié le par Rosalie210

Michel Leclerc (2025)

Le mélange des genres

L'idée de départ consistant à démolir les stéréotypes de genre était astucieuse: confronter une femme-flic dure à cuire à la mentalité conservatrice à un homme "déconstruit" entendez par là n'appartenant pas au groupe des mâles alpha promis au mausolée par le mouvement Metoo. Hélas si le film contient quelques moments franchement hilarants, notamment les photos anti-tabac ou les affrontements entre le collectif féministe "Les Hardies" et le collectif masculiniste "SOS Papa", il a tendance à partir dans tous les sens. Autrement dit en cherchant à brouiller les pistes, il s'égare lui-même. On ne compte plus les maladresses, incohérences, idées abandonnées à peine émises sans parler d'une fin complètement bâclée qui tombe à plat (il paraît que c'est un hommage à "Calmos" (1976) que je n'ai pas vu mais ce n'est pas une justification valable pour bâcler le film!) Le problème, c'est que cet aspect foutraque brouille également le message. Je suis certaine que Michel LECLERC et Baya KASMI étaient pleins de bonnes intentions. Mais que penser du personnage de Paul qui d'un côté proclame de façon très ostentatoire qu'il est du côté des femmes tout en étant montré comme leur jouet docile? Je ne crois pas que montrer un homme "battu et content" qui se jette dans les bras d'une femme qui l'a calomnié fasse avancer quelque cause que ce soit en matière de droits humains. C'est d'ailleurs ce que démontrait Stanley KUBRICK dans "Orange mecanique" (1971) où le conditionnement transformait le bourreau en victime serpillère des autres, suscitant dans les deux cas le même dégoût. Le courage, la colère ne sont genrés que dans les discours (avoir des c.....), pas dans la réalité. Autrement dit, le scénario finit par tomber dans les stéréotypes qu'il cherchait justement à dénoncer. C'est d'autant plus incompréhensible que les véritables modèles dont prétendent s'inspirer Michel LECLERC et Baya KASMI sont Virginie DESPENTES et Jean-Jacques GOLDMAN cités explicitement pour l'une et indirectement pour l'autre à travers Vincent DELERM. Mais ils échouent à capturer l'essence de l'autrice de "King Kong Théorie" et de l'auteur-compositeur de la chanson "Doux", ne retenant que leur caricature.

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La chambre des magiciennes

Publié le par Rosalie210

Claude Miller (1999)

La chambre des magiciennes

Si ce n'était pas Claude MILLER derrière la caméra et un aéropage d'acteurs et d'actrices connues devant (Anne BROCHET, Mathilde SEIGNER, Edith SCOB, Annie NOEL, Yves JACQUES, Edouard BAER, Philippe LAUDENBACH, Jacques MAUCLAIR), ce film ou plutôt cette expérience filmique de laboratoire serait tombée dans les oubliettes depuis longtemps. Comme 10 ans plus tôt avec "Tous les garçons et les filles de leur âge", Arte a proposé à des réalisateurs connus de participer à l'élaboration d'une collection de téléfilms intitulés "Petites caméras" en référence à l'utilisation nouvelle à l'époque de la vidéo numérique, permettant de filmer de manière souple avec des moyens réduits. Mais force est de constater que le résultat est irregardable aujourd'hui. Au moins prend-on conscience de l'importance de la photographie au cinéma tant le rendu blafard de l'image est indigeste. Le pire étant atteint lorsque les rites tribaux sont filmés à la télévision. Il en va de même avec les autres aspects techniques (cadrage, montage, musique) et avec la direction d'acteurs (tout le monde semble jouer en roue libre). C'est dommage car le thème consistant à confronter la médecine (détenue par des figures patriarcales) à la magie (provenant d'une vieille sorcière hospitalisée dans la même chambre que Claire et Odette, toutes deux en proie à des désordres psychosomatiques) était en soi très intéressant. Mais le traitement volontairement amateuriste gâche tout. Une curiosité à réserver aux fans du réalisateur, des acteurs ou bien aux étudiants en cinéma.

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La Folie Almayer

Publié le par Rosalie210

Chantal Akerman (2011)

La Folie Almayer

"La Folie Almayer", dernier long-métrage de fiction de Chantal AKERMAN est un incroyable trip hypnotique dans la jungle malaise tout en travellings et plans-séquence. Autrement dit soit on s'ennuie face à la lenteur contemplative des scènes, soit on adhère à la démarche qui s'avère être une invitation au voyage d'une sensorialité fascinante. En effet bien que l'histoire se déroule en Asie du sud-est, entre Malaisie et Indonésie, Nina (Aurora MARION) que l'on voit en gros plan dès le début du film ressemble à une tahitienne sortie d'un tableau de Gauguin. Adaptation du premier roman de Joseph Conrad paru en 1895 transposé dans les années cinquante, l'histoire raconte la déliquescence de la société coloniale dont les derniers rejetons se perdent dans les limbes. Almayer (Stanislas MERHAR) qui vit au bord d'une rivière au milieu de la jungle en quête d'une mine d'or imaginaire dépérit lentement mais sûrement. Sa fille métisse, Nina lui est enlevée sur décision du beau-père d'Almayer (Marc BARBE) pour être éduquée à l'occidentale dans un pensionnat-prison dont elle s'échappe quelques années plus tard. Déchirée entre ses deux cultures, l'occidentale qui lui est présentée comme supérieure mais qui la rejette et l'indigène méprisée par les blancs, elle se fuit perpétuellement. Peut-être cherche-elle également à fuir "la Folie Almayer", ce trou perdu où cohabitent sans se parler son père et sa mère, chacun essayant de se l'approprier. On pense à "Aguirre, la colere de Dieu" (1972) mais également à la plantation coloniale de "Apocalypse Now" (1976), moments suspendus cernés par l'enfer vert où la civilisation occidentale vient se perdre. J'ai également pensé à un film tourné bien après, "Pacifiction - Tourment sur les iles" (2021) en raison notamment de la troublante ressemblance (en dépit d'une différence de corpulence) entre Stanislas MERHAR et Benoit MAGIMEL, l'ambiance exotique, la lenteur, l'insularité (réelle ou imaginaire) d'un occidental vêtu de blanc perdu dans un monde qui n'est pas le sien.

Présentation

La Folie Almayer, Chantal Akerman, 2011

La rétrospective Chantal Akerman sur Arte étant sur le point de disparaître, j'ai regardé le dernier film de la série, "La Folie Almayer", son dernier long-métrage de fiction. J'en suis ressortie profondément troublée en me demandant pourquoi le cinéma de cette réalisatrice lorsqu'il travaille la durée me happe à ce point alors qu'il en révulse d'autres (si je me réfère aux réactions autour de "Jeanne Dielman"). "La Folie Almayer" est pourtant assez voisin de films contemplatifs qui m'avaient barbé, qu'ils soient tournés dans la jungle comme "Oncle Boomee" ou qu'ils confrontent un occidental en voie de déliquescence à un écosystème indigène impénétrable comme "Pacifiction, tourment sur les îles".

"La Folie Almayer", adaptation du roman de Joseph Conrad sur des occidentaux en proie à des chimères dans lesquels ils se perdent (dont un mirage aurifère qui n'est pas sans rappeler "Aguirre, la colère de Dieu", la mélancolie remplaçant la mégalomanie) est aussi une réflexion sur les tourments identitaires des enfants issus des rencontres asymétriques entre colonisateurs et colonisés. Nina qui a été élevée dans un pensionnat-prison religieux tout en étant ostracisée en tant que métisse m'a fait penser à la Mary-Jane du film de Douglas Sirk, "Mirage de la vie". L'enfermement des femmes dans un système aliénant dont elles cherchent à sortir par l'errance est sans doute l'une des raisons qui éveille mon intérêt par rapport aux films à la thématique voisine mais dépourvus de cette sensibilité.

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Vertige d'un soir/La Peur

Publié le par Rosalie210

Viktor Tourjansky (1936)

Vertige d'un soir/La Peur

"La Peur" également connu sous le titre "Vertige d'un soir" est une adaptation française de la nouvelle de Stefan Zweig 18 ans avant celle de Roberto Rossellini avec Ingrid Bergman. Viktor Tourjansky le réalisateur d'origine ukrainienne fait partie des nombreux cinéastes ayant fui la Russie pour la France après la Révolution d'octobre 1917. Sa version, scénarisée par Joseph Kessel offre une esthétique typique des années 30 qui n'est pas sans rappeler par sa sophistication et ses intérieurs art déco le raffinement d'un Ernst Lubitsch. Ce rapprochement avec le cinéma d'Hollywood concerne aussi les acteurs, en particulier Charles Vanel dans le rôle du mari avocat à qui je trouve dans ce film des airs de Spencer Tracy. En revanche, Suzy Prim qui joue les maître-chanteuses possède une gouaille typiquement parisienne qui s'oppose en tout points à la classe bourgeoise de Gaby Morlay dans le rôle de l'épouse adultère terrorisée.

Le film, fidèle au livre, dissèque l'usure du couple dont l'épouse paye au prix fort sa passade en s'enfonçant dans le mensonge. Elle ne parvient plus à se dépêtrer de son amant qui la poursuit de ses assiduités et de sa logorrhée sentimentale puis tombe sous la coupe de la prétendue petite amie de celui-ci qui se met à la faire chanter. Tiraillée entre la peur et la culpabilité, prise au piège de sa condition sociale, de ses devoirs conjugaux et familiaux, Irène perd pied dans une mécanique infernale qui fait penser quelques décennies plus tard à celle de "La Victime". La fin dévoile les ressorts cachés de l'emprise qu'elle a subi et donne le vertige.

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Mikado

Publié le par Rosalie210

Baya Kasmi (2025)

Mikado

"Mikado" est tellement bourré de qualités par rapport au tout-venant de la production cinématographique française qu'on lui pardonne aisément ses imperfections. Baya KASMI que j'ai découvert je pense comme la plupart en tant que scénariste sur "Le Nom des gens" (2010) réalisé par Michel LECLERC réussit une comédie dramatique adoptant un angle original et pertinent. Cet angle, c'est celui de l'enfance maltraitée si souvent négligée au cinéma. C'était déjà un thème sous-jacent dans "Le Nom des gens" (2010) qui expliquait les comportements des deux protagonistes principaux par les traumas de leur enfance. "Mikado" en fait son sujet principal en confrontant un adulte abîmé par son passé d'enfant placé à sa fille pré-adolescente à qui il a imposé une vie en marge de la société qu'elle ne supporte plus. Entre les deux, une médiatrice, la mère qui partage avec Mikado un passé difficile (quiconque a vu "Le Nom des gens" (2010) comprendra la signification du piano) et un mode de vie précaire mais qui s'avère bien moins asociale, plus réaliste, plus sensible aussi au sort de leurs enfants.

Autre qualité majeure du film, des acteurs excellemment dirigés. Je n'aime guère Felix MOATI mais force est de constater qu'il est convaincant dans le rôle-titre. Vimala PONS a enfin un rôle consistant à se mettre sous la dent tandis que Patience MUNCHENBACH est très émouvante dans le rôle de l'adolescente mal dans sa peau qui découvre à quel point elle est inadaptée à la vie sociale en ayant été coupée des autres jeunes de son âge. Mais l'acteur qui touche le plus est Ramzy BEDIA dans le rôle d'un veuf mélancolique, lui aussi aux prises avec une fille adolescente (Saul BENCHETRIT) qui abrite transitoirement la famille de Mikado dont le van est tombé en panne dans le jardin de son mas provençal. D'ailleurs la rencontre entre les deux familles est montrée de façon très juste comme un accident de la vie et s'accomplit non sans réticences tant le mode de vie sédentaire et quelque peu lugubre de Vincent contraste avec celui, nomade et désordonné de Mikado et Laetitia qui vivent et se comportent comme deux adolescents attardés. Cette question de la place dans la famille est centrale dans le film. Tant que Mikado et Laetitia refusent de la céder, ils empêchent leurs enfants de grandir et même d'exister. Nuage* dit à un moment donné qu'elle n'est jamais née. Cela va au-delà d'une question d'Etat civil, c'est un mode de non-existence où il faut se cacher en permanence des yeux du reste de la société. La fin du film, en miroir de celle du début montre que chacun occupe désormais la bonne place: l'enfant qui s'efface c'est désormais Mikado pour laisser Nuage enfin voler de ses propres ailes.

* Les prénoms des enfants, Nuage et Zéphyr font penser à ceux de la famille Phoenix car le film de Baya KASMI a d'évidents points communs avec celui de Sidney LUMET, "A bout de course" (1988). Mais il m'a fait penser aussi à "L'Enfant" (2005) des frères Dardenne tout en étant plus léger, plus féministe et plus proche du ressenti adolescent.

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Le Loup de Wall Street (The Wolf of Wall Street)

Publié le par Rosalie210

Martin Scorsese (2013)

Le Loup de Wall Street (The Wolf of Wall Street)

Il y a sept ans, j'ai reçu en cadeau un coffret de onze films de Martin SCORSESE. Et pourtant ce n'est qu'aujourd'hui que je regarde "Le Loup de Wall Street" (2013) et je n'ai pas encore vu les deux autres de la même eau qu'il a réalisé avant, "Les Affranchis" (1990) et "Casino" (1995). Ce n'est clairement pas ma came si j'ose dire, ce grand cirque hyperactif et hyper-testostéroné même si dans "Le Loup de Wall Street", l'addiction au fric, au sexe et aux drogues ne s'accompagne pas d'un bain de sang. On reste entre cols blancs aux mains bien sales quoique blanchies en Suisse (merci à notre acteur frenchie, Jean DUJARDIN).

L'immersion dans la fuite en avant complètement déjantée d'un escroc de la haute finance ne manque pas d'intérêt. Jordan Belfort représente une version dévoyée et grotesque de la réussite du self made man et Martin SCORSESE s'avère toujours aussi doué pour croquer le portrait de l'inconscient américain. La forme frénétique épouse le fond du personnage, un bonimenteur sans scrupules que ses capacités de persuasion mènent au sommet du succès avec tous ceux qui acceptent de le suivre dans son délire de toute-puissance sur fond de revanche sociale. Le portrait de cette Amérique-là est fort juste, on y trouve tout ce qui caractérise ses pires travers: l'individualisme exacerbé nourri de darwinisme social (derrière les histoires édifiantes de pauvres femmes sorties du ruisseau grâce à lui, la jouissance de pouvoir "entuber" les autres), le culte du dieu dollar (il faut voir avec quel mépris Jordan traite tous ceux qui ne croulent pas sous le fric), le mode de vie ostentatoire et vulgaire qui en résulte, l'inconscience des ravages causés par ses actes, les excès en tous genres qui rappellent notamment ceux du "Scarface" (1983) de Brian DE PALMA avec l'alcool coulant à flot sur les montagnes de coke et de cachets tandis que l'adrénaline accumulée est déchargée dans les orgies de sexe qui servent de substitut aux fusillades, les femmes, toutes vénales ou presque étant ravalées au rang d'objets sexuels interchangeables. Leonardo DiCAPRIO est phénoménal dans le rôle principal par son abattage avec quelques scènes d'anthologie comme celle du téléphone.

Néanmoins 3h d'un tel barnum, c'est trop. Au bout d'une heure on a bien compris à qui on avait affaire et la répétition ad nauseam de ce schéma nous mène à l'épuisement pour ne pas dire à l'écoeurement. Il y a un problème d'équilibre dans le film. Car certes, Martin SCORSESE nous ramène parfois dans le monde réel, au détour de quelques scènes qui sont de loin celles que j'ai trouvé les plus intéressantes: celle où Jordan avoue dans un rare moment d'introspection que le loup le dévore de l'intérieur, celle où il bat sa femme et tente d'embarquer de force sa petite fille complètement terrorisée, celle dans laquelle l'agent du FBI prend le métro et regarde (et la caméra avec lui) la misère qui l'environne, celle dans laquelle Jordan est condamné par la justice. Mais ces moments sont trop rares pour dissiper l'impression que le réalisateur s'est laissé happer dans le tourbillon de la fascination pour son personnage et qu'il a eu bien du mal à redescendre. Du loup au vampire il n'y a qu'un pas et Martin SCORSESE m'a paru un peu trop "mordu".

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