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L'homme voilé

Publié le par Rosalie210

Maroun Bagdadi (1987)

L'homme voilé

"L'Homme voilé" de Maroun BAGDADI est un film méconnu réalisé dans le contexte de la guerre du Liban et qui montre les répercussions de ce conflit jusqu'au coeur de Paris. Le personnage joué par Bernard GIRAUDEAU, ancien médecin humanitaire ayant fini par prendre les armes a importé le conflit en rentrant à Paris puisqu'il traque le responsable d'un massacre de civils dont il a été le témoin. Problème: celui-ci est l'amant de sa fille, Claire (Laure MARSAC) qu'il utilise comme bouclier à moins que ce ne soit Claire qui espère se rapprocher de son père en devenant la maîtresse de Kamal (Michel ALBERTINI). A ce trio vient s'ajouter le commanditaire du meurtre, Kassar (Michel PICCOLI), un rescapé du massacre réfugié à Paris qui fomente sa vengeance contre Kamal d'une manière presque aussi sophistiquée et méthodique que le comte de Monte-Cristo.

"L'Homme voilé" est ainsi un film qui à l'image de "Incendies" (2010) ou de "Taxi Driver" (1976) montre les protagonistes d'un conflit hantés par un passé qui les empêche de vivre et continue à les poursuivre dans le présent. Bernard GIRAUDEAU, à fleur de peau, est habité par son rôle de grand traumatisé qui semble avoir des années de sommeil à rattraper. Ce n'est pas le seul point commun avec le film de Martin SCORSESE, le film baigne dans une atmosphère nocturne et le caractère sanglant et toujours actif du conflit est suggéré par le choix de situer le repaire de Kamal et de sa bande dans le hangar d'un abattoir, au milieu des carcasses d'animaux. Le reste du temps, ils naviguent dans d'autres lieux communautaires que la musique de Gabriel YARED contribue également à rendre dépaysants.

Cependant, le film souffre de plusieurs gros défauts. Les dialogues sont très ampoulés et la direction d'acteurs laisse à désirer ce qui se remarque surtout au niveau des deux jeunes actrices, Laure MARSAC et Sandrine DUMAS qui semblent réciter leur texte et manifestent une certaine raideur corporelle. Plus généralement, leurs personnages d'ados parisiennes bourgeoises qui semblent se mouvoir sans difficulté dans le milieu communautaire libanais sonnent complètement faux. D'ailleurs ces deux lycéennes sont outrageusement sexualisées, le tout dans un lourd climat incestuel: Claire nue devant son père puis maîtresse de l'homme qu'il traque ce que ne manque pas d'exploiter Kassar puis Julie qui vient se donner au père de sa copine. Ca fleure bon l'époque des "nymphettes" chères à Bernard Pivot, celle où personne ne s'offusquait que Gabriel Matzneff recrute ses maîtresses à la sortie du collège. Enfin le point de vue sur la guerre du Liban est partial. Les rescapés du massacre proviennent d'un milieu bourgeois et appartiennent tous à la communauté chrétienne alors que les musulmans sont les grands méchants tueurs d'enfants. J'ai alors repensé avec nostalgie à l'intelligence d'un film comme "Les Aventures de Rabbi Jacob" (1973) où tout le monde en prenait pour son grade, les clichés attribués à chaque communauté étant tournés en dérision comme ceux que Victor Pivert attribue aux arabes sans savoir qu'il a leur chef au bout du fil, celui-ci lui répondant avec ironie: "une vraie tête d'assassin!"

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Get Shorty, Stars et truands (Get Shorty)

Publié le par Rosalie210

Barry Sonnenfeld (1995)

Get Shorty, Stars et truands (Get Shorty)

Le cinéma et le grand banditisme, c'est une longue histoire très fructueuse, le plus souvent traité sur un mode sérieux. Mais dans "Get Shorty" (1995), on est plutôt dans la comédie satirique. Le monde du cinéma y est tourné en dérision en y étant comparé à celui des gangsters. Le héros est un cinéphile passionné qui connaît par exemple par coeur les répliques de "La Soif du mal" (1957) (dont on a plaisir à revoir la fin) et le contexte de sa réalisation. Normal, c'est John TRAVOLTA qui s'y colle, missionné par un Quentin TARANTINO qui préférait à "ZigZag Movie" (le futur "Get Shorty") un autre roman de Elmore Leonard, "Punch Creole" qui allait devenir "Jackie Brown" (1997). Mais Chili, le personnage joué par John TRAVOLTA est aussi un truand qui décide de devenir producteur le jour où il découvre que le monde du cinéma est un business comparable à celui de la pègre: la combine et l'arnaque y règnent en maître et on s'y embrouille pour de stupides querelles d'ego. Le film devient alors un défilé de personnages grotesques où les hommes de cinéma décrochent le pompon de la bêtise. C'est parce qu'ils sont savoureux qu'ils sont incarnés par deux grands noms du cinéma. D'une part Gene HACKMAN est un producteur de films d'horreur de série z qui a des prétentions artistiques. Et de l'autre, Martin Weir (Danny DeVITO) joue un acteur imbu de lui-même: image déclinée sur tous les supports (films, livres, magazines), portraits en Napoléon et Jules César, propos pastichant la méthode de l'Actors Studio qui est gentiment égratignée. J'ai trouvé en revanche le monde des truands moins inspiré mais la scène finale en forme de mise en abyme (avec un cameo de Harvey KEITEL, lui aussi échappé de "Pulp Fiction") (1994) est vraiment très sympa.

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Histoires de fantômes chinois (Sien lui yau wan)

Publié le par Rosalie210

Siu-Tung Ching (1987)

Histoires de fantômes chinois (Sien lui yau wan)

Quiconque s'intéresse au cinéma de Hong-Kong et de façon plus générale à la culture asiatique sera comblé par ce classique devenu culte qui ressort en version restaurée le 10 décembre avec les deux autres volets de la trilogie. "Histoires de fantômes chinois" se situe au croisement exactement de deux grandes traditions du film chinois. D'une par le genre du wu xia pian, inspiré des films de sabre japonais mais qui mute à Hong-Kong en devenant beaucoup plus esthétique, chorégraphié et aérien. Le jeu sur les voiles, rubans et autres draperies (du côté du bien) combiné à des branches, chevelures, langue géante ou tentacules (du côté du mal) dans le film est étourdissant. Et de l'autre, une plongée dans le très riche répertoire des créatures surnaturelles asiatiques dont on pouvait avoir un aperçu dans l'exposition "Enfer et fantômes d'Asie" au musée du quai Branly en 2018. S'y ajoute une histoire d'amour impossible entre le héros et une femme-fantôme (tous deux sublimés à l'écran) et des éléments burlesques, notamment dans la manière dont le héros parfaitement candide parvient à échapper d'un cheveu aux monstres qui hantent le temple où il passe la nuit. Monstres de carton-pâte animés par la technique du stop-motion. L'ensemble forme ce que l'on appelle la "Ghost kung-fu comedy" et on comprend le choc que cela a dû représenter à l'époque pour le spectateur occidental habitué au cinéma hollywoodien de voir débarquer ce cinéma à grand spectacle basé sur des codes exotiques, même si le film s'inspire aussi de l'épouvante à l'occidentale, "Evil Dead" (1981) en particulier avec sa cabane hantée dans les bois embrumés. Et les incantations religieuses faisant fuir les démons, de même que la lumière du soleil leur brûlant la chair ne sont pas sans rappeler le folklore autour des vampires (crucifix, ail, aube).

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Elémentaire, mon cher... Lock Holmes (Without a Clue)

Publié le par Rosalie210

Thom Eberhardt (1988)

Elémentaire, mon cher... Lock Holmes (Without a Clue)

Sherlock Holmes a été adapté à toutes les sauces, jusqu'à "Pokemon Detective Pikachu" (2019) qui lui a emprunté casquette et loupe. Le film de Thom EBERHARDT est une parodie qui laisse dans son jus l'histoire d'origine avec tous ses codes identifiables mais s'amuse simplement à renverser les rôles. Le véritable détective est Watson (Ben KINGSLEY) qui s'est inventé un avatar de papier pour ne pas compromettre sa carrière de médecin. Seulement le succès est tel que les fans demandent à rencontrer Sherlock Holmes. Il va donc chercher un comédien pour l'incarner mais ne trouve pas vraiment le partenaire idéal puisque Reginald Kincaid (Michael CAINE) est l'inverse du héros de Sir Conan Doyle: un ignare bébête, coureur de jupons endetté jusqu'au cou et alcoolique de surcroît. Certes le personnage d'origine était héroïnomane mais sa consommation était aristocratique et non celle d'un pilier de bistrot cockney. De subtiles distinctions sociales sur lesquelles joue Michael CAINE qui provient justement de cette classe sociale populaire que le professeur Higgins s'évertuait à effacer en remodelant le langage et les manières de Eliza Doolittle. L'aristocrate dans le film est évidemment Watson et le rustre grossier qui pince les fesses des dames ou les mate par le trou de la serrure, c'est donc Reginald Kincaid. La mise en abyme devient vertigineuse puisque Michael CAINE qui est acteur joue avec les stéréotypes associés à sa classe sociale d'origine en incarnant Kincaid, lui-même acteur qui doit se faire passer pour un fin limier flegmatique et distingué! Le résultat est par moment assez drôle, notamment lorsque Kincaid mène Lestrade (l'inénarrable Jeffrey JONES) par le bout du nez ou lorsqu'il gaffe, même si l'on a pas (ce qui est mon cas) toutes les références à l'oeuvre d'origine qui est abondamment citée. Il est dommage cependant que l'intrigue policière soit sans saveur et la mise en scène peu inspirée malgré un final théâtral qui convient bien au personnage. C'est sûr que si le réalisateur avait été Blake EDWARDS (car c'est Henry MANCINI qui signe la bande originale) ou bien Billy WILDER, le film aurait eu une autre dimension!

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La Petite Dernière

Publié le par Rosalie210

Hafsia Herzi (2025)

La Petite Dernière

C'est le premier film réalisé par Hafsia HERZI que je vois. Enfin plus exactement son premier long-métrage de cinéma. Elle a également réalisé un téléfilm "La Cour" (2022) pour Arte que j'avais regardé à l'époque où il était disponible en replay. Mais en ce qui concerne le cinéma, "la petite dernière" est son troisième long-métrage. C'est un film auquel j'ai trouvé des qualités mais également des longueurs. Au titre des qualités, le cheminement de Fatima (Nadia MELLITI) vers l'âge adulte est raconté avec une sensibilité qui fait défaut par exemple à un autre film sur un sujet voisin "Bande de filles" (2014). Le point fort de "La petite dernière", ce sont en effet toutes les scènes intimistes. Pas tellement celles avec son copain qui semblent assez convenues (on aurait tout à fait pu s'en dispenser de ce copain conventionnel qu'elle voit en cachette le temps de deux ou trois scènes vite expédiées, comme un passage obligé) mais celles avec son amoureuse coréenne, Ji-Na (PARK Ji-Min) que l'on aurait aimé voir encore plus développées. Parce que au-delà de la question de l'orientation sexuelle, c'est aussi la tension entre identité et altérité dans une métropole mondialisée que traite la réalisatrice. Hafsia HERZI montre la souffrance que cela représente pour Fatima comme pour Ji-Na qui fonctionne comme une sorte de miroir. Fatima est écartelée jusqu'à la schizophrénie entre son milieu d'origine, musulman pratiquant, traditionnel et pudibond et une société consumériste qui lui offre un accès à l'assouvissement sans limites de ses désirs. C'est dans ce deuxième aspect que Hafsia HERZI se montre la plus maladroite avec des scènes redondantes de fêtes dans lesquelles l'héroïne semble tourner en rond (même si ça fait toujours plaisir de retrouver la talentueuse Mouna SOUALEM dans un rôle quand même un poil "over the top" de lesbienne allumeuse déchaînée). Autre moment maladroit (parce que encore traité comme un passage obligé), la scène avec l'imam, évidemment trop didactique. Mais Hafsia HERZI se rattrape dans la scène finale entre la mère et la fille dans laquelle la première lui fait part de son amour inconditionnel. Là encore, comme pour Ji-Na, on aurait aimé que ce personnage de mère soit encore plus développé tant il exprime d'émotions et d'humanité au travers du peu de temps qu'il a à l'écran (un simple accrochage du diplôme du baccalauréat en dit plus long que tous les discours!). En bref, Hafsia HERZI est une dentellière du sentiment et cette finesse dans l'approche de ses personnages dès que l'on sort des conventions est tout à fait remarquable.

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La Disparition de Josef Mengele (Das Verschwinden des Josef Mengele)

Publié le par Rosalie210

Kirill Serebrennikov (2025)

La Disparition de Josef Mengele (Das Verschwinden des Josef Mengele)

Kirill SEREBRENNIKOV m'évoque des souvenirs épuisants et au final assez peu concluants. Encore que "La Fievre de Petrov" (2021) avait fini quand même par emporter le morceau mais dans la douleur. Quant à "Leto" (2018), j'avais eu du mal à y voir autre chose que de l'art pour l'art et il ne m'a guère laissé de souvenirs.

Rien de tel avec "La disparition de Josef Mengele". C'est peut-être parce qu'il s'agit de l'adaptation du livre de Olivier Guez ou alors par son caractère de film historique et biographique ou encore par son aspect philosophique étant donné qu'avec Adolf Hitler, Josef Mengele est sans doute celui qui incarne le plus aux yeux du monde la figure du mal absolu chez l'être humain. C'est aussi lié évidemment au fait qu'il a jamais eu de comptes à rendre à la justice des hommes, ayant préféré la fuite et l'exil jusqu'à sa mort en 1979 et l'identification formelle de ses restes qui a eu lieu en 1985 et a été confirmée au début des années 90. C'est justement les méandres de cette fuite sur trois décennies que raconte le film. Et c'est passionnant. Car le film va au-delà de l'homme. Il évoque d'une manière remarquable le système idéologique et social qui l'a fait naître, l'a formé et dans lequel il a continué à se vautrer jusqu'à la fin. On assiste en effet avec un certain effroi à l'impunité de ce criminel pouvant se balader dans les années 50 entre l'Argentine et la RFA grâce à son réseau familial, amical et social qui maintient la fiction "du monde d'avant" comme si le nazisme était encore au pouvoir. D'une certaine manière, c'est l'amnésie de l'Allemagne et au-delà, du monde entier obnubilé par la guerre froide qui est pointé du doigt* (le massif taillé en forme de croix gammée au vu et au su de tout le monde ne choquant personne au fin fond de l'Argentine de l'époque). Le procès Eichmann en 1960 marque cependant un tournant dans la prise de conscience du caractère spécifique de la Shoah. Ayant échappé de peu à l'enlèvement lui aussi, il n'est plus alors qu'un criminel en fuite, obligé de changer plusieurs fois de pays (après l'Argentine, le Paraguay puis le Brésil) et d'identité (après "Gregor", ce sera "Peter" et enfin "Pedro") et dont la déchéance sociale est totale puisqu'il termine son existence seul, confiné dans un "trou à rats" et enfermé dans son délire oscillant entre endoctrinement idéologique, déni et victimisation ("pourquoi moi, c'est trop injuste, il y avait plein de méchants à Auschwitz, je n'ai fait que mon devoir bla bla bla"). Au moins on est satisfait de voir que dès les années 50, là où son entourage rempli de morgue ne cesse de lui conseiller de prendre du bon temps à Munich, l'homme est intranquille voire paranoïaque, voyant des ennemis potentiels partout (et si un groupe de juifs en tenue traditionnelle se pointe alors c'est la panique totale!) Une fébrilité qui s'accompagne de scènes de furie furieuse dignes de Hitler dans son bunker dès que le bonhomme se heurte au réel. On soulignera l'argument opposé systématiquement à son fils dès que celui-ci lui pose des questions: "tu ressembles à ta mère, tu es le fils de ta mère", (ah ben oui pense-t-on, t'étais trop occupé ducon à sauver ta peau pour t'en occuper!) Cette conscience torturée culmine dans une scène où il se retrouve poursuivi par les fantômes des êtres qu'il a charcuté à Auschwitz, période dont le film ne pouvait faire l'économie. Mais comment la montrer sans l'édulcorer mais sans non plus verser dans un voyeurisme écoeurant? Kirill SEREBRENNIKOV choisit le film dans le film sous forme de flashbacks en couleurs (comme si Auschwitz avait été la plus belle période de sa vie ce qui a sans doute été le cas puisque c'est celle où il a pu déployer tout son "potentiel"**) et l'épure (le pire ne sera pas montré, juste suggéré ou seulement évoqué mais en même temps, les images montrées sont suffisamment concrètes pour que l'on comprenne sensoriellement à la monstruosité du personnage). On pense alors à la portée de la séquence inaugurale en forme "d'arroseur arrosé" qui reprend le même dispositif que dans le bloc des expériences à Auschwitz: sauf que les restes humains analysés sur la table d'un laboratoire par des étudiants de toutes origines (dont des jumeaux noirs), ce sont désormais les siens.

J'ajoute que August DIEHL est particulièrement brillant dans le rôle principal, dans le sillage d'un Bruno GANZ (car lui aussi a exploré les deux côtés de la barrière en ayant incarné un objecteur de conscience prêt à mourir pour ses convictions dans "Une vie cachee") (2019).

* Un thème déjà abordé dans l'excellent "Le Labyrinthe du silence" (2014).

** On pense beaucoup à "La Zone d'interet" (2021), l'environnement du camp étant montré comme un Eden.

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Nouvelle chance

Publié le par Rosalie210

Anne Fontaine (2006)

Nouvelle chance

Déception pour ma part avec ce dernier volet de la trilogie d'Augustin. Le début était pourtant prometteur avec Jean-Chretien SIBERTIN-BLANC racontant l'histoire de la princesse Kaguya déguisé en Gheisha: de quoi être d'emblée plongée dans le bain asiatique d'autant que la femme et les enfants que l'on voit à l'écran sont les vrais membres de la famille de l'acteur. On pardonne donc le manque de cohérence avec le précédent film, "Augustin, roi du kung-fu" (1998) où il finissait expatrié en Chine et marié à une chinoise. Et ce d'autant que dans la salle, se trouve une spectatrice de choix: Danielle DARRIEUX alias Odette Saint-Gilles, une ancienne vedette de l'opérette. Enthousiasmée par la performance d'Augustin, elle lui propose d'adapter une pièce de théâtre qu'elle adore, "Les Salons" élaboré à partir de la correspondance entre deux femmes d'esprit, Mme Du Deffand et Julie de Lespinasse. On pense alors qu'on va être téléporté dans un univers à la "Mademoiselle de Joncquieres" (2017) ou dans celui de "Les Liaisons dangereuses" (1988). Au lieu de quoi, on se retrouve dans la piscine du Ritz où travaille Augustin qui y recrute une actrice de télévision, Bettina puis un ami comédien joué par Christophe VANDEVELDE finalement jugé trop poilu (!) pour le rôle de l'amant de Julie qui échoit à l'employé de la maison de retraite où vit Odette, un éphèbe blond aux dents longues joué par Andy GILLET. Si l'idée de faire jouer Julie par Arielle DOMBASLE ne manque pas de sel tant l'actrice rohmérienne s'amuse d'elle-même et de son image de "sirène bimbo" dans cet univers décalé où elle déclame une belle phrase pleine de sens "un sort qui me délivrerait de moi-même", le courant ne passe pas vraiment avec Danielle DARRIEUX si bien que chacune joue sa partition dans son coin. Plus généralement, en dehors du fait que jalousies, ambitions et rivalités minent la troupe, les éléments éparts ont bien du mal à former un tout harmonieux et face à ces deux actrices qui prennent beaucoup de place, Jean-Chretien SIBERTIN-BLANC ne parvient pas à faire exister son personnage qui apparaît brusquement privé de tout son caractère. Soit l'exact opposé de son formidable duo avec Darry COWL dans "Augustin, roi du kung-fu" (1998). Quant à la pièce, on en reste aux répétitions dans une chambre d'hôtel ou un jardin, c'est dire si c'est passionnant! Pourtant, c'est l'occasion d'admirer combien à 88 ans, Danielle DARRIEUX était encore en pleine possession de tous ses moyens, chantant même encore devant la caméra.

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Augustin

Publié le par Rosalie210

Anne Fontaine (1995)

Augustin

Le principal intérêt de ce film très court (1h) réside dans le personnage d'Augustin, joué par le petit frère de Anne FONTAINE, Jean-Chretien SIBERTIN-BLANC qui fait sa première apparition à l'écran. Pour le reste, la réalisation fait très cheap et très amateur. On a affaire à un collage plutôt décousu de scénettes proche du film à sketches: Augustin à son bureau, Augustin et la directrice de casting, Augustin garçon d'hôtel, Augustin et la femme de chambre (déjà chinoise!), Augustin tourne un bout d'essai avec Thierry LHERMITTE dans son propre rôle, Augustin passe la soirée avec un pote amateur d'autographes de vedettes de music-hall etc. Les acteurs semblent improviser ce qui n'est pas pour rien dans l'impression d'amateurisme que dégage le film. L'idée qui se cache derrière ce dispositif est de mettre les interlocuteurs d'Augustin mal à l'aise face à ce personnage sans filtre et parfois sans limites, c'est pourquoi Anne FONTAINE étire les scènes jusqu'à ce que cela devienne gênant (ou franchement ennuyeux). Pour tenter d'aérer le film, Anne FONTAINE fait circuler à vélo son personnage dans les rues de Paris (une référence à "Mon oncle" (1957)?) sur des airs traditionnels portugais (en référence à l'origine d'Augustin) ce qui est plutôt sympa et termine sur une scène à la campagne totalement ratée.
En bref, on sent le potentiel du personnage, notamment les caractéristiques de "l'autiste savant". On est pas encore dans l'apprentissage instantané des langues mais l'obsession pour les chiffres et la mémorisation des détails est éloquente "Je suis employé depuis 10 ans au crédit central d'île de France. Je travaille au service du contentieux. Je suis le numéro quatre du comité d'imputation qui traite les dossiers d'impayés. Nous enregistrons chaque année 800 cas de faillite, 6200 décès et 20 mille divorces. Grâce au mi-temps, je ne travaille que 3h38 par jour et je gagne 4500 francs par mois, primes comprises, sans compter le treizième mois (...) Il est 11h38. J'ai terminé ma journée." Reste à construire à côté du phrasé et du comportement décalé un corps burlesque et une vraie intrigue, ce sera "Augustin, roi du kung-fu" (1998).

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Dossier 137

Publié le par Rosalie210

Dominik Moll (2025)

Dossier 137

Sujet clivant et hautement inflammable en France que celui des violences policières auquel Dominik MOLL s'attaque avec un certain courage et une volonté louable de nuances et d'équilibre. On retrouve dans son dernier film la question centrale de l'injustice et de l'impunité: nulle catharsis ne vient soulager le spectateur à la fin d'une enquête pourtant menée avec une rigueur exemplaire et un soin tout particulier qui ne doit pas constituer la règle mais l'exception, j'y reviendrai. Le film éclaire en effet le rôle de l'IGPN, la police des polices. Refusant de relayer le principal reproche fait à l'institution à savoir son manque d'indépendance, Dominik MOLL préfère mettre en lumière Stéphanie, une enquêtrice intègre et pugnace mais tiraillée entre son appartenance au milieu des forces de l'ordre qui passe son temps à lui tomber dessus à bras raccourcis en lui reprochant sa "félonie" (le corporatisme de la profession est souligné à de nombreuses reprises) et ses liens, même ténus, avec la famille de la victime et au-delà, avec la France périphérique des gilets jaunes. C'est d'ailleurs la principale limite du film à mes yeux. Si la question de l'empathie de la policière qui lui fait outrepasser ce que l'on attend d'elle est infiniment mieux traitée que dans "L'Interet d'Adam" (2024), il n'en reste pas moins qu'elle n'est pas représentative de la réalité et pas toujours très professionnelle (la scène du supermarché et surtout, celle où elle viole le secret de l'instruction sont gênantes de par la confusion qui s'instaure entre le public et le privé). Il serait temps d'ailleurs que Lea DRUCKER cesse de jouer à la bonne samaritaine se portant au chevet des maux de la France. L'homme ou la femme providentielle, ça suffit. Car contrairement à "La Nuit du 12" (2021) qui faisait exister aux côtés du personnage de Bastien BOUILLON celui de Bouli LANNERS, Stéphanie apparaît comme isolée au milieu de collègues anonymes. Et si le contexte de la bavure policière est bien rappelé, notamment leur déresponsabilisation par un pouvoir politique en panique cherchant à sauver sa peau, il aurait été sans doute préférable à la manière de la remarquable série "Oussekine" (2022), de confronter plusieurs points de vue aux côtés de celui de la police dont celui de la famille de la victime, trop survolé et celui du gouvernement lui-même, le commanditaire, sujet sans doute tabou au vu du fait que les protagonistes sont toujours en exercice. Malgré ces réserves, le film-enquête de Dominik MOLL, tiré de faits réels est haletant de bout en bout et interroge avec pertinence nombre de sujets comme la réticence des témoins à collaborer avec la police ou la limite de l'image en tant que preuve. 

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Augustin, roi du kung-fu

Publié le par Rosalie210

Anne Fontaine (1999)

Augustin, roi du kung-fu

Quelle découverte ce film! Un vrai cadeau-surprise étant donné que j'étais loin de me douter du contenu. Or dans ce contenu, il y a tout ce que j'aime:

- Un personnage burlesque qualifié de "pierrot lunaire" ou de "doux rêveur" mais qui a surtout de nombreux traits neuro-atypiques le rapprochant de l'autisme: ignorance totale des codes sociaux, phobie du contact, hyper-sensibilité, phrasé particulier, raideur corporelle et relative inexpressivité du visage, intérêts spécifiques, haut potentiel intellectuel à la "Rain Man" (1988) (son apprentissage express de la langue chinoise).

- Un attrait affirmé pour l'Asie qui fait penser à d'autres oeuvres évoquant implicitement ou explicitement l'autisme telles que "Astrid et Raphaelle" (2018) avec le Japon ou "Le Theoreme de Marguerite" (2022) qui se déroule tout comme "Augustin, roi du kung-fu" en grande partie dans le quartier chinois de Paris. J'ai aussi pensé spontanément à "Cherchez Hortense" (2011) de Pascal BONITZER si bien que je n'ai pas du tout été surprise de le voir débouler dans le rôle d'un metteur en scène, de même que Bernard CAMPAN en prof de chinois m'a fait penser à Jean-Pierre BACRI qui est également prof de civilisation chinoise dans le film de Pascal BONITZER. Cet attrait des neuro-atypiques pour l'Asie s'explique au moins en partie par la codification plus claire (et donc plus explicite et plus rassurante) du fonctionnement de ces sociétés ainsi que leur retenue (pour ne pas dire leur introversion), notamment émotionnelle (pas d'épanchements gênants, pas de familiarité déplacée, pas de contacts physiques perçus comme intrusifs etc.)

- J'ai failli le mettre dans le paragraphe précédent mais je me suis retenue (^^) pour celui-ci: un neuro-atypique se sent comme un poisson dans l'eau dans l'univers de "In the Mood for Love" (2000). Alors même si ce film est antérieur au chef d'oeuvre de WONG Kar-Wai, il n'est guère surpris de voir son égérie, Maggie CHEUNG surgir dans le rôle d'une acupunctrice fraîchement immigrée et donc tout aussi déphasée que Augustin qui semble tombé de la lune.On ne le dira jamais assez, Maggie CHEUNG est tout simplement merveilleuse avec son regard profond et son sourire chaleureux et mélancolique à la fois.

- Autre acteur qui accomplit une performance inoubliable dans ce film: Darry COWL. Son personnage n'est autre que le prolongement de celui que Jacques DUFILHO incarnait dans "Un mauvais fils" (1980) de Claude SAUTET sauf qu'au lieu de prendre Patrick DEWAERE sous son aile, c'est le petit frère de Anne FONTAINE, Jean-Chretien SIBERTIN-BLANC qui devient son protégé. On a cette même impression de radar intérieur qui lui fait détecter un "frère" en la personne de cet être si décalé et l'empathie qui se dégage de son visage lorsqu'il le regarde reste en mémoire. Le choix de cet acteur est aussi peut-être un clin d'oeil au rôle qu'il interprétait dans "Les Tribulations d'un chinois en Chine" (1965) de Philippe de BROCA.

Enfin, last but not least, l'apparition brève mais elle aussi marquante de Paulette DUBOST, la Lisette de "La Regle du jeu" (1939) dans l'un de ses derniers rôles.

Comme "Augustin, roi du Kung-fu" est le second volet d'une trilogie, ne me reste plus qu'à découvrir les autres!

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