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Gemma Bovery

Publié le par Rosalie210

Anne Fontaine (2014)

Gemma Bovery

Une dizaine d'années avant "Bolero" (2023), Anne FONTAINE a réalisé un autre film riche en intertextualité, "Gemma Bovery". Sauf que là où "Boléro" est implicite, "Gemma Bovery" annonce la couleur dans son titre. Il y sera donc question d'une réécriture du célèbre roman de Gustave Flaubert avec dans le rôle-titre Gemma ARTERTON tout juste échappée de "Tamara Drewe" (2009). Car "Gemma Bovery" est l'adaptation d'un roman graphique de Posy Simmonds également créatrice de "Tamara Drewe". Anne FONTAINE s'amuse à en rajouter avec des acteurs porteurs d'univers bien identifiables. En tête, Fabrice LUCHINI qui reprend l'un de ses nombreux rôles d'amateur de lettres et de romanesque qui s'égare entre fiction et réalité. Il est d'ailleurs boulanger peut-être parce que l'acteur avait commencé sa carrière comme garçon-coiffeur? Niels SCHNEIDER joue les séducteurs sous l'emprise de maman comme dans "Les Amours imaginaires" (2010) et maman, c'est Edith SCOB qui semble prolonger "L'Heure d'ete" (2007). Bref, Anne FONTAINE et son co-scénariste, Pascal BONITZER s'amusent beaucoup pour un résultat bien troussé mais qui manque un peu du sel de "Tamara Drewe" (2009) avec son humour tordant. Néanmoins cette rêverie littéraire et champêtre a du charme et se conclut en beauté avec une autre invitation au voyage dans l'oeuvre de Tolstoï cette fois.

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La mélodie du bonheur (The Sound of Music)

Publié le par Rosalie210

Robert Wise (1965)

La mélodie du bonheur (The Sound of Music)

Ce film est tout simplement magnifique! Oubliez les critiques français pisse-froid qui font la fine bouche devant une comédie musicale qu'ils jugent trop sucrée à leur goût. Il existe aujourd'hui beaucoup d'oeuvres du genre qui ont mal vieilli. Et si la présence de Robert WISE à la réalisation et de Julie ANDREWS dans le rôle principal est pour une bonne part dans la réussite du film, elle ne suffit pas à expliquer sa mégie intacte alors que "Star !" (1968) avec les mêmes aux commandes n'a pas passé l'épreuve du temps. La différence est dans le scénario, dans les mouvements de caméra, dans la photographie. Là où "Star !" sent la naphtaline et le carton-pâte sans parler d'une héroïne aussi exaltante qu'un poireau, "La mélodie du bonheur" est une oeuvre cinématographique qui nous emporte dès les premières images dans un tourbillon de liberté avec le célèbre plan aérien survolant les montagnes autrichiennes dans lequel Maria à l'unisson tournoie sur elle-même dans un pré! Cette introduction suffit à la définir et on n'est guère surpris d'apprendre que les nonnes du couvent où elle effectue son noviciat s'interrogent sur la pertinence de sa vocation. La mère supérieure particulièrement perspicace et connaissant grâce à "Mary Poppins" (1964) les talents cachés de Julie ANDREWS décide donc de l'envoyer s'occuper des sept nains, euh non, enfants de la famille von Trapp ^^. Pas de surnaturel au programme mais le même charme, la même spontanéité et la musique pour magie qui fait au rigide (en apparence) veuf joué par Christopher PLUMMER le même effet enchanteur que la "Ratatouille" (2007) sur Anton Ego (ou le piano sur Gerd Wiesler dans "La Vie des autres") (2006).

Comme tout conte réussi, "La mélodie du bonheur" n'est pas exempte de cruauté. Il y a d'abord une marâtre en la personne de la baronne (Eleanor PARKER) qui voit à juste titre une rivale en Maria et se dresse un temps entre elle et le reste de la famille, même si son rôle est un peu trop vite évacué. Il y a surtout le vent mauvais de l'Histoire et les conséquences de l'Anschluss. Au nom des mêmes principes que le personnage du fabuleux "Une vie cachee" (2019) auquel j'ai beaucoup pensé par son contraste Paradis/Enfer, von Trapp choisit le bannissement du jardin d'Eden (son manoir avec le jardin et le lac nocturne enchanteur qui fait penser à "L'Annee derniere a Marienbad") (1961) alors que lui et sa famille deviennent des fugitifs traqués. Le couvent revient alors dans le jeu en tant que refuge et ange gardien ce qui n'enlève rien au suspense insoutenable de la scène funèbre du cimetière passé au peigne fin par les nazis entre ombre et lumière.

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Le Canardeur (Thunderbolt and Lightfoot)

Publié le par Rosalie210

Michael Cimino (1974)

Le Canardeur (Thunderbolt and Lightfoot)

C'est avec beaucoup d'intérêt que j'ai découvert le premier film de Michael CIMINO qui est visible en ce moment sur Arte en même temps que le documentaire consacré à Jeff BRIDGES. Il y a deux choses que j'ai beaucoup aimé dans ce film, même s'il n'est pas parfait en raison notamment d'incohérences scénaristiques dans l'écriture des personnages et dans les situations. Je pense en particulier à la brute caractérielle jouée par George KENNEDY dont la place semble être dans un asile et qui représente un tel danger public qu'on se demande si ses associés ne sont pas des candidats au suicide. Quoique le vrai problème dans l'écriture du personnage de Red est la valse-hésitation permanente entre son côté grotesque voire cartoonesque (Thunderbolt qui esquive les balles qui pleuvent sur lui en rafale après que Red ait sorti son gun en un geste théâtral au beau milieu d'une église!) et sa psychopathie qui en fait un sinistre agent du chaos et de la mort. Une psychopathie teintée de frustration sexuelle laquelle s'exprime dans son voyeurisme mais surtout dans son déferlement de violence vis à vis de Lightfoot. Lightfoot joué par un tout jeune et déjà magnétique Jeff BRIDGES est le rayon de soleil du film. Une sorte de chien fou anar plein de générosité qui offre son amitié (et sans doute plus que son amitié, le sous-texte homosexuel est assez évident, notamment dans le passage où il se travestit pour les besoins du casse et devient une jeune femme plus que crédible, affriolante!) au vieux briscard Thunderbolt joué par Clint EASTWOOD. Celui-ci affiche un visage impassible comme à l'ordinaire mais une petite lueur dans l'oeil dit qu'il n'est pas dupe de l'ambiguïté de la relation avec son coéquipier et qu'il s'en amuse. Outre le buddy movie teinté d'homo-érotisme, l'autre aspect du film que j'ai aimé c'est le sentiment de liberté qu'il dégage. On reconnaît bien l'état d'esprit seventies avec quelques gentilles provocations ici et là (la femme nue qui aguiche Lightfoot, les parents qui infantilisent leur fille alors qu'elle s'envoie en l'air juste à côté, le personnage baba-cool de Lightfoot qui préfigure celui de "The Big Lebowski") (1998) mais c'est surtout la mise en scène de Michael CIMINO qui régale, sa science du cadre, sa manière de disposer les corps et de les faire se mouvoir dans les grands espaces. Il y a du "Easy Rider" (1969) dans ce road-movie où l'utopie libertaire finit par se prendre les pieds dans le tapis. Il est tout à fait vraisemblable que Kathryn BIGELOW s'en soit inspiré pour "Point Break" (1991) tant pour la relation entre les deux personnages que pour la combinaison libertaire des sports extrêmes qui se substitue au road-movie et du film de casse qui tourne mal.

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Boléro

Publié le par Rosalie210

Anne Fontaine (2023)

Boléro

Bravo à Anne FONTAINE d'avoir réussi une évocation aussi juste de Maurice Ravel, bien secondée il faut le préciser par un Raphael PERSONNAZ tout en retenue. Comment je le sais? Grâce au cinéma de Claude SAUTET que j'admire. Très mélomane, celui-ci s'est inspiré de la vie du compositeur pour "Un coeur en hiver" (1992) qui nous permet d'entendre le trio avec piano repris dans le film de Anne FONTAINE. Un compositeur auquel il s'identifiait, c'est évident. Comment je le sais? Grâce au film de Anne FONTAINE qui m'a permis d'assembler les pièces du puzzle. En effet elle montre Maurice Ravel dans une maison close en compagnie d'une prostituée qu'il ne touche pas sans parler de Misia, son grand amour qu'il a laissé filer dans les bras d'un autre. Non seulement on reconnaît la froideur de Stéphane refusant de répondre aux avances de Camille, mais également l'étrange distanciation de Max dans "Max et les Ferrailleurs" (1970), tournant autour de Lily la prostituée jouée par Romy SCHNEIDER mais sans passer à l'acte, sinon par le meurtre. Un mystère qui se répercute également sur l'oeuvre la plus célèbre du compositeur dont Anne FONTAINE fait bien ressortir l'ambivalence foncière qui est à mon avis la raison de son universalité et de son intemporalité. De même que Maurice Ravel était un "solitaire mondain", oxymore que l'on retrouve évidemment chez Claude SAUTET, l'aspect mécanique du Boléro qui se calque sur le machinisme industriel (scène d'ouverture) devient une fois incarné par sa commanditaire, la danseuse russe Ida Rubinstein (Jeanne BALIBAR) d'un érotisme torride, véritable métaphore musicale du coït se concluant sur un orgasme. D'ailleurs tout laisse à penser que Ida a parfaitement compris la nature profonde du compositeur qu'elle pousse dans ses retranchements pour lui extorquer cette partie de lui-même qu'il dissimulait. D'après une étude commandée par le site d'écoute en ligne Spotify, le Boléro occupe d'ailleurs la troisième place des morceaux musicaux les plus écoutés pendant les rapports sexuels! Rien que pour le fait d'avoir réussi à faire ressortir toutes ces contradictions, ce mélange troublant de rigidité et de sensualité (Ravel récupérant les gants de Misia et les faisant enfiler par la prostituée pour le plaisir d'entendre le frottement du tissu sur la peau), le film transcende et ce n'est pas souvent l'exercice scolaire du biopic.

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Les Pièges de Broadway (The Rat Race)

Publié le par Rosalie210

Robert Mulligan (1960)

Les Pièges de Broadway (The Rat Race)

Deuxième film de Robert MULLIGAN, "Les pièges de Broadway" est disponible en ce moment sur la plateforme MyCanal. Comme je cherche depuis longtemps à découvrir la filmographie du réalisateur de "Du silence et des ombres" (1962), je n'allais pas rater l'occasion. Au début, j'ai eu des craintes. Comme nombre de films hollywoodiens de cette époque, il s'agit de l'adaptation d'une pièce de théâtre avec donc un certain nombre de scènes statiques dans le huis-clos d'un appartement. Si on ajoute l'influence des codes de la sitcom, Robert MULLIGAN ayant fait ses gammes à la télévision, il n'est pas surprenant que le film manque d'ampleur malgré une superbe bande-son signée de Elmer BERNSTEIN. Heureusement, le scénario est excellent si bien qu'après un début poussif, le film finit par décoller lorsqu'il entre dans le vif de son sujet: les désillusions des jeunes artistes venus tenter leur chance à New-York. Plutôt que de raconter la success story d'une minorité, le film montre deux losers parmi la multitude des recalés du rêve américain se débattre dans la fosse aux serpents. Le titre fait en effet allusion aux prédateurs qui exploitent pour leur profit personnel la naïveté et les rêves d'une aspirante actrice et d'un jeune saxophoniste. La première qui semble déjà revenue de tout est endettée jusqu'au cou, menacée d'être jetée à la rue et soumise à la tentation de la prostitution. Le second, un ingénu qui débarque tout juste de sa province natale tombe vite de haut lorsqu'il se fait voler ses outils de travail à peine arrivé comme "Le Voleur de bicyclette" (1948). Si la romance entre eux est un peu téléphonée, l'interprétation est remarquable, particulièrement celle de Debbie REYNOLDS (la star de "Chantons sous la pluie" (1951) et accessoirement mère de Carrie FISHER) qui joue à contre-emploi. Si Tony CURTIS tire moins bien son épingle du jeu dans un rôle un peu trop lisse de jeune premier, on ne peut que penser à son rôle dans "Certains l'aiment chaud" (1959) étant donné qu'ils font le même métier et jouent du même instrument!

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Jeff Bridges, star malgré lui

Publié le par Rosalie210

Charles-Antoine de Rouvre (2025)

Jeff Bridges, star malgré lui

Quelle bonne idée d'avoir consacré un documentaire à Jeff BRIDGES, acteur aussi discret que confondant de naturel que j'avais découvert dans "Fisher King" (1991) qui reste à ce jour l'un de mes films de chevet. Je m'étais alors demandé pourquoi on n'entendait jamais parler de lui. Le film répond à cette question, il en fait même son axe directeur. On apprend que Jeff BRIDGES a fait ses premiers pas dans le cinéma avant même de savoir marcher grâce à sa famille, notamment son père, Lloyd BRIDGES surtout connu pour ses rôles à la télévision et son frère aîné, Beau BRIDGES avec qui il a joué dans "Susie et les Baker Boys" (1989). Tout en suivant leurs traces et en démontrant l'étendue de son talent dès les années 70 dans des rôles variés, notamment aux côtés de grandes pointures comme Clint EASTWOOD dans "Le Canardeur" (1974) de Michael CIMINO, Jeff BRIDGES s'est évertué à tourner le dos au star-system en se mettant en retrait et en menant une vie sans histoire. Cette attitude éclaire d'autant mieux le rôle le plus emblématique de sa carrière, celui de Jeff Lebowski dans le film "The Big Lebowski" (1998) des frères Coen. Une rencontre évidente entre des artistes en décalage avec le rêve américain et son idéologie. Le Dude qui doit sa cool attitude et une partie de sa garde-robe à l'acteur qui l'interprète est même un genre d'anti-héros assez parfait lancé au coeur du réacteur tel un chien dans un jeu de quilles. Le culte qui s'est développé a posteriori autour du personnage et du film a paradoxalement fait sortir Jeff BRIDGES de l'ombre et lui a valu une reconnaissance aussi tardive que méritée.

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La vie de Chuck (The Life of Chuck)

Publié le par Rosalie210

Mike Flanagan (2025)

La vie de Chuck (The Life of Chuck)

A force de tomber sur des avis radicalement divergents sur "La vie de Chuck" je me suis décidée à me faire une opinion par moi-même. Je suis restée sur ma faim, trop de choses plombent le film à mes yeux: voix-off omniprésente et pontifiante, pathos (fallait-il une telle accumulation d'accidents, de maladies, de suicides autour du héros?), naïveté du propos et complications scénaristiques inutiles avec sa structure en trois chapitres à rebours du récit qui casse le rythme. Le résultat est un assemblage de fragments inégaux qui en dépit d'éléments récurrents censés les relier m'a paru artificiel et bancal. La dimension métaphysique est assénée sans subtilité, à l'opposé de ce qu'avait réussi à faire Stanley KUBRICK avec une autre oeuvre de Stephen King. Tout ce dispositif m'a tenu à distance d'un personnage trop lisse pour emporter une adhésion qui aurait été nécessaire afin de s'approcher du conte philosophico-fantastique à la Frank CAPRA vers lequel lorgne le film. Le seul moment qui m'a paru fonctionner à la manière d'un alignement de planètes, c'est la scène de danse du deuxième fragment. Alors là oui, on croit que l'instant peut durer une éternité, que Chuck possède une sorte de grâce, qu'il est connecté aux étoiles. Mais la troisième partie apporte une réponse décevante, convenue, sans mystère voire infantile à des questionnements autrement mieux traités dans d'autres films (que "Life of Chuck" y fasse référence comme "Billy Elliot" (2000), "Retour vers le futur" (1985) ou "Forrest Gump" (1994) ou non comme "Melancholia") (2011). Au final, le film ressemble à la montagne qui accouche d'une souris. Il prétend nous expliquer la vie et le monde mais au final il tombe dans l'insignifiance.

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Mission: impossible - Dead Reckoning Part 1

Publié le par Rosalie210

Christopher McQuarrie (2023)

Mission: impossible - Dead Reckoning Part 1

Mais qu'est-ce qui fait courir film après film Ethan Hunt/Tom CRUISE? La réponse pourrait être contenue dans cet avant-dernier opus qui confronte le héros à une IA maléfique et insaisissable après laquelle courent toutes les puissances dans l'espoir d'en prendre le contrôle, soit le dernier avatar en date du mythe de Prométhée qui hante l'homme occidental depuis le berceau. Pour la neutraliser, le héros et l'acteur qui l'incarne repoussent leurs limites physiques et défient plus que jamais la mort. Le final à bord d'un train saboté lancé à toute vitesse vers un pont dynamité impressionne avec ces wagons qui basculent un par un dans l'abîme de même que le saut dans le vide qu'effectue Tom CRUISE pour monter à bord. Dans ce mano à mano entre "L'entité" et le héros de chair et d'os, on peut également lire entre les lignes un défi lancé à la technologie qui tend à se substituer à l'engagement humain. A l'algorithme désincarné, Tom CRUISE oppose ses exploits bien physiques de casse cou sous un masque "blanc" qui rappelle fortement Buster KEATON, l'homme qui ne souriait jamais mais réalisait d'incroyables cascades plus folles les une que les autres sans trucage. Même si cet énième "Mission impossible" est sans doute trop long et quelque peu alambiqué sur le plan scénaristique, il constitue l'un des jalons du parcours de cet acteur "christique" pour qui le cinéma est une affaire très personnelle.

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David Lynch: The Art Life

Publié le par Rosalie210

Jon NGUYEN, Rick BARNES, Olivia NEERGAARD-HOLM (2015)

David Lynch: The Art Life

Les documentaires consacrés aux artistes sont tributaires de la qualité de leur sujet. David LYNCH a un univers créatif tellement riche qu'il est impossible d'en faire le tour en une seule fois. Aussi, comme pour David BOWIE, autre génie protéiforme, il a été nécessaire de définir un angle d'approche. "The Art life" se focalise ainsi sur ses années de jeunesse et de formation où la peinture occupe la première place jusqu'à la réalisation de son premier long-métrage, "Eraserhead" (1976). Il éclaire ainsi un pan méconnu de l'oeuvre de David LYNCH propre à intéresser les fans de l'artiste. Pour les autres, le documentaire risque de leur paraître aride.

Ce qui frappe à la vision de ce documentaire, c'est donc le fait qu'avant d'être un cinéaste, David LYNCH est un plasticien. Reposant sur la voix-off de David LYNCH qui égrène ses souvenirs au fil des archives, inédites pour la plupart, celui-ci est filmé dans l'atelier de sa demeure à Los Angeles avec sa petite dernière Lula qui avait alors environ deux ou trois ans. Pour un réalisateur considéré comme cérébral, David LYNCH apparaît pourtant comme un manuel, travaillant avec ses doigts et des outils différentes textures et différents matériaux afin de composer ses tableaux. Autre élément marquant, l'aspect ascétique et solitaire de son activité. David LYNCH raconte comment son enfance dans les années 50 au coeur de l'American Way of life l'a conduit à vivre dans d'étroits périmètres d'où la folie pouvait jaillir sans crier gare (l'anecdote connue de la femme nue qui hante "Blue Velvet" (1986) mais aussi une autre histoire à propos d'un voisin que David LYNCH ne parvient pas à la raconter mais qui semble avoir un rapport avec l'arbre foudroyé récurrent dans ses oeuvres). Il raconte aussi comment lui est venue sa vocation grâce à la rencontre d'avec deux peintres, Jack Fisk et Bushnell Keeler qui lui a ouvert son atelier. Sa jeunesse, plutôt erratique, c'est aussi le choc de son installation à Philadelphie dans les années 60, une ville alors ravagée par la désindustrialisation, en proie au chômage, à la misère, à la drogue, à la violence, à la décrépitude avec ses friches et ses paysages lunaires post-apocalyptiques en contraste total avec les pavillons pimpants de son enfance. En bref, le terreau sur lequel ont poussé ses courts-métrages et son premier long-métrage "Eraserhead" (1976).

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Deux jours, une nuit

Publié le par Rosalie210

Jean-Pierre et Luc Dardenne (2013)

Deux jours, une nuit

C'est à partir de "Le Gamin au velo" (2010) que j'ai cessé de suivre les films des frères Dardenne, un peu déçue de leur choix d'employer des stars en lieu et place des talents qu'ils ont révélé comme Emilie DEQUENNE, Jeremie RENIER ou mon chouchou, Olivier GOURMET qui fait ici une petite apparition dans le rôle ingrat du contremaître. Et encore, Cecile de FRANCE est belge alors que ce n'est pas le cas de Marion COTILLARD, excellente au demeurant. Mais c'est peut-être le prix à payer pour élargir la portée de leur cinéma engagé. J'ai trouvé qu'il y avait des points communs entre "Deux jours, une nuit" et "La Garconniere" (1960), notamment dans sa critique sociale et le dilemme moral final que doit trancher le personnage face à son patron (en gros choisir entre la réussite sociale ou l'intégrité morale). Mais là où Billy WILDER, juif exilé d'Europe centrale laisse sa culture d'origine subvertir l'idéologie américaine, les frères Dardenne procèdent inversement en convoquant une actrice hollywoodienne (même si d'origine européenne) au coeur de leur cinéma social ancré dans la réalité belge.

Ce n'est en effet pas la seule différence notable avec le film qui les a révélés, "Rosetta" (1999) auquel "Deux jours, une nuit" est souvent comparé. Bien qu'ouvrière, Sandra, le personnage joué par Marion COTILLARD appartient à la classe moyenne avec tous les attributs de "l'American way of life" (maison, voiture, famille) et la mentalité qui va avec: le fait d'avoir quitté le logement social est perçu comme une promotion. C'est peut-être là que "Deux jours, une nuit" touche en plein dans le mille car c'est l'envers de ce rêve qu'ils explorent, l'aliénation qui en résulte. Même avant de savoir qu'elle est licenciée, Sandra est montrée comme fragile, à peine remise d'une dépression (dont les causes ne sont pas expliquées), sortant d'un arrêt-maladie, prompte à se bourrer d'anti-dépresseurs, en difficulté dans son couple, autant de maux propres aux pays occidentaux. La raison officielle qui la pousse à tenter de garder son emploi est liée au remboursement du crédit de la maison. Et les arguments avancés par nombre de ceux qui préfèrent conserver leur prime plutôt que de voter en sa faveur sont du même acabit, avec un vrai "malaise dans la civilisation". Mais tous les travailleurs ne sont pas logés à la même enseigne, les frères Dardenne soulignent plusieurs fractures entre eux, qu'elles soient générationnelles, d'origine ou de statut dans l'entreprise. Autant de différences exploitées par la direction qui a tout intérêt à diviser pour mieux régner. Cette façon de manipuler le personnel pour se défausser de ses responsabilités dans un contexte de mondialisation débridée rappelle le cynisme des nazis qui déléguaient à une police juive dans les ghettos le soin de procéder au tri de leurs propres compatriotes en vue de l'extermination de tous au final. Car le néolibéralisme et le nazisme dont les liens qui ont été remarquablement mis en lumière par le livre de François Emmanuel adapté par Nicolas KLOTZ, "La Question humaine" (2007), notamment le darwinisme social. La phrase finale du livre "je crois qu'il me plaît d'être ainsi relégué aux marges du monde" fait ainsi écho à la phrase de Sandra lorsqu'elle dit qu'elle aimerait être à la place de l'oiseau qui chante. Pour avoir souvent éprouvé ce désir et entendu d'autres personnes l'exprimer sous une forme ou sous une autre (être un chat, un poisson etc.), j'en conclus que si les frères Dardenne n'expliquent pas l'origine de la dépression de Sandra c'est qu'ils espèrent que le spectateur la trouvera par lui-même, dans sa propre vie.

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