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L'Amant de cinq jours

Publié le par Rosalie210

Philippe de Broca (1961)

L'Amant de cinq jours

Sur le papier, "L'Amant de cinq jours" avait l'air "so boring" avec son intrigue de vaudeville bourgeois (le mari, la femme, l'amant et la deuxième maîtresse). Mais le casting réunit des acteurs brillants à qui le cinéma n'a pas souvent donné des rôles à la hauteur de leur talent: Jean-Pierre CASSEL, Francois PERRIER, Jean SEBERG et Micheline PRESLE. Ne connaissant pas les premiers films de Philippe de BROCA, je ne savais pas que son premier double à l'écran avait été Jean-Pierre CASSEL avant que Jean-Paul BELMONDO ne prenne la relève. Il joue le rôle d'Antoine, un homme entretenu qui s'attribue les largesses que lui dispense Madeleine, sa maîtresse (Micheline PRESLE) pour briller auprès de sa nouvelle conquête, Claire (Jean SEBERG), une amie de Madeleine. Claire lui ment également, se faisant passer pour une femme de diplomate alors qu'elle est l'épouse d'un rat de bibliothèque (Francois PERRIER). En résumé, l'adultère est vécu comme un échappatoire à une vie sans relief, une illusion qui ne résiste pas à la soirée que donne Madeleine pour se venger de la trahison de son amant et de son amie. Claire n'a en effet aucune envie de quitter son mari pour retomber dans la même routine conjugale avec un autre partenaire. Georges (Francois PERRIER) et Antoine sont en effet montrés comme de braves bougres interchangeables et un peu dépassés face au désarroi qui se lit dans les yeux de Claire qui ne sait pas comment combler le vide de sa vie. Ainsi, derrière le vaudeville perce une certaine angoisse existentielle portée également par une Madeleine vieillissante qui se rassure en s'offrant un gigolo volage.

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Buffalo Bill et les Indiens (Buffalo Bill and the Indians, or Sitting Bull's History Lesson)

Publié le par Rosalie210

Robert Altman (1976)

Buffalo Bill et les Indiens (Buffalo Bill and the Indians, or Sitting Bull's History Lesson)

"Buffalo Bill et les indiens" est une satire corrosive de la construction de la légende de la conquête de l'ouest. Le film est sans doute trop long, répétitif, dépourvu d'enjeu narratif mais il pose d'excellentes questions, toujours d'actualité sur le processus par lequel les vainqueurs écrivent l'histoire qui les arrangent. Dans le cas de William Cody alias Buffalo Bill, il s'agit de forger sa propre légende à travers un spectacle créé en 1883 et qui s'est perpétué jusqu'en 2020 à Disneyland Paris. Le film de Robert ALTMAN qui prend le contrepied d'un John FORD ("Entre la vérité et la légende, imprimez la légende") montre un Buffalo Bill grotesque à l'image de son "Wild West Show". Grotesque et indécent puisqu'il s'agit de faire de l'argent sur le dos d'un public ignorant, donc facile à manipuler mais aussi sur les vaincus de l'histoire, les indiens, intégrés au show pour servir de faire-valoir à Buffalo Bill et au général Custer, dépeints en héros. Pour enfoncer le clou, le rôle de Buffalo Bill qui est obsédé par son image est incarné dans un effet miroir par une icône du cinéma américain (Paul NEWMAN). Sauf qu'à l'image de sa perruque, tout est "fake" dans le personnage qui est en réalité un pathétique alcoolique qui fait se pâmer les dames mais s'avère incapable d'en "honorer" une seule. L'aspect ironique du film est aussi souligné par le rôle du narrateur "bonimenteur" qui est incarné par Burt LANCASTER qui avait joué auparavant déjà dans plusieurs westerns remettant en cause l'histoire officielle très manichéenne (gentils blancs contre méchants indiens) tels que "Bronco Apache" (1954) ou "Le Vent de la plaine" (1959).

D'une certaine manière, "Buffalo Bill et les indiens" agit comme une sorte d'antidote à l'effet séducteur du Wild West Show. En révélant les coulisses du spectacle, en faisant se contredire les témoins sur l'origine du nom de Buffalo Bill, en filmant volontairement mal les numéros de façon à n'en faire ressortir que l'aspect factice et ridicule et en faisant du vrai Sitting Bull (lui aussi victime d'une forme de crédulité sur la nature du pouvoir qui détruit son peuple) le grain de sable dans la machine jusqu'à ce qu'il soit remplacé par un fake, il s'agit de déjouer ce qui n'est au fond qu'une entreprise propagandiste sous couvert de divertissement. La place du cinéma est ainsi elle-même interrogée à travers celle du spectacle vivant.

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Star !

Publié le par Rosalie210

Robert Wise (1968)

Star !

"Star !" est la deuxième comédie musicale réalisée par Robert WISE mettant en scène Julie ANDREWS, trois ans après l'énorme succès de "La Melodie du bonheur" (1965). Mais "Star !" fut un échec retentissant. Cette énorme superproduction de la Fox de près de 3 heures destinée à en mettre plein la vue et les oreilles et dont les codes ne semblaient pas avoir beaucoup évolué depuis "Le Magicien d'Oz" (1938) n'était plus en phase avec l'époque, celle de la contre-culture et des premiers films du nouvel Hollywood. A côté "West Side Story" (1960) apparaissait comme un summum de modernité! Outre son côté désuet, "Star !" souffre d'un autre handicap: celui d'être la success story d'une star du music-hall inconnue chez nous, Gertrude Lawrence que Robert WISE n'a pas voulu idéaliser, c'est tout à son honneur mais dont on ne retient au final pas grand-chose si ce n'est son ego surdimensionné. On ne compatit guère à ses petits malheurs tant la dame surjoue en permanence la diva. Seule son amitié indéfectible avec le dramaturge Noël Coward (Daniel MASSEY) lui donne un peu d'humanité mais celui-ci est dépouillé de toute identité propre à cause du puritanisme des studios visant un public familial.

Il n'en reste pas moins que le film offre un spectacle total d'un grand professionnalisme. L'abattage de Julie ANDREWS, artiste complète qui est de tous les plans et se donne sans compter ne peut qu'être saluée. Les premiers pas de son personnage dans le music-hall anglais constitue la meilleure part du film car tous les numéros musicaux, légèrement miteux y sont parasités par une folie burlesque réjouissante (lancers de tomates, destruction du décor, chutes inopinées...) alors que ceux de Broadway sont certes somptueux mais beaucoup plus kitsch et convenus. La reconstitution d'époque est soignée et l'idée de Robert WISE d'alterner entre des images d'actualités d'époque en noir et blanc et format 1 33 et du grand spectacle en couleur et format large est maline, compensant en partie le fait qu'en 30 ans, Gertrude ne vieillit pas d'un iota (elle change juste de coiffure et de style vestimentaire). Enfin, comme dans "Mary Poppins" (1964), Julie ANDREWS brille particulièrement lorsqu'elle est en duo. Blake EDWARDS qui donnera un second souffle à sa carrière saura s'en souvenir pour "Victor Victoria" (1982). Sauf qu'en 1968, Blake EDWARDS avait déjà fait exploser le décor et entrer le mouvement hippie dans "La Party" (1968), donc plus question de passer sous silence l'homosexualité du partenaire dont il fait un pilier de son joyau musical et burlesque.

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Pentagon Papers (The Post)

Publié le par Rosalie210

Steven Spielberg (2017)

Pentagon Papers (The Post)

Lors du ciné-club accompagnant la projection de "West Side Story" (1960) à la Cinémathèque, le remake réalisé par Steven SPIELBERG en 2019 a été évoqué. Frederic BONNAUD qui prétend ne pas l'avoir vu a dit que Steven SPIELBERG aimait bien comprendre de l'intérieur le fonctionnement des films ce que l'on ressent particulièrement bien sur "Ready Player One" (2018) qui nous projette à l'intérieur de "Shining" (1980). Je pense que c'est une démarche assez similaire qui l'a conduit à réaliser "Pentagon Papers" qui se pose en digne héritier de "Les Hommes du President" (1976), même si les faits décrits se déroulent un an avant. Même époque, même journal, un scandale d'État impliquant l'administration américaine, un bras de fer entre le président Nixon et la presse d'investigation. Les similitudes sautent aux yeux et en citant directement le film de Alan J. PAKULA dans les dernières minutes jusqu'à reprendre les mêmes cadrages, Spielberg ne cache pas ce qu'il doit au film de Alan J. PAKULA. Mais il choisit un traitement différent.

Le film de Alan J. PAKULA était contemporain de son sujet, qu'il traitait en quelque sorte "à chaud" en détaillant avec réalisme et souci du détail les méthodes de travail des journalistes d'investigation. Celui de Spielberg, réalisé plus de 40 ans après est une oeuvre historique qui raconte la genèse du Washington Post comme contre-pouvoir en mettant l'accent sur le rôle pionnier du rédacteur en chef, Ben Bradlee (joué par Jason ROBARDS dans le film de Alan J. PAKULA et par Tom HANKS dans celui de Steven SPIELBERG) et surtout sur la prise de risque considérable de la propriétaire du Washington Post, Katharine Graham surnommée "Kay" (jouée par Meryl STREEP). La grande Histoire, écrite par des vainqueurs dont on ne connaît que trop le profil a effacé les femmes comme elle a invisibilisé les minorités. "Pentagon Papers" remet les pendules à l'heure avec le portrait magistral de cette "fille de" et "épouse de", programmée pour remplir un rôle décoratif et cirer les pompes des puissants et que les circonstances vont pousser à prendre les rênes. Le plan où suite à la victoire de la presse à la Cour Suprême, Kay descend l'escalier sous les applaudissements nourris d'un public exclusivement féminin contraste avec le reste du film où elle apparaît systématiquement isolée dans un monde phallocrate qui lui conteste sa place. Kay comme la plupart des femmes a d'ailleurs intégré ce paramètre dans son logiciel et semble toujours douter de sa légitimité. C'est bien entendu tout l'enjeu du film et Spielberg n'hésite pas à mettre dans la bouche de la femme de Ben Bradlee, une ménagère effacée conforme aux standards de l'époque les mots qu'il pense et qui vont ouvrir les yeux à celui-ci: "Kay est à un poste qu'elle ne pensait jamais occuper. Plein de gens pensent qu'elle ne devrait pas l'occuper. Quand on te dit sans cesse que tu n'es pas à la hauteur, que ton opinion compte moins, quand tu es transparente, qu'à leurs yeux, tu n'existes pas, que tu vis ça depuis toujours, c'est dur de ne pas penser que c'est vrai. Alors prendre cette décision, risquer sa fortune et l'entreprise à laquelle elle a consacré sa vie, je trouve ça courageux."

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Fanfan la Tulipe

Publié le par Rosalie210

Christian-Jaque (1951)

Fanfan la Tulipe

J'ai dû voir "Fanfan la tulipe" quand j'étais très jeune mais il ne m'avait guère marquée. En le revoyant, je comprends pourquoi. C'est un film de cape et d'épée mené certes tambour battant mais d'une vacuité totale. Cette frivolité assumée en fait un pur divertissement familial qui dans les années cinquante a permis aux français de s'évader et a contribué à construire à l'étranger l'image de la France comme paradis du libertinage. Pour ma part, la seule chose qui tient aujourd'hui la route dans ce film, c'est le charme des interprètes. Gerard PHILIPE cabotine mais son charisme est indéniable et il donne de sa personne dans les scènes d'action, ouvrant la voie à d'autres "jeunes premiers" français amateurs d'escrime tels que Jean MARAIS, Alain DELON (dans "La Tulipe noire" (1964) du même Christian JAQUE) ou bien sûr, Jean-Paul BELMONDO. Gina LOLLOBRIGIDA est piquante même si la caméra lorgne lourdement sur ses généreux attributs plastiques. Enfin on a droit à une galerie de seconds rôles plaisants à voir. Je pense particulièrement à Noel ROQUEVERT, à Genevieve PAGE dans le rôle de la Pompadour et à Marcel HERRAND, éternel Lacenaire de "Les Enfants du paradis" (1945), ici dans le rôle d'un Louis XV porté comme tous les personnages sur la gaudriole.

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Je veux vivre ! (I Want to Live !)

Publié le par Rosalie210

Robert Wise (1958)

Je veux vivre ! (I Want to Live !)

"Je veux vivre" est un film terrible sur la peine de mort aux USA qui démontre une fois encore le regard critique et humaniste de Robert WISE. Comment a-t-on pu dire qu'il n'y avait pas de liens entre ses films? Je lui trouve d'évidentes affinités avec "Nous avons gagne ce soir" (1948): une "misfit" se débattant au coeur d'un système vicieux l'ayant prise au piège, quelques témoins compatissants et 35 minutes finales d'un suspense insoutenable dans le couloir de la mort confinant à la torture avec l'usage brillant du temps réel. On finit par oublier les casseroles que traîne Barbara Graham, sa vie chaotique (exposée au début du film avec de saisissants cadrages obliques sur fond de musique jazz) et se ficher de savoir ou non si elle est coupable du crime dont on l'accuse (apparemment l'affaire réelle qui a inspirée le récit n'était pas très claire). Après un procès biaisé et malhonnête, la manière dont les institutions américaines jouent avec sa vie en prolongeant son attente est révoltante et on se dit qu'aucun être humain, quoi qu'il ait fait ne mérite un tel traitement. Si Susan HAYWARD en fait trop dans son rôle de femme de mauvaise vie dans le premier tiers du film, son jeu devient de plus en plus dépouillé au fur et à mesure que l'échéance approche. Robert WISE montre les préparatifs de l'exécution avec une précision clinique glaçante. Le tribunal médiatique est présent à l'exécution, lui qui a tout fait pour enfoncer Barbara Graham dans l'opinion publique et influé sur la décision des jurés. Face à tant d'inhumanité et de voyeurisme sordide, le spectateur s'identifie au journaliste Ed Montgomery qui après avoir aboyé avec la meute, défend Barbara presque seul contre tous (le film est basé sur leur correspondance). Un loup solitaire que sa surdité place à l'écart de la foule et de ses pulsions les plus sombres.

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Annie Colère

Publié le par Rosalie210

Blandine Lenoir (2021)

Annie Colère

Les films sur la conquête du droit à l'avortement sont souvent casse-gueule car ils impliquent une reconstitution d'époque, des discours militants, des images d'archives et cela peut devenir très vite ultra pesant. Celui-ci qui se déroule à la veille de l'adoption de la loi Veil s'en sort haut la main en se focalisant sur le parcours émancipateur d'une ouvrière qui au contact du MLAC (mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception créé en 1973) prend confiance en elle et réinvente sa vie. Sans chercher à édulcorer la réalité de l'époque marquée par les ravages que faisaient les avortements clandestins et l'oppression patriarcale incarnée par les institutions, le film qui met l'accent sur l'entraide, le partage horizontal des savoirs, un accompagnement humain des actes médicaux est lumineux. Il évite également soigneusement tout manichéisme primaire. Le mouvement compte une majorité de femmes mais est également soutenu par plusieurs hommes, de jeunes médecins que l'on devine avoir hérité de l'esprit de mai 1968 ou de plus âgés ayant fait une prise de conscience. C'est donc tout un réseau de solidarité qui se forme auquel l'adoption de la loi ne met pas un point final. Avec intelligence, Blandine LENOIR montre qu'une prise en charge plus humaine des femmes dans la médecine obstétrique, d'une meilleure connaissance de son corps et d'une éducation à la sexualité digne de ce nom se pose toujours. Un bel hommage est rendu à Delphine SEYRIG dont on revoit le coup de gueule poussé lors d'un débat sur l'avortement en 1972. Côté interprétation, rien à dire, c'est du bon boulot. Laure CALAMY qui me tape si souvent sur les nerfs est ici parfaitement juste et les autres (Zita HANROT, India HAIR etc.) sont à l'unisson. On remarque également Rosemary STANDLEY issue du groupe Moriarty qui chante pour apaiser les femmes pendant les avortements qui ne sont jamais montrés comme des actes anodins tant ils touchent à l'intime.

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La rose de Versailles (Versailles no Bara)

Publié le par Rosalie210

Ai Yoshimura (2025)

La rose de Versailles (Versailles no Bara)

Comme Silvia Stucchi et son livre-hommage "La Dame au ruban bleu: cinquante années avec Oscar", le studio MAPPA célèbre avec trois ans de retard l'anniversaire du chef d'oeuvre de Riyoko IKEDA en produisant une nouvelle adaptation sous forme d'un long-métrage d'animation d'environ deux heures. Celui-ci est un condensé des 10 volumes du manga s'appuyant également sur les adaptations du Takarazuka, revue théâtrale japonaise 100% féminine produisant des spectacles musicaux. Le film comporte donc de nombreux passages chantés. Il bénéficie également des techniques et des graphismes les plus modernes en terme d'animation. Clairement, ce remake, sorti sur Netflix le 30 avril 2025 cherche à séduire la nouvelle génération. Pourtant il n'arrive pas à la cheville de la deuxième partie de la série de 1979 produite par le studio TMS et réalisée par Osamu DEZAKI qui donnait à l'histoire une profondeur tragique et une esthétique cinématographique avec un travail incroyable sur la lumière et le regard (et ce avec les moyens limités d'une diffusion TV) sans parler de la mise en valeur du graphisme du merveilleux duo Shingo ARAKI/Michi HIMENO. Le numéro 250 d'Animeland qui vient de sortir leur consacre à tous de copieux articles à la hauteur de leurs talents conjugués. Le film du studio MAPPA reste quant à lui à la surface des personnages qui sont édulcorés: il n'y a plus de suicide, plus de mariage forcé, plus de tentative de viol, plus d'infanticides, plus de climat incestueux, plus d'ambiguïté sexuelle, plus de maladie mortelle. La grande Histoire est presque complètement escamotée alors qu'elle est dans le manga et dans la série un ressort essentiel de l'intrigue. Celle-ci, découpée à la hache et dépouillée de sa charge politique et de ses personnages secondaires est réduite aux relations sentimentales et aux fanfreluches. Seuls les questionnements et la révolte d'Oscar, reflet de la personnalité de Riyoko IKEDA donne un peu de substance à un contenu certes soigné mais inoffensif.

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Conclave

Publié le par Rosalie210

Edward Berger (2024)

Conclave

"Conclave" ne m'attirait pas du tout. Je n'avais pas aimé "Habemus Papam" (2011), l'institution me donne plutôt envie de fuir et puis cette réunion en grande pompes et à huis-clos d'hommes puissants désignant le nouveau guide du monde (catholique) ça me rappelle trop "La conference" (2022) même si les objectifs ne sont évidemment pas les mêmes et que la soutane y remplace l'uniforme.

Cependant, les critiques ont été tellement bonnes et soutenues sur la durée que je me suis ravisée, d'autant que l'actualité s'y prête. J'ai bien fait. C'est en effet un excellent film. Pas seulement sur l'aspect thriller, magouilles et intrigues de couloirs. C'est bien mené, prenant, avec un vrai sens du rythme et du rebondissement mais finalement cela n'est guère surprenant. On se doute bien que l'élection du pape fait l'objet d'une "cuisine" interne opaque. Comme tout enjeu politique, il y a des clans, des alliances, des coups bas, des trahisons etc. La mise en scène du rituel de l'élection réglé dans ses moindres détails apporte un intérêt supplémentaire comme les procédures permettant au vote de se tenir à huis-clos, le vote en lui-même, la fameuse fumée noire ou blanche qui annonce au monde qu'un pape n'a pas ou a été élu etc. La magnificence du décor (rien de moins que la chapelle Sixtine) et des costumes ajoute à la solennité du moment.

Le supplément d'âme de Conclave se situe dans les interstices du récit, une marge qui vient bousculer le centre. Telles des ombres, les femmes, bannies du "saint des saints" comme elles le sont du clergé se retrouvent dans le rôle de bonniches à préparer les chambres et la cuisine pour tous ces messieurs. Elles sont invisibles et sans paroles. Il faut voir l'expression fugace qui traverse le visage de soeur Agnès (Isabella ROSSELLINI, quelle actrice!) quand le cardinal Benitez dans son discours pense à remercier les bonnes soeurs d'avoir préparé le repas. C'est aussi cette silhouette qui s'éclipse fugacement, ce plat qui tombe bruyamment au sol comme autant de dissonances qui rappellent leur présence. Au fil du récit, bien qu'étant toujours dans l'ombre, ces soeurs s'infiltrent de façon déterminante dans le déroulement des événements, au fur et à mesure que l'enquête du cardinal Lawrence (Ralph FIENNES, superbe d'ambiguïté) avance sur ses rivaux. Plus le film avance, plus le huis-clos se délite: des informations fuitent, des scellés sont brisés et puis surtout, il y a cette scène-clé belle et terrible dans laquelle la chapelle tremble sur ses bases puis sous l'effet d'une deuxième explosion voit l'une de ses fenêtres brisée, recouvrant de poussière et blessant légèrement les cardinaux comme pour leur rappeler que vouloir surplomber le monde est une chimère. En étant sensible comme je l'ai été à cette deuxième histoire s'inscrivant en arrière-plan de l'autre, la fin m'a paru logique et lumineuse, à l'image de son dernier plan:

"L'homme a ce choix, laisser entrer la lumière ou garder les volets fermés." (Henry Miller)

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Le Jour où la Terre s'arrêta... (The Day the Earth Stood Still)

Publié le par Rosalie210

Robert Wise (1951)

Le Jour où la Terre s'arrêta... (The Day the Earth Stood Still)

Grand film de science-fiction réalisé dans le contexte de la guerre froide mais qui résonne toujours avec notre actualité plus conflictuelle et menaçante que jamais. Le minimalisme des effets spéciaux et des éléments extra-terrestres (formes épurées de couleur claire) sont à saluer car ils ne parasitent pas le propos du film avec des effets kitsch qui auraient mal vieillis. La science-fiction s'efface devant le vrai sujet du film qui est une critique de la société américaine et plus généralement des pays industrialisés utilisant les avancées technologiques pour se détruire mutuellement. Klaatu l'extra-terrestre est un nouveau messie (il se fait appeler "Carpenter" soit le métier du père de Jésus) ayant ce qui manque le plus aux humains, une hauteur de vue lui permettant de regarder avec mépris ceux-ci se perdre dans leurs querelles de puissance "enfantines". Il comprend également qu'il lui faut contourner ceux qui tiennent les rênes du pouvoir pour s'adresser aux catégories ayant le plus de chance d'écouter son message de paix et de changer le monde: femme, enfant, scientifique humaniste (dont les propos résonnent de façon troublante avec les attaques actuelles contre la science). Son bras droit armé, le robot Gort n'agit lui-même que pour neutraliser les armes et la violence. La démonstration de force que Klaatu impose à la terre ne vise pas à étaler sa puissance mais une fois encore, à ramener l'homme à sa juste place face aux forces de l'univers qui le dépassent. Face à eux, Robert WISE met en lumière comme dans "Nous avons gagne ce soir" (1948) grâce notamment à son talent de monteur les pulsions primitives des foules et la stupidité du mâle américain se sentant menacé dans ses privilèges. Le tout est souligné par la musique du grand Bernard HERRMANN qui n'avait pas encore acquis la renommée que lui vaudra sa collaboration avec Alfred HITCHCOCK. Comme le souligne la Cinémathèque qui lui consacre une rétrospective, il y avait bien "une âme dans la machine": autrement dit Robert WISE n'était pas qu'un technicien doué mais manifestait dans ses films une véritable indépendance d'esprit.

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