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Les Noces rouges

Publié le par Rosalie210

Claude Chabrol (1973)

Les Noces rouges

"Les Noces rouges" est une nouvelle peinture acide des moeurs de la bourgeoisie de province, coincée entre les quatre murs de sa mentalité étriquée mais aussi du contexte de l'époque. Contrairement à d'autres personnages d'épouses de notables de l'oeuvre chabrolienne jouées par Stephane AUDRAN, Lucienne n'est pas issue de la bourgeoisie. Elle interprète une mère célibataire issue du peuple qui s'en est sortie en faisant un beau mariage (sur le papier) avec le député-maire (Claude PIEPLU, abject dans ce rôle), la contraception étant alors peu accessible et l'avortement illégal. Pierre, son amant qui est l'adjoint du maire (joué par Michel PICCOLI) est marié à une épouse neurasthénique et bigote (sa chambre est empreinte de religiosité). Bref, on sent bien la chape de plomb qui pèse sur ce couple illicite et leur besoin viscéral de liberté qui s'exprime par une passion physique dévorante. La séquence dans laquelle Pierre Maury prend la voiture pour rejoindre sa maîtresse, quittant la bourgade pour s'enfoncer dans les bois est tout à fait éloquente. Mais il n'en reste pas moins que Lucienne et Pierre ne parviennent jamais vraiment à s'évader de leur cage. Ils se comportent comme de grands ados transgressifs qui chahutent dans les fourrés ou se laissent enfermer dans les monuments patrimoniaux mais ils restent englués dans le système. Amusant d'ailleurs de constater que le désordre qu'ils laissent derrière eux est attribué à des jeunes. Inimaginable pour les notables que ce soit l'oeuvre de personnes respectables. Par conséquent, la seule manière dont Lucienne et Pierre vont envisager de conquérir leur liberté relève d'un archaïsme profond, même si encore une fois, les lois n'étaient pas celles d'aujourd'hui (le divorce par consentement mutuel n'avait pas été encore instauré par exemple) et le poids du regard social dans ces petites communes, écrasant. Comme les autres couples chabroliens, ils vont donc s'enfoncer dans le crime lors de scènes qui rappellent celles de "Juste avant la nuit" (1970) et de "Le Boucher" (1970). La route devient littéralement un piège diabolique crachant les flammes de l'enfer.

Quand j'ai écrit ma critique sur "Juste avant la nuit" (1970), je me demandais comment la jeune génération allait supporter un tel héritage de crimes et de mensonges. Claude CHABROL répond à la question dans ce film au travers du personnage atypique dans sa filmographie de la fille adolescente de Lucienne dont le prénom est ultra-symbolique dans sa filmographie: Hélène. Elle refuse que le dossier soit étouffé, elle veut faire toute la lumière pour délivrer sa mère et elle aussi par la même occasion (mère et fille ont une relation fusionnelle). Le problème, c'est que si sa mère l'aime, lui avouer toute la vérité est au-dessus de ses forces. Hélène l'obtiendra quand même cette vérité mais il y aura un prix terrible à payer.

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