Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Juste une illusion

Publié le par Rosalie210

Eric Toledano et Olivier Nakache (2026)

Juste une illusion

Eric TOLEDANO et Olivier NAKACHE qui avaient déçu avec "Une année difficile" (2022) ne se sont pas loupés cette fois. Ils ont admirablement ressuscité les années 80 qu'ils ont connu en tant qu'adolescents. Dès le générique, on est plongés en pleine tornade funk avec le tube d'Imagination "Just an illusion" et les quelques morceaux longuement cités dans le film sont choisis avec une précision qui évite l'effet "Best Of" gratuit. On entend notamment le magnifique "Holding back the years" des Simply Red, l'incontournable groupe The Cure qui était également au coeur du film de Francois OZON, "Ete 85" (2019), le groupe Téléphone se produisant en concert devant Vincent et sa copine, Anne-Karine et la scène déjà culte de près de deux minutes où la mère jouée par Camille COTTIN danse sur "I'm so excited" des Pointer Sisters. La musique est si "incrustée" dans le film que Eric TOLEDANO et Olivier NAKACHE s'amusent à faire se quereller les deux frères autour de leurs chapelles musicales respectives. D'un côté Arnaud dont le look gothique évoque Robert Smith et qui vanne son petit frère Vincent sur les voix de tête des chanteurs de disco-funk qu'il aime écouter et leurs paroles "Sunshine", "Moonlight". Evidemment toute personne qui a connu cette époque pense aussitôt à Michael JACKSON. Anne-Karine a de son côté un poster de George MICHAEL et lit "Ok magazine". Quant aux parents de Vincent, le père (Louis GARREL) est accro à l'émission radio "La valise de RTL" (avec là encore des enregistrements d'époque) et la mère s'initie à l'informatique avec un poste qui avec les yeux d'aujourd'hui paraît antédiluvien.

Mais si le bain années 80 est aussi réussi, c'est sans doute en raison de l'aspect autobiographique du film qui évoque un rite de passage à l'âge adulte bien connu dans la religion juive, celui de la Bar-Mitzvah. Vincent (Simon BOUBLIL) est un adolescent de 13 ans qui s'interroge sur ses identités multiples: africain (son père d'origine marocaine, sa mère d'origine algérienne), juive et française. D'un côté il y a cette tradition à laquelle il doit se plier et de l'autre, l'appel de la modernité, sous la forme de cette pop-culture mais aussi de ses questions sur la sexualité (hilarantes séquences très Riad SATTOUF autour de "La ruée vers Laure"!) et une petite amie en pleine rébellion contre son milieu bourgeois conservateur. Son grand frère est confronté exactement à la même dualité puisque le jour de la Bar-Mitzvah de son frère, il doit remiser au placard sa panoplie gothique. Ce qui complique (ou facilite, c'est selon) les choses, c'est le désarroi identitaire de leur père. Comme beaucoup d'autres immigrés de cette époque ayant réussi à intégrer la classe moyenne, son ascension s'est fracassée sur le chômage de masse des années 70-80. Il tente en vain de leur cacher sa situation et son désarroi. Mais plutôt que d'en faire un cas social, Toledano et Nakache montrent comment la crise redéfinit la place de chacun au sein de la famille. L'effondrement du patriarcat devient une opportunité pour la mère de sortir de son rôle subalterne de mère au foyer et de secrétaire servant le café à la phallocratie dirigeante en devenant cadre, d'où le "I'm so excited". Pour enfoncer le clou, ils font du père le débiteur d'Arnaud qui vend au marché noir les cassettes des concerts auxquels il a assisté. Ce n'est évidemment pas le même genre de musique mais "Diva" (1980) repose sur la même culture du piratage de la voix live au début des années 80 quand il n'existait pas d'autre support pour la réécouter. Cependant, cette inversion des rôles n'a rien de pathétique, elle instaure une forme de tendre complicité entre le père un peu dépassé et son fils "underground" qui l'aide à tenir debout en lui expliquant comment teindre en noir efficacement un blouson parce qu'il n'a pu acheter avec son budget que la version fille teinte en rose. Si le père ne s'effondre pas, c'est parce qu'il accepte que les autres prennent le relai, sa femme, ses fils et même le concierge (Pierre LOTTIN) qu'il ne cesse de rabrouer mais qui lui sauve la mise lorsqu'il gagne la fameuse valise RTL!

Avec ce film si juste, on entre un peu plus au coeur des secrets d'un duo passé maître dans l'art de la recomposition familiale. 

 

Ce film raconte l'histoire d'une recomposition familiale liée à l'effondrement du rôle patriarcal sous le poids du chômage de masse du milieu des années 80. Pendant que le père (Louis Garrel) essaye de redéfinir sa place dans le trafic (pour reprendre le titre de Cabrel qui l'accompagne à l'ANPE), la mère (Camille Cottin) est "so excited" en dansant sur les Pointers Sisters parce qu'elle saisit les changements technologiques (l'informatisation) comme une opportunité d'émancipation et de valorisation professionnelle. Arnaud, le fils aîné dont le look évoque celui de Robert Smith devient le créancier de son père grâce à son trafic de cassettes pirates enregistrées en concert (l'effet "Diva" de Beineix) et Vincent le plus jeune essaye de coller les morceaux de son identité éclatée entre la pop culture, la découverte de la sexualité façon Riad Sattouf, l'Afrique et la Bar-Mitzvah. La manière organique dont la musique et les autres artefacts sont intégrés au film fait revivre avec un relief incroyable cette époque, celle qui pour moi correspondait au "Gloubiba", le yaourt que mon oreille de 12 ans percevait en écoutant le "Could it be just an illusion" du groupe Imagination. Comme OK magazine, George Michael, The Cure, Simply Red, les personnages de Jean-Michel Folon, la valise de RTL, les jingles de Canal + et de TF1, ils se sont gravés dans ma mémoire comme des madeleines de Proust. J'ai réalisé avec angoisse que notre époque actuelle ne produisait plus rien de matériel, ni d'organique, ni de culture commune. Comment alors pourra-t-on la faire revivre dans 50 ans?

Voir les commentaires

Delon/Melville, la solitude de deux samouraïs

Publié le par Rosalie210

Laurent Galinon (2024)

Delon/Melville, la solitude de deux samouraïs

"Un documentaire bien fait mais qui n’apporte rien de nouveau sur la relation entre le maître du polar et son acteur fétiche." Vraiment? Pour en avoir le coeur net, j'ai continué à lire l'article de Jacques Morice dans Télérama "la solitude, le silence, la nuit, le code de l’honneur, la position de franc-tireur, l’orgueil qui va avec. Il ne manque ici rien d’essentiel de ce qui liait Delon et Melville. L’ex-résistant qui avait rejoint Londres et l’ancien soldat d’Indochine s’admiraient mutuellement, et leur rapport était quasi filial. En dirigeant son acteur fétiche dans deux chefs-d’œuvre, Le Samouraï (1967) et Le Cercle rouge (1970), et un troisième polar, Un flic (1972), le réalisateur au Stetson contribua à façonner leur mythe respectif. Rien ne manque sinon de quoi surprendre un peu." Alors là je me suis dit: Ok, il est complètement passé à côté. Il avait sans doute déjà son article tout prêt dans sa tête et il a dû survoler le documentaire pour le valider vite fait mal fait. Comme quoi il faut toujours se faire sa propre idée.

En effet si le documentaire revient sur tous les aspects évoqués ci-dessus, il va bien plus loin en ouvrant une brèche dans la forteresse qu'était Alain DELON. Littéralement d'ailleurs puisque après avoir écouté le réalisateur lire les sept premières minutes du scénario de "Le Samourai" (1967) dans lesquelles aucune parole n'était prononcée, Alain DELON aurait dit qu'il faisait le film et aurait ensuite montré à Jean-Pierre MELVILLE un sabre qui trônait dans sa chambre. Mais surtout il montre un extrait d'une interview surréaliste où Alain DELON parle de Jean-Pierre MELVILLE, décédé depuis environ un mois, en ces termes " A la vue de ces trois films que nous avons fait ensemble, je crois qu'il s'est produit un effet de saturation entre Jean-Pierre et moi (...) donc je pense qu'il est bon que pour l'un comme pour l'autre il est bon de prendre un certain recul, laisser une période d'écoulement se passer (...) qu'il a besoin de son côté de travailler avec d'autres acteurs, de renouveler sa création et moi-même d'aller travailler ailleurs et je crois que dans quelque temps, peut-être dans quelques mois ou quelques années, (...) je pense que nous nous retrouverons et que nous auront peut-être beaucoup de choses à faire très belles et très importantes pour le spectateur." C'est donc un Alain DELON en état de sidération traumatique après avoir disjoncté que donne à voir le documentaire. Aux antipodes de la statue de glace qu'il a porté à un point de perfection dans "Le Samourai" (1967), les intervenants racontent qu'à l'annonce de la mort de son mentor, il s'est effondré en larmes dans la cage d'escalier où il est resté prostré plusieurs heures. Cela donne donc à réfléchir sur la nature de l'homme et de l'acteur qu'était Alain DELON. La tyrannie qu'exerçait Jean-Pierre MELVILLE sur les acteurs qu'il cherchait à façonner selon ses propres désirs en brisant leur personnalité propre convenait à Alain DELON, sans doute parce qu'il ne savait pas qui il était et qu'il avait besoin du regard d'un autre pour se sentir exister. On comprend mieux alors l'effondrement complet d'un homme privé de sa colonne vertébrale et son besoin pathologique de se raccrocher à l'illusion d'un Jean-Pierre MELVILLE encore en vie. D'autant que ses autres "maîtres", Luchino VISCONTI et Rene CLEMENT sont décédés ou ont pris leur retraite à peu près au même moment. On comprend également mieux la seconde partie de la carrière de Alain DELON qui est passé du rôle d'acteur sculpté par des réalisateurs pygmalions à l'entretien de son propre mythe qu'il a eu besoin d'ériger à sa gloire pour ne pas chavirer (pour reprendre une image "Plein soleil") (1960). Néanmoins il existe un film dans lequel la vulnérabilité de Alain DELON apparaît telle qu'elle se manifeste dans l'entretien sur Melville et ce film, il l'a tourné juste avant sa mort. Il s'agit de "Le Professeur" (1972) de Valerio ZURLINI où il apparaît tel qu'on ne le reverra plus jamais, sinon sous les traits du fils maudit qu'il n'a jamais reconnu, Ari BOULOGNE.

Voir les commentaires

The World of Love (Se-gye-ui ju-in)

Publié le par Rosalie210

Yoon Ga-eun (2026)

The World of Love (Se-gye-ui ju-in)

Premier film de la réalisatrice sud-coréenne YOON Ga-eun à sortir en France, "The World of Love" suit la vie quotidienne d'une lycéenne délurée, Jooin. On a du mal à saisir au début où le film qui enchaîne les tranches de vie veut en venir. Et puis a lieu la scène-pivot qui fait tout basculer, celle de la pétition contre la libération imminente d'un pédophile que Jooin refuse de signer. Sommée de se justifier, elle commence par tenter de faire diversion mais la communauté scolaire est tellement choquée qu'elle se retrouve acculée à dire la vérité, à savoir le fait qu'elle a été victime d'agression sexuelle dans son enfance et qu'elle ne supporte pas que la pétition mentionne le fait qu'on ne s'en remet jamais. Le sens du film s'éclaire alors et notamment les retombées radioactives sur l'entourage de Jooin dont on peinait à comprendre la nature des dysfonctionnements. Par exemple, la scène où Mi-do, l'une de ses amies également ancienne victime fait une crise de nerfs parce que Jooin a invité son copain sans le lui dire. Ou encore la passion du petit frère de Jooin pour la magie, envisagée comme un moyen d'effacer le traumatisme en faisant disparaître l'oncle agresseur. On comprend aussi l'origine de l'alcoolisme et des souffrances abdominales de sa mère qui finit par être opérée d'un ulcère gastrique et pourquoi le père a déserté le foyer en se prétendant lui aussi malade. Ainsi que le paradoxe apparent du comportement de Jooin qui joue les allumeuses avec les garçons mais refuse de passer à l'acte. A cela viennent s'ajouter les répercussions des révélations de Jooin sur son environnement scolaire. Sans surprise, tout le monde lui tourne le dos, par gêne, parce qu'elle n'a pas le profil de la victime "idéale", parce qu'elle a parlé etc. Bref c'est tout un écosystème de l'agression que le film ausculte, jusqu'aux messages de harcèlement que ne cesse de trouve Jooin sur son bureau et qui s'avèrent être en réalité les appels au secours d'une autre victime, jusqu'aux soupçons qui pèsent sur elle suite à la découverte de marques sur le cou d'une petite fille qu'elle aide à garder. Tout cela est montré d'une manière extrêmement pudique, enkysté dans le quotidien le plus banal comme pour montrer le caractère à la fois systémique et terriblement ordinaire des crimes sexuels sur les enfants.

Ce film délicat et sensible comporte quelques scènes très fortes. Celle où Jooin tombe le masque jovial en déversant son chagrin et sa colère sur sa mère à l'intérieur de l'habitacle d'une voiture en train de passer sous un tunnel de lavage m'a fait penser à deux autres scènes de deux autres films utilisant le même dispositif claustrophobique et bruyant comme tempête émotionnelle: le début de "De beaux lendemains" (1997) (qui évoque également le thème de l'inceste) et le cri de Laurence dans "Laurence Anyways" (2011).

Voir les commentaires

Good Luck, Have fun, Don't Die

Publié le par Rosalie210

Gore Verbinski (2026)

Good Luck, Have fun, Don't Die

Il y a de bonnes idées, y compris visuelles dans le dixième film de Gore VERBINSKI, le réalisateur de "Rango" (2010), du remake américain de "Ring" (1997) et de la première trilogie de la saga Pirates des Caraïbes. Le problème, c'est qu'elles ont du mal à s'insérer dans un scénario cohérent, à faire sens et surtout, à conférer de l'humanité aux personnages. On est typiquement dans un film geek, bourré de références diverses et variées ("Matrix" (1998), "Black Mirror" (2011), "Un jour sans fin" (1993), "Ghost in the Shell" (1995), "Terminator" (1984), "Toy Story" (1995) etc.) mais sans aucune âme. L'absence de véritable réflexion sur le sujet, à savoir la vampirisation de la société par l'IA se remarque au fait que le film fait exactement ce qu'il dénonce: il transforme ses personnages en robots, menés par un sociopathe narcissique. Le SDF du futur qui vient recruter une équipe pour débrancher l'IA avant qu'elle ne génère l'apocalypse débite une logorrhée insupportable de prêcheur imperméable au doute tout en prenant en otage les clients d'un diner puis en les menaçant de tout faire exploser s'ils ne viennent pas avec lui. En prime il en humilie certains (c'est censé faire rire). Super éthique de départ! Quant aux "dégâts collatéraux" en cours de route, tout le monde s'en fiche, la mort étant traitée comme une ponctuation comique et puis de toute façon, elle n'a aucune importance, le SDF pouvant tout "rebooter" (c'est sa 117° tentative). Bref comment le film pourrait-il dénoncer quoi que ce soit en se présentant lui-même comme un jeu vidéo rempli de figurines de latex où rien n'a de conséquence? La vérité, c'est que n'est pas son but. Son but est de flatter les jeunes dans le sens du poil, du moins ceux qui recherchent des expériences sensorielles fortes au rythme effréné et des héros badass dont l'attitude est perçue comme un summum de coolitude. Bref c'est du double discours et le film est un parc d'attraction sitôt consommé, sitôt oublié.

Voir les commentaires

Looking for Richard

Publié le par Rosalie210

Al Pacino (1996)

Looking for Richard

Le documentaire que Al PACINO a réalisé sur la pièce de Shakespeare, "Richard III" ne ressemble à aucun autre. C'est un kaléidoscope, une oeuvre fragmentée qui joue sur une palette très riche de dimensions se répondant les unes aux autres. Le point de départ de la réflexion touche à l'histoire personnelle que Al PACINO a développé avec le dramaturge britannique. Dès sa performance dans la saga du Parrain, oeuvre à l'évidente dimension shakespearienne qui se termine rappelons-le sur les marches d'un opéra dans sa troisième partie, il est apparu que Al PACINO possédait le feu sacré indispensable à l'interprétation des grands rôles de son répertoire. Il a d'ailleurs joué Richard III dès 1973. Cependant, comme le montre le documentaire "Al Pacino, Le Bronx et La Fureur" (2021), sa légitimité a été remise en cause par les puristes de l'establishment, choqués qu'un italo-américain originaire du Bronx s'empare de rôles aussi prestigieux. Al PACINO a donc voulu briser le mythe selon lequel seuls les acteurs britanniques avec un accent "Oxford" pouvaient jouer Shakespeare. En choisissant Richard, un personnage physique, manipulateur et un peu "gangster" dans l'âme, Pacino voulait prouver que l'incarnation prime sur la diction parfaite. Afin de montrer que la culture appartient à tout le monde, on le voit descendre dans la rue, interroger les gens sur ce que leur évoque Shakespeare et "désosser" la pièce pour en montrer la substantifique moëlle, une moëlle bien plus compréhensible pour ceux qui vivent au ras du macadam que pour ceux qui trônent en haut des tours d'ivoire.

"Looking for Richard" est donc une arme contre l'apartheid culturel qui multiplie les angles de vue. On a d'une part une analyse des ressorts cachés de la pièce (par exemple la difformité de Richard comme moteur de sa soif de pouvoir et de destruction ou l'hésitation fatale à son éminence grise, le duc de Buckingham lorsqu'il lui ordonne de tuer les princes) nourrie de dialogues avec des érudits mais aussi avec des gens de la rue. De l'autre, des scènes clés de la pièce sont reconstituées où il interprète le rôle-titre avec une bande d'amis-acteurs (Alec BALDWIN, Kevin SPACEY, Winona RYDER). Il montre aussi les coulisses de cette mise en abyme (les répétitions, les réunions, les discussions avec son monteur) et enfin, il fait sortir Shakespeare et Richard III de leur cloche de verre en faisant du premier le spectateur de sa pièce et du second un fantôme venu le hanter. Celui du tyran qui fait le vide autour de lui et finit par s'écrouler sous le poids de son propre néant ("mon royaume pour un cheval") qui résonne terriblement avec notre présent.

Voir les commentaires

Shampoo

Publié le par Rosalie210

Hal Ashby (1975)

Shampoo

"Shampoo" est un film qui traite de la fin de l'ère hippie. Il aurait pu d'ailleurs s'intituler "la fête est finie". Pas seulement par la conclusion en forme de gueule de bois mais aussi par d'autres aspects. La mise en scène joue beaucoup sur une division de l'espace, une sorte de split-screen naturel pour montrer que les jours de la parenthèse enchantée du tourbillon hédoniste permanent que l'on voit au premier plan sont comptés par la victoire électorale de Richard Nixon montrée en temps réel à la télévision au second plan. Traduction: l'utopie du Flower Power est en train de s'effondrer au profit d'un retour à l'ordre et au cynisme. George (Warren BEATTY) qui est la version dégradée du hippie courant sans cesse après le sexe et l'argent se retrouve à la fin tout seul au bord de l'abîme: son style de vie n'a produit que du vide.

Cependant cette fin douce-amère n'empêche pas le film d'être une satire par moments très drôle de la récupération des idéaux du flower power par la bourgeoisie de Berverly Hills. George se comporte en ado attardé qui court trop de lièvres à la fois et finit par n'en attraper aucun. Il court d'ailleurs littéralement tout au long du film, à pied ou en moto, incapable de mener jusqu'au bout la moindre action car à peine commencée, elle est parasitée par une autre, y compris lorsqu'elle est sexuelle ce qui le conduit à l'impuissance. George est emblématique de cette frénésie de l'évitement par lequel il échappe à tout engagement sérieux ce qui le conduit lorsqu'il arrête enfin sa course à contempler le vide sous ses pieds depuis son promontoire de solitude. Là aussi la division de l'espace jouant sur le relief de Los Angeles (le bord du précipice du rêve face à la route du réel en contrebas) est brillante.

Face à lui, les femmes, toutes pourvues d'une libido déchaînée (ce qui n'est pas pour rien dans la drôlerie du film d'autant que les propos tenus sont cash) n'en restent pas moins dépendantes du patriarcat. Elles ne peuvent imaginer leur avenir sans un partenaire masculin riche et puissant. Or George malgré son sex-appeal ravageur ne possède ni l'un ni l'autre. Il a donc pour rival Lester, un homme d'affaires à l'ancienne (Jack WARDEN) marié à Félicia (Lee GRANT) tout en la trompant avec Jackie (Julie CHRISTIE). Une amie de Jackie, Jill (Goldie HAWN) complète le tableau. Lester est le porte-monnaie, l'assurance-vie dont les moeurs arriérées ne décryptent pas le logiciel hippie ce qui aboutit à un décalage savoureux. Le plus désopilant est sans doute sa croyance dans le fait que George est inoffensif parce que pour lui, un coiffeur est forcément gay pendant que ce dernier saute sa femme, sa maîtresse, l'amie de sa maîtresse et même la fille de sa femme, Lorna (Carrie FISHER dans son premier rôle). George l'étalon est en effet le prestataire de services, l'escort-boy ou le gigolo qui ne parvient pas à satisfaire toutes les demandes, courant d'un rendez-vous à l'autre comme un livreur de pizza pendant que l'homme le plus puissant financièrement est en même temps le plus grand cocu de l'histoire du cinéma! Hal ASHBY était vraiment un roi de la satire sociale, montrant le milieu bourgeois comme un cirque des apparences dissimulant une totale vacuité (incarnée par George ou dans "Bienvenue Mister Chance" (1979) par Chance).

Voir les commentaires

L'Effet aquatique

Publié le par Rosalie210

Solveig Anspach (2015)

L'Effet aquatique

Le testament cinématographique de Solveig ANSPACH. "L'effet aquatique" repose sur une recette dont on connaît les ingrédients par coeur, ceux de la comédie romantique. Ils sont amenés avec une fantaisie loufoque qui fait le sel du film. Ca commence par une première partie en forme de libido déchaînée au bord d'un bassin à Montreuil. Les remarques grivoises de la maître-nageuse lubrique avec laquelle est tombé Samir (Samir GUESMI qui a un petit côté Adam SANDLER), alias Olivia COTE (trop sous-exploitée dans le cinéma français) donnent le ton. Puis c'est au tour des frasques du directeur de la piscine (Philippe REBBOT) qui ramène des filles bourrées en pleine nuit au bord de l'eau, attention danger! Mais Samir a un plan A: il veut approcher Agathe (Florence LOIRET-CAILLE) qui est maître-nageuse et dissimule derrière sa petite taille et son physique fluet une dure à cuire plutôt cash. Pour ça, il est prêt à toutes les folies, lui qui n'est pas du genre à s'affirmer, jusqu'à la poursuivre en Islande (le pays d'origine de Solveig ANSPACH). C'est justement ça qui est drôle étant donné sa grande taille, il ne passe pas inaperçu surtout qu'il se fourre toujours dans des situations pas possibles (quand il se fait passer pour l'envoyé de la délégation israélienne, quand il se retrouve dans le vestiaire des femmes qui en Islande se douchent nues etc.) La deuxième partie du film, en Islande donc m'a parue cependant plus foutraque, notamment l'histoire de l'amnésie après électrocution qui ne semble pas très crédible ou de la voyante tombée du ciel qui amène Agathe à accepter ses sentiments.

Voir les commentaires

Typhoon club (Taifu kurabu)

Publié le par Rosalie210

Shinji Somai (1985)

Typhoon club (Taifu kurabu)

Comment souvent quand je découvre des films japonais relativement anciens, je reconnais des influences sur des films ultérieurs que j'ai vu. Ainsi il est probable que Mamoru HOSODA s'est inspiré de "Typhoon club" (1985) pour la scène où ses personnages sont coincés dans un établissement scolaire pris dans la tempête et où la proximité physique agit comme un révélateur chimique. "Typhoon Club" évoque ce moment suspendu où un groupe de lycéens se retrouvent confinés seuls dans leur bahut pendant que l'orage se déchaîne au-dehors. Les règles ultra-rigides qui régissent leur quotidien explosent alors pour laisser place aux pulsions débridées: celles d'Eros et de Thanatos. L'exploration du désir va de pair avec la violence et la mort. Shinji SOMAI alterne ainsi à la manière d'un trouble bipolaire des scènes d'euphorie libératrice dont une évoque furieusement "Lady Chatterley" (2006) lorsque les jeunes dansent nus sous la pluie avec des scènes de déprime existentielle où la mort rôde, tapie dans l'ombre. Avec l'usage répété des plans-séquence, on la voit venir de loin. L'adolescence est particulièrement bien captée par le cinéma japonais, une culture fondée sur l'impermanence. La métamorphose adolescente se synchronise parfaitement avec le cycle des saisons. Ici, elle est représentée par la tempête, ailleurs ce sera par les cerisiers perdant leurs fleurs.

Voir les commentaires

Haut les coeurs !

Publié le par Rosalie210

Solveig Anspach (1999)

Haut les coeurs !

Lorsque j'ai vu pour la première fois ce film à sa sortie au cinéma, j'ignorais qu'il racontait l'expérience de la réalisatrice, Solveig ANSPACH dont c'était le premier film. Seize ans plus tard, c'est d'ailleurs une récidive de son cancer qui l'a emportée à l'âge de 54 ans. Mais "Hauts les coeurs!" m'a marquée parce qu'il fait cohabiter dans un même corps la vie (la grossesse) et la mort (le cancer) et parce que le cri de colère que pousse Emma (Karin VIARD) chez le coiffeur devant un client qui fait l'apologie des méthodes d'accouchement naturel m'est resté en tête: "Et bien moi, je remercie la médecine et j'emmerde la nature". Parce que on a oublié qu'avant la médecine moderne, beaucoup de femmes mouraient en couches et dans le cas d'Emma, elle n'aurait pas pu aller jusqu'au terme de sa grossesse avec une tumeur au sein aussi avancée que la sienne. La colonne vertébrale du film est là, dans ce combat que mène Emma pour donner la vie tout en repoussant la mort à l'aide d'un cancérologue franc mais empathique (Philippe DUCLOS) qui a compris que la grossesse d'Emma était le meilleur antidote qui soit à sa maladie, en dépit des aménagements du traitement que cela demande. Grâce au dialogue qui s'instaure entre lui et sa patiente, on voit comment Emma parvient à décider de son destin et de celui de son enfant, dans les limites du possible. On voit également comment la maladie redéfinit les rapports entre elle et les hommes qui l'entourent. Son compagnon, Simon (Laurent LUCAS) et son frère, Olivier (Julien COTTEREAU) sont peu matures et plutôt du genre à fuir les responsabilités alors qu'Emma a plutôt à l'inverse une personnalité écrasante. Sa maladie oblige Simon qui n'était pas chaud au départ pour avoir un bébé à l'accompagner dans l'épreuve alors que Olivier s'efface pour ne pas peser davantage sur la situation. Un film porté par une belle énergie.

Voir les commentaires

Holy Destructors

Publié le par Rosalie210

Aiste ZEGULYTE (2026)

Holy Destructors

Un documentaire contemplatif à la confluence entre histoire de l'art et microbiologie. Son sujet: la détérioration du patrimoine culturel et les efforts des conservateurs pour le restaurer et le préserver. Grâce au choix d'une image la plupart du temps circulaire, le film épouse la vision de l'oeil humain regardant à travers un microscope. On voit des analyses être effectuées pour détecter les bactéries et les champignons responsables de la destruction des oeuvres. Mais en même temps, ces proliférations par le biais du microscope et filmées en accéléré sont rendues fascinantes et poétiques, comme des forêts ou des toiles d'araignées qui naissent et se nourrissent de la matière même des oeuvres. On voit donc comment le travail de conservation essaye d'arracher les oeuvres au processus naturel de la décomposition. Le film montre ainsi que l'oeuvre, conçue pour survivre à son créateur et projeter sa pensée ou son émotion à travers le temps n'échappe pas aux lois de la biologie à savoir finir dévorée par les microbes parce qu'elle est faite de matière. Seule l'intervention des conservateurs empêche sa disparition définitive mais il s'agit d'une lutte permanente et forcément fragile.

Si la réflexion du documentaire est intéressante à la base, le problème réside dans la répétition du même motif sur 1h25 alors qu'on aurait pu élargir à d'autres questions comme celle des altérations, des choix de réparation ou de la sélectivité des oeuvres à restaurer, fruit de choix budgétaires et donc politiques. A l'image de son visuel de bocal, le film finit par tourner en rond dans son expérience de laboratoire. D'ailleurs, le choix de mettre l'accent sur l'art religieux et la religion chrétienne sans le questionner restreint également la portée du film, comme si seul le patrimoine de l'Eglise (catholique) méritait d'être conservé.

Voir les commentaires