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Le Parfum de la dame en noir

Publié le par Rosalie210

Bruno Podalydès (2005)

Le Parfum de la dame en noir

Le Parfum de la dame en noir  

J'avais bien aimé "Le Mystere de la chambre jaune" (2003) et la rétrospective d'Arte consacrée à Bruno PODALYDES permet de voir la suite "Le parfum de la dame en noir". Par rapport au premier film, je trouve le résultat décevant. Certes, c'est toujours sympa de regarder un hommage à la ligne claire de Hergé. Le portrait de Bruno PODALYDES en capitaine Haddock dans "Le Secret de la Licorne" ne fait pas mystère de ses intentions et on peut relever d'autres hommages comme le sous-marin artisanal. C'est également sympa d'avoir repris le dispositif imaginé par Roman POLANSKI pour "Cul-de-sac" (1966) avec tous les personnages enfermés dans une forteresse maritime façon panier de crabes (aux pinces d'or ^^). Je soupçonne qu'il a également fait des clins d'oeil à d'autres oeuvres populaires telles que celles d'Alexandre Dumas (le cadavre dans le sac jeté à la mer fait penser au Comte de Monte-Cristo, le masque de fer porté par le vrai Robert Darzac à la trilogie des Mousquetaires).

Mais le problème, c'est que cette esthétique et ce dispositif soignés à l'extrême (on sent que chaque détail a été réfléchi, chaque accessoire, chaque assortiment de couleurs) a tendance à transformer les personnages en figurines et à étouffer leurs émotions. Le grand échec du film, c'est son incapacité à nous faire ressentir la relation filiale et tragique entre Rouletabille, Matilde et Larsan. Cela reste à l'état d'une théorie sur papier glacé mais ça ne passe pas la barrière de l'écran. Denis PODALYDES s'agite, Sabine AZEMA regarde au loin et Pierre ARDITI que l'on voit d'ailleurs très peu puisqu'il est masqué la plupart du temps est tout simplement inexistant. Outre la tendance de Bruno PODALYDES à s'enfermer dans une relation narcissique avec ses objets-doudous (qu'il utilise beaucoup mieux quand ils deviennent des antagonistes comme dans "Les 2 Alfred") (2020), il a voulu mettre dans un même film une BD d'aventures, une comédie loufoque et une tragédie. Son film est évidemment bien trop léger pour que cela puisse marcher.

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Wargames

Publié le par Rosalie210

John Badham (1983)

Wargames

Combien d'articles prophétisent aujourd'hui le moment où la machine prendra le dessus sur l'être humain? Et bien cette crainte existait déjà il y a quarante-trois ans. Dans le film prophétique (et culte) de John BADHAM, deux univers présentés en parallèle vont finir par se percuter: celui du teen-movie et celui du thriller paranoïaque sur fond de guerre froide et de menace nucléaire. Ce qui apparaît visionnaire dans le film c'est que "Docteur Folamour" (1964) est remplacé dans la war room par une IA, version moderne du monstre de Frankenstein qui va bien entendu échapper à son créateur et à ses utilisateurs pour s'autonomiser et décider toute seule de lancer une guerre nucléaire en confondant la simulation pour laquelle elle a été programmée et la réalité. Le bug dans la machine, c'est un lycéen geek ultra précoce puisqu'il possède déjà un PC (une machine alors encore rare) connecté à un réseau (qui prendra le nom d'internet quelques mois après la sortie du film) et le savoir-faire d'un hacker. Et on y croit d'autant plus aujourd'hui que cet ado a le visage de Matthew BRODERICK âgé alors de 20 ans que le cinéma a immortalisé quelques années plus tard dans "La Folle journee de Ferris Bueller" (1986) où il déploie une impressionnante palette de bricoleur pour se jouer du système scolaire. Sauf que dans "Wargames", ses talents informatiques pour falsifier les notes afin de séduire la copine du lycée sont très vite mis à l'épreuve dans jeu d'une tout autre envergure. David se retrouve connecté avec Joshua, l'ordinateur qui pilote les opérations militaires d'une armée qu'une introduction a montré sur les dents, prête à dégainer son protocole nucléaire à la moindre alerte et ne supportant pas le facteur humain dans l'équation, cette hésitation à déclencher l'anéantissement de millions de personnes. Une manoeuvre malheureuse à une époque où les questions de cybersécurité ne semblaient pas se poser (visiblement Ronald Reagan aurait pris très au sérieux la menace évoquée dans le film et élaboré dès 1984 la première politique visant à sécuriser les systèmes informatiques), et voilà que David lance une partie qui va s'emballer jusqu'au point de non-retour. Le fait que l'ordinateur ait un nom et pas n'importe lequel, celui du fils disparu de son concepteur, Stephen Falken (John WOOD) renvoie encore une fois à cet imaginaire de la confusion entre la machine et l'humain, de "Pluto" (2023) à "A.I. Intelligence artificielle" (2001). Néanmoins dans "Wargames", les ados sont des humains et ils ont bien raison de craindre pour leur avenir. Mais ils représentent également l'espoir d'un monde plus juste. La machine n'exonère pas de ses responsabilités. Parce qu'il a perdu son fils, Falken est devenu misanthrope et nihiliste. L'irruption des deux ados dans sa vie l'oblige à se réengager dans le futur de l'humanité alors que sortie des fantasmes, la machine s'avère être un simple outil qui peut être modifié par l'apprentissage. David donne une leçon à tout le monde en trouvant la seule solution permettant d'arrêter le compte à rebours fatal de la machine. L' obliger d'abord à jouer contre elle-même au morpion pour lui faire comprendre ce qu'est un jeu à somme nulle. Puis une fois qu'elle a intégré dans son logiciel qu'un jeu peut être dépourvu de vainqueur, l'obliger à tester toutes les combinaisons possibles de son jeu de guerre thermonucléaire afin de lui faire réaliser qu'elle arrive à la même situation de blocage, les adversaires se neutralisant mutuellement. La machine conclut alors que la seule manière de gagner est de ne pas jouer ce qui est exactement la définition de la dissuasion nucléaire.

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Le Rire et le couteau (O Riso e a Faca)

Publié le par Rosalie210

Pedro Pinho (2025)

Le Rire et le couteau (O Riso e a Faca)

La dernière fois que j'ai vu la Guinée-Bissau au cinéma, c'était dans le documentaire "Sans soleil" (1982) de Chris MARKER. "Le Rire et le Couteau" adopte aussi la forme d'un documentaire mais y introduit des éléments de fiction. C'est une oeuvre typiquement décoloniale. Sa durée extrême (3h30), ses scènes étirées mais peu reliées entre elles, la beauté de ses images, la fascination pour les corps beaux, jeunes et queer m'a rappelé "Pacifiction - Tourment sur les iles" (2021). Malgré toutes ses bonnes intentions et quelques bonnes idées telles que la satire des ONG autosatisfaites d'avoir fabriqué des latrines visiblement inadaptées (sans parler de l'infantilisation que cela sous-entend) ou d'autres actions tout aussi hors-sol ou l'expérience du rejet de greffe que vit Sergio de multiples manières (ses brusques accès de fièvre, sa blessure au pied, Diara qui lui ferme la porte etc.), le propos du film se dilue dans sa durée excessive et on sent trop qu'il est calibré pour plaire aux festivaliers. La misère ou l'héritage du colonialisme reste en arrière-plan ou est intellectualisé dans des discussions tandis que la caméra filme goulument au premier plan des corps jeunes et parfaits d'hommes et de femmes s'étreindre dans des scènes chaudes de boîte de nuit puis de sexe particulièrement crues. C'est à peu près la seule chose qui met d'ailleurs le spectateur en émoi car pour le reste, le film ne délivre aucune émotion. Son personnage principal, Sergio, totalement inexpressif et opaque ne suscite guère l'intérêt. Il semble plutôt servir de support au propos du réalisateur qu'avoir une densité intérieure qui lui permettrait d'exister par et pour lui-même. C'est la même chose pour les autres. Contrairement à ce qui est écrit partout, il y a une confusion entre l'intimité à laquelle on n'accède jamais et un voyeurisme consommateur de belles images qui ne fait que déplacer le curseur du colonialisme au lieu de véritablement l'abolir.

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Victor comme tout le monde

Publié le par Rosalie210

Pascal Bonitzer (2026)

Victor comme tout le monde

"Victor comme tout le monde" se prend les pieds dans le tapis dès son titre. Il prétend déconstruire le mythe de Victor Hugo tout en réaffirmant sans cesse la prédominance du grand homme. Par un effet miroir révélateur, le film repose sur Robert, un double contemporain de Victor Hugo qui ne cesse de citer son oeuvre à tout bout de champ et dont on voit de larges extraits de son spectacle théâtral consacré à l'écrivain. Cet ogre littéraire n'a aucun mal à dévorer les trois petits cochons interchangeables que sont les amies de la fille de Robert, définies seulement par leur couleur de cheveux (une brune, une blonde, une rousse). Certes, elles obtiennent leur propre espace scénique contrairement à l'effet de vampirisation incestueux insupportable d'un film comme "La Puritaine" (1986) de Jacques DOILLON mais cette autonomisation est en trompe-l'oeil puisque leur spectacle a pour sujet ou plutôt pour objet trois des femmes de l'écrivain, Adèle, Juliette et Léonie, elles-mêmes vues comme des muses interchangeables. Cette asymétrie du roi soleil autour duquel gravitent des satellites, même critiques (comme la fille de Robert ou la petite boulangère, elles non plus sans grande personnalité) se retrouve bien évidemment dans le choix des interprètes. Fabrice LUCHINI qui joue Robert est lui-même un ogre scénique qui accapare l'espace (comme on peut le voir sur l'affiche) face à de jeunes actrices réduites à écouter son interminable logorrhée. La différence d'âge créé une hiérarchie du savoir et de l'expérience qui n'a pas évolué d'un pouce depuis "La Puritaine" (1986). L'apport de Sophie FILLIERES n'apparaît que dans des détails, par exemple la vivacité de certaines remarques mais il échoue à déjouer le paternalisme d'ensemble.

Au final, le scénario du film apparaît comme une énième célébration de Victor Hugo (qui n'en a pas besoin) et de Fabrice LUCHINI (qui n'en a pas besoin non plus). Le reste s'avère ectoplasmique. Le sauvetage de Lisbeth de la noyade par son père en contraste avec l'échec de Victor Hugo à empêcher celle de Léopoldine est même d'un goût douteux. Rejouer cette histoire tragique dans une comédie sonne faux. Plus grave: non seulement l'archétype de la demoiselle en détresse est réactivé mais Robert réussit là où Victor Hugo a échoué, remplaçant une faille par où son génie a pu s'engouffrer en exercice d'ego boursouflé où le géant est gentrifié par l'entre-soi bourgeois.

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Il faut tuer Birgitt Haas

Publié le par Rosalie210

Laurent Heynemann (1981)

Il faut tuer Birgitt Haas

Par delà quelques ficelles scénaristiques un peu grosses destinées à forcer la relation amoureuse entre Charles-Philippe et Monika/Birgitt, le film de Laurent HEYNEMANN nous fait respirer à pleins poumons l'atmosphère poisseuse d'une sale période, celle des années 70-80. Celle du chômage de masse en France et des années de plomb en RFA si bien retranscrites dans "Moi, Christiane F., 13 ans, droguee, prostituee..." (1980) mais que l'on trouve aussi dans la trilogie de l'errance de Wim WENDERS. Lisa KREUZER est d'ailleurs l'une des actrices phares de cette trilogie. Dans le sillage de la guerre du Vietnam et de mai 1968, la jeunesse allemande se révolte contre celle des parents et de leur attitude supposée passive ou complice avec le troisième Reich. Une partie de cette jeunesse étudiante se radicalise en basculant dans le terrorisme d'extrême-gauche dont plusieurs figures féminines telles que Gudrun Ensslin ou Ulrike Meinhof qui aurait directement inspiré le personnage de Birgitt Haas. A la violence de ces groupes répond la violence de l'appareil d'Etat qui est mise en lumière dans le film. Afin de la rendre sympathique, Birgitt est présentée comme une ancienne terroriste retirée des affaires à qui l'Etat fait porter le chapeau de nouveaux attentats commis en réalité par l'extrême-droite. Les services secrets allemands proposent alors un deal à un groupe du contre-espionnage français: en échange d'un renseignement précieux, ils leur demande d'éliminer Birgitt. L'un des membres du groupe, Colonna (Bernard LE COQ) y voit l'occasion de se débarrasser du mari de sa maitresse, Charles-Philippe Bauman, un loser absolu, chômeur et dépressif en le jetant dans les bras de Birgitt réputée être une croqueuse d'hommes. On remarquera au passage l'image que ces boys club se font de ces femmes. Il suffira ensuite qu'une doublure de Bauman l'assassine pour que cela passe crème. Là aussi, toute une époque revit sous nos yeux, celle de tribunaux peuplés d'hommes absolvant les féminicides requalifiés en "crimes passionnels". Derrière l'histoire inspirée de la fraction armée rouge, c'est donc une machine à broyer les femmes rebelles qui se met en route et le fait que le réalisateur prenne parti pour Birgitt, seule contre tous ou presque est tout à son honneur.

Laurent HEYNEMANN qui a été l'assistant de Bertrand TAVERNIER reforme le duo d'acteurs de "L'Horloger de Saint-Paul" (1973). Philippe NOIRET devient Athanase, le chef du "Hangar", ce groupe de contre-espionnage français chargé d'éliminer Birgitt alors que Jean ROCHEFORT hérite du rôle de Charles-Philippe dont le désespoir mais aussi la candeur et au final la droiture morale déjoue les plans de ceux qui croient le manipuler. Encore que le personnage d'Athanase soit plus complexe que ce que l'on imagine au départ puisqu'il apparaît comme un hommes à la fois empathique et fidèle à des principes. Quant à Charles-Philippe, il impose une autre vision de l'homme que celle des prédateurs qui l'entourent auprès d'une femme forte pour laquelle il ne cache pas son admiration. Vu avec nos yeux d'aujourd'hui, ce couple improbable apparaît sacrément révolutionnaire. A noter, l'apparition d'un acteur que j'aime beaucoup dans le rôle de l'un des anciens compagnons d'armes de Birgitt, Andre WILMS.

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La femme la plus riche du Monde

Publié le par Rosalie210

Thierry Klifa (2025)

La femme la plus riche du Monde

J'avais des a priori sur ce film. On nous a bassinés durant des mois avec Liliane Bettencourt (que tout le monde aura reconnu sous les traits de "Marianne Farrère") et ses problèmes d'ultra riche. Mais finalement, ce n'est pas si mal. Certes, on a du mal à croire à l'abus de faiblesse quand on voit à quel point Isabelle HUPPERT pète la forme dans le rôle de Marianne, au point de faire plus jeune que sa fille (jouée par Marina FOIS dans un rôle à contre-emploi qui lui sied bien). Et il manque des connexions politiques: on parle beaucoup de François Mitterrand mais pas de Sarkozy, sans doute parce qu'il a été blanchi des soupçons d'avoir lui aussi bénéficié du carnet de chèques de la milliardaire. Celui qui en revanche en a bien profité, c'est Pierre-Alain Fantin alias François-Marie Banier, excellement joué par Laurent LAFITTE (qui a reçu un César mérité pour le rôle). L'acteur introduit tant de nuances dans son interprétation qu'il est impossible de le détester tout à fait. On est davantage face à un sale gosse dépourvu de limites que face à une sombre crapule. Même si l'on ne perd jamais de vue que son amitié pour Marianne vaut un milliard d'euros. Le mélange d'argent et de sentiments est un cocktail redoutable et c'est bien l'histoire d'une dépendance mutuelle que raconte le film. D'un côté une femme sclérosée dans son milieu bourgeois ultraconservateur qui connaît une renaissance inespérée entre les mains d'un homme brillant, séducteur et provocateur. De l'autre un homme assoiffé d'argent mais aussi de reconnaissance qui trouve en elle une mécène dévouée. Si le film échoue totalement à nous faire ressentir le déclin de la santé mentale de Marianne, il montre en revanche les dégâts collatéraux de cette emprise sur le reste de la famille. Pierre-Alain appuie sur toutes les failles qui font mal: l'homosexualité suggérée de l'époux de Marianne, Guy (Andre MARCON), le lourd passif de la famille avec l'antisémitisme et le nazisme entre le père Cagoulard et le mari vichysto-résistant (André Bettencourt dans la vraie vie au parcours très proche comme cela est rappelé dans le film de François Mitterrand). Comme l'écrivait Pierre Péan, ce n'est plus "une jeunesse française" mais "une famille française" et ça ne sent pas très bon. Même avec de multiples pirouettes et retournement de vestes comme celui consistant à accueillir dans le conseil d'administration un gendre juif (joué par Mathieu DEMY) pour redorer son blason et tourner la page des années sombres. Le mariage entre Frédérique (Françoise dans la vraie vie), la fille de Marianne et le petit-fils d'un rabbin assassiné à Auschwitz et sa conversion au judaïsme parle d'ailleurs mieux que tous les discours de rupture. Même si la fin nous rappelle que l'exil fiscal (plus si doré maintenant) à Dubai n'est jamais très loin.

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L'Autre (The Other)

Publié le par Rosalie210

Robert Mulligan (1972)

L'Autre (The Other)

Un cauchemar éveillé dans une ambiance bucolique digne de "La petite maison dans la prairie" (belle photographie de Robert SURTEES qui joue à fond du contraste entre la campagne ensoleillée et la noirceur des événements racontés). C'est l'atmosphère de "L'Autre" dont les points communs avec "Du silence et des ombres" (1962), le film le plus connu de Robert MULLIGAN sautent aux yeux tout en étant complètement à l'opposé. Dans les deux cas, le film se place à hauteur d'enfants confrontés à la perte de leur innocence et épouse leur vision fantastique du monde hanté par les fantômes. Mais dans "Du silence et des ombres", le fantôme qui était en réalité un jeune homme reclus s'avérait protecteur face à une menace parfaitement identifiable. Dans "L'Autre", le fantôme que l'on met du temps à identifier comme tel agit comme une entité maléfique sur des êtres vulnérables et son existence relève autant d'un deuil impossible que de la pathologie mentale (on sent l'héritage de "Psychose") (1960). "L'Autre" repose sur un postulat qui préfigure nombre de films de cette époque, celui de l'enfant aux aptitudes paranormales et son atmosphère irréelle a dû inspirer M. Night SHYAMALAN pour "Sixieme sens" (1999). C'est aussi un des grands films sur la gémellité vue comme un trouble schizophrénique (on pense à "Soeurs de sang" (1973) sorti un an après). J'aime beaucoup la mise en scène qui est assez subtile pour nous faire douter de l'existence réelle du second jumeau ainsi que la musique de Jerry GOLDSMITH, aussi évocatrice que le générique de "Du silence et des ombres". "L'Autre" est un film qui après une première partie déjà angoissante bascule à la faveur d'un twist dans l'horreur pure: impossible de regarder du même oeil un sécateur et un tonneau de rhum après son visionnage.

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Alter Ego

Publié le par Rosalie210

Bruno Lavaine et Nicolas Charlet

Alter Ego

Sur le papier, le pitch avait l'air alléchant. Et la BA, très drôle donnait envie. Mais l'enjeu était de savoir si à partir de l'idée loufoque de départ, le reste allait suivre. Le fait est que même si "Alter ego" relève davantage de l'humour grinçant que du vaudeville, il parvient d'une part quand même à trousser quelques scènes poilantes et surtout à nous surprendre. Car non, tout n'est pas révélé dans la bande annonce, loin de là. D'ailleurs dès les premières scènes, sous le comique de situation (les deux sosies dont personne ne remarque la ressemblance sauf Alex) et de caractère (Axel le winner sportif, polyvalent et bête de sexe versus Alex le loser pas fichu de monter correctement une tente) perce un malaise qui ne fait que s'amplifier tout au long du film. Un malaise lié en partie à la montée de la paranoïa chez Alex qui espionne son alter ego avec des jouets d'enfant mais surtout au cadre étouffant de la vie de banlieue. Le double devient la métaphore du conformisme puisque Axel est le miroir d'Alex mais "en mieux" entendez par là qui a mieux réussi: il a des cheveux, un large sourire, une confiance en lui à toute épreuve, une femme mannequin vraisemblablement russe. Il a la même maison de celle d'Alex mais avec une cave contenant des milliers de bouteilles de vin et le même job mais qu'il réorganise à la manière américaine pendant qu'Alex se placardise tout seul. Les réalisateurs maximisent l'effet miroir avec les maisons mitoyennes séparées par une simple haie ou les bureaux qui se font face, sauf que le comportement d'Alex qui part de plus en plus en vrille pour trouver la faille de son alter ego instille un suspense et une tension croissante. La fin que ne renierait pas un Quentin DUPIEUX bascule dans le registre du polar horrifique teinté d'absurde en nous dévoilant les dessous peu reluisants de la vie du beau mâle alpha aux apparences si parfaites. Laurent LAFITTE fait un grand numéro dans son double rôle, parvenant à créer depuis le phrasé jusqu'à la posture corporelle deux personnages si distincts qu'on a du mal à croire nous aussi qu'il s'agit du même acteur. On s'amuse aussi de quelques personnages pas piqués des vers: le collègue un peu benêt d'Alex, Denis (Marc FRAIZE) et la moustache de sa supérieure jouée par Zabou BREITMAN.

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Rue Malaga (Calle Malaga)

Publié le par Rosalie210

Maryam Touzani (2026)

Rue Malaga (Calle Malaga)

"Rue Malaga" est un film très agréable qui jette un regard rayonnant sur la vieillesse, le contraire du naufrage évoqué par Charles de Gaulle. Le point fort du film réside sans aucun doute dans sa sensualité éclatante, portée par une merveilleuse Carmen MAURA qu'on a un immense plaisir à retrouver. Dès les premières images, on ressent le bonheur de Maria de vivre à Tanger, à toucher les textures, à préparer les repas, à respirer l'odeur de ses fleurs, à écouter sa musique sur son vieux tourne-disque et à papoter avec les commerçants du marché qu'elle connaît tous. Par un contraste violent, sa fille bien mal nommée Clara qui revient à Tanger au début du film est complètement indifférente au monde qui l'entoure, comme coupée de ses racines. En un mot elle n'est pas là, trop préoccupée par ses problèmes. Fatiguée, tendue, vraisemblablement dépressive, elle ne pense qu'à ses soucis d'argent et à vendre l'appartement de sa mère (que son défunt père lui a donné) en la mettant devant le fait accompli. Mais le film se détourne rapidement de cette relation mère-fille encombrante pour se concentrer sur la résistance de Maria qui non seulement revient vivre clandestinement dans son ancien appartement mais récupère un à un tous ses meubles en usant du système D et de la solidarité de son voisinage, redécouvrant l'amour et ses plaisirs charnels au passage. Le problème, c'est que ce choix narratif résolument feel good se fait au détriment de la profondeur des personnages, tous survolés mais aussi au détriment de la vraisemblance et de l'originalité. Le film tombe dans un schéma vu mille fois au cinéma, celui du personnage rebelle qui part à l'aventure et Maryam TOUZANI est tellement sous le charme de Carmen MAURA qu'elle en oublie de resserrer l'action, le film souffrant de quelques longueurs. Jamais on ne saura pourquoi le fossé s'est creusé entre mère et fille, celle-ci n'apparaissant que comme une triste peine à jouir face à une mère croquant la vie à pleine dents. C'est forcément réducteur car si les désirs de la mère sont montrés comme légitimes, les besoins de la fille sont eux discrédités, le film prenant parti ouvertement pour Maria alors qu'un minimum de complexité aurait été bienvenu. De même que montrer la vieillesse sous un jour aussi éclatant pour mieux descendre en flammes les EHPAD c'est enfoncer des portes ouvertes. Au moins on a droit à quelque chose de rare au cinéma, l'expression du désir physique chez les seniors et la vision de corps nus âgés.

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Woman and Child (Zan va bache)

Publié le par Rosalie210

Saeed Roustaee (2026)

Woman and Child (Zan va bache)

Avant toute chose, une précision: "Woman and child" a pâti d'un certain bad buzz en raison de son supposé pathos mais le film reste l'oeuvre d'un grand cinéaste qui sait traduire cinématographiquement les enjeux avec brio. Par exemple, un simple échange de regards entre un surveillant et une petite fille apeurée souligné par la caméra suffit pour créer un suspense moral: "est-ce que je suis prêt à briser une enfant innocente pour me venger de sa mère?" Ce suspense autour de la vengeance, on le retrouve à la fin. Là encore, tout est traduit par l'image: un bébé isolé par la caméra, une femme qui rôde dans un coin de l'image et dont on sait qu'elle lui est hostile, les ombres du reste de la famille qui restent à la porte. Le désir de vengeance est au coeur d'un film qui évite cependant tout manichéisme. On pourrait croire que l'histoire est celle d'une femme prise au piège du patriarcat sous toutes ses formes mais c'est plus complexe. Cette femme possède aussi sa part d'ombre et la philosophie du film se rapproche de celle de Jean RENOIR: "chacun a ses raisons". Cette part d'ombre, c'est la lâcheté dont on pressent dès les premières images qu'elle va mener à une catastrophe. Mahnaz veut se remarier mais sans le dire à ses enfants et sans dire à ses beaux-parents qu'elle a des enfants. Et ce alors que l'aîné, Aliyar est un ado rebelle et fragile qui découvre accidentellement que sa mère l'a effacé pour maximiser ses chances sur le marché du mariage. Un cocktail explosif qui se transforme en drame familial aux accents de tragédie grecque. Mahnaz devient une sorte de Médée iranienne qui veut tout brûler autour d'elle, y compris châtier le prétendant qui l'a abandonnée et sa petite soeur qui l'a trahie à travers leur enfant qui porte en plus le même prénom que son fils: Aliyar. L'aveuglement de la haine gagnera t-il sur l'espoir de rédemption? C'est tout l'enjeu du dénouement.

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