Félicité
Christine Pascal (1978)
"Félicité", le premier film réalisé par Christine PASCAL ressemble à une auto-analyse. Il en ressort un film sombre et torturé dans lequel réalité, fantasmes et souvenirs se mélangent allègrement. On ne peut évidemment pas occulter le fait que le film est hanté par le suicide qui a plané sur toute la vie de Christine PASCAL avant qu'elle ne se donne la mort en 1996. Le catalyseur de cette plongée dans les abysses est pourtant d'une grand banalité: une sortie en couple au cinéma durant laquelle Vincent, le petit ami de Félicité propose à l'ouvreuse qu'il semble connaître de prendre un verre après le film. Félicité pète alors les plombs et s'enfuit chez elle pour noyer son chagrin dans l'alcool et une consommation compulsive de tabac. Au cours de cette nuit, elle repense beaucoup au dressage subi enfant (une image la montre littéralement attachée au mur à une laisse comme un chien) et aux traumatismes que ses parents lui ont infligé. Les manchettes et le gant qu'elle devait porter la nuit pour ne pas se gratter, sucer son pouce ou se masturber (thème que l'on retrouve dans le film de Claude MILLER "La Meilleure facon de marcher" (1976) dans lequel elle joue). La vision traumatique du corps nu de son père mourant et avant cela, l'association entre l'acte d'uriner et le sexe masculin. Les propos désobligeants de sa mère sur son corps soi-disant trop gros et ensuite ses tentatives vaines pour la sortir de l'anorexie. Les propos paternalistes et condescendants du médecin qu'elle vient consulter plus tard et qui prend le relai des parents pour maintenir son corps sous contrôle social et l'empêcher de le connaître et de se l'approprier. Les instruments médicaux (en particulier gynécologiques) montrés comme des instruments de torture aux mains là encore de la gent masculine sur un corps de femme dépossédée d'elle-même. Christine PASCAL va jusqu'à rejouer d'une manière glaçante "la belle au bois dormant" dans une chambre d'hôtel où elle se laisse prendre totalement inerte comme une morte dans une mise en scène qui nous renvoie aujourd'hui à Gisèle Pélicot. Le décalage entre l'indifférence de Vincent qui s'est payé une aventure d'un soir et n'a qu'une envie de retour au bercail, dormir et Félicité dont le coeur saigne et qui le presse de questions sur son expérience sexuelle avec sa "rivale" est le clou final dans le cercueil.
Des questions intéressantes donc mais ne nous voilons pas la face: le film est claustrophobique, malaisant, narcissique, impudique et peut laisser rapidement le spectateur au bord du chemin.
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