Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Donnie Brasco

Publié le par Rosalie210

Mike Newell (1997)

Donnie Brasco

J'ai été profondément touchée par ce film et ce, dès le générique de début que j'ai d'ailleurs revu une fois le film terminé parce que début et fin sont étroitement connectés. On voit un homme (Johnny DEPP) à qui on offre une médaille et un chèque devant sa famille mais qui est visiblement ailleurs parce que son esprit est resté en arrière, avec Lefty (Al PACINO). "Donnie Brasco" qui s'inspire d'une histoire vraie raconte l'histoire d'un agent du FBI qui sous une identité d'emprunt, celle d'un receleur de bijoux va infiltrer une famille de la mafia sans se douter qu'il va y perdre son identité. En effet pour mener à bien sa tâche, il entre en contact avec le loser de la bande, Lefty, un affranchi vieillissant, malade et désabusé, condamné aux tâches subalternes qui voit en Donnie le fils brillant qu'il n'a pas eu (son fils à lui est toxicomane). Donnie s'attache à ce père de substitution qui lui offre sa vérité brute sur un plateau là où son milieu professionnel comme familial lui paraît lointain. Le coeur de Donnie bascule sans même s'en rendre compte vers ce père d'adoption qui en un sens lui ressemble (ni l'un ni l'autre ne se sentent vraiment à leur place dans leur propre camp) alors même qu'il est obligé de lui mentir. Il se retrouve donc écartelé entre deux formes de loyauté et deux identités (Donnie Brasco le mafieux et Joe Pistone l'agent du FBI) qu'il ne peut pleinement habiter ce qui est le propre de la tragédie. Il finit par ressembler à une victime de stress post-traumatique qui a été marqué dans sa chair par une expérience de vérité si intense qu'il s'avère incapable de réintégrer le monde "normal" d'autant que son expérience est incommunicable. Comment expliquer à de "bons citoyens" qu'un mafieux peut porter en lui plus d'honnêteté que eux tous réunis? C'est cette vérité-là qui consume de l'intérieur Donnie qui ne se remet pas d'avoir dû trahir son mentor au point d'être désormais incapable d'amour pour les siens. Johnny DEPP joue de nouveau cet inadapté magnifique que l'on avait vu dans "Edward aux mains d'argent" (1990) de Tim BURTON et Al PACINO est une fois de plus exceptionnel, parvenant à traduire l'âme fatiguée de cet homme dans sa posture affaissée, son regard de chien battu et sa démarche alourdie.

Voir les commentaires

Burn After Reading

Publié le par Rosalie210

Joel et Ethan Coen (2007)

Burn After Reading

Point commun entre la CIA et Quedumuscle? Vous le saurez en allant voir "Burn after reading" et son célèbre MacGuffin, un CD contenant les mémoires de Osborne Cox ancien agent de la CIA qui vient de se faire virer pour abus d'alcool (John MALKOVICH). On se fiche de l'intrigue comme d'une guigne car elle ne fait même pas semblant de se prendre au sérieux. L'intérêt du film repose tout entier sur les représentants des service de renseignement américains à qui les frères Coen ont mis un gros nez rouge, la couleur du maillot des coachs sportifs qui récupèrent le CD dans les vestiaires et qui rivalisent de bêtise en croyant qu'il s'agit de données top secrètes. Linda (Frances McDORMAND) a besoin d'un pigeon pour trouver l'argent de ses opérations de chirurgie esthétique. Mais elle est battue dans le domaine de l'idiotie par Chad, l'une des compositions les plus savoureuses de Brad PITT. S'il avait existé une version live des lapins crétins, il aurait été parfait pour tous les jouer (il aurait suffi de dupliquer l'image). On pense à un lapin Duracell sous acide, comme sa prestation mémorable dans "L'Armee des 12 singes" (1995). Les frères Coen organisent un savoureux petit théâtre de l'absurde autour de ce vide cérébral. Quant on pense que Linda sort avec Harry (George CLOONEY) un séducteur et flic paranoïaque compulsif sans jamais percuter qu'il sort aussi avec la femme de Osborne Cox (Tilda SWINTON), soit précisément l'ex-agent qu'elle essaye de faire chanter avec Chad. Finalement, elle aura bien gagné ses opérations, tous frais payés par la CIA qui n'a qu'une idée en tête, mettre la poussière sous le tapis!

Voir les commentaires

Before Midnight

Publié le par Rosalie210

Richard Linklater (2012)

Before Midnight

Ca valait le coup de patienter car ce dernier volet de la trilogie "Before" est aussi le meilleur. Richard LINKLATER travaille sur le temps long ce qui suppose une adhésion fidèle des acteurs au projet. De fait, Ethan HAWKE et Julie DELPY ont infléchi l'écriture du premier film et co-écrit le scénario du deuxième et du troisième film en s'inspirant de leur propre vécu. Malgré la présence d'une scène "signature" de la trilogie en plan-séquence où le duo parle en marchant sur fond de décor de carte postale (cette fois-ci la Grèce), ce n'est plus le dispositif principal du film. Car à 41 ans, la réalité les a rattrapés. La scène d'ouverture à l'aéroport est presque un clin d'oeil ironique au temps "merveilleux" où Jesse pouvait débiter un flot de paroles ininterrompues devant un miroir narcissique qui les "buvaient" et lui renvoyait la pareille. Là il se retrouve face à son fils américain issu d'une première union (évoquée dans le deuxième film) qui ne lui répond que par monosyllabes et qui le contredit. Pour Jesse ce "manque de communication" (c'est à dire cette faille narcissique), est insupportable. Il va alors dégoupiller une bombe à retardement en évoquant devant Céline, devenue sa femme depuis "Before Sunset" (2004) la possibilité de déménager aux USA pour se rapprocher de son fils. Bien que celle-ci sache admirablement dissimuler, cette injonction camouflée en proposition ne passe pas et ressort régulièrement dans les conversations. Céline garde juste les apparences car contrairement aux deux premiers films, ils ne sont pas en tête à tête mais soit en famille avec leurs deux filles, soit avec les amis de Jesse. Et puis a lieu le moment de vérité: une soirée en tête à tête concoctée par les amis de Jesse qui vire au règlement de comptes. Ce qui était jusque là vendu comme une "merveilleuse histoire d'amour romantique" dans les romans de Jesse cède la place à une vérité sociologique amère: celui de l'asymétrie des rôles dans le couple et du pouvoir patriarcal. On découvre Jesse sous son véritable jour, celui d'un manipulateur qui tente de se donner le beau rôle et de rejeter la tension qui règne dans son couple sur sa femme dont il nie les besoins pour mieux la contraindre à partir à Chicago. On comprend alors qu'il n'aime pas sa femme réelle mais la "muse" qui lui a inspiré ses romans: un fantasme qui ne vieillit pas, ne souffre pas, ne se plaint pas et n'a pas d'autonomie. Mais à chacune de ses tentatives pour noyer le poisson soit par la séduction, soit par le chantage affectif, Céline le coupe et lui oppose un non catégorique, défendant son territoire pied à pied. Non, elle ne sacrifiera pas sa carrière, son identité et son équilibre pour restaurer son ego blessé par l'éloignement d'avec son fils. Jesse se retrouve donc face à une fin de non-recevoir et n'a que deux choix possibles: partir sans Céline et leurs enfants pour un rapprochement hypothétique avec Henry (dont la mère assure l'essentiel de la garde) ou rester et admettre qu'il y a des erreurs que l'on ne peut réparer sans en payer le prix. Ainsi au final, le film démontre ce que la plupart des comédies romantiques cherchent à cacher: qu'il n'y a pas d'amour sans justice.

Voir les commentaires

Before Sunset

Publié le par Rosalie210

Richard Linklater (2004)

Before Sunset

Une suite plus intéressante que le premier volet où Vienne était le fond d'écran d'une jeunesse occidentale mondialisée et narcissique adorant s'écouter parler. "Before Sunset" introduit des couacs dans la machine parce que 10 après, l'optimisme béat de l'autosatisfaction se heurte à la désillusion du réel. Pourtant le film commence les deux pieds dans la fiction et l'autocélébration: Jesse vient de publier un livre célébrant la nuit qu'il a vécu avec Céline 9 ans plus tôt. Il a transformé ce moment présenté comme magique en un produit marketing. Mais en même temps, il se trahit: être resté bloqué sur cette séquence montre qu'il ne l'a jamais dépassé et n'a jamais rien vécu d'important depuis. Aussi Céline se matérialise aussitôt sous ses yeux, ils repartent aussitôt en vadrouille comme s'ils ne s'étaient jamais quitté, sauf que les rues de Paris ont remplacé celles de Vienne et qu'ils n'ont que 80 minutes devant eux (la durée du film) avant que Jesse n'aille prendre l'avion. Leur conversation a exactement la même vacuité que dans "Before Sunrise" (1994) et consiste à donner le change en vendant une version valorisante de leur vie. Ecrivain à succès contre militante épanouie, père de famille comblé contre indépendance assumée... le véritable mur du "tout va très bien, Madame la Marquise" jusqu'à ce que Céline craque en s'arrachant à la rue pour un confessionnal motorisé en mode "pourtant il faut, il faut que l'on vous dise" en avouant que sa vie est vide et qu'elle n'en peut plus (de l'attendre), obligeant Jesse à lui avouer à son tour que son mariage est un échec. Rétroactivement, on comprend mieux pourquoi chacun cherche chez son miroir narcissique les signes de l'usure du temps et pourquoi ce miroir finit par se fêler. En effet le décalage entre Jesse et Céline est devenu trop grand. Jesse a en apparence tout réussi et plus grave encore, il a réussi en capitalisant sur leur échec amoureux. Céline tente de faire bonne figure mais elle s'avère en réalité fragile, vulnérable (tant sur le plan privé que professionnel) et lorsqu'elle voit que Jesse n'est pas dupe, elle craque, l'obligeant à révéler la propre vacuité de sa vie pour le ramener à son niveau à elle. Ca s'appelle le nivellement par le bas et ce n'est pas très romantique au final.

Voir les commentaires

Ginza Cosmetics (Ginza kesho)

Publié le par Rosalie210

Mikio Naruse (1951)

Ginza Cosmetics (Ginza kesho)

Un film inédit en France de Mikio NARUSE avec Kinuyo TANAKA dans le rôle d'une hôtesse de bar de Ginza, le "Bel-Ami" (comme le roman de Maupassant lui fait-on remarquer), mère célibataire qui tente d'élever son fils avec l'aide du voisinage tout en épongeant ses dettes. On observe que le film fait écho au néoréalisme italien dans son caractère de tranche de vie centrée sur les soucis du quotidien, par son aspect documentaire lié au tournage en décors naturels au sein des rues de Tokyo et enfin par son centrage sur les plus précaires, ici une femme seule qui travaille en horaires décalés et un enfant plus ou moins livré à lui-même. Le titre fait référence au maquillage que les hôtesses portent pour cacher leur lassitude aux clients, ce qui est une métaphore du contraste entre les apparences d'un quartier animé et la réalité sociale sombre derrière. Yukiko ne cesse durant tout le film d'être confrontée à des hommes déceptifs. A commencer par le père de son fils, un homme marié devenu une épave qui lui réclame de l'argent, une déchéance totale dans ce pays patriarcal. Mais il y a aussi un homme d'affaires plus âgé qui veut acheter ses services sexuels en échange du confort matériel et un provincial plus jeune qui représente ses espoirs romantiques mais finit par lui préférer sa jeune soeur, Kyoko. Yukiko réalise qu'elle est trop âgée pour retrouver l'amour et trop fière pour céder aux avances d'un protecteur. A l'image du client qui chante faux mais qu'elle est obligée d'écouter poliment parce qu'il a payé pour ça, sa vie sera toujours un peu bancale. Il ne lui reste qu'à continuer à travailler et à s'occuper seule de son fils. Lequel représente une ancre affective mais aussi celui qui l'empêche de refaire sa vie. C'est en effet lorsqu'elle est rappelée à ses devoirs de mère qu'elle libère la place que sa jeune soeur peut prendre auprès du prétendant. Une "mécanique de l'entrave" que l'on retrouve dans le récent "Woman and Child" (2025) de Saeed ROUSTAEE.

Voir les commentaires

Les Enfants vont bien

Publié le par Rosalie210

Nathan Ambrosioni (2024)

Les Enfants vont bien

"Les enfants vont bien" est un beau film sur l'abandon, l'adoption et le deuil. Le début et la fin sont particulièrement remarquables. Les plans lourds de sens sur les enfants isolés dans le cadre, en proie au pressentiment de l'abandon de leur mère dont seul le bas du corps est filmé. Puis la décision de vider l'appartement lui aussi laissé à l'abandon comme manifestation de l'acceptation du fait qu'elle ne reviendra plus. Entre les deux, le désarroi de Jeanne (Camille COTTIN) qui voit sa vie bouleversée et ses certitudes ébranlées, qui doit se confronter aux aspects matériels mais aussi psychologiques de la charge que sa soeur lui a laissé en choisissant de disparaître volontairement. Le film évite la facilité: même si l'ex compagne de Jeanne (Monia CHOKRI) accepte d'apporter une aide chaleureuse, ça ne comblera en aucune façon le fossé creusé entre elles par le refus initial de Jeanne d'avoir des enfants. Le film fait par ailleurs une grande place aux enfants eux-mêmes et à leur sensibilité face au vide béant laissé par le départ de leur mère. Tous deux sont remarquablement dirigés, notamment l'aîné, trop grave pour son âge qui teste les liens qui le relient à Jeanne et tente de protéger sa petite soeur tout en étant confronté à un problème d'énurésie qui révèle son stress post-traumatique.

Voir les commentaires

Plus fort que moi (I Swear)

Publié le par Rosalie210

Kirk Jones (2026)

Plus fort que moi (I Swear)

Le syndrome Gilles de la Tourette est le moteur du film de Kirk JONES, inspiré de l'histoire vraie de John Davidson. Le film, scindé en deux parties nous montre comment l'apparition de la maladie alors qu'il est adolescent ravage chaque aspect de sa vie, de l'anéantissement de ses espoirs de footballeur à son renvoi de l'école et à l'éclatement de sa famille avec le départ du père alors que la mère, livrée à elle-même s'avère complètement dépassée et dépressive (Shirley HENDERSON que tout le monde connaît pour son rôle de Mimi geignarde dans la saga Harry Potter). La deuxième partie nous le montre adulte, en proie aux difficultés sociales et à la violence. On ressent le malaise lié au procès d'intention que font les gens à John, incluant ses parents alors que celui-ci est impuissant à contrôler son corps et son cerveau. L'incompréhension de la nature de son comportement, pris pour de la provocation et non comme un désordre neurologique entraîne rejet, isolement et violences. D'une certaine manière, le film tend un miroir peu glorieux à la société. L'ignorance que l'on avait dans les années 80 de ce trouble ne suffit pas à expliquer cette cécité alors qu'une observation attentive montre que les tics du jeune homme sont incontrôlables. C'est à une véritable dictature du regard des autres que l'on assiste et à la façon dont elle écrase John. Heureusement, le film sait aussi utiliser cet handicap comme une source d'humour, notamment lorsque les tics verbaux (la coprolalie) viennent parasiter la vie relationnelle et sociale de John, créant parfois des situations cocasses comme le "Fuck the Queen" inaugural.

Mais pour contrebalancer cet aspect sombre, le film de Kirk JONES va aussi chercher de bons samaritains dont l'amour vis à vis de John est tellement inconditionnel et la patience tellement infinie qu'ils apparaissent peu crédibles. Dottie qui est censé mourir d'un cancer mais dont la maladie s'avère bénigne et Trotter son employeur qui vient le défendre à son procès sont trop beaux pour être vrais. Si la mère de John n'y arrive pas, comment expliquer que ce soit si facile pour des inconnus? Cet artifice de scénario n'enlève cependant rien au talent des deux acteurs qui jouent John, Scott Ellis Watson et Robert ARAMAYO qui parvient à restituer de façon bouleversante le décalage entre les décharges impulsives et grotesques du corps de John et sa douceur intérieure (il a reçu un Bafta bien mérité pour le rôle). On peut également souligner que la restitution documentaire des manifestations de cet handicap dont on saisit parfaitement la nature pulsionnelle et spasmodique permet de sortir de la salle débarrassé de quelques clichés (comme la réduction de celui-ci à un enchaînement de grossièretés).

Voir les commentaires

La Corde au cou (Dead Man's Wire)

Publié le par Rosalie210

Gus Van Sant (2026)

La Corde au cou (Dead Man's Wire)

"La Corde au cou" marque le retour de Gus VAN SANT au cinéma après huit ans d'absence. le film s'inscrit dans la tendance maniériste du réalisateur. S'il ne s'agit pas d'un remake plan par plan comme dans "Psycho" (1998), il est assez clair que "La Corde au cou" dialogue avec un prestigieux modèle, "Un apres-midi de chien" (1975) de Sidney LUMET. Tous deux inspirés d'une histoire vraie, ils racontent l'histoire de desperados qui décident de faire un coup d'éclat sous les yeux des médias. Dans les deux cas on oscille entre huis-clos psychologique entre le forcené et son ou ses otages et show médiatique. Et pour enfoncer le clou, Al PACINO fait une apparition dans le film de Gus VAN SANT dans le rôle du père de l'otage. D'ailleurs si on lit entre les lignes du film, on comprend que celui-ci est fondé sur la réflexivité: Tony se rend au siège de la société qui l'a arnaqué pour prendre en otage le père, l'original mais se retrouve enfermé avec son fils, le décalque, le remake. C'est toute la limite entre le brûlot d'origine qui trouvait un puissant écho dans les lutte sociales de l'époque et cet exercice de style en chambre très soigné mais dont on se demande quelle est la finalité au-delà du fétichisme d'un cinéaste qui s'est un peu piégé tout seul dans une stature de "Peter Pan du cinéma indépendant" aujourd'hui obsolète.

Voir les commentaires

Connemara

Publié le par Rosalie210

Alex Lutz (2025)

Connemara

Voilà un film qui a au moins un mérite, celui de me donner envie de lire le livre qui a l'air autrement plus approfondi que l'approche superficielle et au final vaine que propose Alex LUTZ. Ce qui est au départ une critique féroce du monde du travail aliéné par le management à l'anglo-saxonne se transforme en un prétexte pour filmer des scènes de sexe entre deux acteurs propres sur eux et à la diction parfaite dont on ne croit pas une seconde qu'ils ont grandi dans un milieu provincial et prolétaire. Passe encore pour le personnage de Melanie THIERRY qui a dû effacer son passé pour changer de classe sociale mais celui de Bastien BOUILLON n'est qu'un décalque de celui qu'il interprétait dans "Partir un jour" (2024). Cependant l'un comme l'autre échouent à restituer la vérité de leur personnage. Hélène apparaît juste comme fatiguée et stressée là où son burn out est censé être le déclencheur d'une crise identitaire qui la confronte à la vacuité de sa vie. Christophe est censé incarner la lassitude et l'humiliation de l'ancienne star de hockey du lycée dont la vie étriquée entre un père qui perd la boule (Jacques GAMBLIN) et un fils à problèmes (sans que ceux-ci soient clairement identifiés) n'a pas tenu ses promesses mais on ne voit que l'objet de désir nostalgique qu'il représente pour Hélène. D'ailleurs comme pour Bastien BOUILLON, le personnage de Melanie THIERRY est un décalque de celui qu'elle interprétait dans "Tralala" (2020). Cette absence de travail sur le réel produit au final un film très convenu qui passe à côté de son sujet. La fin transforme un fiasco mutuel en thérapie comportementale pour bourgeoise en crise existentielle. le partenaire n'est qu'un instrument dont on aspire l'énergie et ensuite que l'on jette après usage. Le livre était autrement plus sombre et dérangeant pour son public-cible.

Voir les commentaires

Valeur sentimentale (Affeksjonsverdi)

Publié le par Rosalie210

Joachim Trier (2025)

Valeur sentimentale (Affeksjonsverdi)

Terrifiant: l'idée que je me faisais du film est exactement celle qui s'est concrétisée sous mes yeux lorsque je me suis enfin décidé à le regarder dans l'avion. "Valeur sentimentale" est ce que l'on peut appeler typiquement le film à palme qui coche toutes les cases du cahier des charges cannois:

- L'atmosphère bergmanienne ("Bergman island" (2021), "Winter Sleep" (2014), "Les Meilleures intentions" (1991)).

- La mise en abyme tchékhovienne ("Drive My Car" (2021), "La Petite Lili" (2003), "Sils Maria") (2014)

- L'intellectualisation des sentiments façon Arnaud DESPLECHIN. On souffre mais attention, en déclamant de grands auteurs dans de beaux appartements bourgeois. La haine familiale est une posture décorative, ce n'est plus "je pense donc je suis" mais "je te hais donc j'existe". Nora, la fille aînée (Renate REINSVE) utilise ainsi la haine contre son père comme une justification de ses échecs sentimentaux et de son insupportable égocentrisme. La scène où elle fait une crise avant d'entrer en scène la montre comme une gamine capricieuse qu'il faut tenir à bout de bras pour qu'elle ne fasse pas capoter le spectacle. Personnellement je n'avais qu'une envie, lui mettre un bon coup de pied aux fesses.

- Enfin l'intrigue est tellement cousue de fil blanc qu'on devine la fin dès le début. On sait que Rachel, le personnage de Elle FANNING ne fera pas le poids face à Nora qui en petite princesse gâtée peut cracher à la figure de son metteur en scène de papa sans que pour autant son trône soit menacé. Dans la vie réelle, son manque de professionnalisme aurait sans doute fini par la discréditer, ici elle est glorifiée. C'est un drame bourgeois déguisé en tragédie.

Le seul intérêt que j'ai trouvé à ce film réside dans le personnage de la petite soeur, Agnes (Inga IBSDOTTER LILLEAAS) qui est historienne et cherche à comprendre les raisons du suicide de leur grand-mère, Karin, résistante pendant la seconde guerre mondiale. On voit également un extrait de film réalisé par le père où Agnes alors enfant joue le rôle d'une rescapée de la Shoah. Un extrait qui annonce le rôle mémoriel qu'elle joue au sein de la famille alors que le père veut justement mettre en scène l'histoire de sa mère. L'irruption de la grande histoire donne un peu d'air à un film qui en manque cruellement.

Voir les commentaires