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Articles avec #baudry (antonin) tag

La Bataille De Gaulle: J'écris ton nom

Publié le par Rosalie210

Antonin Baudry (2026)

La Bataille De Gaulle: J'écris ton nom

Une suite aussi savoureuse que le premier volet grâce au cocktail d'humour, d'héroïsme et de tractations géopolitiques percutantes qu'a réussi à concocter Antonin BAUDRY. Une fois encore, c'est la légitimité du général de Gaulle qui est au coeur de ce récit aux accents très contemporains. Dans la lignée de Marc Bloch qui vient tout juste d'entrer au Panthéon, le constat d'une faillite des élites françaises est cinglant. Après l'amiral Darlan dans le premier volet, c'est au tour du général Giraud (Thierry LHERMITTE), lui aussi une figure issue du régime de Vichy d'être élevé au rang d'interlocuteur privilégié par les américains, au détriment de De Gaulle que Roosevelt méprisait. Sans doute parce qu'il était incontrôlable, intransigeant et allié aux communistes. C'est une vision peu glorieuse des américains qui est donnée dans le film mais très lucide: on y voit leurs cyniques calculs consistant à préparer la mise sous tutelle d'une grande partie de l'Europe dont la France (avec notamment l'édition d'une monnaie ne mentionnant pas la République française). La bataille de De Gaulle n'est donc pas seulement contre les allemands et contre le régime de Vichy. C'est une lutte contre l'impérialisme américain pour le maintien de la souveraineté française, un combat qui résonne là aussi avec notre actualité récente (la tentative de main-mise de Trump sur le Groenland). Comme le rappelle De Gaulle, la guerre est affaire de morale et non de puissance brute (ce que la guerre en Ukraine vient nous rappeler tous les jours). C'est pourquoi afin de l'emporter, De Gaulle et ses hommes sont obligés de jouer au "poker menteur" et forcer le destin afin de s'imposer par le fait accompli. C'est encore frappant dans ce second volet qui met l'accent sur deux hommes décisifs, l'un sur le plan militaire et l'autre sur la plan politique. D'une part Philippe de Hautecloque alias le général Leclerc (Niels SCHNEIDER) qui passe outre les ordres de Eisenhower pour libérer Paris menacé de destruction. Avant cela, il s'illustre au Fezzan dans une guérilla "David contre Goliath" ou il joue sa tête et celle de ses hommes avec des moyens dérisoires, entraînant l'intervention in-extrémis de la RAF. Sans cette victoire qui a permis à Leclerc de faire la jonction avec les troupes britanniques à Tripoli, la 2° DB, intégrée aux forces alliées n'aurait jamais vu le jour. De l'autre, Jean Moulin (Felix KYSYL) sur lequel on croit tout connaître. Et bien le film nous apprend que lui aussi a forcé le destin en communiquant sur la création du CNR avant même que la réunion officielle ne l'entérine. C'est le CNR qui a donné à De Gaulle cette légitimité politique que les américains lui refusaient. Jusqu'au bout, De Gaulle est incarné par Simon ABKARIAN avec ce mélange d'humanité et de superbe qui nous le rendent drôle et attachant. La faiblesse de sa position est sans cesse rappelée en contraste total avec son exigence d'être traité en égal des grandes puissances alliées et sa conviction de représenter la France. Malgré leurs déchirements durant la guerre, la réconciliation franco-britannique sous l'arc de Triomphe rappelle que sans Churchill, jamais De Gaulle n'aurait réussi son pari et que l'Europe a une solidarité de destin que l'actualité ne cesse de démontrer.

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La Bataille de Gaulle: L'Âge de fer

Publié le par Rosalie210

Antonin Baudry (2026)

La Bataille de Gaulle: L'Âge de fer

Franchement, j'ai bien aimé cette première partie. Le début est certes trop rapide, le film fait l'impasse sur les déchirements du gouvernement auquel appartenait De Gaulle et rend sa décision de s'enfuir à Londres évidente alors que d'autres versions que j'ai vu soulignent davantage l'aspect insensé du pari en montrant le général réfléchissant devant sa glace à la manière de la "tempête sous un crâne" de Victor Hugo à propos de Jean Valjean. Il y a aussi en parallèle de l'histoire du général celle d'un jeune résistant, Fernand Bonnier de la Chapelle qui a réellement existé puisqu'il a assassiné l'amiral Darlan sur lesquels les américains ont tenté de s'appuyer en Afrique du nord, mais le film en fait une figure presque solitaire et romantique alors qu'il avait été armé (manipulé?) par de puissants commanditaires du réseau de la résistance algéroise.

Cependant, malgré tous ces bémols, le film fonctionne. On le doit beaucoup à son mélange de légèreté, de dignité et d'héroïsme. La légèreté dans un tel contexte est ultra bénéfique, elle neutralise la reconstitution ampoulée et scolaire que l'on pouvait craindre. Antonin BAUDRY qui est l'auteur de la brillante bande dessinée "Quai d'Orsay" portée à l'écran par Bertrand TAVERNIER a le réflexe salutaire de créer une légère distance ironique avec De Gaulle, de le désacraliser, au point de transformer certaines scènes en de purs moments de comédie. On pense au lieu minable dans lequel il tente d'obtenir ses premiers soutiens avec en toile de fond les sons de plomberie vétuste. Le personnage du plombier joué par Karim LEKLOU est d'ailleurs une pure figure burlesque. On pense aussi au moment où il affirme que les moustiques n'attaquent pas De Gaulle alors qu'on le voit dans le plan suivant atteint de paludisme ou encore la scène où pour montrer son désaccord avec Churchill, il casse différents objets dont une chaise alors que l'instant d'après, il salue l'épouse du premier ministre britannique qui le trouve "so charming".

Question héroïsme, on est également servi avec intelligence. Antonin BAUDRY met en valeur le rôle de l'Afrique dans la constitution de la France Libre et de la guerre du désert comme pivot de la seconde guerre mondiale. Il fait de la bataille de Bir-Hakeim, reconstituée avec minutie un moment majeur, celui où la France Libre a prouvé qu'elle était indispensable aux alliés. Benoit MAGIMEL dans le rôle du commandant Pierre Koenig, l'architecte de la bataille de Bir-Hakeim où avec des moyens dérisoires il a réussi à tenir 15 jours face à l'Afrikakorps du général Rommel est particulièrement charismatique. Son unité est à l'image de la France Libre, diverse: des hommes, une femme intrépide qui a conduit la voiture de tête lors de la percée finale sous le feu allemand, des soldats de toutes origines issus pour la plupart de la Légion étrangère. Avoir mis en lumière cet aspect souvent méconnu de la guerre et de la résistance est incontestablement un point fort.

La relation entre Churchill (Simon Russell BEALE) et De Gaulle (Simon ABKARIAN) est également bien développée et très intéressante. Le fait que Churchill soit le premier à croire en De Gaulle, seul contre tous (y compris les membres du consulat français à Londres qui restent fidèles à Pétain) renvoie comme le lui dit justement De Gaulle à l'isolement du Royaume-Uni mais aussi au positionnement de Churchill qui refuse tout compromis avec l'Allemagne. En même temps Churchill est pris en étau par l'attitude de Roosevelt qui ne veut pas entendre parler de De Gaulle qui à ses yeux (comme à ceux de nombre de ministres britanniques) est illégitime. Churchill est à la fois admiratif et profondément exaspéré par l'indocilité de De Gaulle qui conserve une posture de chef d'Etat souverain alors qu'il ne représente au début que lui-même et que techniquement il est privé de tout. Il ressemble à M. Gustave de "The Grand Budapest Hotel" (2014) avec son "air de panache" totalement dérisoire face à la réalité du moment (Antonin Baudry compare d'ailleurs De Gaulle à Don Quichotte). Sauf que son emblème, la croix de Lorraine finit par devenir le repère auquel se rallient tous ceux qui refusent que cette réalité soit une fatalité. Churchill et lui se respectaient et avaient besoin l'un de l'autre car tous deux refusaient la capitulation présentée comme la seule solution raisonnable au profit d'une vision de long terme dictée par une compréhension des structures profondes de la guerre et un principe identique: le refus de la vassalisation de leur pays. Les convictions, lorsqu'elles sont justes s'avèrent comme le suggère l'affiche être les meilleures boussoles morales pour naviguer dans la tempête.

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Quai d'Orsay

Publié le par Rosalie210

Bertrand Tavernier (2013)

Quai d'Orsay

Le beau parleur au tempérament volcanique, les satellites azimutés, l'homme de l'ombre flegmatique et le scribouillard énarque mais novice composent le tableau du personnel du ministère des Affaires Etrangères tel qu'il est brossé dans la première "vraie" comédie de Bertrand Tavernier. Une comédie certes mais qui répond à ses préoccupations de filmer les coulisses de l'histoire en marche, du côté de ceux qui la produisent. La nouveauté réside plus dans le ton que dans le thème. Tavernier a adapté la BD de Blain et Lanzac (alias Antonin Baudry, diplomate et ex-plume de Dominique de Villepin qui s'inspira de son expérience entre 2002 et 2004 au Quai d'Orsay et qui est représenté dans le film par le personnage qu'interprète Raphael Personnaz) et offre une version qui ne manque pas de piquant. De façon assez déconcertante en effet, le film se compose d'un aspect documentaire (il a été tourné dans les lieux même du pouvoir, en France comme à l'étranger et montre d'une façon méticuleuse les coins et recoins de la machine ministérielle, nous en faisant découvrir tous les rouages) tout en y greffant un aspect burlesque (les portes qui claquent et les feuilles qui s'envolent à chaque passage du ministre, les conseillers tous plus farfelus les uns que les autres). Son origine bédéique se retrouve également dans les pseudo-pays imaginaires évoqués tels que l' "Oubanga" ou le "Lousdémistan" qui n'ont rien à envier à la Syldavie et la Bordurie des albums Tintin. Néanmoins tout le monde comprend qu'il s'agit de la période durant laquelle les néoconservateurs américains dirigés par George W Bush décidèrent de faire une guerre préventive contre l'Irak à laquelle s'opposa la France lors du célèbre discours prononcé par Dominique de Villepin à l'ONU en 2003.

Disons-le tout de suite, la prestation de Niels Arestrup dans le rôle du directeur de cabinet Maupas m'a bluffée dans le film et je n'ai pas du tout été étonnée du prix du meilleur acteur dans un second rôle qu'il a reçu aux César. Quand il s'endort au milieu des séances de blablas, quand il fait appel à tout son self-control pour désamorcer une situation étrangère explosive alors qu'il est dérangé toutes les cinq minutes ou quand il doit faire preuve de diplomatie et d'autorité pour orienter les décisions dans le sens qu'il souhaite, il est impressionnant. On découvre ainsi le rôle clé de celui qui tient les rênes du ministère et agit pendant que le ministre fait le show à l'avant-scène. Autrement dit on assiste à une édifiante (et instructive) répartition des rôles. D'un côté le roi de l'éloquence et ses sous-fifres chargés de le conseiller ou de lui (ré)écrire (10 mille fois) ses discours qui se tirent dans les pattes ou lui servent de souffre-douleur (ou plutôt de boules anti-stress). De l'autre le manoeuvrier de l'ombre, celui qui agit dans les coulisses mais laisse à d'autres le soin de monter en première ligne. Car le personnage du ministre (joué par Thierry Lhermitte qui avait déjà été Louis XIV chez Véra Belmont) est une pile électrique qui use son entourage à force d'extravagances et d'exigences mais c'est lui qui s'expose et se prend les coups comme le montre la séquence africaine où il est chahuté par une manifestation anti-française en "Oubanga" alias la Côte d'Ivoire (séquence inspirée d'un épisode réel durant lequel Dominique de Villepin fut bloqué pendant une heure par des manifestants pro-Gbagbo à Abidjan).

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