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Articles avec #cinema belge tag

Jeunes mères (La maison maternelle)

Publié le par Rosalie210

Luc et Jean-Pierre Dardenne (2025)

Jeunes mères (La maison maternelle)

J'ai aimé le dernier né des frères Dardenne. Un film choral tournant autour d'une poignée d'adolescentes enceintes ou ayant accouché récemment prises en charge par une maison maternelle. Les objectifs de cette institution sont énoncés au cours du film: soit aider la jeune mère à garder son enfant, soit lui trouver une famille d'accueil. Bien qu'étant au nombre de cinq au départ, le film expédie très vite l'une des ados, Naïma qui est sur le point de quitter la maison maternelle avec son bébé après avoir trouvé le boulot de ses rêves pour se concentrer sur quatre "cas sociaux" beaucoup plus épineux. Julie, Ariane, Perla et Jessica ont en commun de ne pas avoir de père. Quant à la mère, lorsqu'elle existe, elle est plus un problème qu'une solution. Les carences, les maltraitances sont très profondes et c'est sur cet aspect là qu'appuient le plus les frères Dardenne. Perla par exemple délaisse son bébé parce qu'elle s'accroche comme une désespérée au père délinquant, tout aussi jeune, tout aussi paumé qui n'a aucune envie de construire d'une famille. Perla mendie de l'amour et une situation qu'il est incapable de lui donner. Jessica qui a été abandonnée par sa mère n'arrive pas non plus à investir le bébé et recherche elle aussi désespérément à susciter l'intérêt de cette mère (jouée par India HAIR) qui la rejette. Le cas d'Ariane est différent, elle possède au contraire une mère envahissante mais irresponsable dont les addictions (à l'alcool et aux hommes toxiques) font régner l'insécurité dans la maison. Ariane qui est la seule des jeunes filles dont l'âge est précisé n'a que 15 ans mais apparaît beaucoup plus mature que sa mère qu'elle ne juge pas mais dont elle a du mal à s'extraire pour protéger sa fille (dont elle se soucie, contrairement à Perla et Jessica qui sont dans la négligence). Enfin Julie dont le terrible passé familial est révélé au cours du film est toxicomane et ancienne SDF. Heureusement, elle peut compter sur le père du bébé lui aussi ex-SDF qui est présent et cherche à s'en sortir. On comprend que pour eux, trouver un toit est bien plus qu'une question matérielle. Malgré le fait que le temps dévolu à chacune est compté, on s'intéresse vraiment à ces parcours cabossés qui sont finement caractérisés et aussi aux espoirs de résilience qui finissent par émerger, souvent sous la forme d'un suspense dont les frères Dardenne sont coutumiers. Jessica parviendra-t-elle a établir un contact avec sa mère biologique? Perla pourra-t-elle compter sur le seul membre de sa famille qui lui reste, sa grande soeur? Julie réussira-t-elle à tourner le dos à la drogue? Ariane ira-t-elle jusqu'au bout de son cho

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Deux jours, une nuit

Publié le par Rosalie210

Jean-Pierre et Luc Dardenne (2013)

Deux jours, une nuit

C'est à partir de "Le Gamin au velo" (2010) que j'ai cessé de suivre les films des frères Dardenne, un peu déçue de leur choix d'employer des stars en lieu et place des talents qu'ils ont révélé comme Emilie DEQUENNE, Jeremie RENIER ou mon chouchou, Olivier GOURMET qui fait ici une petite apparition dans le rôle ingrat du contremaître. Et encore, Cecile de FRANCE est belge alors que ce n'est pas le cas de Marion COTILLARD, excellente au demeurant. Mais c'est peut-être le prix à payer pour élargir la portée de leur cinéma engagé. J'ai trouvé qu'il y avait des points communs entre "Deux jours, une nuit" et "La Garconniere" (1960), notamment dans sa critique sociale et le dilemme moral final que doit trancher le personnage face à son patron (en gros choisir entre la réussite sociale ou l'intégrité morale). Mais là où Billy WILDER, juif exilé d'Europe centrale laisse sa culture d'origine subvertir l'idéologie américaine, les frères Dardenne procèdent inversement en convoquant une actrice hollywoodienne (même si d'origine européenne) au coeur de leur cinéma social ancré dans la réalité belge.

Ce n'est en effet pas la seule différence notable avec le film qui les a révélés, "Rosetta" (1999) auquel "Deux jours, une nuit" est souvent comparé. Bien qu'ouvrière, Sandra, le personnage joué par Marion COTILLARD appartient à la classe moyenne avec tous les attributs de "l'American way of life" (maison, voiture, famille) et la mentalité qui va avec: le fait d'avoir quitté le logement social est perçu comme une promotion. C'est peut-être là que "Deux jours, une nuit" touche en plein dans le mille car c'est l'envers de ce rêve qu'ils explorent, l'aliénation qui en résulte. Même avant de savoir qu'elle est licenciée, Sandra est montrée comme fragile, à peine remise d'une dépression (dont les causes ne sont pas expliquées), sortant d'un arrêt-maladie, prompte à se bourrer d'anti-dépresseurs, en difficulté dans son couple, autant de maux propres aux pays occidentaux. La raison officielle qui la pousse à tenter de garder son emploi est liée au remboursement du crédit de la maison. Et les arguments avancés par nombre de ceux qui préfèrent conserver leur prime plutôt que de voter en sa faveur sont du même acabit, avec un vrai "malaise dans la civilisation". Mais tous les travailleurs ne sont pas logés à la même enseigne, les frères Dardenne soulignent plusieurs fractures entre eux, qu'elles soient générationnelles, d'origine ou de statut dans l'entreprise. Autant de différences exploitées par la direction qui a tout intérêt à diviser pour mieux régner. Cette façon de manipuler le personnel pour se défausser de ses responsabilités dans un contexte de mondialisation débridée rappelle le cynisme des nazis qui déléguaient à une police juive dans les ghettos le soin de procéder au tri de leurs propres compatriotes en vue de l'extermination de tous au final. Car le néolibéralisme et le nazisme dont les liens qui ont été remarquablement mis en lumière par le livre de François Emmanuel adapté par Nicolas KLOTZ, "La Question humaine" (2007), notamment le darwinisme social. La phrase finale du livre "je crois qu'il me plaît d'être ainsi relégué aux marges du monde" fait ainsi écho à la phrase de Sandra lorsqu'elle dit qu'elle aimerait être à la place de l'oiseau qui chante. Pour avoir souvent éprouvé ce désir et entendu d'autres personnes l'exprimer sous une forme ou sous une autre (être un chat, un poisson etc.), j'en conclus que si les frères Dardenne n'expliquent pas l'origine de la dépression de Sandra c'est qu'ils espèrent que le spectateur la trouvera par lui-même, dans sa propre vie.

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L'Intérêt d'Adam

Publié le par Rosalie210

Laura Wandel (2025)

L'Intérêt d'Adam

Dès les premières images, j'ai eu l'impression d'être plongée dans un film sous influence: plus précisément celle des frères Luc DARDENNE et Jean-Pierre DARDENNE. Impression confirmée lorsque j'ai vu qu'ils étaient les producteurs du film, Luc DARDENNE ayant également participé à l'élaboration du scénario. Pour être plus précise, j'ai eu l'impression de voir "Rosetta" (1999) entre les quatre murs d'un hôpital pédiatrique. Une Rosetta blonde et beaucoup plus âgée, Lucy, jouée par Lea DRUCKER que la caméra portée suit dans ses déplacements, la filmant la plupart du temps de dos sans la lâcher d'une semelle. De plus le film est un drame social qui nous plonge au coeur de la crise de l'hôpital public avec le même sentiment d'urgence que l'on retrouve dans d'autres films traitant du même sujet (par exemple "La Fracture") (2020) ou de sujets proches ("Polisse") (2011). Entre ses interventions auprès d'un panel de cas sociaux (insomnies causées par la promiscuité d'un logement surpeuplé, avortement transformé en appendicite pour éviter le rejet d'une adolescente par sa famille croyante et traditionnelle, père tentant de s'opposer à un examen effectué sur son fils par une femme etc.), Lucy ne cesse de se heurter à l'épineux problème posé par la mère du petit Adam (Anamaria VARTOLOMEI) hospitalisé à la suite d'une décision de justice pour malnutrition. Le film raconte le refus de cette mère de se plier aux injonctions institutionnelles, celles-ci étant incarnées par des agents (qu'ils soient hospitaliers, sociaux, judiciaires) sans empathie voire prêts à employer la force. Lucy tente de jouer le rôle d'intermédiaire quitte à sortir des clous elle aussi. Le film donne des éléments d'explication sur les raisons de son empathie, néanmoins comme souvent au cinéma on a du mal à croire qu'une professionnelle puisse ainsi se prendre de passion pour une inconnue. Et Anamaria VARTOLOMEI est un peu trop fraîche et pimpante pour le rôle qu'elle joue. Mais la relation complexe et tendue qui se noue entre les deux femmes est assurément l'aspect le plus intéressant du film.

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TKT (T'inquiète)

Publié le par Rosalie210

Solange Cicurel (2025)

TKT (T'inquiète)

Le cyberharcèlement scolaire est devenu un tel fléau de société qu'il envahit la sphère du cinéma et des séries. Ainsi "TKT" peut être vue comme une version belge de "Adolescence" (2025). En prime on y voit Emilie DEQUENNE dans son dernier rôle, celui de la mère d'Emma (Lanna de Palmaert), l'adolescente victime, le père étant joué par Stephane De GROODT. L'histoire est l'enquête du fantôme d'Emma, dans le coma après sa tentative de suicide. Comment en est-elle arrivée là? Déjà par son silence puisque face aux inquiétudes de ses parents, sa seule réponse est "t'inquiètes" (en abrégé, "TKT"). Ensuite par une série d'éléments pourtant futiles séparés les uns des autres (tenues vestimentaires inappropriées, tache sur le pantalon, vengeance du petit copain largué et d'une fille jalouse, agressivité par rapport aux remarques blessantes) qui finissent par former un engrenage qui la transforme en pestiférée.

Néanmoins il y a une différence fondamentale par rapport à "Adolescence". Cette dernière n'avait pas de visée pédagogique et s'est imposée après coup comme d'utilité publique. Alors que "TKT" est moins un film de cinéma qu'une opération de sensibilisation au phénomène du harcèlement conçue spécifiquement pour le milieu scolaire avec un didactisme trop appuyé. Didactisme qui l'emporte sur la mise en scène comme sur la construction des personnages, réduits à être le véhicule du discours. C'est pourquoi selon moi la série britannique de Philip BARANTINI ou encore "Amal, Un esprit libre" (2023) lui sont très supérieurs et peuvent être qualifiés d'oeuvres "coup de poing" ce qui n'est pas le cas de "TKT" même si l'on peut s'émouvoir du sort tragique de l'adolescente.

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La Folie Almayer

Publié le par Rosalie210

Chantal Akerman (2011)

La Folie Almayer

"La Folie Almayer", dernier long-métrage de fiction de Chantal AKERMAN est un incroyable trip hypnotique dans la jungle malaise tout en travellings et plans-séquence. Autrement dit soit on s'ennuie face à la lenteur contemplative des scènes, soit on adhère à la démarche qui s'avère être une invitation au voyage d'une sensorialité fascinante. En effet bien que l'histoire se déroule en Asie du sud-est, entre Malaisie et Indonésie, Nina (Aurora MARION) que l'on voit en gros plan dès le début du film ressemble à une tahitienne sortie d'un tableau de Gauguin. Adaptation du premier roman de Joseph Conrad paru en 1895 transposé dans les années cinquante, l'histoire raconte la déliquescence de la société coloniale dont les derniers rejetons se perdent dans les limbes. Almayer (Stanislas MERHAR) qui vit au bord d'une rivière au milieu de la jungle en quête d'une mine d'or imaginaire dépérit lentement mais sûrement. Sa fille métisse, Nina lui est enlevée sur décision du beau-père d'Almayer (Marc BARBE) pour être éduquée à l'occidentale dans un pensionnat-prison dont elle s'échappe quelques années plus tard. Déchirée entre ses deux cultures, l'occidentale qui lui est présentée comme supérieure mais qui la rejette et l'indigène méprisée par les blancs, elle se fuit perpétuellement. Peut-être cherche-elle également à fuir "la Folie Almayer", ce trou perdu où cohabitent sans se parler son père et sa mère, chacun essayant de se l'approprier. On pense à "Aguirre, la colere de Dieu" (1972) mais également à la plantation coloniale de "Apocalypse Now" (1976), moments suspendus cernés par l'enfer vert où la civilisation occidentale vient se perdre. J'ai également pensé à un film tourné bien après, "Pacifiction - Tourment sur les iles" (2021) en raison notamment de la troublante ressemblance (en dépit d'une différence de corpulence) entre Stanislas MERHAR et Benoit MAGIMEL, l'ambiance exotique, la lenteur, l'insularité (réelle ou imaginaire) d'un occidental vêtu de blanc perdu dans un monde qui n'est pas le sien.

Présentation

La Folie Almayer, Chantal Akerman, 2011

La rétrospective Chantal Akerman sur Arte étant sur le point de disparaître, j'ai regardé le dernier film de la série, "La Folie Almayer", son dernier long-métrage de fiction. J'en suis ressortie profondément troublée en me demandant pourquoi le cinéma de cette réalisatrice lorsqu'il travaille la durée me happe à ce point alors qu'il en révulse d'autres (si je me réfère aux réactions autour de "Jeanne Dielman"). "La Folie Almayer" est pourtant assez voisin de films contemplatifs qui m'avaient barbé, qu'ils soient tournés dans la jungle comme "Oncle Boomee" ou qu'ils confrontent un occidental en voie de déliquescence à un écosystème indigène impénétrable comme "Pacifiction, tourment sur les îles".

"La Folie Almayer", adaptation du roman de Joseph Conrad sur des occidentaux en proie à des chimères dans lesquels ils se perdent (dont un mirage aurifère qui n'est pas sans rappeler "Aguirre, la colère de Dieu", la mélancolie remplaçant la mégalomanie) est aussi une réflexion sur les tourments identitaires des enfants issus des rencontres asymétriques entre colonisateurs et colonisés. Nina qui a été élevée dans un pensionnat-prison religieux tout en étant ostracisée en tant que métisse m'a fait penser à la Mary-Jane du film de Douglas Sirk, "Mirage de la vie". L'enfermement des femmes dans un système aliénant dont elles cherchent à sortir par l'errance est sans doute l'une des raisons qui éveille mon intérêt par rapport aux films à la thématique voisine mais dépourvus de cette sensibilité.

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La Fille inconnue

Publié le par Rosalie210

Jean-Pierre Dardenne et Luc Dardenne (2016)

La Fille inconnue

Quand les frères Dardenne révélaient des talents bruts j'adhérais complètement à leur cinéma. Depuis "Le Gamin au velo" (2010), je suis moins convaincue. Ainsi "La fille inconnue" nous présente un véritable mur de solitude et d'opacité en la personne de Jenny (Adele HAENEL). Médecin dévouée à son métier qu'elle envisage comme un sacerdoce mais hautaine et bardée de certitudes, elle voit sa vie bouleversée par la mort d'une jeune fille à qui elle a refusé d'ouvrir sa porte. C'est le début d'une longue séance d'expiation et d'auto-flagellation. Après s'être dépouillée symboliquement de tous ses biens (ses ambitions carriéristes, son appartement qu'elle quitte pour dormir au cabinet), Jenny s'en va enquêter dans le désert ou plutôt dans la périphérie de la ville sur la mort de la jeune fille à qui elle veut rendre son identité et offrir une sépulture. Une quête plus qu'une enquête (trop molle) qui n'est pas sans rappeler celle de "Le Fils de Saul" (2015) qui m'avait déjà laissé perplexe. Jenny s'impose un véritable chemin de croix jalonné par les confessions qu'elle réussit à recueillir de la part des gens qui ont tous à voir de près ou de loin avec l'inconnue. Jenny finit ainsi par décrocher le graal de la rédemption tout comme ses "ouailles" qui semblent avoir eu une révélation après avoir vu le visage de la jeune femme prise par une caméra de surveillance peu de temps avant sa mort. Mais tout cela apparaît bien abstrait. Jenny est un personnage complètement vide, sans passé, sans attaches, sans intériorité et sans mystère dont la dureté puis les émotions compassionnelles semblent bien artificielles. Il en va de même des autres dont la conversion brutale manque tout autant de crédibilité.

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Pas son genre

Publié le par Rosalie210

Lucas Belvaux (2014)

Pas son genre

Je suis loin de connaître la totalité de la filmographie de Emilie DEQUENNE, néanmoins pour ce que j'en ai vu, ce sont les belges qui ont su le mieux mettre en valeur son talent alors que le cinéma français l'a souvent sous-exploitée. Ainsi dans "Pas son genre", elle vole la vedette à son partenaire, Loic CORBERY et rayonne comme un soleil au point de faire émerger un autre thème que celui qui est présenté comme étant au coeur du film. Alors oui, bien sûr que "Pas son genre" raconte un impossible dépassement de différence de milieu socio-culturel à la manière d'autres films ayant traité le même sujet de façon plus ou moins subtile ("Le Gout des autres" (1999), "La Vie d'Adele - chapitre 1 et 2 -" (2013) etc.) Par-delà la différence de goûts, de références, d'activités qui n'est pas insurmontable (pas besoin d'être fusionnel pour former un couple viable) c'est le mépris de classe qui est le plus dévastateur. Rien de tel que le test de la rencontre inopinée entre le couple naissant et les amis de celui qui en constitue le membre le plus aisé pour s'en rendre compte: dans "Pas son genre" (2014) comme dans "Minnie and Moskowitz" (1971) ou "Les Amants du Capricorne" (1949), le plus défavorisé se retrouve brutalement éclipsé par une complicité de classe dont il est exclu, son partenaire, confus et honteux préférant l'ignorer. Une violence qui se traduit tellement bien sur le visage de Emilie DEQUENNE (dans une scène de carnaval qui n'a pas dû être choisie au hasard) qu'elle n'a pas besoin de l'exprimer par les mots. Et qui laisse la fin, celle où elle s'efface pour de bon du paysage ouverte à l'interprétation. Car comme je le disais plus haut, un autre thème émerge dans le film, celui qui questionne l'épanouissement dans le couple. Le personnage de Clément nous est présenté en amont de sa rencontre avec Jennifer comme un intellectuel de la rive gauche (ajoutant le parisianisme mondain considérant la province comme un exil punitif aux autres attributs de son appartenance bourgeoise) mais aussi comme un infirme émotionnel et relationnel. Un misanthrope froid, distant, taciturne, refusant de s'engager et de fonder une famille. A l'opposé, Jennifer, solaire et énergique est l'incarnation de la joie de vivre. Elle ne dégage que des ondes positives, que ce soit avec son fils, avec ses amis ou avec ses clients. Sa rencontre avec Clément agit comme un éteignoir. On la voit le porter à bout de bras, déployer de l'affection, de la tendresse pour deux (comme dans la scène du karaoké) mais à un moment donné, le manque de réciprocité la vide de son énergie d'autant qu'elle est suffisamment lucide pour comprendre qu'elle n'est pour Clément qu'un bouche-trou et que leur romance est surtout physique. Seulement voilà, elle a été façonnée par le mythe du prince charmant* comme l'ont été des générations de femmes avant elle et comme le sont encore trop de jeunes filles aujourd'hui, la rencontre amoureuse étant "vendue" comme l'horizon incontournable de l'accomplissement de soi. Ainsi, sous couvert d'analyse sociologique, c'est également à une analyse des rapports genrés aux résonances bien actuelles que se livre ce film d'une grande richesse et aussi d'une grande justesse. En disparaissant, Jennifer échappe à toutes les formes de domination que Clément, consciemment ou non lui impose et donc à son propre conditionnement de femme soumise, passive, ayant intériorisé son infériorité, si bien analysé dans le livre poignant de Christine ANGOT, "Un amour impossible" (2018). Ainsi contrairement aux apparences, le film de Lucas BELVAUX dépeint une émancipation féminine, bien aidé par une Emilie DEQUENNE impériale.

* Mythe analysé notamment par le sociologue Jean-Claude Kaufman dans son livre "La femme seule et le prince charmant".

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Les Rendez-vous d'Anna

Publié le par Rosalie210

Chantal Akerman (1978)

Les Rendez-vous d'Anna

L'errance n'est pas du tout incompatible avec l'enfermement comme j'ai essayé récemment de le démontrer lors d'un colloque à propos du cinéma de Wim WENDERS. Et cela est également valable pour Chantal AKERMAN. D'ailleurs, j'ai lu récemment un commentaire qui rapprochait "Jeanne Dielman 23, Quai du Commerce 1080, Bruxelles" (1975) de "Perfect Days" (2022) et sa solitude faite de trajectoire en boucle et de moments routiniers. Et bien ce rapprochement, on peut également le faire entre "Paris, Texas" (1984) ou la trilogie de l'errance et "Les Rendez-vous d'Anna" (1978). Le road/rail movie ponctué de rencontres ne sert en effet qu'à renvoyer le/la protagoniste à sa solitude intrinsèque. Le trajet d'Anna (que l'on devine être le double de la réalisatrice) de Essen à Paris via Cologne et Bruxelles s'effectue dans une atmosphère grise et morne. Les espaces traversés sont froids, impersonnels, désolés. Le contact avec les autres est fondamentalement déceptif. Lorsque Anna se retrouve prise dans la foule, elle a le plus grand mal à s'en extraire comme si celle-ci était un élément hostile qui l'oppressait. Mais les tête à tête ne sont pas plus chaleureux. Aux deux extrémités de son voyage, Anna tente de passer la nuit avec un homme dans une chambre d'hôtel. Un blond, rencontre d'un soir qui tente de la convaincre d'entrer dans sa vie (Helmut GRIEM) mais qu'elle repousse et un brun, amant parisien (Jean-Pierre CASSEL) qui pris de fièvre se refuse à elle. Même quand Anna retrouve sa propre mère ou la mère d'un ancien compagnon, c'est sur un quai de gare ou dans une chambre d'hôtel comme si elles n'avaient nulle part ailleurs où aller. Ce refus d'intimité fait écho à l'opacité d'Anna (Aurore CLEMENT) qui semble traverser le film comme absente à elle-même. Cependant au fil des discours qui se tissent entre Anna et ses divers interlocuteurs, on comprend peu à peu que ce bouclier sert à se protéger des injonctions au mariage et à la maternité qui étaient bien plus puissantes en 1978 qu'aujourd'hui, de même qu'être une femme cinéaste c'était être un OVNI. Mais surtout, au détour d'une confession faite à sa mère, on comprend que Anna a éprouvé un bouleversement à la suite d'une rencontre avec une femme qu'elle cherche sans succès à joindre depuis le début du film, le téléphone et le répondeur devenant des machines à spleen. En résumé "Les rendez-vous d'Anna" dresse le portrait d'une femme qui ne parvient pas à trouver sa place dans un monde conformiste qui les assigne encore largement à des rôles d'épouse et de mère au foyer. Est-ce un hasard si l'une des autres rares femmes cinéastes de cette époque, Agnes VARDA a également dépeint quelques années plus tard une errance féminine remplie d'insatisfaction à travers "Sans toit ni loi" (1985)?

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Je, tu, il, elle

Publié le par Rosalie210

Chantal Akerman (1974)

Je, tu, il, elle

"Je tu il elle" est le premier film de Chantal AKERMAN réalisé juste avant "Jeanne Dielman 23, Quai du Commerce 1080, Bruxelles" (1975). Je le précise parce que les liens entre les deux films sautent aux yeux: les longs plans fixes, la solitude et l'enfermement dans un appartement, la routine des gestes filmés en temps réel, la centralité marginale à l'époque d'une femme dont on entend les pensées, dont on voit se matérialiser les désirs de façon radicale. Une radicalité qui se marie avec une mise en scène travaillée. "Je tu il elle" se décompose en trois parties bien distinctes. Dans la première ("je tu"), on voit une jeune femme (Chantal AKERMAN elle-même alors âgée de 24 ans) essayer d'écrire une lettre après une rupture amoureuse dans une pièce qu'elle dépouille de ses meubles avant de se mettre à nu. Une façon imagée de "faire le vide". L'aspect expérimental (que l'on retrouvera sur "Jeanne Dielman") passe notamment par un décalage entre l'image et la narration: soit elle annonce que que nous allons voir, soit c'est l'inverse ce qui m'a fait penser au court-métrage de Jean EUSTACHE, "Les Photos d'Alix" (1980) dans lequel image et commentaires finissaient par se désynchroniser. Elle travaille le temps de la même façon que dans "Jeanne Dielman" avec beaucoup de répétitions obsessionnelles qui fait ressentir que cette claustration dure plusieurs semaines. Dans la deuxième partie ("il") qui est une transition, Julie a renoncé à écrire au profit de l'action directe. Elle s'échappe de la cellule et le film se transforme alors en road-movie sous influence américaine avec l'apparition d'un Marlon BRANDO français: Niels ARESTRUP alors âgé de 25 ans! Il joue en effet le rôle d'un camionneur qui prend Julie en stop. Mais la relation s'avère être elle aussi pleine de vide quand elle n'est pas à sens unique: masturbation et confidences crues aussi gênantes que désespérantes à la fois sur la vie de couple et de famille. Enfin dans la troisième partie (elle"), Julie retrouve l'amie à qui elle essayait d'écrire au début du film et les deux femmes se livrent à une longue étreinte rageuse et intense de quinze minutes filmée comme une chorégraphie ou une installation. Cette scène d'homosexualité féminine avait valu au film une interdiction aux moins de 18 ans à sa sortie et fait figure de manifeste pionnier, près de 40 ans avant "La Vie d'Adele - chapitre 1 et 2 -" (2013). Au final, "Je tu il elle" ressemble à la confession en images d'une jeune fille (Chantal AKERMAN) qui se heurte davantage à l'autre qu'elle n'entre en contact avec lui.

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Golden Eighties

Publié le par Rosalie210

Chantal Akerman (1986)

Golden Eighties

Très chouette, cette comédie musicale bariolée, énergique et colorée de Chantal Akerman, panaché de pop culture des années 80 et de nouvelle vague des années 60 qui annonce "Vénus Beauté institut" (qui s'en est inspiré de façon évidente). Côté années 80, les couleurs, les looks, les styles musicaux m'ont fait penser à la couverture de l'album de Lio "Pop Model" sorti la même année et que j'avais reçu pour mon anniversaire. Lio justement joue dans le film mais paradoxalement, ne chante pas. Côté nouvelle vague, deux références sautent aux yeux. Les comédies musicales aux couleurs pimpantes de Jacques Demy mettant en scène des commerçants derrière les vitres de leurs magasins sauf que années 80 oblige, ceux-ci travaillent désormais dans une galerie commerciale de studio qui fait penser à un décor de sitcom (surtout lors des scènes du bar tenu par Myriam Boyer). Je me demande même si le générique n'est pas une citation de celui de "Les parapluies de Cherbourg" avec une chorégraphie de jambes traversant le sol de la galerie en diagonale. Sans parler de l'un des personnages dont le coeur balance entre la jeune fille en fleurs un peu sage (Lio à contre-emploi comme une Audrey Tautou avant la lettre) et l'incendiaire femme fatale du salon de coiffure (Fanny Cottençon). Et "Baisers volés" de François Truffaut avec Delphine Seyrig dans le rôle d'une vendeuse de vêtements et de chaussures qui fait furieusement penser à Fabienne Tabard. Mais une Fabienne Tabard avec vingt ans de plus, mélancolique, fatiguée et marquée (son personnage est une ancienne déportée) mais prête à s'enflammer de nouveau pour un ancien amour auquel elle a renoncé pour un mariage "raisonnable" avec M. Schwartz (Charles Denner dont c'était le dernier film apparaît lui aussi bien fatigué). Elle apporte un peu de profondeur à un film qui sinon apparaît comme une bulle de légèreté avec ses marivaudages incessants commentés par un choeur de shampouineuses cancanières sur un air irrésistible (on oubliera en revanche leurs équivalents masculins, totalement ridicules). Belles idées de mise en scène utilisant les bacs à shampoings et les cabines d'essayage et une fin qui symboliquement s'échappe de son décor factice pour entrer dans le monde réel lorsque l'une de ces vies semble enfin sortir du carcan imposé pour s'accorder avec son désir.  

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