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Articles avec #cinema portugais tag

Un film parlé (Um filme falado)

Publié le par Rosalie210

Manoel de Oliveira (2002)

Un film parlé (Um filme falado)

"Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.

Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d’empires coulés à pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins ; descendus au fond inexplorable des siècles avec leurs dieux et leurs lois, leurs académies et leurs sciences pures et appliquées, avec leurs grammaires, leurs dictionnaires, leurs classiques, leurs romantiques et leurs symbolistes, leurs critiques et les critiques de leurs critiques (...)

Élam, Ninive, Babylone étaient de beaux noms vagues, et la ruine totale de ces mondes avait aussi peu de signification pour nous que leur existence même. Mais France, Angleterre, Russie... ce seraient aussi de beaux noms. Lusitania aussi est un beau nom. Et nous voyons maintenant que l’abîme de l’histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu’une civilisation a la même fragilité qu’une vie."

Cet extrait de "La crise de l'esprit" de Paul Valéry, publié peu après la fin de la première guerre mondiale semble avoir été la base du film de Manoel de OLIVEIRA mais appliqué au contexte post 11 septembre qui marque l'entrée dans le XXI° siècle.

L'histoire pourtant dégage dans sa première partie un parfum anachronique. Elle se déroule à bord d'un paquebot de croisière reliant le Portugal à l'Inde via le canal de Suez, cette route des Indes si stratégique pour les puissances européennes jusqu'à leur déclin après la seconde guerre mondiale. A chaque escale, une professeure d'histoire, Rosa Maria (Leonor SILVEIRA) joue les guides culturels pour sa petite fille de huit ans, Maria Joana (Filipa de ALMEIDA) sur les sites les plus prestigieux des civilisations disparues ayant façonné la culture occidentale (Pompei, Acropole d'Athènes, Sainte-Sophie à Istanbul, pyramides égyptiennes). Le film ayant ayant plus de vingt ans, certaines des informations délivrées ne sont plus d'actualité comme celles sur Sainte-Sophie transformée de nouveau en mosquée par Erdogan après avoir été un musée sous Atatürk. Mais surtout, l'arrivée au Moyen-Orient marque une rupture dans le récit, jusqu'alors composé de séquences en extérieur sur les sites visités séparées par un plan de la partie avant du bateau fendant les flots. Celui-ci s'invite à la table du capitaine (joué par John MALKOVICH) à l'intérieur de la salle à manger du navire. Autour de lui, trois femmes présentées comme des stars et qui le sont effectivement, même si elles interprètent des personnages fictifs: Catherine DENEUVE, Stefania SANDRELLI et Irene PAPAS. Chacun parle sa langue (français, anglais, italien, grec ainsi que le portugais quand Rosa Maria et Maria Joana se joignent à eux sans parler du capitaine qui est d'origine polonaise) mais est parfaitement compris des autres. Le bateau devient donc une métaphore de l'Union européenne comme nouvelle tour de Babel. Sauf qu'elle se résume à un club de riches coupés de l'environnement qu'elle traverse, pour son plus grand malheur. Cette tour s'avère être en effet le Titanic qui tel un funeste présage, annonçait la première guerre mondiale.

Et c'est encore à ce passé que l'on pense devant le regard incrédule et horrifié du capitaine fixé sur la catastrophe en hors-champ jusqu'au bout du générique de fin, notamment aux propos de Stefan Zweig dans "Le Monde d'hier, souvenirs d'un européen", " Il m’a fallu être le témoin impuissant et sans défense de cet inimaginable retour de l’humanité à un état de barbarie qu’on croyait depuis longtemps oublié, avec ses dogmes et son programme anti-humains consciemment élaborés."

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Je rentre à la maison

Publié le par Rosalie210

Manoel de Oliveira (2001)

Je rentre à la maison

J'ai vu ce film d'une grande simplicité comme un "au revoir" de la part d'un réalisateur qui avait à l'époque déjà 93 ans (Manoel de OLIVEIRA est décédé à l'âge canonique de 106 ans en 2015!) Le thème de la mort et du deuil sont en effet omniprésents, de la première séquence, un long extrait de "Le roi se meurt" de Eugène Ionesco alors que trois oiseaux de mauvais augure arpentent les coulisses à la dernière, la plus belle de toutes, aussi muette qu'éloquente. Celle où un petit garçon observe son grand-père monter un escalier avec difficulté et comprend qu'il n'en a plus pour longtemps. Entre les deux, on voit Gilbert Valence, le vieux comédien joué par Michel PICCOLI se retirer discrètement du monde (d'où le titre, "Je rentre à la maison"), l'observant derrière une vitre, se faisant dépouiller de ses biens en pleine rue, chérissant ce qu'il appelle sa "solitudine" face à un agent qui insiste lourdement pour le (re)caser avec une jeune actrice après la mort brutale de ses proches*, prolongeant ses siestes, réalisant sur un plateau de tournage qu'il n'arrive plus à mémoriser son texte. Mais "Je rentre à la maison" fonctionne sur un paradoxe. Le fardeau du vieillissement et du deuil conduit Gilbert à se libérer de tout ce qui l'encombre si bien que le film est étonnamment léger, célébrant le bonheur des petites habitudes: déambuler dans Paris, boire un café, s'acheter des chaussures, discuter ici et là avec les passants, jouer avec son petit-fils, le regarder oublier systématiquement son goûter. Tout cela avec le même sens de l'épure que la scène finale et un grand talent pour faire passer l'émotion par l'image et non par la parole ce qui contraste radicalement avec les scènes théâtrales.

*La révolution #MeToo n'était pas encore passée par là et c'est l'aspect du film sans doute le plus daté.

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Capitaines d'Avril (Capitães de Abril)

Publié le par Rosalie210

Maria de Medeiros (2000)

Capitaines d'Avril (Capitães de Abril)

Le premier film de Maria de MEDEIROS est une reconstitution de la révolution des œillets du 25 avril 1974 au Portugal en forme d'hommage à ses principaux acteurs, les fameux "capitaines" du titre. La révolution a en effet été initiée par de jeunes officiers traumatisés par leur expérience des guerres coloniales en Afrique. L'Empire était un des piliers idéologiques de la dictature de Salazar (remplacé en 1968 par Caetano) qui s'épuisait à vouloir le conserver au prix de guerres sans issues, théâtres de terribles massacres de civils. Pour le jeune portugais qui souhaitait échapper à la conscription, il n'y avait qu'un seul choix possible: émigrer en France (ce qui est évoqué dans la scène d'ouverture où la fiancée du jeune soldat le supplie d'émigrer avec elle). C'est donc l'énergie du désespoir qui a poussé ces jeunes officiers à se révolter contre leur absence de perspectives d'avenir et contre leur instrumentalisation par un Etat criminel. Le film suggère que leur volonté de mener une révolution pacifique (la fleur au bout du fusil) émane d'un profond sentiment de culpabilité et du désir de se racheter. Une révolution qui n'aurait cependant été qu'un coup d'Etat (ce n'était d'ailleurs pas la première tentative) si la population civile n'était pas descendue dans la rue pour soutenir les militaires, exigeant notamment la libération de tous les prisonniers politiques. Les femmes en particulier jouent un rôle important et notamment les femmes de militaires. Maria de MEDEIROS joue ainsi Antonia, une enseignante dont le rôle semble avoir été déterminant dans l'engagement de son mari (Frédéric PIERROT).

Cependant le film de Maria de MEDEIROS en dépit de sa sincérité manque de maîtrise tant sur la forme que sur le fond si bien que l'ensemble paraît assez abstrait et confus. Le gouvernement semble se réduire à quelques hommes (Caetano, le frère d'Antonia qui est ministre, le chef de la police politique et une poignée de sbires), tout comme les militaires semblent assez peu nombreux alors que les différents acteurs du mouvement révolutionnaire (notamment le MFA et le général Spinola) sont mal caractérisés. Un peu plus de profondeur politique aurait été bienvenu afin de dépasser le niveau des belles mais naïves images d'Epinal.

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