Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Articles avec #belvaux (lucas) tag

Allons z'enfants

Publié le par Rosalie210

Yves Boisset (1981)

Allons z'enfants

C'est le deuxième film de Yves BOISSET que je revoie et je suis une fois de plus frappée par son aspect actuel. Alors que le film date de 1981 et que l'action se déroule dans la deuxième moitié des années trente, j'ai vu dans la reconstitution de ces instituts militaires des avatars de "Notre Dame de Bétharram" vivant en autarcie selon leurs propres règles, imperméables aux valeurs et aux lois républicaines. On comprend avec le film de Yves BOISSET le creuset d'où a pu sorti l'Affaire Dreyfus et Vichy avec en particulier la haine du Front Populaire. Surtout, les écoles militaires, comme les pensionnats religieux s'avèrent être les sanctuaires de la "pédagogie noire" dénoncée par Alice Miller, c'est à dire l'éducation à la dure destinée à forger, "des hommes, des vrais" ou à mater les fortes têtes. Si les violences sexuelles ne sont pas évoquées, époque oblige sans doute, le sadisme, la brutalité et la violence tiennent lieu de méthodes éducatives. Et lorsqu'il y a "bavure" c'est à dire mort d'homme, l'institution s'avère être une experte dans l'art du mensonge et du cynisme afin de protéger les coupables. La fin évoque même la "post-vérité", l'armée allant jusqu'à forger publiquement une biographie falsifiée destinée à transformer l'insoumis en héros de guerre. Mais le film de Yves BOISSET qui est l'adaptation du livre autobiographique de Yves Gibeau ne serait pas aussi fort sans son personnage principal, Simon Chalumot (joué par un jeune et bouleversant de sensibilité Lucas BELVAUX), artiste pacifiste et esprit indépendant épris de liberté et d'idéal brisé par le talon de fer d'un père autoritaire et vaniteux (joué par un Jean CARMET abonné chez Yves BOISSET aux rôles de salaud) qui l'enferme dans la servitude militaire pour assouvir par procuration ses propres ambitions. On a souvent écrit que Yves BOISSET versait dans la caricature mais si la galerie de crétins dégénérés qui asservissent et brutalisent Simon peut le faire penser (Jean-Francois STEVENIN et Jean-Claude DREYFUS s'en donnent d'ailleurs à coeur joie), c'est aussi le courage du réalisateur qu'il faut souligner car l'armée n'a guère aimé le projet (euphémisme) et a tout fait pour lui mettre des bâtons dans les roues.

Voir les commentaires

Pas son genre

Publié le par Rosalie210

Lucas Belvaux (2014)

Pas son genre

Je suis loin de connaître la totalité de la filmographie de Emilie DEQUENNE, néanmoins pour ce que j'en ai vu, ce sont les belges qui ont su le mieux mettre en valeur son talent alors que le cinéma français l'a souvent sous-exploitée. Ainsi dans "Pas son genre", elle vole la vedette à son partenaire, Loic CORBERY et rayonne comme un soleil au point de faire émerger un autre thème que celui qui est présenté comme étant au coeur du film. Alors oui, bien sûr que "Pas son genre" raconte un impossible dépassement de différence de milieu socio-culturel à la manière d'autres films ayant traité le même sujet de façon plus ou moins subtile ("Le Gout des autres" (1999), "La Vie d'Adele - chapitre 1 et 2 -" (2013) etc.) Par-delà la différence de goûts, de références, d'activités qui n'est pas insurmontable (pas besoin d'être fusionnel pour former un couple viable) c'est le mépris de classe qui est le plus dévastateur. Rien de tel que le test de la rencontre inopinée entre le couple naissant et les amis de celui qui en constitue le membre le plus aisé pour s'en rendre compte: dans "Pas son genre" (2014) comme dans "Minnie and Moskowitz" (1971) ou "Les Amants du Capricorne" (1949), le plus défavorisé se retrouve brutalement éclipsé par une complicité de classe dont il est exclu, son partenaire, confus et honteux préférant l'ignorer. Une violence qui se traduit tellement bien sur le visage de Emilie DEQUENNE (dans une scène de carnaval qui n'a pas dû être choisie au hasard) qu'elle n'a pas besoin de l'exprimer par les mots. Et qui laisse la fin, celle où elle s'efface pour de bon du paysage ouverte à l'interprétation. Car comme je le disais plus haut, un autre thème émerge dans le film, celui qui questionne l'épanouissement dans le couple. Le personnage de Clément nous est présenté en amont de sa rencontre avec Jennifer comme un intellectuel de la rive gauche (ajoutant le parisianisme mondain considérant la province comme un exil punitif aux autres attributs de son appartenance bourgeoise) mais aussi comme un infirme émotionnel et relationnel. Un misanthrope froid, distant, taciturne, refusant de s'engager et de fonder une famille. A l'opposé, Jennifer, solaire et énergique est l'incarnation de la joie de vivre. Elle ne dégage que des ondes positives, que ce soit avec son fils, avec ses amis ou avec ses clients. Sa rencontre avec Clément agit comme un éteignoir. On la voit le porter à bout de bras, déployer de l'affection, de la tendresse pour deux (comme dans la scène du karaoké) mais à un moment donné, le manque de réciprocité la vide de son énergie d'autant qu'elle est suffisamment lucide pour comprendre qu'elle n'est pour Clément qu'un bouche-trou et que leur romance est surtout physique. Seulement voilà, elle a été façonnée par le mythe du prince charmant* comme l'ont été des générations de femmes avant elle et comme le sont encore trop de jeunes filles aujourd'hui, la rencontre amoureuse étant "vendue" comme l'horizon incontournable de l'accomplissement de soi. Ainsi, sous couvert d'analyse sociologique, c'est également à une analyse des rapports genrés aux résonances bien actuelles que se livre ce film d'une grande richesse et aussi d'une grande justesse. En disparaissant, Jennifer échappe à toutes les formes de domination que Clément, consciemment ou non lui impose et donc à son propre conditionnement de femme soumise, passive, ayant intériorisé son infériorité, si bien analysé dans le livre poignant de Christine ANGOT, "Un amour impossible" (2018). Ainsi contrairement aux apparences, le film de Lucas BELVAUX dépeint une émancipation féminine, bien aidé par une Emilie DEQUENNE impériale.

* Mythe analysé notamment par le sociologue Jean-Claude Kaufman dans son livre "La femme seule et le prince charmant".

Voir les commentaires

Des hommes

Publié le par Rosalie210

Lucas Belvaux (2020)

Des hommes

Les films français (ou comme ici franco-belge) traitant de la sale guerre d'Algérie sont plus nombreux qu'on ne le pense mais beaucoup ont traité la question de façon allusive ou indirecte (notamment dans les films de la nouvelle vague contemporains des "événements", je pense à "Le Petit soldat" (1960), "Cléo de 5 à 7" (1961), "Les Parapluies de Cherbourg" (1964), "Muriel ou le temps d un retour" (1962), "Adieu Philippine" (1963). Il existe également un certain nombre de documentaires assez remarquables. En revanche les films de fiction récents sont peu nombreux ("L Ennemi intime" (2007), "Hors La Loi") (2010) et se situent à l'époque des événements. Bien peu à ma connaissance évoquent les conséquences à long terme de cette guerre qui n'a pas voulu dire son nom jusqu'en 1999 alors qu'elle pèse de tout son poids sur notre société post-coloniale qui fait cohabiter soixante ans après d'anciens appelés, pieds-noirs, harkis, indépendantistes et toute leur descendance (thème qui imprègne par exemple "Parlez-moi de la pluie") (2007). C'est donc tout l'intérêt de "Des hommes", l'adaptation cinématographique du roman de Laurent Mauvignier que de faire des allers-retours spatio-temporels et d'offrir une pluralité de points de vue pour montrer comment un passé non digéré continue à faire des ravages dans le présent.

Malheureusement, Lucas BELVAUX n'est pas Alain RESNAIS. Ce dernier pouvait manier des dispositifs narratifs aussi complexes que celui de "Hiroshima mon amour" (1958) qui m'a fait penser à "Des hommes". Mais Lucas Belvaux ne maîtrise pas aussi bien la polyphonie et le patchwork. En résulte un film assez confus dont les pièces et les morceaux ne s'ajustent pas bien. Si le début est assez saisissant avec la métaphore du monstre (incarné par le Gargantua Gérard DEPARDIEU) qui incarne toute la mauvaise conscience "d'un village français", la suite est nettement plus laborieuse avec des personnages d'appelés que l'on a du mal à distinguer les uns des autres, des destins trop vite laissés de côté et un Jean-Pierre DARROUSSIN plus ectoplasmique que véritablement douloureux tout comme sa cousine Solange (Catherine FROT). Le film ne tranche pas assez dans le vif. Il aurait gagné à se concentrer davantage sur l'histoire familiale de Bernard et à développer le présent tant l'écart de talent est grand entre les acteurs expérimentés nommés ci-dessus et leurs avatars censés les incarner jeunes.

Voir les commentaires