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Le Maître du kabuki (Kohuho)

Publié le par Rosalie210

Sang-il Lee (2025)

Le Maître du kabuki (Kohuho)

Grande fresque romanesque se déroulant sur plus de cinquante ans, "Le maître du kabuki" raconte la destinée de Kikuo, un fils de yakuza qui à l'adolescence révèle une beauté et un talent exceptionnel pour jouer l'onnagata du théâtre kabuki. Le début du film donne les éléments essentiels pour comprendre cette discipline artistique très codifiée née au XVII° siècle au Japon. Comme dans d'autres formes traditionnelles de théâtre (et ce dès son apparition dans l'antiquité grecque), les femmes en ont été bannies pour des raisons de moralité publique et de contrôle social si bien que les hommes ont dû jouer leurs rôles: ce sont les onnagata qui exercent une fascination sur le public en se jouant des frontières entre les genres, devenant des stars et par là-même, la clé de voûte de cet art. Comprendre le kabuki permet de comprendre une bonne part de la culture nipponne allant du Takarazuka (son équivalent féminin où les femmes jouent les rôles des hommes mais qui est plus récent, plus moderne et moins célèbre à l'international) aux mangas shônen et shojô dans lesquels des personnages se jouent aux aussi des frontières genrées soit par le fantastique, soit par le travestissement ("Ranma 1/2", "La Rose de Versailles" etc.) Pour mémoire "Les Garcons et Guillaume, a table !" (2013) s'ouvrait sur une photo montrant un onnagata, instaurant implicitement un parallèle avec l'histoire de Guillaume GALLIENNE qui a joué des rôles féminins au théâtre (par exemple Lucrèce Borgia).

Si l'intrigue du film ne brille pas par son originalité puisqu'il s'agit d'une success story divisée en trois temps: l'ascension, la chute et la rédemption, l'intérêt est ailleurs. On découvre les arcanes de ce monde ultra-hiérarchisé et fondé sur la lignée que vient bousculer un jeune homme qui n'est pas issu du sérail. D'autant moins que s'il n'est pas lui-même yakuza, Kikuo en porte les stigmates: il a vu son père se faire tuer sous ses yeux et arbore un immense tatouage de chouette dans le dos (même aujourd'hui, la plupart des bains publics japonais interdisent les tatouages ou demandent aux utilisateurs de les cacher). Kikuo n'en est pas à une contradiction près puisqu'il a une fille avec une Gheisha de Gion qu'il refuse de reconnaître. Il est de toutes façons tellement obsédé par sa quête de perfection et sa rivalité (teintée d'ambiguïté) avec Shunsuke, le fils de son mentor qui incarne "le sang pur" de la lignée qu'il n'a pas de temps à lui consacrer. C'est le prix à payer pour atteindre le sommet que le film montre comme un pacte avec le diable: Kikuo réalise son rêve mais au prix d'une solitude absolue.

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