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Voyage en Italie (Viaggio in Italia)

Publié le par Rosalie210

Roberti Rossellini (1954)

Voyage en Italie (Viaggio in Italia)

Incontestablement un film-phare sur l'incommunicabilité, avant que ce terme n'échoit à Michelangelo ANTONIONI (dont l'oeuvre ne se résume pas à cet aspect d'ailleurs). Dans "Voyage en Italie", le déracinement au coeur d'une terre étrangère dont le couple de bourgeois britanniques ne comprennent ni la langue, ni les moeurs, ni même la cuisine (certainement plus gustative que la leur!) devient la métaphore de l'incapacité de chacun à fendre l'armure de l'autre. C'est comme cela que j'ai compris l'émotion très vive qui s'empare d'eux lorsqu'ils regardent l'exhumation à Pompei de deux formes humaines enlacées moulées dans du plâtre. Elle prépare celle dans laquelle, pris au coeur d'une procession populaire qui les entraîne loin l'un de l'autre comme un courant marin, ils parviennent enfin à se rejoindre, à s'étreindre et à s'avouer leurs sentiments enfin en communion avec la foule qui les entoure. Mais pour en arriver là, quel chemin de croix! Rien de tel que ce film pour démontrer les ravages des non-dits et des mécanismes de défense. George SANDERS est le choix idéal pour le rôle masculin, lui qui de film en film a incarné des séducteurs se drapant dans un bouclier de cynisme et de sarcasmes peu propice au développement d'une relation amoureuse harmonieuse. Face à lui, une Ingrid BERGMAN jouant une épouse profondément blessée par son attitude mais elle aussi murée dans le silence, préférant proférer ses reproches en se parlant à elle-même qu'en face de lui. Pas étonnant que ce couple dévitalisé n'ait rien à se dire, rien à partager et souffre en voyant l'autre plus heureux et plus ouvert en compagnie de tierces personnes. D'ailleurs on découvre que cette stratégie d'évitement de l'intimité est ancienne. L'isolement de chacun est également soulignée par leurs errances respectives, l'une du côté des catacombes et du Vésuve avec en tête un ancien amour mais qui ne croise que des squelettes et une terre stérile (comme l'est son mariage), l'autre à Capri à la recherche d'une aventure qui n'aura finalement pas lieu.

On voit donc également où se situe la modernité du film pour l'époque: dans l'importance donnée à la trajectoire physique, corporelle des personnages et à leur environnement géographique, culturel et social plutôt que dans l'introspection psychique. Nul doute que cette approche a inspiré Jean-Luc GODARD pour "Le Mepris" (1963) qui raconte l'histoire de la rupture d'un couple sous le soleil de Capri: "Capri, c'est fini et dire que c'était la ville de mon premier amour".

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La peur (La paura)

Publié le par Rosalie210

Roberto Rossellini (1954)

La peur (La paura)

Un film étouffant, tranchant, d'une froideur clinique qui s'apparente à une dissection des rapports conjugaux, l'amant étant relégué à la marge du film, contrairement à d'autres versions comme celle de Viktor TOURJANSKY. En revanche l'ex de l'amant payée par le mari pour faire chanter sa femme occupe une place prépondérante. Celle-ci, harcelée, acculée par un mari qui joue avec elle comme avec les cobayes de son laboratoire d'entreprise pharmaceutique finit par rechercher un ultime échappatoire dans la mort. Ingrid BERGMAN se retrouve pour la énième fois dans la peau d'une épouse victime d'un mari qui veut la détruire. Les fautes morales de son personnage (infidélité, mensonge) ne justifient pas la torture psychologique qu'elle subit. On retrouve ce déséquilibre au niveau de leurs enfants dans une scène éloquente où la petite fille frustrée par son cadeau cache celui de son frère et est punie par son père avant d'obtenir son pardon. Néanmoins cette version se singularise par son absence d'émotions. Le mari affiche un masque froid en toutes circonstances, la maître-chanteuse également sauf à la fin et même la victime réagit avec une froide détermination (la voix de Ingrid BERGMAN prend par moments des accents de couperet) qui l'éloigne quelque peu de l'esprit de la nouvelle de Stefan Zweig. Si ce film est le moins connu de la collaboration entre Roberto ROSSELLINI et Ingrid BERGMAN c'est qu'on sent qu'elle a tourné au vinaigre et qu'elle sent désormais le sapin. De fait ce sera le dernier film qu'ils tourneront ensemble et leur relation prendra également fin. Et ce n'est pas le ridicule happy end en contradiction avec le reste du film y qui changera quoi que ce soit.

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Amore

Publié le par Rosalie210

Roberto Rossellini (1947)

Amore

Un double "one woman show" de Anna MAGNANI dans ce qui est présenté comme le cadeau d'adieu que lui a fait Roberto ROSSELLINI avant de s'envoler pour d'autres yeux, ceux de Ingrid BERGMAN.

Contrairement à beaucoup, je préfère à titre personnel le second volet, "Le Miracle", l'adaptation d'un roman espagnol par Roberto ROSSELLINI et celui qui était à l'époque son assistant, Federico FELLINI, véritable couteau suisse puisqu'il joue en prime le berger qui abuse de la crédulité d'une bergère isolée dans la montagne (jouée par Anna M évidemment) en se faisant passer pour Saint-Joseph. Mais avec ses boucles blondes et sa jarre de vin prête à l'emploi (la GHB de l'époque), il fait plutôt penser à un certain Bacchus offrant à la naïve créature un aller direct pour le paradis. Laquelle se retrouvant quelques semaines plus tard avec un polichinelle dans le tiroir tente de faire croire à la fiction qu'elle s'est racontée à elle-même: elle serait rien de moins que la nouvelle immaculée conception. Mais les villageois mieux dessalés (ou plus hypocrites) ne l'entendent pas de cette oreille: la soi-disant nouvelle vierge Marie n'est à leurs yeux qu'une pécheresse qui mérite le châtiment d'une humiliation publique. C'est donc loin de la communauté et au bout d'un interminable chemin de croix, accompagnée seulement par sa chèvre (les animaux domestiques, on le sait ne jugent pas et c'est une des raisons pour lesquelles on aime leur compagnie) que Nannina atteint la grâce divine, loin de la bassesse des hommes. Bien qu'imprégné de religiosité, il y a de la tragédie antique dans ce récit (ce qui explique sans doute que j'ai pensé à Bacchus. D'autres ont pensé à "Sans toit ni loi" (1985) ce qui est tout à fait pertinent) se déroulant dans sa majeure partie dans de somptueux paysages montagnards.

Le premier volet, "La Voix humaine" est issu d'une pièce de théâtre en un acte de Jean COCTEAU qui a fait l'objet d'une récente adaptation par Pedro ALMODOVAR avec Tilda SWINTON dans le rôle principal. Je devrais dire unique puisqu'il s'agit d'un huis-clos centré sur le monologue d'une femme qui vient de se faire larguer et qui pour ne pas sombrer, se raccroche à la voix de son ex au téléphone comme à une bouée de sauvetage. Je n'aime pas ce texte (30 minutes de variations sur l'air de "ne me quitte pas", c'est long) mais force est de reconnaître qu'il met en valeur Anna MAGNANI dont la prestation est extraordinaire.

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Stromboli

Publié le par Rosalie210

Roberto Rossellini (1950)

Stromboli

"Stromboli" est le premier des cinq films que Roberto ROSSELLINI a tourné avec Ingrid BERGMAN. Une relation artistique fructueuse mais également un couple mal assorti qui est né d'un scandale dont "Stromboli" se fait l'écho. On y voit en effet une étrangère sophistiquée qui pour échapper dans l'après-guerre aux barbelés d'un camp d'internement épouse en toute hâte un pêcheur italien et se retrouve encore plus enfermée au coeur d'un territoire hostile: une île volcanique aride, misérable, peuplée de pêcheurs frustes. La relation entre la jeune femme et son environnement ne génère qu'incompréhension et rejet. Celle-ci n'a alors qu'une obsession: fuir. Mais l'île qui semble animée d'une vie propre grâce à son volcan en éruption lui oppose une force contre laquelle elle ne semble pas de taille à pouvoir lutter. On pense à "La femme des sables" (1963) qui racontait également le cheminement d'un homme pris au piège de forces qui le dépassaient et finissait par s'y abandonner. On peut donc voir dans ce film une métaphore de l'actrice se dépouillant volontairement du glamour hollywoodien pour tendre vers un cinéma qui la fascinait pour son côté vériste. Si, de fait, "Stromboli" est un grand film néoréaliste avec ses scènes documentaires de pêche au thon et de volcan en éruption (cette dernière supervisée par Haroun Tazieff), il s'agit aussi d'une oeuvre métaphysique dans laquelle le sacerdoce contraint de l'héroïne la conduit jusqu'à Dieu. Le fait que le personnage comme l'actrice soit enceinte ajoute encore une portée supplémentaire au film.

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Les Carabiniers

Publié le par Rosalie210

Jean-Luc Godard (1963)

Les Carabiniers

Fable antimilitariste presque abstraite tant elle est distanciée et décontextualisée qui semble réalisée à l'arrache avec trois francs six sous et des acteurs inconnus, "Les Carabiniers" vit dans l'ombre des deux grands films de Godard qui l'ont précédé et lui ont succédé "Vivre sa vie" (1962) et "Le Mépris" (1963). Pourtant, je le trouve personnellement assez réussi car il m'évoque à la fois le "Affreux, sales et méchants" (1976) de Ettore SCOLA à cause du cadre dans lequel vivent les personnages (terrain vague et bidonville) ainsi que leur comportement "ras du front" et la pièce "Ubu roi" de Alfred Jarry à cause du ton résolument absurde des situations, de la crédulité enfantine de Ulysse et Michel-Ange contrastant avec leur comportement meurtrier et du fait que l'une de leurs femmes ne cesse de dire "merdre" à tout bout de champ. Rempli d'autodérision avec ses quatre crétins vivant dans une cabane mais se faisant appeler par de grands noms (Ulysse, Michel-Ange, Venus et Cléopâtre), le film dénonce l'absurdité de la guerre en mélangeant des images d'archives et des images de fiction dans lesquelles on voit les deux paysans, manipulés par les carabiniers qui les ont enrôlé en leur promettant de devenir riches comme Crésus commettre toute une série d'exactions et de crimes avant de ramener dans une valise ce qu'ils croient être leur trésor de guerre: en fait on découvre qu'ils n'en ont rapporté que les images (lors d'une séquence en hommage aux frère Lumière, on voyait déjà l'un des compères incapable de discerner la différence entre l'image et la réalité puisque comme les premiers spectateurs, il croyait qu'il allait se prendre le train dans la figure et pouvoir vraiment caresser une femme nue dans son bain) et qu'ils sont en réalité les dindons d'une sinistre farce dont leur cerveau épais n'a pas compris qu'ils finiraient par en être les victimes "qui vit par l'épée périra par l'épée". Bref, "Les Carabiniers" a quelque chose d'une blague de sale gosse un peu je m'en foutiste sur la forme qui adopte un ton burlesque (et des clins d'oeil à Charles CHAPLIN, celui de "Les Temps modernes" (1934) et celui de "Le Dictateur") (1940) mais sur le fond, la violence est montrée ou évoquée de façon très réaliste avec l'évocation d'épisodes de la Shoah en URSS ou des exécutions d'otages reconstituées de façon très crédible.

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Païsa (Paisà)

Publié le par Rosalie210

Roberto Rossellini (1946)

Païsa (Paisà)

Païsa est à la fois un cours d'histoire et de géographie, un reportage pris sur le vif (ou presque, quelques mois seulement séparent les événements de leur reconstitution par Rossellini) et une série de six tableaux qui réunis forment une fresque de la campagne d'Italie de 1943 à 1945 avec la progression des alliés du sud au nord:

-Le premier récit se situe dans le contexte du débarquement en Sicile de juillet 1943.
-Le deuxième daté de septembre 1943 filme Naples libérée mais en ruines et en proie à la misère noire. Le sort des orphelins qui tentent de survivre est au cœur de cet épisode.
-Le troisième évoque la libération de Rome en février 1944 et la prostitution de femmes romaines.
-Le quatrième se place au cœur des combats pour la libération de Florence en août 1944. Lui aussi montre les conditions de vie difficiles de la population.
-Le cinquième se situe en septembre-octobre 1944, au cœur de la Romagne, défendue village par village par les allemands (bien que non évoqué dans le film, on pense au massacre des habitants de Marzabotto, l'Oradour sur Glane italien).
-Le sixième enfin évoque les combats dans le delta du Pô dans lequel les alliés s'enlisèrent jusqu'au printemps 1945.

Chaque récit, d'une longueur équivalente (environ 20 minutes) mêle la grande et la petite histoire. Il commence par une contextualisation historique avec des images qui parfois sont prises dans les archives puis il se resserre sur des destins individuels qu'il parvient à restituer de façon admirable. A chaque nouveau récit, on assiste à différentes modalités de rencontre entre des italiens et des américains: difficultés de communication, incompréhension et malentendus, choc culturel, hospitalité, fraternisation et relations amoureuses systématiquement brisées par la guerre.

La puissance qui se dégage de ces récits est telle que ces fragments pourtant très ancrés dans l'espace et dans le temps deviennent intemporels et universels. Par exemple dans le quatrième épisode, lorsque les personnages traversent un musée florentin dont les trésors sont emballés, on pense à toutes les destructions récentes du patrimoine moyen-oriental. Il en va de même lors des scènes de civils massacrés ou de partisans froidement exécutés. Les détails documentaires et le dépouillement de la narration donnent un accent de vérité unique à l'ensemble.

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Rome ville ouverte (Roma città aperta)

Publié le par Rosalie210

Roberto Rossellini (1945)

Rome ville ouverte (Roma città aperta)

Dans ce qui est le plan séquence le plus célèbre du premier volet de la trilogie de la guerre (les deux autres sont "Païsa" et "Allemagne année zéro"), Pina (Anna Magnani) court en hurlant derrière le camion qui emporte son fiancé Francesco avant de s'effondrer sur le sol, tuée d'une balle tirée depuis le camion. La caméra saisit l'instant de ce basculement en plein vol ce qui le rend inoubliable.

C'est en ce sens que "Rome ville ouverte" est l'un des films fondateurs du néoréalisme. Réalisé à la fin de la guerre avec des bouts de pellicule (au sens propre), il va chercher dans la rue une matière brute qu'il filme à la manière d'un reportage ou plus exactement d'une reconstitution historique à chaud, le film ayant été tourné à proximité des faits réels dont il s'inspire. Le résultat est saisissant de vérité ce qui explique l'influence que ce film a eu sur de nombreux réalisateurs (ceux de la Nouvelle Vague notamment). Et ce alors qu'en fait le film se détache bien souvent du réalisme pour atteindre une dimension mystico-religieuse. Les trois personnages principaux de l'histoire sont filmés comme des martyrs (il y a quelque chose d'iconique dans leurs postures et expressions de visage) et leur parcours relève plus de la tragédie que du documentaire. C'est de la dualité (vie-art, terre-ciel, documentaire-fiction, réalisme-romanesque, communisme-catholicisme) que naît la beauté singulière du film.

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Allemagne année zéro (Germania anno zero)

Publié le par Rosalie210

Roberto Rossellini (1948)

Allemagne année zéro  (Germania anno zero)

"Allemagne année zéro" réalisé en 1947 est un grand film historique et un chef d'oeuvre du néoréalisme. Il clôture la "trilogie de la guerre" de Rossellini dont les deux premiers volets sont "Rome ville ouverte" et "Païsa".

Mais au fait c'est quoi le néoréalisme? C'est rien de moins qu'une révolution cinématographique dans l'esthétique comme dans l'approche thématique conférant à l'ensemble un caractère de "cinéma-vérité". L'aspect documentaire "d'Allemagne année zéro" en fait un témoignage historique de premier ordre. Le film a été tourné en décors réels dans les ruines de Berlin avec des acteurs non-professionnels, un budget minimaliste, un aspect brut dans l'image et les dialogues. Il montre de façon très précise comment la population allemande tente de survivre dans les conditions d'extrême précarité de l'après-guerre.

Cependant si l'on en restait à cette définition du néoréalisme, on passerait à côté de l'essentiel, l'état des lieux d'une faillite morale, filmé sans aucun pathos et avec beaucoup de pertinence. Rossellini avait sa propre définition du néoréalisme: "Le néo-réalisme consiste à suive un être, avec amour, dans toutes ses découvertes, toutes ses impressions. Il est un être tout petit au-dessous de quelque chose qui le frappera effroyablement au moment précis où il se trouve librement dans le monde, sans s'attendre à quoi que ce soit. Ce qui importe avant tout pour moi, c'est cette attente ; c'est elle qu'il faut développer, la chute devant rester intacte (Cahiers du Cinéma août-septembre 1955, repris dans le volume Rossellini le cinéma révélé)." Cette définition est très pertinente pour définir "Allemagne année zéro" où la caméra s'attache aux pas d'un enfant, être vulnérable et innocent ,déambulant, livré à lui-même, dans un paysage de fin du monde ce qui explique la longueur des plans.

Comme l'annonce Rossellini, cet enfant finira broyé. L'Allemagne en ruines symbolise la vraie nature du nazisme: une idéologie d'anéantissement criminelle mais in fine autodestructrice. Et bien que l'histoire se situe deux ans après la guerre, cette idéologie continue à exercer ses effets néfastes. Le discours nazi sur les faibles et les improductifs que l'instituteur délivre à Edmund conduit celui-ci au parricide puis au suicide. Moralité: tant que ce monstrueux passé ne sera pas exorcisé, il n'y aura pas d'avenir pour l'Allemagne.

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