Before Midnight
Richard Linklater (2012)
Ca valait le coup de patienter car ce dernier volet de la trilogie "Before" est aussi le meilleur. Richard LINKLATER travaille sur le temps long ce qui suppose une adhésion fidèle des acteurs au projet. De fait, Ethan HAWKE et Julie DELPY ont infléchi l'écriture du premier film et co-écrit le scénario du deuxième et du troisième film en s'inspirant de leur propre vécu. Malgré la présence d'une scène "signature" de la trilogie en plan-séquence où le duo parle en marchant sur fond de décor de carte postale (cette fois-ci la Grèce), ce n'est plus le dispositif principal du film. Car à 41 ans, la réalité les a rattrapés. La scène d'ouverture à l'aéroport est presque un clin d'oeil ironique au temps "merveilleux" où Jesse pouvait débiter un flot de paroles ininterrompues devant un miroir narcissique qui les "buvaient" et lui renvoyait la pareille. Là il se retrouve face à son fils américain issu d'une première union (évoquée dans le deuxième film) qui ne lui répond que par monosyllabes et qui le contredit. Pour Jesse ce "manque de communication" (c'est à dire cette faille narcissique), est insupportable. Il va alors dégoupiller une bombe à retardement en évoquant devant Céline, devenue sa femme depuis "Before Sunset" (2004) la possibilité de déménager aux USA pour se rapprocher de son fils. Bien que celle-ci sache admirablement dissimuler, cette injonction camouflée en proposition ne passe pas et ressort régulièrement dans les conversations. Céline garde juste les apparences car contrairement aux deux premiers films, ils ne sont pas en tête à tête mais soit en famille avec leurs deux filles, soit avec les amis de Jesse. Et puis a lieu le moment de vérité: une soirée en tête à tête concoctée par les amis de Jesse qui vire au règlement de comptes. Ce qui était jusque là vendu comme une "merveilleuse histoire d'amour romantique" dans les romans de Jesse cède la place à une vérité sociologique amère: celui de l'asymétrie des rôles dans le couple et du pouvoir patriarcal. On découvre Jesse sous son véritable jour, celui d'un manipulateur qui tente de se donner le beau rôle et de rejeter la tension qui règne dans son couple sur sa femme dont il nie les besoins pour mieux la contraindre à partir à Chicago. On comprend alors qu'il n'aime pas sa femme réelle mais la "muse" qui lui a inspiré ses romans: un fantasme qui ne vieillit pas, ne souffre pas, ne se plaint pas et n'a pas d'autonomie. Mais à chacune de ses tentatives pour noyer le poisson soit par la séduction, soit par le chantage affectif, Céline le coupe et lui oppose un non catégorique, défendant son territoire pied à pied. Non, elle ne sacrifiera pas sa carrière, son identité et son équilibre pour restaurer son ego blessé par l'éloignement d'avec son fils. Jesse se retrouve donc face à une fin de non-recevoir et n'a que deux choix possibles: partir sans Céline et leurs enfants pour un rapprochement hypothétique avec Henry (dont la mère assure l'essentiel de la garde) ou rester et admettre qu'il y a des erreurs que l'on ne peut réparer sans en payer le prix. Ainsi au final, le film démontre ce que la plupart des comédies romantiques cherchent à cacher: qu'il n'y a pas d'amour sans justice.
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