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L'Eté dernier

Publié le par Rosalie210

Catherine Breillat (2023)

L'Eté dernier

Ce n'est pas parce que la photographie est solaire, le jeune Samuel KIRCHER, beau comme un dieu (certains l'ont comparé à Bjorn ANDRESEN, le Tadzio de "Mort a Venise") (1971) et que les personnages passent leur temps à siroter du vin blanc dans d'énormes verres au milieu d'un cadre enchanteur qui exsude par tous les pores le train-train de vie de la haute bourgeoisie que "L'Eté dernier" n'est pas un film terrible. "La Piscine" (1969) aussi se déroulait en été, dans une superbe villa ensoleillée au milieu d'acteurs beaux à se pâmer et pourtant il sentait fort le cadavre. Pour mémoire les relations entre le personnage joué par Maurice RONET et sa fille, jouée par Jane BIRKIN n'étaient pas des plus claires, le premier paradant au bras de la seconde comme si elle était sa dernière très jeune conquête. Cette confusion des places est aussi au coeur du film de Catherine BREILLAT qui étudie un petit écosystème vicié jusqu'à la moëlle. Anne (Lea DRUCKER) en est la clé de voûte. Cette grande bourgeoise qui se dessèche sur pied à force d'ennui jette son dévolu sur du sang frais en la personne de son beau-fils, un garçon de 17 ans négligé affectivement qui n'est bien sûr pas de taille à lui résister. S'ensuit une relation qui n'est pas représentative d'une réalité où 98% des abuseurs sont des hommes mais qui n'en est pas moins incestueuse en ce sens qu'il y a confusion des rôles: l'amante est aussi la belle-mère et lorsque son statut social est en jeu, elle la fait bien sentir, son autorité, s'avérant être une menteuse et une manipulatrice hors-pair. Le tout avec la complicité de tout son entourage, que ce soit sa soeur (Clotilde COURAU) qui un temps choqué, revient vers elle ou son mari, le père de Théo (Olivier RABOURDIN) à qui revient le dernier mot, consistant à lui dire de se taire. Le non-dit justement, c'est la spécialité d'Anne dont on devine entre les lignes qu'elle a été modelée par l'inceste rien qu'à son silence lorsque Théo tente de lui faire parler de sa première fois ou bien lorsqu'elle emploie le terme "bousiller" à propos de son avortement précoce. Lea DRUCKER est vraiment impériale dans un rôle autour duquel elle a souvent tourné (dans "La Consolation" (2017) elle prostituait sa fille, dans "Incroyable mais vrai" (2020), elle refusait de vieillir etc.)

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Le Père noël a les yeux bleus (Les Mauvaises fréquentations)

Publié le par Rosalie210

Jean Eustache (1966)

Le Père noël a les yeux bleus (Les Mauvaises fréquentations)

En dépit de son titre, le film de Jean EUSTACHE n'est pas vraiment un film de noël. Si les fêtes de fin d'années sont bien évoquées, c'est plutôt sous leur versant désenchanté. En réalité, "Le père noël a les yeux bleus" est un prolongement de "Mes petites amoureuses (1974). Un segment hivernal, en noir et blanc et sous forme de court-métrage qui pourrait être le pivot central d'une trilogie autobiographique s'achevant sur "La Maman et la putain" (1973). C'est en effet déjà Jean-Pierre LEAUD qui joue le double du cinéaste, un jeune homme pauvre qui galère entre boulots précaires et petite délinquance, et traîne avec ses amis à la manière de "Les Vitelloni" (1953) aux quatre coins de la cité narbonnaise, filmé de manière documentaire (le film est dédié à Charles TRENET, autre natif du lieu). La mise en abyme de cette précarité financière est assez remarquable quand on pense que le film a été tourné avec des chutes de pellicule de "Masculin feminin" (1966) cédées par Jean-Luc GODARD. Comme dans ses autres films, cette souffrance sociale se traduit par une grande frustration vis à vis des filles qu'il convoite sans parvenir à les approcher ou alors si maladroitement qu'il se fait rabrouer. Il attribue ses échecs au costume, signe de statut social et se met en quête d'un travail afin de s'acheter un duffle-coat, le manteau alors à la mode. Mais c'est déguisé en père noël pour le compte d'un photographe qu'il découvre que les filles qui le snobaient se montrent beaucoup plus avenantes à son égard, l'autorisant à se montrer entreprenant. Seulement dès qu'il tombe le masque, elles le rejettent à nouveau. La scène finale où avec ses amis il s'éloigne dans la rue en concluant qu'il ne lui reste plus qu'à aller au bordel, leurs voix se perdant dans le lointain est d'une grande amertume.

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Marius et Jeannette

Publié le par Rosalie210

Robert Guédiguian (1997)

Marius et Jeannette

"Marius et Jeannette" est le film le plus célèbre de Robert GUEDIGUIAN, celui qui lui a apporté la notoriété et qui bénéficie d'un fort capital sympathie. Il faut dire qu'il s'agit de son propre aveu d'un conte et d'un conte particulièrement bien ficelé. Le titre déjà fait forcément écho aux deux premiers volets de la trilogie marseillaise de Marcel PAGNOL, "Marius" (1931) et "Fanny" (1932). Pas seulement le titre d'ailleurs, le décor et l'accent évidemment mais aussi la pittoresque micro-société formée par Jeannette (Ariane ASCARIDE) et ses voisins qui se retrouvent dans la cour de leur résidence pour rire, discuter, regarder la télé, préparer les repas, cour partagée qui est un lieu de sociabilité en forme de petit théâtre tout à fait comparable au café de César chez Marcel PAGNOL. Cet espace de convivialité plein de vie tranche avec celui de la cimenterie désaffectée, symbole de la désindustrialisation mais aussi de la disparition du monde ouvrier et de sa culture. Dans ce désert minéral, la seule présence vivante est celle du vigile, Marius (Gerard MEYLAN), un homme solitaire, taciturne et boiteux. Jeannette qui a du mal à joindre les deux bouts, seule pour élever ses enfants avec son boulot de caissière tente de chiper des pots de peinture aux abords de la cimenterie et se fait attraper par Marius. N'ayant pas sa langue dans sa poche, elle lui dit ce qu'elle pense de son boulot de sous-fifre, de même qu'au petit chef qui la flique dans son dos à la caisse, ce qui lui vaut d'être renvoyée. Mais puisque c'est un conte de fées, son franc-parler fait des miracles: le petit chef change de métier et Marius vient toquer à la porte de la communauté et bientôt dans le coeur de Jeannette. Robert GUEDIGUIAN créé ainsi une romance pleine de charme (l'alchimie des deux acteurs est parfaite et pour cause, ils tournent ensemble depuis le premier film de Robert GUEDIGUIAN et font partie de ses proches), cimentée par la solidarité du chaleureux groupe qui les entoure (eux aussi membres de la troupe). Un ciment humain qui s'oppose en tous points à la sinistrose économique où la rareté du travail atomise les groupes, transformant chacun en concurrent potentiel (voir l'interminable file de chômeuses attendant un entretien d'embauche faisant écho au récit de Marius expliquant par quelle ruse il a réussi à obtenir son emploi).

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Kasaba

Publié le par Rosalie210

Nuri Bilge Ceylan (1997)

Kasaba

Bien que très court (1h20), "Kasaba" ("petit village"), le premier film de Nuri Bilge CEYLAN, inédit jusqu'en 2023 en France se décompose en deux mouvements bien distincts. Le premier, que j'ai trouvé magnifique épouse pour l'essentiel le point de vue de deux enfants, Asiye et Ali qui sont également frère et soeur. Leur expérience du monde, silencieuse, sensorielle et ancrée dans l'instant suspendu (voir le dernier plan qui s'arrête au moment où la main de Asiye touche l'eau) s'oppose en tous points au bourrage de crâne idéologique que le maître d'école fait lire aux élèves. La séquence de l'école qui annonce "Les Herbes seches" (2023) met en scène deux mondes. Celui du dedans et celui du dehors, sauf que le deuxième vient s'inviter dans le premier lorsqu'un enfant trempé et transi de froid vient s'installer près du poêle. La bande-son laisse se dérouler en arrière-plan le discours de propagande tout en dilatant la séquence pour faire entendre le bruit des gouttes d'eau des chaussettes de l'enfant qui tombent sur le poêle, tandis que l'image se focalise sur des détails (une plume qui vole, le rougeoiement des braises) qui font écho au son des flocons de neige qui s'écrasent sur les fenêtres, manifestant ainsi le désir des enfants d'être ailleurs. Un désir qui trouve son accomplissement au printemps dans la séquence forestière et dans celle de la fête foraine, filmée en contre-plongée de sorte que les gens qui sont dans les manèges semblent sur le point de s'envoler. Sauf qu'il s'agit d'une illusion comme le montre l'oncle des enfants, Saffet (Mehmet Emin TOPRAK) qui regarde en l'air, affalé au sol. Une attitude qui reflète son dilemme entre son attachement au village et son désir non satisfait de partir à l'étranger. Le deuxième mouvement montre Saffet et les enfants se retrouvant lors d'un repas et d'une veillée nocturne autour d'un feu de camp avec le reste de leur famille pour quarante minutes (sur une heure vingt) d'échanges tendus -mais trop longs et répétitifs- entre le patriarche et sa progéniture autour des choix et désirs de départ. Une analogie avec le théâtre de Tchékhov a souvent été faite pour expliquer ce mouvement qui est en quelque sorte le reflet inversé de l'autre puisque les enfants silencieux sont renvoyés à l'arrière-plan. Film a forte teneur autobiographique et familiale (ce sont ses proches qui jouent la plupart des rôles, sa soeur a écrit le scénario etc.), la photographie y est sublime et parcourue d'instants de grâce sans pour autant occulter la cruauté de ce monde, symbolisé par l'humiliation que le maître fait subir à son élève et par ricochet, celle que les enfants font subir à plus faible qu'eux (handicapés et animaux).

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Les Vieux

Publié le par Rosalie210

Claus Drexel (2024)

Les Vieux

Dans les sociétés traditionnelles, la parole des anciens, porteuse de la mémoire de la communauté était infiniment écoutée et transmise. D'ailleurs c'est le propre des génocides de s'attaquer aux enfants et aux vieillards c'est à dire au futur et au passé d'une société. Notre société productiviste a cependant tendance à déconsidérer les vieux et leur savoir parce qu'elle privilégie l'innovation technologique à toute autre forme de savoir, parce qu'elle voue un culte au jeunisme et à l'inverse, est effrayée par le vieillissement et la mort, enfin parce qu'elle délaisse les populations jugées "inutiles", culpabilisant d'ailleurs certaines personnes âgées qui ont l'impression d'être un boulet.

A rebours de cette vision, le réalisateur a effectué un voyage à travers la France pour aller à leur rencontre et enregistrer leur parole. Celle-ci est entrecoupée de superbes plans sur les paysages dans lesquels ils ont vécu: villes, montagnes, forêts, mines, plages. C'est ainsi à une respiration face à l'agitation contemporaine que Claus DREXEL nous invite: "Je ne sais pas pour quelle raison, dans notre monde, tout doit aller vite. Il ne faut jamais s’arrêter. Il faut produire et consommer sans cesse". Pourtant, nulle idéalisation de la vie de ces gens issus de tous les milieux sociaux et origines, âgés de 80 à 100 ans dont une partie est filmée en EHPAD. Certains ont d'ailleurs des difficultés d'élocution, d'autres sont invalides et il y en a même un qui est désorienté et ne peut donc pas témoigner. Néanmoins la majorité s'exprime, sur des sujets variés et la plupart de ces témoignages sont intéressants, certains sont passionnants. Dommage qu'il n'y ait pas de véritable fil directeur, le montage au moins aurait pu être plus structuré. La seconde guerre mondiale revient plusieurs fois comme une expérience marquante, de même que les guerres de décolonisation. Beaucoup évoquent leurs expériences de vie singulières qui déconstruisent nombre d'idées reçues ou démontrent que certaines de nos problématiques actuelles comme le dualisme scolaire se posaient déjà à leur époque. Certains évoquent leur philosophie de vie comme cette résidente qui souligne l'importance de la créativité face à tous les conformismes ("l'uniformité ne fait pas l'unité") ou cet guide de montagne qui insiste sur les liens entre l'homme et la nature (incluant son environnement humain). Enfin si la tristesse d'avoir perdu des êtres chers est commune à nombre d'entre eux, on est frappé par la sérénité que la plupart expriment vis à vis de leur mort prochaine, certains la voyant comme une délivrance.

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Requiem

Publié le par Rosalie210

Hans-Christian Schmid (2006)

Requiem

En regardant "Requiem", ce croisement improbable de "L'Exorciste" (1972) et de "Le Ruban blanc" (2009), c'est à un autre film que j'ai pensé "Carrie au bal du diable" (1976). Certes, "Requiem" est dénué de toute dimension fantastique et sanguinolente, est aussi épuré et sobre que "Carrie" est baroque et spectaculaire mais il existe un un point commun essentiel avec le film de Brian DE PALMA: les ravages du puritanisme anglo-saxon au travers de la relation d'emprise d'une mère bigote sur sa fille qui va logiquement se retrouver "possédée". Rien n'est vraiment explicite dans "Requiem" sinon le fait que la mère refuse que sa fille s'émancipe et devienne une femme. Michaela réussit quand même grâce à son père bienveillant mais faible à quitter le foyer pour aller faire ses études à l'université. Elle parvient un certain temps à mener une vie normale, nouant des liens d'amitié et entamant une histoire d'amour mais elle est bien vite rattrapée par ses "démons". Démons qui se manifestent sous forme de crises d'épilepsie de plus en plus violentes qui emmènent la jeune fille jusqu'au bord de la folie. Son dilemme insoluble entre son désir de liberté et celui d'être aimée par sa mère se manifeste dans la relation torturée qu'elle entretient avec la religion et son refus de se faire soigner sinon par des exorcismes. Sandra HULLER dont c'était le premier rôle (tiré d'une histoire vraie) dégage une puissance de jeu impressionnante, notamment lors des scènes où elle danse frénétiquement et celles où elle devient hystérique et a remporté d'entrée l'ours d'argent à Berlin.

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Dernier été

Publié le par Rosalie210

Robert Guédiguian, Frank le Wita (1981)

Dernier été

Premier film de Robert GUEDIGUIAN, "Dernier Eté" est une sorte de "Les Vitelloni" (1953) marseillais. Grosso modo on suit une bande de jeunes gens désoeuvrés du quartier de l'Estaque à Marseille qui carburent au pastis et tuent le temps entre les bars, les bals, le baby-foot, la plage, les petits boulots, la délinquance. Le tout sur fond de chômage, de fermetures d'usines et de désespérance sociale mais ce contexte a du mal à s'imposer à l'écran. Il y a en effet trop d'hésitations sur le genre et même sur le contenu du récit. Le ton dominant du film est en effet léger, insouciant mais celui-ci est encadré par la musique de Vivaldi qui annonce un final tragique (l'ombre de Pier Paolo PASOLINI est un peu lourde à porter). Et sur le fond, on a plus l'impression de voir un groupe de petits glandeurs sans perspectives que des chômeurs dans la galère façon frères Dardenne ou des résistants au modèle en train de s'imposer juste à côté, celui des grandes métropoles mondialisées. "Dernier Eté" vaut surtout comme acte fondateur de l'identité d'un cinéaste avec son unité de lieu et sa troupe d'acteurs fétiches, dont le couple phare composé de Gerard MEYLAN et Ariane ASCARIDE alors tout jeunes. Il est assez fascinant de voir ces acteurs devenus familiers avec "Marius et Jeannette" (1997) à l'aube de leur carrière.

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Les Photos d'Alix

Publié le par Rosalie210

Jean Eustache (1980)

Les Photos d'Alix

"Les Photos d'Alix" est l'un des derniers films de Jean EUSTACHE, tourné un an avant sa mort. On y voit en un étrange miroir une de ses amies, la talentueuse photographe Alix Clio-Roubaud, décédé jeune elle aussi trois ans plus tard commenter un jeu de ses photographies en compagnie du fils de Jean EUSTACHE, Boris EUSTACHE alors âgé d'une vingtaine d'années. Un spectateur non averti ne peut qu'être surpris par l'évolution du film. Alors que dans sa première partie, Alix fait un commentaire classique de ses photos, racontant le contexte de leur réalisation, identifiant les personnages, expliquant les effets artistiques recherchés, insensiblement, un décalage se fait jour entre l'image et le son au point que ce qu'elle raconte finit par ne plus rien à voir avec ce qu'elle montre. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser aux libres associations images-mots des tableaux de René Magritte d'autant que l'une des photographies ressemble beaucoup à la composition de "Le Modèle rouge" (Mi chaussures/Mi pieds humains). A travers ce dispositif de désynchronisation, le spectateur est donc invité à ne pas prendre pour argent comptant ce qui se dit et à faire travailler son propre imaginaire pour combler les lacunes de ce qui est donné à voir. Et ce d'autant que Alix Clio-Roubaud est une conteuse formidablement charismatique qui suscite un trouble visible chez Boris EUSTACHE, ses commentaires revêtant un fort caractère à la fois exotique (l'importance des voyages où reviennent régulièrement la Corse, Londres et New-York) et intime (l'enfance, les amours, la sexualité, les paradis artificiels). On remarque aussi combien ce film présente de similitudes avec "Une sale histoire" (1977). Un conteur, un auditoire, un espace imaginaire, troublant et poétique, un temps suspendu, celui du récit, un temps retrouvé, celui des souvenirs. Au point même que dans "Les photos d'Alix", l'une d'elles fait penser à "La Jetee" (1963), "Ceci est une image d'enfance".

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Chocolat

Publié le par Rosalie210

Roschdy Zem (2016)

Chocolat

Le clown Chocolat est la première star noire-africaine ayant percé en France au tournant de la Belle Epoque. Les traces iconographiques de sa notoriété dans les dessins de Henri Toulouse-Lautrec ou dans la campagne du chocolat Felix Potin ("battu et content") illustrent pour la plupart les stéréotypes racistes en vigueur à l'époque, Chocolat n'ayant été accepté que par son rôle de faire-valoir du clown blanc George Foottit avec lequel il a formé un duo a grand succès avant de chercher à se détacher en vain de cette image humiliante et de tomber dans l'oubli. Jusqu'aux travaux de l'historien Gérard Noiriel qui se sont conclus en 2012 avec la publication d'un livre lui étant consacré. C'est ce livre qui a servi de base au film réalisé par Roschdy ZEM, même si celui-ci a pris pas mal de libertés avec l'histoire, notamment la relation entre Chocolat (Omar SY) avec George Foottit qui était davantage basée sur la rivalité que sur l'amitié. Il n'en reste pas moins que les caractères bien dessinés des deux personnages et l'alchimie entre les acteurs font que leur duo est très intéressant à regarder de par leur dynamique complexe. Si Chocolat doit supporter de terribles blessures d'amour-propre, c'est lui qui attire la lumière (il est seul sur les affiches!), les femmes et qui flambe l'argent. Foottit est quant à lui hors de la scène renvoyé dans l'ombre où il rumine ses frustrations. J'ai découvert James THIERREE dont la ressemblance avec son grand-père Charles CHAPLIN est extrêmement frappante et qui a une présence indiscutable. Si le message est parfois trop appuyé (la séquence de la prison par exemple où Chocolat est maltraité n'a pas existé!), certaines séquences sont délicieuses comme celle, véridique du tournage d'un film des frères Lumière (joué par les frères Bruno PODALYDES et Denis PODALYDES) mettant en scène les deux clowns.

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Les carnets de Siegfried (Benediction)

Publié le par Rosalie210

Terence Davies (2024)

Les carnets de Siegfried (Benediction)

"Les Carnets de Siegfried" est le dernier film de Terence DAVIES, décédé en octobre 2023. Comme Roman POLANSKI dans "Le Pianiste" (2002), il s'abrite derrière l'histoire d'un autre artiste pour mieux parler de lui. Cet autre c'est Siegfried Sassoon (Jack LOWDEN), un poète britannique inconnu chez nous mais en porte à faux avec la société de son temps sur au moins deux plans: la première guerre mondiale qui le priva d'êtres chers et qui fit de lui un pacifiste prêt à mourir pour sa cause et une homosexualité torturée. Ce n'est pas par hasard que la rétrospective que lui consacre le Centre Pompidou s'intitule "Le temps retrouvé". Car dans le film, les ellipses temporelles sont légion et se manifestent de multiples façons, du montage d'images d'archives pour les souvenirs de la première guerre au morphing pour le vieillissement des personnages: celui de Siegfried qui s'accompagne d'un travelling circulaire est particulièrement saisissant. Ainsi selon les méandres du récit fondé sur l'association d'idées et les réminiscences, on retourne en arrière ou bien on franchit plusieurs décennies pour atterrir dans des séquences conçues comme autant de tableaux. Par ailleurs la musique est indissociable des films de Terence DAVIES et constitue, de même que la poésie, un puissant moyen d'expression des êtres opprimés et traumatisés auxquels il s'identifie. Comme dans son magnifique "Distant Voices" (1988), ceux-ci créent de la beauté pour faire rempart à la violence qui leur est faite. Enfin "Les Carnets de Siegfried" se caractérisent par l'utilisation d'une ironie qui fait mouche et qui elle aussi fait partie des ressources salvatrices que possédait ce grand réalisateur, aussi discret qu'élégant.

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