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Citizen Jane, l'Amérique selon Jane Fonda

Publié le par Rosalie210

Florence Platarets (2020)

Citizen Jane, l'Amérique selon Jane Fonda

Une personnalité riche pour un documentaire qui ne l'est pas moins. "Citizen Jane, l'Amérique selon Fonda" revient sur la carrière de celle qui au départ n'était qu'une "fille de" destinée à faire fantasmer les hommes avec des rôles stéréotypés de pom-pom girl. Comme elle l'explique dans "Sois belle et tais-toi" (1976), si elle a réussi à échapper à la chirurgie esthétique, elle a dû porter pendant les dix premières années de sa carrière de faux cils, des cheveux teints en blond et de faux seins, lui donnant de faux airs de Brigitte BARDOT en rejoignant la "collection" de Roger VADIM. Jusqu'à ce que comme sa consoeur féministe française, Delphine SEYRIG, elle ne se rebelle au début des années 70 après avoir tourné son premier film en prise avec le réel "On acheve bien les chevaux" (1969), notamment au travers de combats politiques (contre la guerre du Vietnam notamment) qui lui valurent de nombreux ennuis avec le gouvernement Nixon et l'Amérique conservatrice mais aussi une carrière remarquable au sein du nouvel Hollywood. Quant à sa réinvention en reine de l'aérobic dans les années 80, elle est expliquée comme un moyen de se réapproprier son corps et de vaincre ses troubles alimentaires, face au star system mais aussi face à son père qui la dévaluait constamment, la trouvant trop grosse. De fait, Jane FONDA apparaît comme une guerrière capable de surmonter traumatismes (suicide de sa mère, viol dans l'enfance, trois divorces) et maladies (plusieurs cancers), à la manière d'une Pam GRIER. Une dure à cuire que l'on a encore pu voir à l'oeuvre dans un moment d'anthologie du film "Youth" (2015) de Paolo SORRENTINO.

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Little Girl Blue

Publié le par Rosalie210

Mona Achache (2023)

Little Girl Blue

L'idée de départ du film était prometteuse: en finir avec la reproduction d'un traumatisme familial se transmettant de génération en génération au moyen d'une enquête approfondie se basant sur les archives pléthoriques laissées par la mère et la grand-mère de la réalisatrice, Mona ACHACHE: livres, carnets, photographies, enregistrements d'émissions de radio et de télévision etc. Mais aussi en faisant incarner Carole Achache, la mère de Mona par une actrice professionnelle, Marion COTILLARD. Disons-le tout de suite, sa prestation est incroyable et devrait être montrée à tous les détracteurs de cette actrice tant elle est aux antipodes des rôles dans lesquels on est habitué à la voir. Marion COTILLARD est une formidable actrice de composition, ce qu'elle avait brillamment démontré dans "La Mome" (2007) qui lui avait ouvert les portes de Hollywood mais depuis, ce talent avait été sous-exploité. Hélas, la réalisatrice n'a pas réussi à tricoter les matériaux hétéroclites qu'elle avait à disposition en un ensemble qui puisse tenir la route. Le film est extrêmement brouillon si bien que rapidement, on ne sait plus ce qui appartient à Monique (la grand-mère), à Carole (la mère) et à Mona (la fille). C'est sans doute voulu pour montrer la malédiction de la répétition du même schéma familial mais cela finit par nous faire décrocher. Plus embêtant, la sophistication du procédé retenu et la saturation du cadre par les archives, notamment les milliers de photos représentant Carole créé un effet de distanciation et de saturation narcissique qui tue dans l'oeuf toute émotion. Il y a quelque chose de poseur dans ce film, de complaisant. On se lasse de voir le même visage, le même corps (souvent dénudé), la même voix dupliquée des centaines de fois nous racontant ses expériences de jeune bourgeoise cherchant à s'encanailler. Ca se regarde et s'écoute beaucoup trop parler et à force d'ambivalences, cela jette un doute sur la volonté même de vouloir vraiment en finir avec la culture du viol. Jean Genet est par exemple décrit comme une ordure mais aussi comme quelqu'un de bien qui a quand même "formé" Carole. Ne pas avoir su ou pu en finir avec ce discours du "en même temps" laisse planer un grand doute sur l'effet de réparation recherché par la fille envers elle-même et envers sa mère, à l'inverse d'une Christine ANGOT et de sa fille Eléonore qui ne montrent aucune espèce de fascination pour le milieu qui a causé leurs maux.

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Bon voyage

Publié le par Rosalie210

Jean-Paul Rappeneau (2003)

Bon voyage

J'ai trouvé le film absolument virtuose sur le plan de la mise en scène. Tel un chef d'orchestre, Jean-Paul RAPPENEAU mène tout son petit monde sur un rythme allegro-presto et pourtant, tout s'y écoule de façon parfaitement limpide, jusqu'au plus petit rôle. Parce qu'il ne faut pas sous-estimer la difficulté que représente le fait de maintenir ce rythme trépidant tout au long du film tout en restant lisible. Si on regarde plus en détail, on s'aperçoit que le scénario est bien structuré avec plusieurs sous-intrigues impliquant un ou plusieurs personnages qui reviennent en leitmotiv tout au long du film: les gangsters, les espions, les scientifiques, les politiciens etc. Car oui, "Bon voyage" ressemble à une partition de musique avec sa soliste star (Isabelle ADJANI qui n'a pas l'âge du rôle certes mais qui en a l'aura et qui joue la fausse ingénue manipulatrice avec brio), ses duettistes (Gregori DERANGERE et Yvan ATTAL, Virginie LEDOYEN et Jean-Marc STEHLE), ses triangles amoureux (Gregori DERANGERE, Isabelle ADJANI et Gerard DEPARDIEU, Gregori DERANGERE, Yvan ATTAL et Virginie LEDOYEN ) sans parler de la petite musique distillée par le moindre petit rôle incarné par des acteurs de caractère (Michel VUILLERMOZ, Edith SCOB) avec en arrière-plan, le choeur d'une reconstitution historique sachant rendre à merveille le chaos de l'exode de l'élite française à Bordeaux en mai-juin 1940. Chapeau!

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Tout de suite maintenant

Publié le par Rosalie210

Pascal Bonitzer (2016)

Tout de suite maintenant

Un conte moral comme les aime Pascal BONITZER dans lequel il prend pour cible la haute finance et son "univers impitoyable" comme les hautes sphères politiques dans "Cherchez Hortense" (2011) ou le marché de l'art dans le récent "Le Tableau vole" (2023). Toute une galerie de personnages gravite dans le sillage du cabinet de conseil en fusions-acquisitions où se fait embaucher Nora (Agathe BONITZER) qui gravit rapidement les échelons au grand dam de son collègue Xavier (Vincent LACOSTE) qui n'a pas la chance, comme elle, d'être du sérail. Il faut dire que Nora est la fille d'un ancien camarade de (grande) école de Barsac, le patron (Lambert WILSON) et de son associé (Pascal GREGGORY). Barsac s'empresse d'ailleurs de prendre la jeune recrue sous son aile, tant et si bien que Nora découvre dans la maison de Barsac son double plus âgé en la personne de Solveig (Isabelle HUPPERT), l'épouse de Barsac. Celle-ci qui semble bien névrosée a également très bien connu le père de Nora, Serge Sator (Jean-Pierre Bacri). Quant à l'associé de Barsac, il n'apprécie guère d'être mis sur la touche et le fait savoir, quitte à nuire à lui-même et à la boîte. Peu à peu, on découvre la nature des liens entre tous ces personnages, Lambert WILSON incarnant une fois de plus un requin sans scrupules (comme dans "On connait la chanson") (1997) et Jean-Pierre BACRI, un idéaliste blessé. Le monde de la finance sert de prétexte à des déballages intimistes alors que les jeunes acteurs sont un peu sacrifiés au profit de leurs aînés, même si Vincent LACOSTE fait une prestation tout à fait convaincante. "Tout de suite maintenant" souffre de ce déséquilibre ainsi que d'un certain manichéisme (argent contre science, cynisme contre poésie, amour contre intérêt, coeur contre intelligence etc.) Quelques personnages sont difficiles à cerner comme celui de la bonne des Barsac ou sont survolés comme celui de la soeur de Nora. Bref l'ensemble, quelque peu superficiel et brouillon déçoit.

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Mommy

Publié le par Rosalie210

Xavier Dolan (2014)

Mommy

Au début du film, j'ai cru que le format carré de l'image était dû à un mauvais paramétrage tant il restreint le champ, comme si on regardait à travers des oeillères. Mais il s'agit évidemment d'un choix esthétique reflétant l'enfermement des personnages en eux-mêmes et dans une vie sans perspectives. D'ailleurs le format ne change, temporairement, que deux fois. La première, c'est lors d'un rare moment de plénitude et d'harmonie durant lequel Steve, l'ado tourmenté roule sur la route en skateboard, casque sur les oreilles suivi de près par sa mère et l'amie de celle-ci à vélo sur "Wonderwall" du groupe Oasis, élargissant le cadre en écartant les bras. La deuxième fois, c'est sa mère qui rêve à une autre vie dans laquelle son fils deviendrait adulte et s'accomplirait dans ses études, dans sa vie sentimentale et en tant que père. Evidemment, il n'en est rien et le retour à la réalité est brutal. "Mommy" dépeint ainsi de rares moments de grâce au milieu de la relation fusionnelle et dysfonctionnelle qui unit envers et contre tout une mère cash, excentrique veuve et précaire et son fils, un adolescent TDAH complètement ingérable sur qui plane l'épée de Damoclès de l'internement. Les films de Xavier DOLAN décrivent souvent des relations hystériques ce qui parfois m'indispose. Cependant ici, il introduit un élément d'équilibre à travers le personnage de la voisine, Kyla qui devient l'amie, la confidente et le soutien du duo. Kyla qui est douce, posée, apaisante tout en étant ferme, attentive et peu loquace et pour cause, elle bégaie. Un défaut d'élocution qui ne semble pas de naissance mais lié à un traumatisme, la jeune femme ayant suspendu son activité d'enseignante et semblant coupé du reste de sa famille, laquelle comporte un membre manquant: son fils. Grâce à elle, une nouvelle famille prend corps, fragile, temporaire mais qui montre qu'un autre monde est possible et c'est justement cela qui élargit le cadre et donne quand même de l'espoir. J'ajoute que le duo des deux actrices fétiches de Xavier DOLAN, Anne DORVAL et Suzanne CLEMENT fonctionne extrêmement bien tant elles sont à la fois semblables et complémentaires. Antoine-Olivier PILON est tout aussi remarquable, rendant Steve tantôt aussi effrayant qu'une bête sauvage et tantôt attachant comme le petit garçon qu'il est encore par certains aspects. Bref, "Mommy" est le film de la maturité pour Xavier DOLAN qui sans renoncer à son identité, en maîtrise bien mieux les caractéristiques que dans ses premiers films (la bande-son des années 90, les ralentis sont bien mieux dosés et font tous sens au même titre que les relations entre protagonistes sont mieux équilibrées).

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Missing/Porté disparu (Missing)

Publié le par Rosalie210

Costa-Gavras (1982)

Missing/Porté disparu (Missing)

Le film Missing, l'un des meilleurs Costa-Gavras, palme d'or au festival de Cannes en 1982 est une adaptation du livre de Thomas Hauser "The Execution of Charles Horman: An American Sacrifice" sorti quatre ans auparavant. Il évoque le destin authentique d’un jeune Américain de gauche « disparu » au Chili dans les jours tumultueux qui ont suivi le coup d’État militaire du 11 septembre 1973. Il retrace également l’enquête, douloureuse et compliquée, à laquelle se livrèrent sur place le père du « disparu », Ed, et l’épouse, Joyce (renommée Beth dans le film à sa demande), jusqu’à découvrir enfin que Charles avait été exécuté par les militaires chiliens, avec la complicité des autorités américaines, parce qu’il en savait trop sur la participation de celles-ci à l’organisation du putsch du général Pinochet. 

La réussite de Costa-Gavras réside dans le fait d'avoir su convertir ces événements historico-politiques en expérience humaine sensible. On n'est pas prêts d'oublier le cauchemar dans lequel sont plongés les civils, confrontés sans cesse à des visions d'horreur et à un stress intense. Costa-Gavras rend palpable le régime de terreur instauré par Pinochet avec une bande-son riche en coups de feu, en crissements de pneus, en vrombissements de pales d'hélicoptères. Il montre aussi visuellement la violence s'abattant sur des femmes attendant à un arrêt de bus parce qu'elles portent des pantalons (un signe d'émancipation abhorré par le fascisme réac, de même que les cheveux longs pour les hommes) ou bien frappant au hasard des personnes embarquées de force dans des voitures sous les yeux de leurs enfants. Les exactions prennent également des tournures symboliques comme la scène où Beth assiste à la course éperdue d'un magnifique cheval blanc poursuivi par les soldats. Un autre animal-totem subit également leur brutalité, le canard qui servait de modèle à Charles pour ses dessins de BD. Les écrits sont d'ailleurs une cible, les scènes d'autodafés, "crimes contre l'esprit" étant nombreuses. Jack Lemmon qui déploie toute sa puissance de jeu humaniste (et a reçu un prix d'interprétation mérité à Cannes) nous fait vivre de l'intérieur la descente aux enfers de son personnage d'américain conservateur découvrant l'hypocrisie et le cynisme des autorités de son pays: un voyage de l'autre côté du miroir qui lui permet par contraste de découvrir la vraie valeur de son fils, de Beth (Sissy Spacek) mais aussi la sienne, cette part de lui-même qu'il a transmis inconsciemment à Charles et qu'il avait toujours dénigré jusque là. Bouleversant.

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Le deuxième acte

Publié le par Rosalie210

Quentin Dupieux (2024)

Le deuxième acte

Comme tous les ans depuis 2021, je regarde la cérémonie d'ouverture du festival de Cannes depuis le cinéma "Le Louxor" qui diffuse ensuite le film d'ouverture. Cette année c'est le dernier long-métrage de Quentin DUPIEUX, le réalisateur qui filme plus vite que son ombre! (trois films en moins de un an). "Le deuxième acte" s'inscrit comme une suite de "Yannick" (2023) et offre une mise en abyme satirique du monde du cinéma. Dans un décor blafard de no man's land dont le lieu central est le restoroute qui donne son titre au film, on assiste à des échanges tournés en plans-séquence entre des personnages qui sont régulièrement interrompus par les commentaires ou les réactions des acteurs qui les incarnent à savoir Louis GARREL, Raphael QUENARD, Lea SEYDOUX et Vincent LINDON. A l'image du brouillard qui envahit l'image, il devient de plus en plus difficile de distinguer ce qui relève de la fiction, ce qui relève du tournage de cette fiction et ce qui relève du réel ce qui est caractéristique du cinéma de Quentin DUPIEUX. Les acteurs n'hésitent pas en effet à s'autoparodier avec des allusions par exemple aux tics de Vincent LINDON. Et quand on pense être sorti de la fiction, c'est pour mieux entrer dans une autre, les acteurs-personnages changeant de rôle comme de chemise. Ce dispositif brechtien joue en effet à fond de l'abattage du quatrième mur, les acteurs ne cessant de faire allusion au public et à l'équipe de tournage que nous ne pouvons pas voir. Il passe à la moulinette les thèmes "à la mode" (allusions à Metoo, à la cancel culture, réalisateur remplacé par une IA qui nous donne l'une des scènes les plus drôles du film), se moque du narcissisme des acteurs (dont on avait un avant-goût dans la bande-annonce "c'est moi la star du film, non c'est moi etc.). Par contraste, il met en avant un simple figurant (Manuel GUILLOT) paralysé par le trac et incapable d'accomplir le geste tout simple qu'il est censé effectuer. Quant aux petites mains du tournage, elles sont représentées par la séquence de fin, les centaines de mètres de rail de travelling qu'il a fallu poser pour filmer les plans-séquence.

Cependant si le film est parfois drôle, je l'ai trouvé également trop souvent creux et prétentieux. A force de proposer le même dispositif (deux personnages marchant côte à côte en discutant) ou le même gag (la tremblotte qui empêche le serveur de remplir les verres), il finit par comporter des redites et des longueurs. Le dernier dialogue, très théorique sonne creux. On peut parfois se dire qu'il y a un soupçon de complaisance et de nombrilisme dans cette démarche, bien moins ciselée et percutante que celle de son précédent film, "Daaaaaali !" (2022). Enfin la façon dont sont abordées toutes les questions relatives aux rapports de domination et aux discriminations qui plombent aujourd'hui l'atmosphère du monde du cinéma est ambigüe. A force de brouiller les pistes, on a l'impression que Quentin DUPIEUX se planque si bien que son film censé être satirique voire provoquant semble avoir surtout été conçu pour ne fâcher personne.

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Le goût de la cerise (Ta'm-e gilās)

Publié le par Rosalie210

Abbas Kiarostami (1997)

Le goût de la cerise (Ta'm-e gilās)

La première fois que j'ai vu "Le goût de la cerise" de Abbas Kiarostami, palme d'or ex-aequo avec "L'Anguille" au festival de Cannes, j'ai eu l'impression de passer à côté. J'ai d'ailleurs oublié l'intrigue. Mais je me suis aperçue avec le recul du temps qu'un image revenait à ma mémoire à chaque visionnage d'un film aux caractéristiques similaires: celle du véhicule qui serpente dans un paysage de collines arides comme une métaphore du chemin qu'emprunte l'existence jusqu'au moment où elle s'arrête. Ce que j'avais en revanche oublié, c'est l'ambiguïté de la scène inaugurale où l'on voit un homme aborder des inconnus depuis sa voiture pour les convaincre de monter à bord. Puis, pour ceux qui acceptent, la proposition "d'un travail bien payé" dont il refuse de dévoiler la nature. C'est franchement trouble et je pense que c'est l'effet recherché. Car on ressent particulièrement bien le malaise du premier des trois passagers, le jeune soldat qui croit d'abord que l'homme va juste le déposer à sa caserne et se sent au fil des minutes pris au piège au fur et à mesure que le véhicule s'en éloigne et que l'homme dévoile ses intentions après un interrogatoire de plus en plus intrusif. Même si ce que souhaite M. Badii n'est pas ce à quoi l'on pense, il s'agit bien d'un tabou dans la théocratie iranienne, quoique la condamnation du suicide soit commune à la plupart des doctrines religieuses qui font l'apologie de la vie et de la soumission à Dieu. Par conséquent l'idée de demander de l'aide à un séminariste ne peut mener qu'à une impasse, les divergences de point de vue étant irréconciliables. Cependant l'atmosphère du film change avec le troisième passager qui travaille au Museum d'histoire naturelle. Déjà parce qu'il a accepté la proposition de M. Badii lorsqu'on le découvre à la suite d'une ellipse mais aussi parce qu'il lui demande de bien réfléchir avant et de mesurer tout ce qu'il va perdre. La quête change alors de direction. Il ne s'agit plus de trouver quelqu'un pour mourir mais d'accomplir ou pas le geste fatal. Et en parfaite symbiose avec l'ode à la vie prononcée par le vieil homme, le paysage traversé se fait verdoyant, coloré et de l'eau apparaît. Le fait également que les trois hommes pris par M. Badii soient étrangers (un kurde, un afghan, un turc) n'est certainement pas innocent. Son choix final n'est pas montré, le film laissant la fin ouverte en bifurquant au dernier moment dans une tout autre direction, celle de son tournage, filmé en vidéo comme un album de famille. Une ultime dérobade qui laisse le spectateur seul avec ses questionnements.

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Les Tribulations d'un chinois en Chine

Publié le par Rosalie210

Philippe de Broca (1965)

Les Tribulations d'un chinois en Chine

Philippe de BROCA a voulu prolonger le succès de "L'Homme de Rio" (1964) avec "L'homme de Hong-Kong" mais "Les Tribulations d'un chinois en Chine" (1965) librement adapté du roman de Jules Verne ne parvient pas à la cheville de son prédécesseur. Le démarrage est particulièrement poussif et par la suite, en dépit de quelques moments amusants, le film, rempli comme un oeuf et brouillon ne parvient jamais à trouver un rythme de croisière satisfaisant. Pour ne rien arranger, Jean-Paul BELMONDO qui est en roue libre cabotine tant qu'il peut et c'est d'ailleurs cette caricature qui a ensuite été pastichée et parodiée par les humoristes au point de recouvrir son véritable talent d'acteur. D'autres sont sous-exploités, je pense particulièrement à Maria PACOME et à Jess HAHN qui passent une grande partie du film assis sur un fauteuil à attendre que ça se passe. Mais au moins ils ont droit à une scène d'action où l'on retrouve fugacement le talent du réalisateur. L'actrice qui joue leur fille, Valerie LAGRANGE reste une vraie potiche du début à la fin. Et Ursula ANDRESS est une fausse bonne idée, elle ne parvient pas à s'imposer autrement que l'actrice ayant joué dans "James Bond 007 contre Dr. No" (1962). Le seul acteur qui réussit à faire une composition savoureuse, bien qu'un peu répétitive est Jean ROCHEFORT dans le rôle d'un Passepartout guindé jusque dans les situations les plus extrêmes.

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Fish Tank (Fish Tant)

Publié le par Rosalie210

Andrea Arnold (2009)

Fish Tank (Fish Tant)

"Fish Tank" exploite la métaphore de l'aquarium pour dépeindre le parcours d'une adolescente défavorisée qui tel un poisson rouge, tourne en rond dans son bocal à la recherche d'une issue. Aussi l'histoire combine absence d'horizons et désillusions sans pour autant être déprimant ni supprimer tout espoir. Mia (Katie Jarvis) est une combattante qui parcourt son territoire désolé avec la rage au ventre, serrée de près par la caméra à la manière de la Rosetta des frères Dardenne ce qui confère à la mise en scène une nervosité, une tension, un sentiment d'urgence permanent. Elle vit dans une cité HLM de la banlieue de Londres au milieu d'une famille monoparentale dysfonctionnelle. La mère (jouée par Kierston WAREING vue chez Ken Loach ce qui n'est pas un hasard)  est immature et néglige ses filles qui grandissent comme elles le peuvent. La plus jeune, Tyler que l'on voit souvent devant une télévision allumée en permanence est "attachiante" avec comme réflexe de survie un talent pour les réparties humoristiques. Mia, plus renfermée et impulsive est déscolarisée, désocialisée et durant tout le film, l'épée de Damoclès d'un internement en centre surveillé plane sur elle. Il n'est guère étonnant dans ce contexte que la vision d'une jument attachée au milieu d'un terrain vague la bouleverse. Si ses efforts pour la libérer restent vains, c'est tout de même de ce no man's land que finit par surgir sa seule véritable porte de sortie au travers d'un jeune gitan retapant une voiture avec lequel elle se lie. Auparavant, Mia tente de s'extraire de sa situation par la danse hip-hop qui est son exutoire. Les personnages ne sont jamais réduits à leur misère sociale, leur part de créativité se fraie un chemin malgré tout mais on n'est pas pour autant dans une success-story. Le résultat final est donc une déception, l'audition n'étant qu'un prétexte pour recruter de jeunes corps féminins exploitables par le désir concupiscent masculin. Même déboire auprès de l'amant de sa mère, Connor (Michael Fassbender) qui se pose en père de substitution et en "prince charmant" avant d'abuser de la situation. Mia découvre alors l'ampleur de son imposture. La scène de Fish Tank que je trouve la plus forte est celle où elle observe ce dernier, garé devant son pavillon sortir les courses avec sa femme pendant que sa fillette, Keira, vêtue en princesse fait de la trottinette sous ses yeux. Comme une image de son exclusion et d'un bonheur auquel elle n'aura jamais droit. Mais s'agit-il vraiment d'un bonheur que celui de ce modèle patriarcal basé sur la duplicité et le narcissisme? Quand Keira tombe à l'eau, j'ai pensé à "Frankenstein", heureusement avec une issue moins dramatique. Mais pour Mia, l'issue ne peut se faire qu'en marge de cette société conformiste, hypocrite, cynique et sans scrupules. Lucide, juste et brillant.

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