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Je veux vivre ! (I Want to Live !)

Publié le par Rosalie210

Robert Wise (1958)

Je veux vivre ! (I Want to Live !)

"Je veux vivre" est un film terrible sur la peine de mort aux USA qui démontre une fois encore le regard critique et humaniste de Robert WISE. Comment a-t-on pu dire qu'il n'y avait pas de liens entre ses films? Je lui trouve d'évidentes affinités avec "Nous avons gagne ce soir" (1948): une "misfit" se débattant au coeur d'un système vicieux l'ayant prise au piège, quelques témoins compatissants et 35 minutes finales d'un suspense insoutenable dans le couloir de la mort confinant à la torture avec l'usage brillant du temps réel. On finit par oublier les casseroles que traîne Barbara Graham, sa vie chaotique (exposée au début du film avec de saisissants cadrages obliques sur fond de musique jazz) et se ficher de savoir ou non si elle est coupable du crime dont on l'accuse (apparemment l'affaire réelle qui a inspirée le récit n'était pas très claire). Après un procès biaisé et malhonnête, la manière dont les institutions américaines jouent avec sa vie en prolongeant son attente est révoltante et on se dit qu'aucun être humain, quoi qu'il ait fait ne mérite un tel traitement. Si Susan HAYWARD en fait trop dans son rôle de femme de mauvaise vie dans le premier tiers du film, son jeu devient de plus en plus dépouillé au fur et à mesure que l'échéance approche. Robert WISE montre les préparatifs de l'exécution avec une précision clinique glaçante. Le tribunal médiatique est présent à l'exécution, lui qui a tout fait pour enfoncer Barbara Graham dans l'opinion publique et influé sur la décision des jurés. Face à tant d'inhumanité et de voyeurisme sordide, le spectateur s'identifie au journaliste Ed Montgomery qui après avoir aboyé avec la meute, défend Barbara presque seul contre tous (le film est basé sur leur correspondance). Un loup solitaire que sa surdité place à l'écart de la foule et de ses pulsions les plus sombres.

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Annie Colère

Publié le par Rosalie210

Blandine Lenoir (2021)

Annie Colère

Les films sur la conquête du droit à l'avortement sont souvent casse-gueule car ils impliquent une reconstitution d'époque, des discours militants, des images d'archives et cela peut devenir très vite ultra pesant. Celui-ci qui se déroule à la veille de l'adoption de la loi Veil s'en sort haut la main en se focalisant sur le parcours émancipateur d'une ouvrière qui au contact du MLAC (mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception créé en 1973) prend confiance en elle et réinvente sa vie. Sans chercher à édulcorer la réalité de l'époque marquée par les ravages que faisaient les avortements clandestins et l'oppression patriarcale incarnée par les institutions, le film qui met l'accent sur l'entraide, le partage horizontal des savoirs, un accompagnement humain des actes médicaux est lumineux. Il évite également soigneusement tout manichéisme primaire. Le mouvement compte une majorité de femmes mais est également soutenu par plusieurs hommes, de jeunes médecins que l'on devine avoir hérité de l'esprit de mai 1968 ou de plus âgés ayant fait une prise de conscience. C'est donc tout un réseau de solidarité qui se forme auquel l'adoption de la loi ne met pas un point final. Avec intelligence, Blandine LENOIR montre qu'une prise en charge plus humaine des femmes dans la médecine obstétrique, d'une meilleure connaissance de son corps et d'une éducation à la sexualité digne de ce nom se pose toujours. Un bel hommage est rendu à Delphine SEYRIG dont on revoit le coup de gueule poussé lors d'un débat sur l'avortement en 1972. Côté interprétation, rien à dire, c'est du bon boulot. Laure CALAMY qui me tape si souvent sur les nerfs est ici parfaitement juste et les autres (Zita HANROT, India HAIR etc.) sont à l'unisson. On remarque également Rosemary STANDLEY issue du groupe Moriarty qui chante pour apaiser les femmes pendant les avortements qui ne sont jamais montrés comme des actes anodins tant ils touchent à l'intime.

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La rose de Versailles (Versailles no Bara)

Publié le par Rosalie210

Ai Yoshimura (2025)

La rose de Versailles (Versailles no Bara)

Comme Silvia Stucchi et son livre-hommage "La Dame au ruban bleu: cinquante années avec Oscar", le studio MAPPA célèbre avec trois ans de retard l'anniversaire du chef d'oeuvre de Riyoko IKEDA en produisant une nouvelle adaptation sous forme d'un long-métrage d'animation d'environ deux heures. Celui-ci est un condensé des 10 volumes du manga s'appuyant également sur les adaptations du Takarazuka, revue théâtrale japonaise 100% féminine produisant des spectacles musicaux. Le film comporte donc de nombreux passages chantés. Il bénéficie également des techniques et des graphismes les plus modernes en terme d'animation. Clairement, ce remake, sorti sur Netflix le 30 avril 2025 cherche à séduire la nouvelle génération. Pourtant il n'arrive pas à la cheville de la deuxième partie de la série de 1979 produite par le studio TMS et réalisée par Osamu DEZAKI qui donnait à l'histoire une profondeur tragique et une esthétique cinématographique avec un travail incroyable sur la lumière et le regard (et ce avec les moyens limités d'une diffusion TV) sans parler de la mise en valeur du graphisme du merveilleux duo Shingo ARAKI/Michi HIMENO. Le numéro 250 d'Animeland qui vient de sortir leur consacre à tous de copieux articles à la hauteur de leurs talents conjugués. Le film du studio MAPPA reste quant à lui à la surface des personnages qui sont édulcorés: il n'y a plus de suicide, plus de mariage forcé, plus de tentative de viol, plus d'infanticides, plus de climat incestueux, plus d'ambiguïté sexuelle, plus de maladie mortelle. La grande Histoire est presque complètement escamotée alors qu'elle est dans le manga et dans la série un ressort essentiel de l'intrigue. Celle-ci, découpée à la hache et dépouillée de sa charge politique et de ses personnages secondaires est réduite aux relations sentimentales et aux fanfreluches. Seuls les questionnements et la révolte d'Oscar, reflet de la personnalité de Riyoko IKEDA donne un peu de substance à un contenu certes soigné mais inoffensif.

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Conclave

Publié le par Rosalie210

Edward Berger (2024)

Conclave

"Conclave" ne m'attirait pas du tout. Je n'avais pas aimé "Habemus Papam" (2011), l'institution me donne plutôt envie de fuir et puis cette réunion en grande pompes et à huis-clos d'hommes puissants désignant le nouveau guide du monde (catholique) ça me rappelle trop "La conference" (2022) même si les objectifs ne sont évidemment pas les mêmes et que la soutane y remplace l'uniforme.

Cependant, les critiques ont été tellement bonnes et soutenues sur la durée que je me suis ravisée, d'autant que l'actualité s'y prête. J'ai bien fait. C'est en effet un excellent film. Pas seulement sur l'aspect thriller, magouilles et intrigues de couloirs. C'est bien mené, prenant, avec un vrai sens du rythme et du rebondissement mais finalement cela n'est guère surprenant. On se doute bien que l'élection du pape fait l'objet d'une "cuisine" interne opaque. Comme tout enjeu politique, il y a des clans, des alliances, des coups bas, des trahisons etc. La mise en scène du rituel de l'élection réglé dans ses moindres détails apporte un intérêt supplémentaire comme les procédures permettant au vote de se tenir à huis-clos, le vote en lui-même, la fameuse fumée noire ou blanche qui annonce au monde qu'un pape n'a pas ou a été élu etc. La magnificence du décor (rien de moins que la chapelle Sixtine) et des costumes ajoute à la solennité du moment.

Le supplément d'âme de Conclave se situe dans les interstices du récit, une marge qui vient bousculer le centre. Telles des ombres, les femmes, bannies du "saint des saints" comme elles le sont du clergé se retrouvent dans le rôle de bonniches à préparer les chambres et la cuisine pour tous ces messieurs. Elles sont invisibles et sans paroles. Il faut voir l'expression fugace qui traverse le visage de soeur Agnès (Isabella ROSSELLINI, quelle actrice!) quand le cardinal Benitez dans son discours pense à remercier les bonnes soeurs d'avoir préparé le repas. C'est aussi cette silhouette qui s'éclipse fugacement, ce plat qui tombe bruyamment au sol comme autant de dissonances qui rappellent leur présence. Au fil du récit, bien qu'étant toujours dans l'ombre, ces soeurs s'infiltrent de façon déterminante dans le déroulement des événements, au fur et à mesure que l'enquête du cardinal Lawrence (Ralph FIENNES, superbe d'ambiguïté) avance sur ses rivaux. Plus le film avance, plus le huis-clos se délite: des informations fuitent, des scellés sont brisés et puis surtout, il y a cette scène-clé belle et terrible dans laquelle la chapelle tremble sur ses bases puis sous l'effet d'une deuxième explosion voit l'une de ses fenêtres brisée, recouvrant de poussière et blessant légèrement les cardinaux comme pour leur rappeler que vouloir surplomber le monde est une chimère. En étant sensible comme je l'ai été à cette deuxième histoire s'inscrivant en arrière-plan de l'autre, la fin m'a paru logique et lumineuse, à l'image de son dernier plan:

"L'homme a ce choix, laisser entrer la lumière ou garder les volets fermés." (Henry Miller)

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Le Jour où la Terre s'arrêta... (The Day the Earth Stood Still)

Publié le par Rosalie210

Robert Wise (1951)

Le Jour où la Terre s'arrêta... (The Day the Earth Stood Still)

Grand film de science-fiction réalisé dans le contexte de la guerre froide mais qui résonne toujours avec notre actualité plus conflictuelle et menaçante que jamais. Le minimalisme des effets spéciaux et des éléments extra-terrestres (formes épurées de couleur claire) sont à saluer car ils ne parasitent pas le propos du film avec des effets kitsch qui auraient mal vieillis. La science-fiction s'efface devant le vrai sujet du film qui est une critique de la société américaine et plus généralement des pays industrialisés utilisant les avancées technologiques pour se détruire mutuellement. Klaatu l'extra-terrestre est un nouveau messie (il se fait appeler "Carpenter" soit le métier du père de Jésus) ayant ce qui manque le plus aux humains, une hauteur de vue lui permettant de regarder avec mépris ceux-ci se perdre dans leurs querelles de puissance "enfantines". Il comprend également qu'il lui faut contourner ceux qui tiennent les rênes du pouvoir pour s'adresser aux catégories ayant le plus de chance d'écouter son message de paix et de changer le monde: femme, enfant, scientifique humaniste (dont les propos résonnent de façon troublante avec les attaques actuelles contre la science). Son bras droit armé, le robot Gort n'agit lui-même que pour neutraliser les armes et la violence. La démonstration de force que Klaatu impose à la terre ne vise pas à étaler sa puissance mais une fois encore, à ramener l'homme à sa juste place face aux forces de l'univers qui le dépassent. Face à eux, Robert WISE met en lumière comme dans "Nous avons gagne ce soir" (1948) grâce notamment à son talent de monteur les pulsions primitives des foules et la stupidité du mâle américain se sentant menacé dans ses privilèges. Le tout est souligné par la musique du grand Bernard HERRMANN qui n'avait pas encore acquis la renommée que lui vaudra sa collaboration avec Alfred HITCHCOCK. Comme le souligne la Cinémathèque qui lui consacre une rétrospective, il y avait bien "une âme dans la machine": autrement dit Robert WISE n'était pas qu'un technicien doué mais manifestait dans ses films une véritable indépendance d'esprit.

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Spectateurs !

Publié le par Rosalie210

Arnaud Desplechin (2025)

Spectateurs !

La bande-annonce m'avait donné envie mais les mauvais retours m'ont dissuadé d'aller voir le dernier film de Arnaud DESPLECHIN et malheureusement, force est de constater qu'il rate dans les grandes largeurs sa déclaration d'amour au cinéma. L'hommage est vibrant, sincère mais décousu, abscons, désincarné, pontifiant. Le découpage en chapitres et la présence d'un alter ego à l'écran, Paul Dedalus (interprété par différents acteurs selon l'âge représenté à l'écran) ne suffisent pas à donner une structure et une chair à ce fourre-tout autocentré mélangeant fiction, documentaire, propos philosophiques etc. Les passages avec Francoise LEBRUN font particulièrement sourire: qui peut croire aujourd'hui que des enfants vont sursauter d'effroi devant de vieux films en noir et blanc alors qu'ils sont abreuvés d'images depuis le berceau? On me rétorquera que ces passages sont sans doute autobiographiques et donc datés des années soixante mais il n'y a guère d'effort de reconstitution historique permettant de cerner le contexte. On me rétorquera encore qu'il s'agit sans doute d'un hommage à "Arrivee d'un train a La Ciotat" (1896) mais le film des frères Lumière est déjà cité et illustré à travers un extrait de "Dracula" (1992) dans le film de Arnaud DESPLECHIN.

Celui-ci est en effet ultra-référencé sans que ces références prennent vie: un véritable déluge s'abat sur le spectateur qui ne sait plus où donner de la tête entre Claude LANZMANN (l'un des meilleurs segments ceci dit mais mieux vaut bien connaître le réalisateur de "Shoah") (1985), Jean-Luc GODARD et sa vérité "24 fois par seconde", Stanley Cavell, théoricien du cinéma que je connais pour son travail sur la comédie du remariage mais dont les idées ne sont pas véritablement mises en valeur, Francois TRUFFAUT dont un apprenti-réalisateur analyse les premières images de "Les Quatre cents coups" (1959) etc. Il manque un fil directeur qui empêche ce film d'imprimer contrairement au travail documentaire d'un Bertrand TAVERNIER ou d'un Thierry FREMAUX ou bien fictionnel d'un Woody ALLEN ou d'un Steven SPIELBERG par exemple qui ont tous su transmettre leur amour du cinéma. Arnaud DESPLECHIN semble lui s'être surtout fait plaisir et avoir voulu asséner des "vérités" concernant un art dont fort heureusement il n'a pas l'exclusivité. L'ironie étant qu'il en a oublié au passage de faire du cinéma.

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La chambre de Mariana

Publié le par Rosalie210

Emmanuel Finkiel (2025)

La chambre de Mariana

Ayant entendu de bonnes critiques au sujet de "La chambre de Mariana", je suis allée le voir. Mais je n'ai pas du tout adhéré au film tant sur la forme que sur le fond. Sur la forme, je l'ai trouvé beaucoup trop long pour ce qu'il raconte, un défaut contemporain qui entraîne un délayage du récit qui plus est, malheureusement prévisible et un manque patent de rythme. Les souvenirs et "hallucinations" de Hugo qui viennent de temps à autre interrompre la monotonie de son existence de reclus ne lui donnent pas d'élan pour autant. Sur le fond, si Melanie THIERRY porte en grande partie le film sur les épaules (son engagement est à peu près la seule chose que je sauverai), son jeune partenaire n'est pas à la hauteur. On ne ressent pas le passage du temps et les transformations physiques et psychologiques de Hugo durant les trois années cruciales durant lesquelles il est caché par Mariana dans des conditions plus que précaires et qui correspondent à son entrée dans l'adolescence dans des conditions terribles: le froid, la faim, la peur, les visions d'horreur dont il est le témoin et le climat d'hypersexualisation dans lequel il grandit auraient dû bouleverser son apparence. Même après être sorti de sa cachette, Hugo continue à subir passivement les événements. Son apathie créé une distance qui fait obstacle à l'émotion. Mais l'aspect du film qui m'a le plus posé problème, c'est le climat incestueux qui y règne. La situation scabreuse dès le départ s'y prêtait mais l'attitude équivoque de Mariana vis à vis de son protégé la renforce, nous menant jusqu'à une fin suggestive qui n'est pas interrogée, dont les conséquences sur l'avenir de Hugo ne sont pas montrées (contrairement par exemple à "Fish tank" (2009) qui fait preuve d'une hauteur de vue que celui-ci n'a pas). Bref, durant tout le film, j'ai oscillé entre ennui et malaise. Un peu plus d'esprit critique, de sensibilité et un meilleur casting n'auraient pas fait de mal.

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Nous avons gagné ce soir (The Set-Up)

Publié le par Rosalie210

Robert Wise (1948)

Nous avons gagné ce soir (The Set-Up)

Vu dans le cadre de l'ouverture de la rétrospective consacrée à Robert WISE à la Cinémathèque, une démonstration magistrale de mise en scène qui tient le spectateur en haleine. Donnant l'impression d'être tourné en temps réel et faisant ainsi figure de premier chef d'oeuvre du genre avant des classiques comme "Le Train sifflera trois fois" (1951), ce film court mais dense contient en son sein une séquence d'anthologie, celle du combat de boxe opposant le vétéran Bill Thompson (Robert RYAN dont le passé de boxeur joue à plein dans la crédibilité qu'il donne à son personnage) au jeune Tiger Nelson (Hal FIEBERLING). Faisant démonstration de sa science du montage, Robert WISE alterne les plans larges et rapprochés du ring dans lequel Bill Thompson joue son honneur avec ceux d'une arène surchauffée par des spectateurs-voyeurs alléchés par l'odeur du sang, filmés au plus près et de plus en plus pris par le spectacle ce qui fait monter la mayonnaise avec une redoutable efficacité. Mais le prologue et l'épilogue ne sont pas en reste. Le prologue dans les vestiaires laissant la salle hors-champ a un très fort pouvoir de suggestion comme si Bill Thompson attendait son tour pour l'échafaud* puisqu'il est considéré comme fini et qu'il est trahi à son insu par son entraîneur qui fait un deal avec la mafia pour truquer le match et emporter la mise. L'épilogue est quant à lui est cruel et plein d'ironie: le pays de l'Oncle Sam vend du rêve (l'enseigne "Dreamland" accolée à la salle de boxe) mais est montré comme une jungle corrompue dans laquelle l'intégrité se paie au prix fort.

"Nous avons gagné ce soir" est donc l'un des meilleurs si ce n'est le meilleur film de boxe jamais réalisé. Il a inspiré Martin SCORSESE pour "Raging Bull" (1980) et à l'évidence Quentin TARANTINO pour le personnage de boxeur joué par Bruce WILLIS dans "Pulp Fiction" (1994). Il était temps que l'oeuvre de Robert WISE soit reconnue à sa juste valeur d'autant que de l'aveu même de la Cinémathèque, elle a été moins bien conservée que celle de réalisateurs plus prestigieux.

* L'errance nocturne et angoissée de l'épouse de Bill, jouée par Audrey TOTTER fait d'ailleurs penser au premier film de Louis MALLE qui s'intitule justement "Ascenseur pour l'echafaud" (1957).

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TKT (T'inquiète)

Publié le par Rosalie210

Solange Cicurel (2025)

TKT (T'inquiète)

Le cyberharcèlement scolaire est devenu un tel fléau de société qu'il envahit la sphère du cinéma et des séries. Ainsi "TKT" peut être vue comme une version belge de "Adolescence" (2025). En prime on y voit Emilie DEQUENNE dans son dernier rôle, celui de la mère d'Emma (Lanna de Palmaert), l'adolescente victime, le père étant joué par Stephane De GROODT. L'histoire est l'enquête du fantôme d'Emma, dans le coma après sa tentative de suicide. Comment en est-elle arrivée là? Déjà par son silence puisque face aux inquiétudes de ses parents, sa seule réponse est "t'inquiètes" (en abrégé, "TKT"). Ensuite par une série d'éléments pourtant futiles séparés les uns des autres (tenues vestimentaires inappropriées, tache sur le pantalon, vengeance du petit copain largué et d'une fille jalouse, agressivité par rapport aux remarques blessantes) qui finissent par former un engrenage qui la transforme en pestiférée.

Néanmoins il y a une différence fondamentale par rapport à "Adolescence". Cette dernière n'avait pas de visée pédagogique et s'est imposée après coup comme d'utilité publique. Alors que "TKT" est moins un film de cinéma qu'une opération de sensibilisation au phénomène du harcèlement conçue spécifiquement pour le milieu scolaire avec un didactisme trop appuyé. Didactisme qui l'emporte sur la mise en scène comme sur la construction des personnages, réduits à être le véhicule du discours. C'est pourquoi selon moi la série britannique de Philip BARANTINI ou encore "Amal, Un esprit libre" (2023) lui sont très supérieurs et peuvent être qualifiés d'oeuvres "coup de poing" ce qui n'est pas le cas de "TKT" même si l'on peut s'émouvoir du sort tragique de l'adolescente.

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Les Prédateurs (The Hunger)

Publié le par Rosalie210

Tony Scott (1983)

Les Prédateurs (The Hunger)

Le vampire est éternel... également sur les écrans. Comme tous les mythes, chaque époque s'en empare et le réinterprète. Avant les versions des années 90 ("Dracula" de Coppola, "Entretien avec un vampire" de Neil Jordan), la saga "Twilight" des années 2000 et la relecture de Jim Jarmush, "Only Lovers Left Alive" en 2013, "Les Prédateurs", le premier long-métrage de Tony Scott en a offert une version eighties chic, arty et saphique devenue culte avec le temps. Exit les vieux artefacts associés au vampirisme (les croix, l'ail, la lumière, les miroirs etc.) Dans "Les Prédateurs", ceux-ci sont jeunes, beaux, classe avec leurs costumes haute-couture taillés sur mesure. Ils ont les visages iconiques de Catherine Deneuve (période "Le Dernier Métro") et de David Bowie (période "Let's Dance"). Ils vivent dans de somptueuses résidences pleines de bibelots anciens et se repaissent autant de sang que de grande musique (magnifiquement utilisée que ce soit le trio de Schubert aussi suggestif que dans "Barry Lyndon" ou le Lakmé de Léo Delibes). Un sang étroitement lié au sexe, les vampires se nourrissant au moment de leurs ébats torrides avec leurs proies ce qui fait évidemment penser au sida alors en pleine émergence (et le film de Coppola enfoncera ensuite le clou). L'esthétique baroque tout autant que la thématique m'a fait penser spontanément à Blade Runner, réalisé par Ridley Scott, frère de Tony en 1982: clairs obscurs, lâcher de colombes, fumigènes, voilages volant au vent, ambiance hypnotique, créatures inhumaines en proie à des questions existentielles. Car l'immortalité des vampires de Tony Scott s'avère conditionnelle: elle dépend du désir d'un autre. Cet autre est longtemps Miriam, sorte de déesse égyptienne qui élit ceux qui lui plaisent jusqu'à ce qu'elle s'en lasse. Alors ceux-ci vieillissent brutalement et finissent par se transformer en momie. C'est précisément ce qui arrive à John dont le maquillage est par ailleurs très réussi (son auteur, Dick Smith a travaillé notamment sur "L'Exorciste"). Miriam a en effet trouvé un autre objet de désir en la personne de Sarah (Susan Sarandon), médecin spécialiste des effets du vieillissement. Mais avec elle, le processus s'inverse comme si la science dévorait la croyance. Les scènes entre Catherine Deneuve et Susan Sarandon ne sont pas pour rien dans le statut culte du film: la première est devenue une icône lgbt et la seconde incarne une femme forte et indépendante qui annonce celle de "Thelma et Louise". 

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