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Loveable (Elskling)

Publié le par Rosalie210

Lilja Ingolfsdottir (2025)

Loveable (Elskling)

Premier long-métrage très réussi de la cinéaste norvégienne Lilja INGOLFSDOTTIR. Après une introduction "conte de fées" trop belle pour être vraie, "Loveable" traite du divorce d'un couple bourgeois, thème vu et revu dans le cinéma scandinave mais pas seulement (on pense parfois à "Anatomie d'une chute") (2022) pour mieux ensuite analyser en profondeur la crise existentielle de son héroïne, Maria. Quadragénaire débordée, angoissée et frustrée, Maria ne parvient pas à verbaliser son mal-être et à communiquer avec les autres. Devenue inapte à la joie comme le montre une scène où elle esquive un moment de complicité festive entre son mari et leurs deux jeunes enfants, elle ne cesse de quémander de l'affection tout en déversant sa colère ce qui provoque des réactions de fuite (son mari, sa mère) ou d'agression (sa fille), l'entraînant dans une spirale dépressive infernale.

Avec l'aide d'une psy bienveillante que l'on peut qualifier de "personne-ressource" et dont le rôle à l'image du film évolue, Maria (Helga Guren dont la palette de jeu impressionne) mène une introspection sur ce qui l'a amené au burn out. L'aspect psy du film est très développé jusqu'au prénom du mari, Sigmund qui n'a pas été je pense choisi au hasard. Celui-ci a sa part de responsabilité de par son indifférence aux besoins de sa femme, son art de l'esquive et son refus d'admettre le déséquilibre qui s'est instauré au sein du couple dont il tire l'essentiel des bénéfices. Mais toute la subtilité du film (que certains n'ont pas comprise si j'en juge par des critiques le taxant de misogyne) est de parvenir à créer une empathie avec une femme au comportement rébarbatif qui en reproduisant un modèle familial dysfonctionnel transmet cette souffrance à la génération suivante. Sa fille, véritable miroir d'elle-même en est la meilleure preuve. Redevenir "aimable" (le titre du film) à soi-même, accepter la main tendue de l'autre, déposer les armes et se reposer, enfin.

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Le mariage de Maria Braun (Die Ehe der Maria Braun)

Publié le par Rosalie210

Rainer Werner Fassbinder (1979)

Le mariage de Maria Braun (Die Ehe der Maria Braun)

"Le mariage de Maria Braun" est l'un des films les plus célèbres de Rainer Werner Fassbinder. Il s'inscrit dans une trilogie de films sur l'histoire de son pays entre la fin des années 70 et le début des années 80 cherchant le juste équilibre entre distance critique (la raison) et mélodrame (l'émotion). C'est notamment frappant dans la mise en scène qui multiplie les barrières qu'elles soient visuelles avec des sur cadrages (murs, portes, fenêtres, mots du générique qui recouvrent l'écran, cloisons à la gare, dans le train, au bureau) ou sonores (bruits agressifs et parasites, radio invasive qui couvre à moitié les propos des personnages) avec un jeu sur le premier plan et l'arrière-plan.

De fait, le film à l'image de son héroïne puissante et entravée à la fois est rempli d'ambivalences.

Maria ne sait pas à quel sein se vouer. Elle croit être libre et fidèle à son amour perdu tout en désirant mener sa barque comme elle l'entend et finit par comprendre qu'elle n'est qu'un objet transactionnel entre hommes et ce qu'ils symbolisent (le nazisme puis son fantôme à travers son époux Herman, l'impérialisme américain à travers Bill le G.I., le capitalisme incarné par Oswald son patron franco-allemand).

Le destin de Maria permet ainsi à Fassbinder de faire la critique de son pays. La trajectoire historique est claire: le film s'ouvre sur un portrait d'Hitler presque aussitôt décroché d'un mur par un bombardement à la fin de la guerre et se referme sur celui de plusieurs chanceliers de la RFA vus en négatif sauf le dernier, Helmut Schmidt, celui du présent (du tournage du film). L'après-guerre est un champ de ruines, allusion à "Allemagne année zéro" et à "Le temps d'aimer et le temps de mourir" (Douglas Sirk étant l'un des maîtres de Fassbinder). La reconstruction n'est qu'une parenthèse dans laquelle les femmes se croient maître d'un jeu aux dés pipés (notamment par le fantôme d'un passé mis trop vite sous le tapis) avant d'être renvoyées à la cuisine (où Maria dans un geste d'un absolu nihilisme fait comme Chantal Akerman dans "Saute ma ville") par les hommes de pouvoir: politiques, militaires, industriels. Le film s'achève ironiquement sur la victoire de la RFA à la coupe du monde en 1954 commentée à la radio, le sport étant  d'après la remarque de George Orwell en 1945 "la guerre sans les fusils": effet de boucle garanti!

Hanna Schygulla, flamboyante et fétichisée à l'extrême fait penser à la Lola de Jacques Demy (celle du film au titre éponyme mais aussi celle de "Model Shop") en "sainte putain". D'un côté la femme romantique qui s'accroche à un idéal qui lui tient lieu de sens existentiel. De l'autre l'arriviste s'abîmant dans les fausses valeurs de la réussite matérielle avant de réaliser que cet idéal à qui elle a finalement tout sacrifié n'est en réalité que le cadavre oublié du nazisme dans le placard, ce "passé qui ne passe pas" et qui la conduit dans une impasse. La boucle est bouclée.

 

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Lina Esbrard, danse serpentine

Publié le par Rosalie210

Alice Guy (1902)

Lina Esbrard, danse serpentine

Ce plan statique de deux minutes attribué à Alice GUY montrant la danseuse Lina Esbrard imiter face caméra la danse serpentine de Loie Fuller a peu d'intérêt cinématographique. En revanche, l'enregistrement de cette performance a une valeur historique certaine. Il démontre la diffusion outre-Atlantique du style inventé par la célèbre danseuse américaine de la Belle Epoque* considérée comme la première star de la danse contemporaine. Il faut dire que Loie Fuller avait inspiré les plus grands artistes français de l'époque, le Tout-Paris se pressant aux Folies Bergère où elle se produisait à la fin du XIX° siècle. Il est donc logique qu'elle ait eu dès son vivant des imitatrices, plus ou moins douées se produisant parfois sous son nom. En matière de cinéma comme en matière de danse, les femmes étaient alors à l'avant-garde artistique: elles pouvaient ainsi prendre leur destin en main et se libérer des carcans qui les emprisonnaient. D'ailleurs, Loie Fuller comme Alice GUY durent se battre pour ne pas être dépossédées de leurs création à une époque où le cinéma, considéré comme un divertissement forain n'était pas crédité et où la danse perçue comme éphémère n'était non plus attribuée. C'est Loie Fuller qui eut la première l'idée de transposer les brevets industriels à ses propres innovations. Sa danse s'accompagnait en effet de recherches et d'expérimentations sur les jeux de lumière, de miroirs, de couleurs, l'accompagnement musical etc. tous absents du court-métrage qui n'est qu'une captation muette en noir et blanc bien pauvre. Son style art nouveau évoque la faune et la flore: serpent, papillon, motifs floraux et rompait avec les codes vestimentaires rigides dévolus aux femmes à la ville (le corset) comme à la scène (le tutu).

On peut légitimement se demander pourquoi Alice GUY ne l'a pas filmée directement plutôt que ses imitatrices. C'est que Loie Fuller refusait d'être filmée, au moins au début de sa carrière alors que tout dans cette danse ne pouvait que fasciner les expérimentateurs de l'art du mouvement. On sait en effet que Alice GUY a tourné pour Leon GAUMONT une danse serpentine dès 1897 avec une autre imitatrice de Loie Fuller et qu'il s'agissait à l'époque de répondre à la concurrence de Thomas Edison qui avait produit une première tentative en 1894 soit avant la naissance officielle du cinématographe!

* Qui a fait l'objet récemment d'un biopic où elle était interprétée par SOKO, "La Danseuse" (2016).

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QT8: Tarantino en 8 films (21 Years: Quentin Tarantino)

Publié le par Rosalie210

Tara Wood (2019)

QT8: Tarantino en 8 films (21 Years: Quentin Tarantino)

"Il transforme les inconnus en stars et les stars en légende": cette phrase de Jamie FOXX alias "Django Unchained" (2012) résume bien le mythe Quentin TARANTINO dont la réalisatrice du documentaire consacré à ses huit premiers films dresse les contours. Une incontestable success story pour cet employé de vidéoclub californien fou de cinéma et notamment de cinéma de genre et autodidacte devenu, qu'on l'aime ou non l'un des réalisateurs les plus importants du cinéma contemporain. Riche en témoignages, le documentaire reste cependant assez superficiel dans l'analyse de ses films et surtout, trop hagiographique. Certes, les questions qui fâchent sont abordées (l'accident de Uma THURMAN sur le tournage de "Kill Bill", l'étroite collaboration au long cours avec Harvey WEINSTEIN) mais elles sont traitées comme des parenthèses très vite refermées par un mea culpa (pour Uma THURMAN) et une désolidarisation suivie d'une rupture (pour Harvey WEINSTEIN). La célébration de l'esprit d'équipe du cinéaste qui conclut le film avec force photos à l'appui (dont beaucoup avec Uma THURMAN) vient de toute façon contredire et effacer ce qui avait été dit un peu plus tôt. La même technique est employée avec Weinstein tant le documentaire ne cesse d'insister sur les femmes puissantes mises en scène par Quentin TARANTINO ainsi que sur les personnages issus des minorités. Reste tout de même le plaisir de revoir les extraits les plus percutants de sa filmographie et quelques précieux témoignages de plusieurs de ses acteurs. Mon film préféré du cinéaste étant "Jackie Brown" (1997), j'ai eu un très grand plaisir à entendre celui de Robert FORSTER que Quentin TARANTINO a sorti des limbes comme beaucoup d'autres dont il a relancé la carrière (John TRAVOLTA, Kurt RUSSELL, Harvey KEITEL...)

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Mariage blanc (Phil-for-short)

Publié le par Rosalie210

Oscar Apfel (1919)

Mariage blanc (Phil-for-short)

Le cinéma muet fut un espace d'expérimentation et de liberté pour les hommes mais encore plus pour les femmes. La mémoire de cette période a été largement tronquée mais avant l'instauration du parlant et la transformation du cinéma en industrie commerciale*, les femmes étaient plus nombreuses que les hommes dans des postes clés du cinéma hollywoodien. Ainsi l'américaine Clara BERANGER écrivit près de 80 scénarios pour le muet entre 1913 et 1929 et seulement quatre pour le cinéma parlant, le dernier datant de 1934. " De toutes les différentes industries qui ont offert des opportunités aux femmes, aucune ne leur a ouvert autant de portes que celle du cinéma " disait-elle en 1919, année de la sortie de "Phil-for-Short" (1919), le titre en VO de "Mariage blanc" alors qu'elle avait déjà écrit la moitié de sa prolifique production.

"Mariage blanc" est une comédie féministe dans laquelle une jeune femme est élevée très librement par son père hélléniste à qui elle doit son prénom Damophilia, qu'elle abrège en "Phil" ce qui est bien pratique pour se faire passer pour l'autre sexe. En effet son éducation de "sauvageonne" est réprouvée par l'entourage puritain du père qui à sa mort veut reprendre les choses en main et dans la plus pure tradition patriarcale, marier le garçon manqué à un vieux barbon. Mais Phil ne l'entend pas de cette oreille et fuit, habillée en homme. Sur son chemin, elle rencontre un professeur de grec qui à la suite d'une déception sentimentale est devenu misogyne. Mais comme il croit que Phil est un homme, ils sympathisent ce qui rend plus compliqué pour ce professeur l'hostilité vis à vis de la soi-disant soeur jumelle de Phil qui vient opportunément enseigner le grec à ses côtés.

Si la mise en scène n'est pas terrible car assez décousue (peut-être est-ce dû également à l'ancienneté du film) et parfois théâtrale (avec un jeu sur un paravent dissimulateur qui devient répétitif à la longue), le scénario est astucieux, les intertitres sont élégamment incrustés dans les plans et l'actrice principale, Evelyn GREELEY a un sacré abattage pour défendre son indépendance, ses goûts (notamment pour la danse grecque) et pour faire tourner en bourrique ceux qui lui résistent.

* La crise de 1929 et la syndicalisation de la profession dont les femmes étaient exclues a également contribué à leur marginalisation. Pour plus d'information, voir le documentaire des soeurs Kuperberg, "Et la femme crea Hollywood" (2015).

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Crasse (Hoard)

Publié le par Rosalie210

Luna Carmoon (2025)

Crasse (Hoard)

En salle depuis le 11 juin, "Crasse" est un film emmêlant inextricablement amour et folie et donc franchement éprouvant à regarder. Dès l'introduction, on comprend que l'on va être pris dans une toile très difficile à détricoter. Celle du lien fusionnel unissant Maria et sa mère borderline contre le reste du monde. Un lien fait de torrents d'amour mais aussi de déchets que la mère de Maria collecte la nuit dans les poubelles et amasse dans leur maison au point de rendre celle-ci impraticable, dangereuse et insalubre. La magie d'une fête permanente pleine de lumières et de couleurs côtoie le chaos et l'ordure à chaque instant, rendant la vie sociale de Maria à l'école rapidement impossible. Jusqu'au jour de la catastrophe annoncée qui entraîne l'éloignement de la mère et le placement de l'enfant.

Que faire d'un tel héritage? C'est ce qu'interroge le film qui se concentre sur le destin de Maria dix ans après avoir été séparée de sa mère. Une Maria un peu fofolle mais qui semble s'être épanouie auprès de Michèle, sa mère adoptive et d'une copine d'école tout aussi azimutée qu'elle. Seulement la nouvelle du décès de sa mère dont elle réceptionne les cendres et le retour dans la maison de Michael, un ancien pensionnaire de Michèle en apparence rangé vont tout faire basculer. Maria va-t-elle devenir le double de sa mère avec ce deuil à traverser et ce partenaire de jeu dangereux qui porte sa propre bombe prête à exploser en lui? Encore plus qu'avec la mère de Maria, la mise en scène s'immerge dans la spirale d'une dinguerie sans limite confinant à l'horreur.

S'il est clair que le film ne plaira pas à tout le monde et que son hystérie fatigue à la longue (le film dure plus de 2h et aurait gagné à être plus resserré), et s'il semble peu réaliste que Michèle laisse ses deux protégés s'enfoncer dans leur délire sans réagir ou si peu, il est d'une trempe peu commune.

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Le Sel de la terre

Publié le par Rosalie210

Wim Wenders, Juliano Ribeiro Salgado (2014)

Le Sel de la terre

"Le Sel de la terre" est un film puissant qui sublime l'oeuvre du photographe franco-brésilien Sebastiao SALGADO disparu le 23 mai dernier à l'âge de 81 ans. A partir des années 70, il s'est fait le témoin des tragédies humaines aux quatre coins du globe (guerres, famines, grandes migrations) avant de se consacrer à un vaste projet nommé "Genesis" sur la nature et les hommes vivant en osmose avec elle à l'écart des ravages environnementaux causés par les sociétés productivistes modernes.

Le film comporte un aspect biographique, incluant les témoignages de proches et de Sebastiao SALGADO lui-même qui permet de se familiariser avec le photographe et son histoire. On y apprend notamment qu'il a suivi une formation d'économiste qui lui a donné des clés pour contextualiser ses photographies et qu'après toutes les atrocités dont il a été le témoin, c'est le travail de reforestation de la terre de ses ancêtres qui lui a redonné le goût de vivre (qu'il a poursuivi avec "Genesis"). Une polémique a d'ailleurs éclaté à la suite de la sortie du film entre autres sur les liens entre le photographe et une industrie minière qui finançait ses voyages (lien non évoqué dans le film). Mais ce sont les stupéfiantes photographies en noir et blanc, la plupart commentées qui constituent le coeur du film. C'est par leur biais que Wim WENDERS, lui même photographe l'a découvert, est devenu ami avec lui et lui a consacré le film, co-réalisé avec son fils aîné.

Quel qu'en soit le sujet, les photographies de Sebastiao SALGADO sont pleines de grandeur. Tout y apparaît magnifié, tant les paysages que les gens qui se transforment en figures héroïques ou bien martyres. Bien que ces photographies s'inscrivent dans un contexte très bien documenté (la famine en Ethiopie, le génocide du Rwanda, la guerre civile en Yougoslavie, le conflit irakien, la migration des paysans du Nordeste brésilien etc.), elles échappent au temps et semblent appartenir à l'éternité. Beaucoup les qualifient d'ailleurs d'images bibliques à l'image de l'incroyable ouverture consacrée aux photographies d'une mine d'or à ciel ouvert au Brésil envahie telle une fourmilière par des dizaines de milliers d'hommes couverts de boue piochant et portant des fardeaux. Certains ont pensé à "Aguirre, la colere de Dieu" (1972) à raison mais il y a aussi quelque chose de Sisyphe dans ce labeur mené dans des conditions terribles, la soif de l'or étant plus forte que la peur de la mort. Toute cette beauté pour décrire les pires horreurs est destinée à pousser le spectateur à la regarder (l'horreur) en face et à s'interroger. L'art élève et en élevant, il touche là où la simple information laisse le plus souvent indifférent. Montrer la part divine de l'homme au sein des populations les plus déshéritées de la terre lui donne par ailleurs une noblesse que les sociétés occidentales lui dénient par ailleurs (haine des migrants, mépris ou condescendance vis à vis des plus pauvres).

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Une héroïne de quatre ans

Publié le par Rosalie210

Alice Guy, Louis Feuillade (1907)

Une héroïne de quatre ans

Parmi les films conservés de Alice GUY, plus de la moitié de ceux qui ont été tournés entre 1906 et 1907 se situent en extérieurs. Ainsi "Une héroïne de quatre ans" a pour cadre le parc des Buttes-Chaumont, tout près des studios construits par Gaumont en 1905. Alice GUY aimait visiblement tourner en décors naturels et s'échapper des contraintes du studio comme son héroïne en culottes courtes qui profitant de l'assoupissement de sa gouvernante part à l'aventure et multiplie les B.A. (bonnes actions). Une partie du film est abîmée, ne permettant pas de voir clairement le plan où la petite fille sauve un aveugle. En revanche le plan suivant où elle ferme le passage à niveau pour empêcher trois ivrognes de se faire écraser par un train est digne par son timing d'un Buster KEATON. Une fulgurance au sein d'un film sinon plutôt pépère car bardé d'agents de police à tous les coins de rue ce qui limite grandement la prise de risque et lui donne même une tournure quelque peu moralisatrice.

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Hatari !

Publié le par Rosalie210

Howard Hawks (1962)

Hatari !

Je suis complètement tombée sous le charme de ce film mêlant aventure, comédie et romance dans lequel Howard HAWKS s'est surpassé. Comme dans "Rio Bravo" (1959) réalisé juste avant, il créé de toutes pièces une petite communauté hétéroclite par l'âge et les origines (devant comme derrière la caméra) mais soudée à travers laquelle circule une chaleur humaine rare. Plusieurs scènes emblématiques scellent l'union du groupe avec ses éléments les plus perturbateurs lorsque Gerard BLAIN donne son sang ou lorsque Elsa MARTINELLI joue au piano l'hymne américain. Le pouvoir fédérateur de la musique est célébré comme dans "Rio Bravo" (1959) mais cette fois, les femmes ne sont pas tenues à l'écart du groupe et de leurs péripéties, elles en font partie intégrante, même si c'est un peu par "effraction". Un malentendu sur un prénom pour l'une, l'image d'une éternelle enfant pour l'autre, illusions qui se dissipent assez vite ce qui permet à Howard HAWKS d'introduire un soupçon de rivalité masculine et de guerre des sexes au sein de sa joyeuse confrérie masculine. "Hatari!" se distingue également par la qualité de sa photographie, des prises de vue des scènes de capture immersives et époustouflantes de réalisme et une bande originale envoûtante de Henry MANCINI. S'il est important de se replacer ce safari africain dans le contexte colonial de l'époque du tournage où l'on ne se posait pas les questions d'aujourd'hui quant au pillage des ressources et au respect de l'environnement, les animaux ne sont pas là pour faire tapisserie, ils font partie intégrante de l'intrigue. Ils symbolisent ce que chacun porte en soi. D'ailleurs on retrouve au sein de la ménagerie l'emblématique léopard apprivoisé de "L'Impossible monsieur Bebe" (1937). Si l'objectif fondamental est de "capturer des coeurs", les modes de capture comme les animaux capturés diffèrent d'un individu à l'autre. Cela va de la dangereuse chasse aux bêtes à cornes pour les plus intrépides à l'astucieuse méthode du comique de la troupe pour attraper les singes au filet tandis que ce sont les éléphanteaux qui choisissent Dallas comme mère adoptive jusqu'à une hilarante scène de fin où elle ne parvient plus à s'en dépêtrer!

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Le ménage Dranem

Publié le par Rosalie210

Ferdinand Zecca (1912)

Le ménage Dranem

Court-métrage appartenant à une série exploitant la popularité de l'artiste vedette de café-concert parisien DRANEM alias Armand Ménard, son nom de scène étant l'anagramme de son véritable patronyme. Plus grande star dans son registre de la Belle-Epoque, il s'est inventé un personnage aux caractéristiques immuables: une sorte d'imbécile ahuri revêtu d'une veste étriquée, d'un pantalon trop large et trop court jaune rayé de vert, de grosses chaussures sans lacets et d'un petit chapeau qu'il a baptisé du nom de "Poupoute". Au vu de son énorme succès qui a fait de lui l'archétype du clown chansonnier, il eut beaucoup de pâles imitateurs mais inspira par la suite de grands artistes qui contrairement à lui sont restés dans la mémoire collective. La filiation avec BOURVIL saute aux yeux, de même que celle avec Boby LAPOINTE mais il a eu une influence également sur Maurice CHEVALIER et COLUCHE.

"Le ménage Dranem" est un film burlesque construit autour du renversement des rôles genrés assez typique de cette époque. Contrairement aux apparences, il ne s'agit pas d'un film progressiste mais d'une sorte de carnaval. Après s'être bien amusés ( PAQUERETTE surtout en suffragette qui prend toutes les initiatives face à sa chiffe molle de mari en singeant avec un certain délice les activités masculines telles que boire, fumer, jouer au billard, se bagarrer...), chacun reprend sa place à la fin. L'épouse inconvenante est matée et se retrouve avec une ribambelle de petits Dranem à élever en prime.

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