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Conclave

Publié le par Rosalie210

Edward Berger (2024)

Conclave

"Conclave" ne m'attirait pas du tout. Je n'avais pas aimé "Habemus Papam" (2011), l'institution me donne plutôt envie de fuir et puis cette réunion en grande pompes et à huis-clos d'hommes puissants désignant le nouveau guide du monde (catholique) ça me rappelle trop "La conference" (2022) même si les objectifs ne sont évidemment pas les mêmes et que la soutane y remplace l'uniforme.

Cependant, les critiques ont été tellement bonnes et soutenues sur la durée que je me suis ravisée, d'autant que l'actualité s'y prête. J'ai bien fait. C'est en effet un excellent film. Pas seulement sur l'aspect thriller, magouilles et intrigues de couloirs. C'est bien mené, prenant, avec un vrai sens du rythme et du rebondissement mais finalement cela n'est guère surprenant. On se doute bien que l'élection du pape fait l'objet d'une "cuisine" interne opaque. Comme tout enjeu politique, il y a des clans, des alliances, des coups bas, des trahisons etc. La mise en scène du rituel de l'élection réglé dans ses moindres détails apporte un intérêt supplémentaire comme les procédures permettant au vote de se tenir à huis-clos, le vote en lui-même, la fameuse fumée noire ou blanche qui annonce au monde qu'un pape n'a pas ou a été élu etc. La magnificence du décor (rien de moins que la chapelle Sixtine) et des costumes ajoute à la solennité du moment.

Le supplément d'âme de Conclave se situe dans les interstices du récit, une marge qui vient bousculer le centre. Telles des ombres, les femmes, bannies du "saint des saints" comme elles le sont du clergé se retrouvent dans le rôle de bonniches à préparer les chambres et la cuisine pour tous ces messieurs. Elles sont invisibles et sans paroles. Il faut voir l'expression fugace qui traverse le visage de soeur Agnès (Isabella ROSSELLINI, quelle actrice!) quand le cardinal Benitez dans son discours pense à remercier les bonnes soeurs d'avoir préparé le repas. C'est aussi cette silhouette qui s'éclipse fugacement, ce plat qui tombe bruyamment au sol comme autant de dissonances qui rappellent leur présence. Au fil du récit, bien qu'étant toujours dans l'ombre, ces soeurs s'infiltrent de façon déterminante dans le déroulement des événements, au fur et à mesure que l'enquête du cardinal Lawrence (Ralph FIENNES, superbe d'ambiguïté) avance sur ses rivaux. Plus le film avance, plus le huis-clos se délite: des informations fuitent, des scellés sont brisés et puis surtout, il y a cette scène-clé belle et terrible dans laquelle la chapelle tremble sur ses bases puis sous l'effet d'une deuxième explosion voit l'une de ses fenêtres brisée, recouvrant de poussière et blessant légèrement les cardinaux comme pour leur rappeler que vouloir surplomber le monde est une chimère. En étant sensible comme je l'ai été à cette deuxième histoire s'inscrivant en arrière-plan de l'autre, la fin m'a paru logique et lumineuse, à l'image de son dernier plan:

"L'homme a ce choix, laisser entrer la lumière ou garder les volets fermés." (Henry Miller)

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