Rusty James
Francis Ford Coppola (1983)
"Rusty James" est l'un des deux volets du diptyque que Francis Ford COPPOLA a consacré à l'adolescence au début des années 1980 à partir de deux romans de Susan E. Hinton (qui a participé à l'écriture du scénario) en conservant la même équipe et les mêmes lieux de tournage à Tulsa dans l'Oklahoma. D'ailleurs les films ont été réalisés en même temps. Mais si "Outsiders" (1983) est classique dans sa forme, "Rusty James" relève plutôt du cinéma expérimental. Tourné dans un noir et blanc expressionniste, "Rusty James" contient plusieurs trouvailles formelles, notamment celles qui se rapportent au dérèglement sensoriel de son grand frère surnommé "Motorcycle boy". Alors qu'on nous présente ce dernier comme un dangereux chef de gang dont le nom s'affiche sur tous les murs et dont l'aura est d'autant plus grande qu'il a disparu de la circulation pour une virée au soleil de la Californie, le voilà qui réapparaît, bien différent de la réputation qui l'accompagne. C'est sa vision du monde que le film épouse: privée de couleurs (il est daltonien) à l'exception de celles des poissons d'aquarium, les "rumble fish" du titre en VO à qui il souhaite rendre leur liberté*, et déréglée sur le plan sonore en référence à sa surdité. Lui-même parle avec une voix extrêmement douce qui est presque un murmure. Surtout, "Motorcycle boy" ne revient pas pour reprendre son rôle de gangster mais pour protéger et aider son petit frère à échapper à la fatalité à laquelle lui-même semble condamné (fatalité incarnée par le personnage du flic) dans une sorte de pulsion sacrificielle. Pour rajouter une couche de mythification, tout chez "Motorcycle boy" rappelle le Marlon BRANDO de "L'Equipee sauvage" (1953) et celui-ci est incarné par un Mickey ROURKE au visage alors magnétique, à la fois beau et désabusé. Rusty James, dont le patronyme est prononcé comme un mantra tout au long du film évoque quant à lui le James DEAN de "La Fureur de vivre" (1955) et est incarné par Matt DILLON. Au petit jeu des références, la première bagarre évoque très fortement "West Side Story" (1960) et les scènes de billard préfigurent "L'Impasse" (1993). Sans parler du père alcoolique des deux garçons, joué par Dennis HOPPER.
Mais derrière la forme travaillée d'un film qui ressemble à un songe mais frôle trop souvent l'exercice de style maniériste, on reconnaît les leitmotiv du cinéma de Francis Ford COPPOLA: la marginalité, la violence ou encore le désir d'échapper au déterminisme familial et/ou social. Francis Ford COPPOLA aime d'ailleurs faire tourner des acteurs appartenant à des familles de cinéma, à commencer par la sienne propre: son neveu, Nicolas CAGE tient un rôle secondaire dans le film tout comme Chris PENN, le frère de Sean PENN.
* Une métaphore limpide, à l'image du "Fish tank" (2009) de Andrea ARNOLD.
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