La Voie Royale
Frédéric Mermoud (2022)
Après "Premiere annee" (2018), "La voie royale" est le deuxième film que je découvre à propos d'un sujet que je connais bien, celui de la difficulté des jeunes issus des classes sociales défavorisées, même brillants intellectuellement à se faire une place au sein des études supérieures d'élite. La question est très vaste et le film de Frederic MERMOUD l'aborde avec un regard plein d'acuité sur le déterminisme social, les biais cognitifs ou encore l'hypocrisie d'un système qui prétend donner aux jeunes les clés pour changer le monde (la devise de Polytechnique) alors qu'il ne fait que le reproduire. Les CPGE prestigieuses en prennent pour leur grade avec leur darwinisme social alimenté par la compétition acharnée qu'elle se livrent entre elles et leur allergie à la mixité sociale, géographique et de genre. Mais là où le film tape le plus fort, c'est lorsqu'il montre comment Sophie Vasseur, brillante élève de terminale issue d'une famille d'agriculteurs loin d'épanouir son potentiel, navigue de déception en déception et dépérit à petit feu dans le micro-climat de sa prépa. Ses expériences les plus douloureuses, elle les connait avec ses camarades. Une fille d'abord, charismatique et surdouée avec laquelle elle entretient une relation fusionnelle jusqu'à ce qu'elle se rende compte qu'il ne s'agit que d'une illusion. Un garçon ensuite, moins autocentré, plus ouvert mais issu d'une famille de la grande bourgeoisie qui la place dans la même catégorie que celle des jeunes d'origine immigrée, celle de la "diversité". A chaque fois, la violence du rejet, de l'humiliation qui s'ajoute au fait de ne pas maîtriser les codes et d'avoir d'autres préoccupations en tête que les autres. Car Sophie garde un pied ancré dans son milieu familial étranglé par les difficultés financières, lâché par l'UE et en première ligne dans le mouvement des gilets jaunes. Bref dans ce film, la prépa est montrée comme une sorte de piège toxique qui élimine impitoyablement ceux qui ne parviennent pas à s'y adapter. Et encore, le film s'arrête au seuil de Polytechnique et ne montre pas l'après ce qui aurait été également très instructif sur les réelles possibilités d'ascension sociale de Sophie. De même que la déconstruction de la supposée "égalité des chances" alors que les stratégies scolaires des milieux les mieux informés (c'est à dire les plus privilégiés) se mettent en place dès le berceau, à compétence égale, comment rivaliser? Alors oui, il y a des professeurs qui parfois comme dans le film jouent les conseillers d'orientation mais cela reste au petit bonheur la chance et ça ne remplacera jamais la solidité du réseau.
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