Outsiders
Francis Ford Coppola (1983)
Autant "Rusty James" (1983) m'a laissé une impression mitigée malgré sa magnificence formelle (ou peut-être justement à cause d'elle tant ce bel objet arty se contemple à distance), autant j'ai aimé sans réserve son film jumeau* injustement mésestimé dans la carrière de Francis Ford COPPOLA. Formidable pépinière de talents (c'est l'un des premiers films de Patrick SWAYZE, Rob LOWE et Tom CRUISE), le film qui se déroule à l'époque de James DEAN s'appuie sur une intrigue proche de celle de "West Side Story" (1960) à savoir la rivalité de deux bandes, les greasers et les socs qui n'est pas fondée sur l'origine ethnique mais sur les inégalités de classe. Logiquement, le scénario s'intéresse beaucoup plus au gang de jeunes issu de milieux défavorisés, les greasers (surnommés ainsi parce qu'ils gominent leurs cheveux qu'ils portent plutôt longs) et contient une question sous-jacente relevant de la sociologie: à milieu égal, quels sont les facteurs qui font qu'on s'en sort ou pas? La réponse réside dans le fait que la pauvreté n'est qu'un paramètre parmi d'autres tout aussi déterminants dont la famille, l'un des thèmes privilégiés de Francis Ford COPPOLA. Johnny et Ponyboy qui s'aiment comme deux frères ont sensiblement le même âge (13-14 ans), la même origine sociale, la même sensibilité littéraire aussi. L'un veut lire dans le texte "Autant en emporte le vent", l'autre récite des poèmes. Tous deux, à l'image de Jim et Pluto dans "La Fureur de vivre" (1955) sont sensibles à la beauté du monde qu'ils contemplent non dans un planétarium mais directement sous les étoiles. Seulement Johnny n'a nulle part où aller, son foyer étant un enfer de violence et d'alcoolisme dont il s'extrait le plus souvent possible. La seule chose qui le rattache au monde, c'est la bande à laquelle il appartient et en particulier cet ami qui lorsqu'on s'attaque à lui l'amène à commettre l'irréparable. Ponyboy a la chance d'être protégé, non seulement par Johnny mais par sa fratrie dont il est le cadet et qui est dominée par la figure de Darry (Patrick SWAYZE avait déjà 30 ans au moment du tournage). Même si celle-ci n'est pas à l'abri de tensions et d'errements, la solidarité et l'amour qui circule entre les trois frères orphelins est remarquablement mise en scène. Mais on s'attache tout autant à Johnny (joué par Ralph MACCHIO), bouleversant lors d'un acte de rédemption qui lui brûlera les ailes. Même Dallas, le chef de bande dur à cuire tout juste sorti de prison (joué par Matt DILLON) est montré comme un être cherchant désespérément à sortir de son impuissance et de son enfermement. La bande originale est superbe
* "Outsiders" a été réalisé conjointement à "Rusty James" avec la même équipe, au même endroit (Tulsa dans l"Oklahoma) et est l'adaptation d'un roman de la même autrice, Susan Eloise Hinton qui a participé au scénario.
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