Guy
Alex Lutz (2018)
Que reste-t-il de nos années variétés? Une photo, vieille photo de ma jeunesse... Pour rendre hommage à cette époque, Alex LUTZ ne se contente pas de reconstituer minutieusement la culture populaire des années 70 et 80, les pochettes de 45 tours, les magazines, les chansons (originales mais sonnant exactement comme des tubes des années 70), les extraits d'émission vintage qu'on croirait sortis de Melody TV. Il l'incarne au travers d'un vieux chanteur fictif un peu aigri, icône de cette époque révolue. Guy Jamet est un étonnant mélange de Claude FRANCOIS, Patrick JUVET et Frank Michael. Le travail transformiste de Alex LUTZ sur ce personnage est impressionnant. Il y a les cinq heures de maquillage qui ont été nécessaires pour le vieillir et puis il y a la posture un peu figée, la raideur de la démarche, les hésitations de la voix un peu pâteuse, un peu rocailleuse, la lenteur du débit qui trahissent les restes d'un AVC.
Bien que le début du film semble se diriger vers la satire (la dernière compagne et ses deux chiens-chiens, le "cabanon", en réalité une superbe propriété provençale avec un mini-haras, les propos réac, les chansons ringardes), c'est la mélancolie qui l'emporte et de loin. La caméra s'attarde suffisamment sur le visage de Guy Jamet pour la laisser transparaître et puis il y a des séquences très réussies comme celle avec DANI qui incarne sa première compagne et qui est interprétée jeune par Elodie BOUCHEZ. C'est d'ailleurs la réussite de ce mockumentaire de parvenir à rendre aussi indistinct le vrai et le faux: le vrai Julien CLERC, une fausse Sylvie VARTAN (jouée par Marina HANDS), le vrai Michel DRUCKER etc. Néanmoins on est plus face à une suite de sketches/tranches de vie que face à un grand récit de cinéma. Je n'ai pas été convaincue par les questions filiales soulevées dans le film, les deux fils de Jamet (le fils légitime et le fils illégitime) étant trop ectoplasmiques à mon goût. Mais c'est certainement voulu puisque le film est centré sur Guy Jamet, lui-même un personnage autocentré qui semble bien plus affectionner ses chevaux que ses enfants et qui regarde avec tristesse et une pointe d'amertume le monde qu'il a connu disparaître sans avoir réussi à se projeter dans l'avenir.
/image%2F2429364%2F20260323%2Fob_8ebdc8_guy-76738-3702.jpg)
/image%2F2429364%2F20220209%2Fob_32c62c_hqdefault.jpg)
Commenter cet article