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Articles avec #boyle (danny) tag

Trainspotting

Publié le par Rosalie210

Danny Boyle (1996)

Trainspotting

"Trainspotting" que j'ai vu à sa sortie et dont je connais la bande originale par coeur m'apparaît aujourd'hui comme le miroir inversé pour ne pas dire cauchemardesque du conformisme social. Le célèbre monologue de Mark Renton (Ewan McGREGOR) qui ouvre le film parodie les injonctions consuméristes et l'idéal de respectabilité bourgeoise des années Thatcher sous la forme d'un manifeste du choix qui est en réalité un non-choix. Mark et sa bande de marginaux croient rejeter les règles de la société mais ils ne subvertissent pas pour autant le système capitaliste. Ils en sont en réalité la caricature. Leur comportement est dicté de A à Z par l'addiction et chacun des membres du groupe représente la version extrême des tares de la société qu'ils exècrent. Que l'on pense à Begbie (Robert CARLYLE) qui représente la brutalité patriarcale sans filtre, Sick Boy (Jonny LEE MILLER) l'opportuniste cynique, Spud (Ewen BREMNER) l'inadapté précaire et infantilisé. Quant à Mark, le pseudo-intellectuel révolté, la facilité avec laquelle il retourne sa veste et réintègre le monde "normal" en se montrant aussi individualiste qu'amoral montre à quel point la vie de junkie est une sinistre mascarade. Pour enfoncer le clou, aucune scène choc ne nous est épargnée, la vie de ces junkies dans la crasse et la merde illustrant leur décrépitude morale et contaminant tout ce qu'ils touchent comme la déchéance express de Tommy (Kevin McKIDD) ou la mort tragique de Dawn, le bébé d'Allison (Susan VIDLER).

Raconté tel quel, ce scénario semble plombant. Mais le grand tour de force de Danny BOYLE, c'est de l'avoir électrisé avec une énergie vitale débordante grâce à sa BO d'enfer (Iggy POP, Lou REED etc.), son montage frénétique et sa caméra nerveuse. Grâce à ce flux d'adrénaline permanent, on est plongé dans la subjectivité de ces junkies et on comprend mieux leur perception du monde, faite d'atroces bad trips (comme celui de la désintoxication de Mark dans sa chambre) mais aussi de moments d'euphorie enivrants, voire planants (la scène de l'overdose). Par ailleurs, la richesse visuelle du film est aussi ébouriffante que sa bande sonore avec des références qui ne sont jamais gratuites, qu'on fasse un tour dans le Korova Milk Bar de "Orange mecanique" (1971) avec sa bande de délinquants juvéniles sous substance laiteuse, sur le passage clouté en forme de parodie de l'Album "Abbey Road" des Beatles ou bien du côté "Des mystères de l'horizon", le tableau de René Magritte quand Mark à la croisée des chemins ouvre le coffre pour y déposer de l'argent et se retrouve cerné par ses propres reflets.

"Choisir la vie, choisir un boulot, choisir une carrière, choisir une famille, choisir une putain de télé à la con, choisir des machines à laver, des bagnoles, des platines laser, des ouvre-boîtes électroniques. Choisir la santé, un faible taux de cholestérol et une bonne mutuelle. Choisir les prêts à taux fixe, choisir son petit pavillon, choisir ses amis, choisir son survêt et le sac qui va avec, choisir son canapé avec les deux fauteuils, le tout à crédit avec un choix de tissus de merde. Choisir de bricoler le dimanche matin en s'interrogeant sur le sens de la vie, choisir de s'affaler sur ce putain de canapé et se lobotomiser aux jeux télé en se bourrant de MacDo. Choisir de pourrir à l'hospice et de finir en se pissant dessus dans la misère en réalisant qu'on fait honte aux enfants niqués de la tête qu'on a pondus pour qu'ils prennent le relais. Choisir son avenir, choisir la vie."

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Slumdog Millionnaire

Publié le par Rosalie210

Danny Boyle (2008)

Slumdog Millionnaire

Ce qui rend "Slumdog Millionnaire" passionnant, au-delà de la montée en puissance permise par sa construction et son caractère de conte de fée, c'est qu'il est paradoxalement en prise directe avec la réalité contemporaine, illustrant le va et vient permanent qui existe entre l'identité indienne du film et le contexte de mondialisation dans lequel il s'inscrit. Le titre évidemment fait référence à l'aspect le plus évident de cette mondialisation, le jeu "Qui veut gagner des millions?" décliné à la sauce indienne encore que celui-ci soit également le fruit de l'héritage colonial puisqu'il est d'origine britannique (nationalité par ailleurs du réalisateur Danny Boyle). Mais dans sa deuxième partie, le film montre aussi l'émergence de l'Inde en tant que grande puissance économique mondiale avec la construction des tours de bureaux dans les villes, le centre d'appel affichant des pendules aux différentes heures du monde ou le développement du tourisme international à travers le symbole qu'est le Taj Mahal. Cette modernisation coexiste toujours cependant avec la grande pauvreté, démultipliée par le fait que l'Inde est un géant démographique. A Mumbai (anciennement Bombay), les bidonvilles poussent dans les moindres interstices urbains et ce comme on peut le voir dans le film, jusqu'au pied de l'aéroport. Le héros de l'histoire, Jamal Malik en est issu ce qui rend improbable son isolent succès aux questions du jeu. Mais lorsqu'il est forcé de raconter comment il connaît les réponses, il raconte ses expériences et démontre que la culture de la rue est tout aussi influencée par la mondialisation que celle des élites. Une mondialisation sale et sombre, celle des mafias et des trafics, celle qu'a épousé Salim, le frère de Jamal alors que ce dernier a opté pour la "shining India", celle qui séduit le spectateur. Les couleurs saturées de l'image, le rythme échevelé de l'action, l'incroyable énergie qui se dégage du film et son clip final euphorisant ("Jai Ho") proviennent directement des canons du cinéma bollywoodien. "Slumdog Millionnaire" à l'image de la mondialisation peut être qualifié de film masala (métissé) parce qu'il mélange les genres (thriller, romance, social, conte, documentaire, reconstitution et images prises sur le vif dans la rue, au milieu de la foule) ainsi que les cultures. Ce qui explique aussi son succès mondial.

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