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Pêcheur d'Islande

Publié le par Rosalie210

Jacques de Baroncelli (1924)

Pêcheur d'Islande

"Pêcheur d'Islande" que l'on peut voir actuellement dans une version restaurée est la troisième adaptation du roman de Pierre Loti. Il se distingue par sa beauté et son hétérogénéité. D'une part, il possède un fort aspect documentaire. Tourné sur les lieux décrits par Loti, dans les villages de Paimpol et de Ploubazlanec, il contient en son sein de véritables séquences documentaires sur la pêche à la morue ou sur une noce en Bretagne telles qu'elles se pratiquaient au début des années 1920. Au cimetière de Ploubazlanec, le mur des disparus en mer recense les noms des pêcheurs et des bateaux disparus lors de la pêche en Islande alors que les femmes de marin guettent le retour des bateaux autour d'un monument au nom éloquent, "la croix des veuves". Mais cet aspect documentaire est contrebalancé par une romance contrariée par l'appel des éléments et la différence de classe sociale. Un canevas mélodramatique que l'on reverra par la suite, à la sauce marseillaise dans "Marius" (1931) ou transposé à la montagne dans "Premier de cordée" (1943). "C'est pas l'homme qui prend la mer, c'est la mer qui prend l'homme", cela pourrait être la devise de Yann (Charles VANEL), rude marin qui en pince pour la délicate Gaud (Sandra MILOVANOFF) dont le visage de porcelaine contraste avec les figures burinées des figurants (des habitants locaux pour la plupart) mais n'ose pas lui demander sa main, ce dont elle souffre en silence. Même quand un revers de fortune (au sens propre) rend le mariage possible, la mer déchaînée plane comme une menace sur les amoureux. Enfin, le film possède quelques séquences hallucinatoires de toute beauté, notamment celle où "La Marie", le bateau de Yann croise un vaisseau-fantôme qui apporte les funestes nouvelles venues de la terre ferme.

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Le monde de demain

Publié le par Rosalie210

Katell Quillévéré et Hélier Cisterne 52022)

Le monde de demain

Une des meilleures mini-séries de 2022, diffusée d'abord sur Arte puis sur Netflix. Réalisée par Katell QUILLEVERE et Helier CISTERNE dont l'intérêt pour l'histoire et les questions politiques et sociales n'est plus à démontrer, elle raconte la genèse du mouvement hip-hop en France au début des années 80, indissociable de l'émergence artistique d'une jeunesse populaire et métissée jusque là invisible dans les médias alors cadenassés par l'Etat. La mini-série suit plusieurs de ces jeunes, mettant en lumière au passage les différentes facettes du hip-hop que l'on a tendance à réduire au seul rap.

Le premier d'entre eux est le DJ Dee Nasty alias Daniel Bigeault (Andranic MANET) qui a joué un rôle fondateur méconnu et pourtant essentiel. Passionné par ce mouvement qu'il a découvert à San Francisco et qu'il importe en France, il mixe et scratche dans des clubs, enregistre le premier album de rap français en 1984, anime des soirées en plein air, ouvre l'antenne des radios libres au rap et aux rappeurs, notamment sur Radio Nova entre 1988 et 1989. Tout cela en autodidacte et dans une marginalité dont il ne sortira jamais vraiment. Il est dépeint sous les traits d'un jeune homme passionné, sensible, introverti et qui s'affirme peu. Tout le contraire de son explosive compagne Béatrice (Leo CHALIE), personnage fictif mais très fortement inspiré par le parcours et la personnalité de Catherine Ringer (et Daniel a d'ailleurs des points communs avec Fred Chichin). Ce n'est d'ailleurs pas le moindre exploit de la série que de mettre en avant des femmes fortes dans un univers très masculin, à l'image de la graffeuse Lady V (Laika BLANC-FRANCARD) qui fut la compagne de Kool Shen alias Bruno Lopes, l'un des deux membres du groupe NTM.

Parmi la nouvelle génération de talents que Dee Nasty a contribué a révéler, la série se focalise en effet sur Didier Morville (Melvin BOOMER) et Bruno Lopes (Anthony BAJON) qui traversent toutes les strates de ce mouvement sans véritable solution de continuité. Ils sont d'abord danseurs, puis graffeurs (stade durant lequel ils inventent leurs pseudos, JoeyStarr et Kool Shen) et enfin rappeurs. Tout cela dans une sorte de bouillonnement culturel propre à l'époque. L'histoire s'arrête en effet avant leur starisation et ne cherche jamais à les extraire de leur milieu. Celui-ci est dépeint avec beaucoup de réalisme et c'est ce qui est passionnant. On voit par exemple leurs "battles" avec d'autres groupes de danse et de rap. On voit également comment leurs milieux familiaux à la fois proches et opposés les ont forgés. D'un côté la famille chaleureuse et unie de Bruno Lopes dont il ne veut pas s'éloigner ce qui lui fait renoncer à une carrière de footballeur. De l'autre la jeunesse chaotique de Didier Morville cherchant à échapper à un père violent. L'une de mes séquences préférées est celle où le père ouvrier de Bruno Lopes voit son fils pour la première fois à la télévision dans "Mon Zénith à moi" à l'initiative de Nina Hagen qui a connu NTM via son compagnon, Frank Chevalier qui est alors le manager du groupe: choc culturel garanti!

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Les Hommes le dimanche (Menschen am Sonntag)

Publié le par Rosalie210

Robert Siodmak, Edgar George Ulmer (1930)

Les Hommes le dimanche (Menschen am Sonntag)

Voilà un film qui sidère par sa pépinière de talents, son avant-gardisme autant que par sa restitution documentaire du Berlin de la République de Weimar. D'un côté un monde disparu, de l'autre un monde qui n'est pas encore né. Le tout imaginé par un groupe de jeunes artistes débutants de la Mitteleuropa, juifs pour la plupart et devenus célèbres une fois passés de l'autre côté de l'Atlantique: Robert SIODMAK et son frère Curt SIODMAK, Edgar G. ULMER, Billy WILDER et enfin Fred ZINNEMANN. "Les hommes, le dimanche" est considéré comme le premier film indépendant de l'histoire, le précurseur des cinémas néo-réalistes et nouvelle vague en Italie, en France, aux USA. Notamment par le tournage en décors naturels, avec des non-professionnels, entre documentaire et fiction. C'est le reflet de petits moyens budgétaires (le film est muet alors que le cinéma parlant existait déjà depuis quelques mois) mais pas seulement. La scène où Erwin et Annie déchirent des photos de stars glamour (parmi lesquelles Greta GARBO et Marlene DIETRICH) a la même valeur iconoclaste que l'article de Francois TRUFFAUT dans les Cahiers du cinéma intitulé "Une certaine tendance du cinéma français".

Sorti en 1930, le film a été tourné en 1929, juste avant que la crise économique ne frappe l'Allemagne. On y voit donc un Berlin années folles en pleine effervescence artistique, jeune, actif et prospère où converge la jeunesse bohème. A l'image du groupe situé derrière la caméra, le film suit cinq jeunes gens et jeunes filles situés en marge du monde du spectacle (une figurante, une mannequin, une vendeuse de disques, un chauffeur de taxi et un colporteur ayant expérimenté divers emplois dont gigolo, métier rappelons-le alors pratiqué par Billy WILDER dans les grands hôtels berlinois sous le titre de "danseur mondain" en alternance avec ses activités de journaliste). A l'exception d'Annie la mannequin neurasthénique qui se morfond dans sa mansarde, tout ce petit monde profite de son dimanche pour partir pique-niquer et se baigner dans la banlieue de Berlin, au bord du lac du grand Wannsee. On fait alors un bond dans le futur car si l'on fait abstraction du gramophone en lieu et place du transistor, du walkman ou du MP3 sur la plage, on se croirait catapulté dans "Conte d'ete" (1996) de Eric ROHMER ou dans "Les Roseaux sauvages" (1994) de Andre TECHINE. A l'exception d'Erwin qui est marié à Annie et reste à l'écart, ça marivaude à qui mieux mieux dans l'eau et dans les bois entre le beau Wolf (l'ex-gigolo) et les deux amies, Brigitte et Christl, la blonde et la brune, toutes deux d'une beauté juvénile très moderne avec leurs coupes à la garçonne et filmées de très près. La première des deux a un visage qui se situe quelque part entre Jean SEBERG et Scarlett JOHANSSON et est complètement fascinante. Tout cela respire la fraîcheur et la liberté, même si ce n'est qu'une parenthèse, assombrie par le retour du quotidien, de la mansarde et de son occupante dépressive et par le fait que nous savons que ce monde est au bord du gouffre.

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Printemps précoce (Soshun)

Publié le par Rosalie210

Yasujiro Ozu (1956)

Printemps précoce (Soshun)

Dans la filmographie très cohérente de Yasujiro OZU, "Printemps précoce" se distingue par sa tonalité plus amère que douce. En effet c'est la morosité qui domine cet opus désenchanté que rien ne vient véritablement éclairer hormis deux ou trois scènes sur lesquelles je reviendrai. Morosité d'un quotidien sans perspectives, rythmé par une routine monotone et sans joie, tant dans le travail que dans un couple qui ne semble plus fonctionner que mécaniquement. Yasujiro OZU semble d'ailleurs renvoyer la tradition et la modernité dos à dos. Les conventions sociales sont montrées au travers de la crise que traverse le couple formé par Shoji et Masako. Ces deux-là semblent ne plus rien avoir à se dire depuis la mort de leur enfant (était-il donc leur seule raison d'être?) Lui semble fatigué, résigné et fuyant. Elle n'est qu'un bloc de reproche et de refus silencieux et s'est retirée en elle-même. Pourtant ils ont intégré l'un comme l'autre qu'ils sont condamnés à rester ensemble. Et contrairement à "Le Gout du riz au the vert" (1952), la réconciliation nous laisse, c'est le moins que l'on puisse dire, sur notre faim. Les conventions sociales sont également montrées dans leur hypocrisie au travers de la condamnation sans appel de l'adultère entre Shoji et Chiyo, la jeune secrétaire émancipée, condamnation scellée par une mutation pour Shoji qui a tout d'une mise au placard. De toutes façons, Shoji préfère la compagnie de ses anciens camarades de régiment ou de ses collègues masculins avec qui il peut jouer au mah-jong ou prendre des cuites ce qui en dit long sur une société restée très patriarcale et qui n'a pas tourné la page de la défaite. Sur le plan de la modernité, c'est le triomphe du "métro-boulot-dodo" avec sa cohorte de cols blancs de banlieue s'entassant le matin dans les mêmes trains avant de rejoindre les sempiternels mêmes bureaux pour des salaires faméliques sans espoir de promotion avec au bout du chemin, une retraite médiocre. Une vision très critique du second miracle japonais vu au travers des petites mains qui le soutiennent.

Quelques scènes viennent cependant apporter un peu de lumière à ce sombre tableau. Le personnage de Chiyo possède une fraîcheur comparable à celle de Setsuko dans "Le Gout du riz au the vert" (1952). Elle étonne même par l'expression franche de ses désirs (dont une scène de baiser qui préfigure celle de "Herbes flottantes") (1959) et apparaît comme l'une des seules personnes vivantes au milieu de tous ces gens éteints. Et puis en bon adepte qu'il est du bouddhisme zen, Yasujiro OZU fait dire par la bouche d'un collègue mourant de Shoji combien même la routine en apparence la plus ennuyeuse recèle de possibilités de bonheur si l'on sait où le chercher. Les plans de train en marche ou celui de l'aviron laissent entendre que l'écoulement du temps est inexorable et qu'il faudra bien avancer.

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Tár

Publié le par Rosalie210

Todd Field (2023)

Tár

D'abord il faut traverser l'interminable logorrhée du début où Lydia Tar fait le show, en (re)présentation promo, en conférence, en répétition. C'est trop long (le film est trop long de toute façon) mais j'ai tenu bon parce que j'étais intriguée par le fait qu'il existe dès la première image un double discours. Il y a le flux de paroles émises par Lydia qui envahit l'espace. Il y a derrière ce flux ce sentiment de toute-puissance qui l'habite, qui occupe l'éloquente affiche en contre-plongée, ses gestes de cheffe d'orchestre, une main fermée sur un globe invisible, elle qui se revendique "maîtresse des horloges" et l'autre menant son monde à la baguette. On l'aura compris, tout en elle respire l'ivresse du pouvoir, celui des cimes, des dieux, des empereurs et des rois avec leur sceptre et leur couronne. Le pouvoir de vie et de mort, elle en use et en abuse selon son bon plaisir, elle qui élève la jeune violoncelliste Olga et brise parallèlement la carrière et la vie de Krista ou bien humilie devant ses camarades un étudiant arrogant qui juge la valeur artistique d'une oeuvre en fonction d'un prisme moral et idéologique (ce que l'on désigne sous le terme de "cancel culture" mais je n'aime pas cet anglicisme fourre-tout). Bref Lydia qui parle d'elle au masculin est imprégnée de phallocratie jusqu'au bout des ongles, preuve que le pouvoir de domination et sa toxicité n'est pas le monopole d'un genre, même s'il est largement accaparé par des hommes.

En même temps, ce qui m'a tenu en haleine dans un film qui sinon ressemblerait beaucoup à "Whiplash" (2014), c'est comme je le disais dès le début, son caractère double. Car il se passe beaucoup de choses à l'insu de Lydia, elle qui croit tout contrôler. Dès les premières images, on voit qu'elle est filmée sur un smartphone par quelqu'un d'autre alors qu'elle s'est endormie au cours d'un trajet en avion. La personne qui la filme et dont l'identité ne sera pas révélée tient en même temps une discussion instantanée par SMS qui dévoile son opinion négative sur ce qu'elle filme. Le caractère malveillant et récurrent de ces agissements apparaît donc bien avant qu'il ne porte ses fruits lorsqu'un montage de la conférence où elle a humilié l'étudiant est publié sur les réseaux sociaux. Effet garanti car Lydia s'est fait beaucoup d'ennemis et à cet endroit précis, elle est rattrapée par son genre, ses origines sociales (modestes comme on le découvre sur la fin) et les conséquences de ses actes. Dans "Whiplash" (2014), le professeur mis en cause pour harcèlement perdait certes son poste mais conservait une autorité sur son élève. Lydia perd tout avec une extrême rapidité et se retrouve bannie de la "bonne" société new-yorkaise. Si en surface, elle ne laisse rien paraître de sa déchéance (et le visage-masque de Cate BLANCHETT est de ce point de vue parfait), continuant son activité tout au bas de l'échelle du prestige (voir la très ironique séquence finale), son inconscient s'agite à sa place durant tout le film dans un délire de plus en plus paranoïaque: cauchemars, bruits divers, disparition d'objets, harcèlement de la voisine ne lui laissent aucun moment de répit.

La grande sacrifiée dans toute cette histoire, c'est la musique. Il n'y a aucune place pour elle, jamais de temps, jamais d'espace, ni physique, ni mental. Lydia aurait pu tout aussi bien être ministre ou cheffe d'entreprise, l'histoire aurait été la même. "Tar" (2022) est un clou de plus enfoncé dans le rapport névrotique que les WASP entretiennent avec la musique où l'émotion est remplacée par la compétition acharnée. Le petit milieu élitiste dépeint par ce film sec comme une trique se résume à une galerie de monstres sans âme ni coeur. C'est aussi sa limite, ne montrer que des ombres habillées au goût du jour.

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Falbalas

Publié le par Rosalie210

Jacques Becker (1945)

Falbalas

"Phantom Thread" (2017), "Saint Laurent" (2014), "Yves Saint Laurent" (2013) (comme ça pas de jaloux) et maintenant "Falbalas": c'est au moins le quatrième film que je regarde sur le monde de la haute-couture et le moins que l'on puisse dire, c'est que tous ces grands couturiers n'étaient pas très équilibrés (euphémisme). S'ils fascinent, c'est sans doute par leur côté mi-diva, mi-rock star entre don-juanisme effréné et pulsions suicidaires assumées avec une bonne couche de sado-masochisme entre les deux. Philippe Clarence (Raymond ROULEAU) est un grand collectionneur de femmes-portemanteau dont le talent de créateur n'a d'égale que la goujaterie. Dans une scène éclairante, il nous ouvre les portes de sa collection: de chacune de ses conquêtes, il a conservé une robe avec une étiquette mentionnant la durée de leur liaison. Le fétichisme dans toute sa dimension, y compris le vampirisme puisque par ce geste, il vide ses modèles de leur substance. Mais la plus belle pièce, la robe de mariée qui termine le défilé, il ne l'a pas encore trouvé. Jusqu'à ce qu'il tombe sur Micheline Lafaurie jouée par une splendide Micheline PRESLE de 22 ans. Il ne va avoir de cesse que de l'habiller et de la posséder, devinant le potentiel romantique qui se cache sous les airs de la provinciale de bonne famille sur le point de faire un mariage de raison. Dans une admirable scène de ping-pong sonorisée de façon à rendre le bruit insupportable, Micheline se retrouve prise entre le marteau et l'enclume: céder à un homme désirable mais mortifère ou se soumettre au patriarcat traditionnel. Finalement, comprenant dans quels pièges elle risque de tomber, elle se dérobe ce qui sous l'Occupation (le film a été tourné au printemps 1944) était particulièrement audacieux. Le fiancé devenu ami est déçu mais fait bonne figure alors que le couturier, voyant sa création-créature lui échapper devient fou. Il est intéressant de voir combien cet homme hyperactif, capricieux, infantile, égoïste, s'étourdissant dans un tourbillon permanent de mots et de mouvements finit par perdre la parole et se figer comme les mannequins silencieux qui meublent son atelier.

Mais ce n'est pas le seul instantané saisissant du film. Jacques BECKER dont c'était le troisième film achevé dépeint avec grande richesse documentaire un milieu qu'il connaissait bien, sa mère y ayant travaillé, celui des maisons parisiennes de haute-couture. Un milieu ultra-hiérarchisé, des petites mains à la contremaître peu commode, très féminisé et cependant patriarcal. Un milieu dans lequel on s'épie, on se jalouse et on ne se fait pas de cadeaux. Pour l'anecdote, c'est le couturier Marcel Rochas qui conçut les robes que l'on voit dans le film. Une mode qui peut laisser perplexe (les chapeaux surtout sont hideux).

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Suzanne

Publié le par Rosalie210

Katell Quillévéré (2013)

Suzanne

J'avais vu "Suzanne", le deuxième film de Katell QUILLEVERE il y a 10 ans et son dernier film, "Le Temps d'aimer" (2022) m'a donné envie de le revoir. Au jeu des similitudes et des différences, les premières l'emportent largement: un début ancré dans une époque révolue; une chronique qui couvre l'histoire d'une famille sur vingt ans entrecoupée d'ellipses temporelles; une mère célibataire très jeune incapable de s'occuper de son enfant et qui se choisit un destin romanesque; l'évolution de cet enfant que l'on voit en bas âge, puis sur le point d'entrer au collège et enfin adolescent. Néanmoins en regardant Sara FORESTIER jouer, ce qui m'a sauté aux yeux, c'est sa ressemblance avec Sandrine BONNAIRE dans "A nos amours" (1983) de Maurice PIALAT. C'est ensuite que je me suis souvenue que son personnage s'appelait Suzanne et que cette ressemblance n'avait donc rien de fortuit. La Suzanne de Katell QUILLEVERE est en quelque sorte une émanation de celle de Maurice PIALAT. Moins provocante mais tout aussi radicale et irréfléchie, elle en fait voir des vertes et des pas mûres à sa famille que pourtant elle aime. Une contradiction insurmontable vis à vis de son père veuf et introverti (excellemment joué par Francois DAMIENS à contre-emploi), de sa soeur bien plus mûre qu'elle (Adele HAENEL) et de son fils Charlie qu'elle laisse derrière elle, préférant vivre une vie de cavale et d'incarcération aux côtés du truand qu'elle a dans la peau. L'alliage de réalisme brut et de mélodrame hollywoodien intrigue à défaut de complètement convaincre mais le film est prometteur.

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Le Temps d'aimer

Publié le par Rosalie210

Katell Quillévéré (2023)

Le Temps d'aimer

Il y a un aspect du film de Katell QUILLEVERE qui m'a bouleversé, c'est l'évolution du personnage de Daniel, le fils que Madeleine (Anais DEMOUSTIER) a eu avec un allemand pendant la guerre. Le destin de cet enfant est le fil rouge du récit*. Tout semble destiner cet enfant à un sombre destin. Sa mère tondue et bannie à la libération, une croix gammée dessinée sur son ventre. Son incapacité à lui donner de l'amour et à communiquer avec lui. Le mal-être de l'enfant, ses fugues répétées vers l'eau comme s'il voulait s'y jeter pour "effacer l'erreur de sa naissance". Plus tard son renvoi de l'école après un acte de violence envers un camarade. Pourtant, c'est vers l'apaisement que chemine Daniel et également vers la réparation du lien avec sa mère. Et dans ce cheminement, François (Vincent LACOSTE) joue un rôle essentiel dans une scène initiale de sauvetage et ensuite lors d'une scène-clé, la plus belle du film selon moi, en lui prouvant qu'il l'aime inconditionnellement. Car François lui-même est un réprouvé mais on ne sait pas tout de suite pourquoi. Katell QUILLEVERE nous fait comprendre très tôt qu'il cache un lourd secret mais diffère le moment où celui-ci sera révélé. A l'aide d'ellipses de plusieurs années, elle chronique l'histoire du couple atypique qu'il forme avec Madeleine durant la période des Trente Glorieuses avec ses moeurs et ses lois archaïques**. Leur différence de milieu social et de rapport à la culture, leurs désirs divergents et transgressifs provoquent des tensions et pourtant ce qui les lie s'avère au final plus fort que ce qui les sépare. Leur relation n'est pas qu'une couverture destinée à cacher la honte sociale, elle se nourrit de la solidarité des parias qui partagent une communauté de destin. Partout où ils vont en effet, ils restent à part et sont tôt ou tard confrontés au rejet. On pense de par son thème et son ampleur romanesque à Douglas SIRK. Il est évident que le titre fait référence à "Le Temps d'aimer et le temps de mourir" (1958) mais c'est l'ensemble de la filmographie et de l'histoire du cinéaste américain d'origine allemande qui transpire dans le film. Enfin Anais DEMOUSTIER et Vincent LACOSTE (Valois du meilleur acteur au festival d'Angoulême qui a également récompensé "Le Temps d'aimer" du prix du meilleur film francophone) sont excellents.

* Pour mesurer quelle souffrance ont vécu ces enfants (comme tous ceux issus d'une union réprouvée par la société), on peut lire par exemple le témoignage du chanteur Gérard Lenorman qui a écrit une chanson éloquente en 1981 à ce sujet, "Warum mein vater?"

** J'ai pensé au couple formé à partir de la fin des années cinquante par Jacques DEMY et Agnes VARDA, cette dernière étant une mère célibataire et tous deux bisexuels. Des thématiques présentes dans toute la filmographie de Jacques DEMY.

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Mars Express

Publié le par Rosalie210

Jérémie Périn (2023)

Mars Express

Esthétiquement superbe, le film d'animation néo-noir et cyberpunk de Jeremie PERIN m'a tout de même déçue de par son manque d'originalité et de profondeur. Ce que développe le film -la relation entre l'homme et les robots- a été déjà traité de nombreuses fois depuis que Isaac Asimov a formulé en 1942 les lois qui fondent l'éthique des robots, l'avatar high-tech d'un mythe remontant à Prométhée et à Frankenstein pour ne citer que ses figures les plus connues. La plupart des oeuvres de SF qui en ont dérivé questionnent l'âme des robots (comme la série "Real Humans : 100 % humain" (2012) ou "Ghost in the Shell" (1995)) leurs émotions et leur degré de libre-arbitre. Par conséquent, tôt ou tard ils échappent à leurs créateurs et peuvent même se retourner contre lui (comme par exemple dans "2001 : l'odyssee de l'espace" (1968) ou "Blade Runner") (1982). On le voit, "Marx express" croule tellement sous les références qu'il peine à proposer une vision personnelle et surtout incarnée. On reste en surface, tant en ce qui concerne les personnages dont la diversité de nature est sous-exploitée (humain, humain augmenté, robot sauvegardant la mémoire d'un être humain décédé, robot "déplombé" c'est à dire débridé par des hackeurs ou bien au contraire instrument servile) qu'en ce qui concerne l'univers, magnifique, pensé dans les moindres détails, cohérent mais cruellement privé de contexte et de vie. C'est ce qui à mon avis explique qu'il s'oublie très vite et comporte contrairement à ses modèles (en plus de la SF il y a tous les films noirs et néo-noirs américains autour de la figure du privé) bien peu de mélancolie (seul le fantôme de Carlos dans son corps de robot apporte un peu d'émotion à ce film par ailleurs aussi froid qu'une machine).

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Première année

Publié le par Rosalie210

Thomas Lilti (2018)

Première année

Avec un film aussi bien documenté -Thomas LILTI est fils de médecin et médecin lui-même- on découvre les ravages de cinquante années de numerus clausus dont nous payons maintenant le prix avec des déserts médicaux qui ne cessent de se renforcer en France. Et si officiellement, celui-ci a été supprimé, les capacités des universités et des CHU restent trop limitées pour former tous les médecins dont le pays aurait besoin. Un manque d'anticipation bien pratique pour limiter de fait l'offre et donc les dépenses de santé alors que le vieillissement de la population ne peut que les faire augmenter. Mais plutôt qu'à l'aval, c'est à l'amont que s'intéresse Thomas LILTI, c'est à dire à la première année commune aux études de santé (PACES) qui était en vigueur jusqu'en 2020. Au menu, bachotage intensif et sélection drastique sur fond de massification du nombre d'étudiants. Un élevage en batterie que Thomas LILTI montre à l'aide de nombreux plans sur les hangars à concours ainsi que sur des amphis bondés à craquer où les meilleures places sont aussi chères que celles de l'obtention du concours. On se demande d'ailleurs quand ces pauvres étudiants pressurisés de tous les côtés peuvent trouver le temps de dormir et de manger tant leur quotidien est vampirisé par les études. Si encore ce qu'ils apprenaient était intéressant. Mais Thomas LILTI montre qu'il s'agit de régurgiter bêtement des tonnes de données inutiles sous forme de réponses-réflexes à des QCM en temps limité. Comme le dit ironiquement Benjamin (William LEBGHIL), ce sont les cerveaux reptiliens qui réussissent le mieux ces épreuves abrutissantes où il suffit de faire deux ou trois erreurs de trop pour perdre toutes ses chances. Un tel mode de sélection ne semble donc guère lié aux compétences ou à la motivation. En revanche et c'est l'autre aspect sur lequel porte le film de Thomas LILTI, il a tout à voir avec l'inégalité des chances. A travers l'amitié contrariée liant Benjamin à Antoine (Vincent LACOSTE), il dépeint deux profils bien différents. Celui de Benjamin, l'héritier au sens bourdieusien du terme qui en plus de ses facilités intellectuelles et matérielles évolue avec aisance dans un monde dont il possède les clés de lecture qu'il décode pour Antoine et pour nous. Antoine en revanche n'est pas du sérail et bien qu'ayant la vocation, il se retrouve en échec, triplant sa première année et mettant sa santé physique et mentale en danger. Si la pirouette finale déçoit par son manque de crédibilité, le reste du film est en tous points remarquable.

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