Le Bleu du Caftan
Maryam Touzani (2023)
"Le Bleu du Caftan" est un très beau film, à la fois sensuel et pudique. Sensuel de par le métier qu'exerce Halim (Saleh BAKRI), un artisan qui fabrique des caftans (robes traditionnelles marocaines) dans sa boutique-atelier et pour qui l'amour du travail bien fait ne se marchande pas. Aux injonctions des clientes pressées, voire grossières, il oppose la qualité de son savoir-faire et même une philosophie autour du vêtement qui dure bien au-delà de la vie de sa propriétaire. Il est énergiquement secondé par sa femme, Mina (Lubna AZABAL) qui est de son propre aveu "solide comme un roc" et envoie balader celles qui insistent ou se montrent inconvenantes. Lorsque l'apprenti de Halim, Youssef entre en scène, il vient troubler ce couple fusionnel. On comprend très vite que Halim est homosexuel et que Mina sait parfaitement ce qu'il en est. Mais le tabou est tel que rien ne peut s'exprimer par la parole. Ce sont donc les regards, les inflexions de voix et les caresses sur le tissu qui s'expriment pour signifier le trouble, la jalousie, le désir. Comme dans "La Confusion des sentiments" de Stefan Zweig, Halim vit dissocié, allant décharger ses pulsions au hammam puis se laissant aimer physiquement par Mina qui est bien plus active que lui. D'ailleurs c'est elle qui l'a demandé en mariage. Lorsqu'elle manifeste des signes de rechute d'une "maladie" dont il n'est pas difficile de deviner la nature, Halim se réfugie d'abord dans le déni. Mais progressivement, le film offre un dévoilement extrêmement pudique des corps et des sentiments. Ce n'est pas la première fois que l'on voit au cinéma un couple soudé face aux moeurs rétrogrades de la société ("Le Temps d'aimer" (2022) aborde le même thème et avant, il y a eu "La Victime" (1961) qui a levé le tabou en Angleterre à une époque où l'homosexualité était encore pénalisée) mais assez paradoxalement, "Le Bleu du Caftan" est une superbe ode à la vie et à l'amour. Plus Mina s'approche de la mort, plus elle se libère, plus elle libère son mari et le jeune Youssef. La scène où ils dansent ensemble est magnifique de même que les marques d'amour de Halim, telles ces mandarines qu'il achète puis épluche pour elle. C'est dans le final que j'ai repensé au titre "Le Bleu du Caftan" qui résonne quelque peu comme "Le Bleu du Carcan". Progressivement, c'est le bleu infini du ciel qui se substitue à la Médina, comme la tunique qu'offre Halim à sa femme en un ultime geste d'amour.
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